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Vincent Brès et le Parcours de la PMA : Un Plaidoyer pour l'Accès aux Origines

L'histoire de la procréation médicalement assistée (PMA) en France est intimement liée à des questions éthiques complexes, notamment celle de l'anonymat des donneurs de gamètes. Environ 70 000 personnes en France ont été conçues par don de sperme ou d'ovocyte, mais plus de 90 % d'entre elles ignorent leur mode de conception. Vincent Brès, figure centrale de l'association PMAnonyme, se bat pour faire évoluer les mentalités et la législation sur cette question cruciale.

L'Anonymat du Don : Un Secret aux Conséquences Insoupçonnées

Pendant des décennies, l'anonymat a été garanti aux donneurs, et le silence recommandé aux parents. On n'imaginait pas alors les conséquences de tels secrets pour les enfants conçus par PMA. Ces enfants, devenus adultes, se retrouvent confrontés à un manque d'informations sur leurs origines, une part essentielle de leur identité.

L'association PMAnonyme, présidée par Vincent Brès, s'est donnée pour mission de briser ce silence et de défendre le droit d'accès aux origines pour les personnes conçues par don. L'ouvrage collectif "Je suis l'une d'entre elles", dirigé par Vincent Brès, rassemble une vingtaine de témoignages poignants de personnes conçues par PMA avec don. Chacune raconte son histoire familiale singulière, la manière dont elle a appris l'existence d'un géniteur différent de son père, et les bouleversements que cela a provoqués. Toutes évoquent un sentiment d'injustice causé par l'impossibilité de connaître une part de leur identité, en raison de l'anonymat du don, et plaident pour une remise à plat du système.

Vincent Brès : Un Engagement Né d'une Découverte Personnelle

Quand Vincent a découvert le secret de sa conception, il avait déjà deux enfants. Il a compris que l'on avait décidé pour lui et que ses origines lui seraient à jamais cachées. Il a alors décidé de s'engager. Son combat est celui de nombreux enfants du don qui, comme lui, aspirent à connaître leurs racines.

L'engagement de Vincent Brès se traduit par la publication d'ouvrages, la participation à des débats publics et des interventions auprès des instances décisionnelles. Il est devenu une voix incontournable sur la question de l'accès aux origines, un droit qu'il considère comme fondamental.

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"Je suis l'une d'entre elles" : Un Recueil de Témoignages Éloquents

L'ouvrage "Je suis l'une d'entre elles. La première génération de personnes conçues par PMA avec don témoigne" (L'Harmattan, 2019) est un recueil de témoignages bouleversants qui mettent en lumière les enjeux de l'anonymat du don.

  • Timothée a toujours connu son mode de conception. Cela n'a jamais été un secret ni une obsession : il a grandi avec cette histoire, pas autour d'elle. Cela ne l'a pas empêché de se poser des questions une fois adulte et d'exprimer publiquement sa volonté de connaître toutes les facettes de son identité, afin que les générations futures n'aient plus besoin de se justifier.
  • Astrid a appris à 12 ans qu'elle avait été conçue par PMA avec don. Fille unique, elle rêvait de fonder une famille nombreuse, mais le destin en a décidé autrement : elle et son mari ont eux aussi dû recourir à un donneur pour pouvoir avoir un enfant.
  • Cassandre raconte comment un test ADN a bouleversé positivement sa vie. De la découverte de ses origines italiennes, du nom du village de ses ancêtres à la rencontre avec une demi-sœur biologique qui est presque sa jumelle. Ou comment l'anonymat s'effrite grâce à la technologie et offre un nouvel espoir aux personnes conçues par don de gamètes.
  • Marie est la maman biologique d'Emy. En couple homosexuel, ce fut le parcours du combattant pour construire sa famille, et pour pouvoir enfanter, elle a dû dépasser les frontières. Elle vous parle de son histoire et de sa fille, Emy, conçue par PMA avec don de sperme anonyme.
  • Cécile a appris son mode de conception à 34 ans. Elle a accueilli la nouvelle comme un soulagement. Sa vie est déjà bien ancrée mais elle a besoin de connaître ses origines pour être libérée de cette inconnue. Elle ne sait pas comment se passera l'avenir une fois qu'elle saura, mais personne ne peut le dire pour elle.
  • Alain, ancien donneur, affirme qu'il serait d'accord pour être reconnu par les personnes conçues grâce à ses dons de sperme. Il espère bien que la nouvelle loi facilitera leurs recherches pour tout savoir de leurs origines.

Ces témoignages, parmi d'autres, illustrent la diversité des expériences et des attentes des personnes conçues par PMA avec don. Ils témoignent de la nécessité d'une évolution législative qui prenne en compte leurs besoins et leurs droits.

Les Tests ADN Récréatifs : Une Révolution Discrète

L'essor des tests ADN récréatifs a bouleversé la donne en matière d'anonymat du don. Ces tests, commercialisés par des entreprises étrangères, permettent aux individus de retrouver des membres de leur famille biologique, y compris des donneurs de gamètes.

Comme des millions de personnes à travers le monde, des personnes conçues par PMA ont réalisé des tests ADN récréatifs faisant voler en éclats l'anonymat du don. Ces tests permettent de contourner l'anonymat garanti par la loi française, ouvrant ainsi la voie à la recherche des origines.

L'histoire d'Arthur Kermalvezen, qui a retrouvé son donneur grâce à un test ADN acheté sur internet, a fait le tour des médias. Son témoignage a contribué à sensibiliser le grand public à la question de l'accès aux origines.

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Pauline, une jeune femme de 27 ans, fait partie des 70 000 personnes nées grâce à un don de sperme fait en France. Ces dons sont protégés depuis plus de 40 ans par l’anonymat. Pauline a toujours voulu connaître ses origines. Lorsque ses parents divorcent, sa mère lui annonce qu'elle a été conçue grâce à un don de spermatozoïdes. Pauline a alors 18 ans. Elle a déjà fait trois tests ADN dans l'espoir de retrouver son donneur.

Dans l'association PMAnonyme, ils sont une soixantaine à avoir réalisé des tests d'ADN. Cinq ont retrouvé leur donneur, 13 ont identifié un demi-frère ou une demi-sœur génétiques. Pour son président Vincent Bres, les tests ne sont pas la solution idéale, mais c'est la seule.

Les Débats et les Enjeux de la Levée de l'Anonymat

La question de la levée de l'anonymat du don de gamètes est au cœur des débats sur la bioéthique en France. Les arguments pour et contre sont nombreux et complexes.

Arguments pour la levée de l'anonymat :

  • Le droit d'accès aux origines : Il s'agit d'un droit fondamental pour toute personne de connaître son histoire et ses racines.
  • La fin d'un secret : L'anonymat du don peut engendrer un secret de famille pesant et source de souffrance.
  • L'évolution des technologies : Les tests ADN récréatifs rendent l'anonymat de plus en plus difficile à garantir.
  • L'intérêt de la santé : Connaître les antécédents médicaux du donneur peut être important pour la santé de la personne conçue par don.
  • L'égalité : Les personnes adoptées ont le droit d'accéder à leurs origines, pourquoi pas les personnes conçues par don ?

Arguments contre la levée de l'anonymat :

  • La protection des donneurs : La levée de l'anