La fécondation in vitro (FIV) est une technique d'assistance médicale à la procréation qui offre de l'espoir à de nombreux couples confrontés à des problèmes de fertilité. Cependant, malgré les progrès de la médecine, les chances de succès de la FIV ne sont que de 20 à 25 % par tentative. Cet article explore en profondeur les raisons potentielles d'un échec de FIV, les options disponibles après un échec, et l'importance du soutien émotionnel tout au long de ce processus difficile.
Causes Possibles d'Échec de la FIV
L'échec de la FIV peut être attribué à divers facteurs, liés à la qualité des gamètes, à des anomalies embryonnaires, à des problèmes utérins ou à des facteurs externes.
Facteurs Liés aux Gamètes
La qualité des ovocytes et des spermatozoïdes joue un rôle crucial dans le succès de la fécondation et du développement embryonnaire.
- Anomalies chromosomiques : Environ 25 à 30 % des ovocytes et 10 % des spermatozoïdes peuvent présenter des anomalies chromosomiques. Ces anomalies peuvent compromettre la fécondation, le développement embryonnaire et l'implantation.
- Maturité des ovocytes : La ponction folliculaire peut contenir un lot hétérogène d'ovocytes, certains étant parfaitement matures, d'autres incomplètement matures, et d'autres totalement immatures. Seuls les ovocytes totalement immatures (c'est-à-dire sans maturité nucléaire et donc sans globule polaire) peuvent être repérés. La vitesse de croissance du taux d'estradiol et la taille folliculaire est plus significative que les chiffres du jour du déclenchement ; si elle est trop lente ou trop rapide, le nombre d'ovocytes matures sera faible. La maturité ovocytaire peut aussi être cause d’anomalies chromosomiques.
- Pouvoir fécondant du sperme : La fécondance, qui permet à un spermatozoïde de fusionner avec un ovocyte, est essentielle. La diminution du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes sont les signes d’une baisse de fécondance. Certains traitements (comme dans le cas d’une infection du sperme), l’utilisation de vitamines à visée antioxydante et l’arrêt de facteurs toxiques comme le tabac et l’alcool permettent souvent une amélioration des paramètres du sperme.
- Morphologie ovocytaire: Un certain nombre d'ovocytes recueillis après traitement inducteur de l'ovulation sont dysmorphiques et présentent des anomalies de taille, de forme ou de structure telles qu'inclusions cytoplasmiques, granulations ou vacuoles.
- Anomalies cytoplasmiques: Au cours de la maturation finale de l'ovocyte, des modifications morphologiques, métaboliques et des changements dans l'expression des gènes préparent ce que l'on appelle communément la maturation cytoplasmique.
Problèmes de Fécondation
Même en FIV, la fécondation peut échouer pour diverses raisons.
- Échec de fécondation : Environ 60 % seulement des ovocytes sont fécondés. En FIV classique, le taux de fécondation diminue avec la qualité du sperme. En ICSI, la qualité du sperme ne joue en principe pas, la fécondance étant court circuitée par la technique elle-même. En FIV classique, il peut exister des échecs de fécondation inexpliqués, alors que tout paraissait normal.
- Fécondation anormale : En FIV classique, il existe un peu moins de 10% des œufs qui sont polyspermiques, conséquence de la fusion de plusieurs spermatozoïdes avec un ovocyte. Ceci est le plus souvent dû à un défaut de maturité ovocytaire, car il existe dans l'ovocyte mature des mécanismes de régulation empêchant la fusion d'un deuxième spermatozoïde. Pus rarement, le nombre de spermazoïdes mis en présence d'un ovocyte est trop élevé, débordant les mécanismes de régulation. En ICSI, il y a quelques fausses fécondation : formation d'un œuf sans intervention d'un spermatozoïde (parthénogénèse) due à la piqûre elle-même.
Facteurs Embryonnaires
Après la fécondation, le développement embryonnaire peut être compromis.
- Anomalies chromosomiques : Au moins 50 % des embryons peuvent être porteurs d'anomalies chromosomiques. Ces embryons peuvent avoir la même forme, le même aspect et la même vitesse de développement (au cours des premiers stades) que les autres ; le taux d’anomalies chromosomiques est en revanche très élevé chez les embryons dont la forme est tout à fait atypique.
- Développement embryonnaire : Les premiers stades de développement embryonnaire nécessitent la présence de substances élaborées par l’ovocyte avant l’ovulation, pendant sa phase de maturation. Si la maturité est imparfaite, ces substances font défaut et le développement sera compromis. Si on laisse évoluer les embryons au stade blastocyte (5-6 jours), on obtient une sélection des embryons les plus viables, les autres arrêtant leur développement plus ou moins rapidement. L'intérêt est la sélection des embryons mais le risque est qu'il n'y ait pas d'embryons transférables, ce qui se produit dans 35 à 40% des cas.
Facteurs Utérins
L'utérus doit être réceptif à l'implantation de l'embryon.
- Échecs de nidation : Les échecs de nidation sont malheureusement très nombreux et peuvent être liés à la qualité des embryons ou à celle de l'utérus. La qualité des embryons a déjà été vue au chapitre précédent ; celle de l'utérus est difficile à apprécier. L'analyse échographique (épaisseur et aspect de l'endomètre, vascularisation au doppler) ne permet qu'une approche approximative.
- Anomalies endométriales : Anomalies dans la cavité intra-utérine, endomètre peu proliféré, endométrite, facteurs immunologiques et thrombophilies; sont les causes d’échecs répétés d’implantation.
- Facteurs immunologiques : Au cours de l’implantation embryonnaire, le système immunitaire maternel joue un rôle fondamental. Les échecs d’implantation peuvent s’expliquer par une réponse immunitaire trop agressive qui induit la mort de l’embryon reconnu comme un corps étranger. Un endomètre qui se trouve en suractivation va considérer l’embryon comme un corps étranger.
- Anomalies utérines : Les fibromes, l’adénomyose utérine, les polypes et les synéchies sont des anomalies utérines. Elles influent directement sur la qualité de l’endomètre.
Autres Facteurs
D'autres facteurs peuvent également influencer le succès de la FIV.
- Âge de la femme : Le taux de grossesse par ponction passe de 24% à 30 ans, à 14% à 40 ans et 2% à 43 ans.
- Cause de l'infertilité : Dans les infertilités masculines, le taux de nidation est plus élevé, du fait qu'en général dans ces cas, le conjointes sont normalement fertiles.
- Durée de l'infertilité : Elle intervient uniquement dans les cas d'hypofertilités (tubaires, inexpliquées et masculines) où plus la durée d'infécondité est longue, plus les chances de nidation sont réduites.
- Présence de grossesse(s) antérieure(s) : Le taux de nidation est plus important chez les femmes ayant déjà eu auparavant une ou des grossesse(s) spontanée(s) ou par FIV, menée(s) ou non à terme.
- Rang de la tentative : Plus le rang de la tentative s'élève, plus les chances de nidation diminuent.
- Facteurs toxiques : Les habitudes de consommation de substances nocives, telles que le tabac et l’alcool, ainsi que l’environnement, nuisent aux résultats du traitement.
- Indice de masse corporelle (IMC) : Chez la femme, l’IMC idéal se situe entre 19 et 30. Leurs écarts, en particulier l’IMC> 30, peuvent conduire à un faible taux de fécondation et de grossesse. Chez les hommes, l’obésité affecte également négativement leur système reproducteur et il a été observé qu’elle tend à augmenter les niveaux d’œstrogènes et à réduire les niveaux de testostérone.
- Contrôle de la qualité en laboratoire : Cette catégorie comprend la qualité de l’air, le pH, le type et les caractéristiques des incubateurs, l’utilisation de faible éclairage et le type de milieu dans lequel les embryons sont cultivés.
Que Faire Après un Échec de FIV ?
Un échec de FIV peut être dévastateur, mais il est important de prendre le temps de se régénérer physiquement et émotionnellement.
Investigations et Analyses
Après un échec, il est essentiel d'identifier les causes possibles afin d'améliorer les chances de succès lors des prochaines tentatives. Interrogez votre médecins sur les raisons pouvant expliquer ce résultat négatif. Voici quelques pistes à explorer :
- Bilan d'échecs répétés d'implantation : Réaliser une étude approfondie qui peut inclure des tests génétiques (comme le caryotype du couple), une analyse des thrombophilies et des examens d’imagerie pour évaluer l’anatomie utérine.
- Test immunologique de l'endomètre : Après 2 échecs, le test immunologique de l’endomètre est une piste à explorer.
- Analyse de la qualité des gamètes : Étudier la morphologie, la motilité et la concentration des spermatozoïdes. Évaluer la qualité des ovocytes, en tenant compte de la réserve ovarienne, de l’obésité, de l’âge de la mère ou de l’endométriose.
- Évaluation de l'endomètre : Analyser l’épaisseur de l’endomètre et la vascularisation de l’endomètre.
Options de Traitement Alternatives
En fonction des causes identifiées, différentes options de traitement peuvent être envisagées.
- ICSI (Injection Intracytoplasmique de Spermatozoïdes) : En cas d'échec de fécondation en FIV conventionnelle, une ICSI est généralement proposée la fois suivante, sans que - le plus souvent - des investigations supplémentaires ne soient envisagées.
- Don d'ovocytes : Lorsque l’échec d’implantation est dû à une mauvaise qualité ovocytaire, en particulier chez les femmes de plus de 40 ans ou présentant une faible réserve ovarienne, le don d’ovocytes peut être une option très efficace.
- Diagnostic préimplantatoire (DPI) : Seul un diagnostic pré-implantatoire de l’embryon permet de mettre en évidence les potentielles anomalies génétiques embryonnaires.
- Modification du protocole de stimulation : Selon la façon dont la réponse ovarienne a été dans un cycle précédent, nous pouvons modifier et / ou personnaliser une nouvelle tentative en fonction de certains niveaux d’hormones.
- Traitements pour améliorer la réceptivité endométriale : En cas de suractivation de l’endomètre, le médecin va prescrire de la vitamine E durant les cycles ovulatoires ultérieurs. Des anti-inflammatoires lui seront associés. Lors de la phase d’implantation, les doses de progestérones seront éventuellement augmentées. Dans le cadre d’un décalage de l’ouverture ou de la fermeture de la fenêtre d’implantation, une exploration peut donc être réalisée dans le but de déterminer la période de réceptivité endométriale optimale.
- Adoption, gestation pour autrui : L’arrêt du traitement ne signifie pas que vous êtes à court d’options. D’autres ont vécu cela avant vous. Certains ont opté pour la gestation pour autrui, d’autres ont décidé d’adopter, de devenir parents d’accueil ou encore de faire du bénévolat auprès des enfants.
Quand Réessayer ?
Il est recommandé de laisser s’écouler 2 à 3 mois après une FIV négative. Alternativement et sans aucun doute, il n’est pas nécessaire d’attendre ces mois si le plan est de réaliser un cryotransfert après une FIV négative. Dans ce cas, les ovaires ne sont pas nécessaires et avec la menstruation, l’endomètre sera complètement régénéré.
Soutien Émotionnel
Un échec de FIV peut engendrer une multitude d'émotions négatives. Il est crucial de se donner le temps de digérer la situation et de prendre soin de soi.
Gérer les Émotions
- Écoutez votre corps et laissez-le fluir : Donnez-vous le temps de digérer la situation, tout le monde a besoin d’un rythme différent. Laissez les émotions émerger au fur et à mesure qu’elles viennent, sans les juger, sans attendre de ressentir d’une manière spécifique, laissez-les couler et que votre énergie s’ajuste progressivement. Prenez soin de vous en écoutant ce que votre corps vous demande.
- Focalisez l`attention sur vous-même : Observez vos sentiments, vos émotions et réalisez des activités génératrices de tranquillité. Essayez de ne pas recréer le temps dans des pensées de ce type: « Qu’est-ce que j’aurais pu faire de mal? », « Si je n’avais pas fait une telle chose … » parce qu’elles s’accompagnent de culpabilité, et elles peuvent générer de l’inconfort.
- Connectez-vous avec le présent : Après un b-hcg négatif, il n’est pas nécessaire de prendre des décisions, ni de se poser de futures questions en termes absolus comme «et si je ne deviens jamais mère?» Au contraire, il est temps de bien canaliser votre énergie en fonction du jour pour jour, réorientez votre réflexion vers « aujourd’hui j’ai des possibilités, je vais continuer à essayer … »
- Ayez confiance en vous même : Ayez confiance en votre corps, aux professionnels choisis et aux possibilités que la FIV nous permet comme opportunités.
- Préparez-vous à un nouveau bienvenue : Analysez si vous êtes prête pour le prochain transfert. Vérifiez vos habitudes alimentaires, exercice physique, sommeil, hygiène mentale … pour les améliorer si nécessaire. Ils vous aideront à vous sentir mieux.
Rechercher du Soutien
- Parlez-en à votre partenaire, à vos amis, à votre famille : Partagez vos sentiments et vos préoccupations avec des personnes de confiance.
- Rejoignez un groupe de soutien : Échanger avec d'autres personnes qui ont vécu des expériences similaires peut être très bénéfique.
- Consultez un psychologue spécialisé en fertilité : Un professionnel peut vous aider à gérer le stress, l'anxiété et la tristesse liés à l'infertilité et à l'échec de la FIV.
- Contactez des couples qui ont vécu des expériences similaires : Vous pouvez contacter ces couples et demander leur avis sur la marche à suivre. Certains d’entre eux écrivent même des blogs sur leurs expériences et leurs sentiments.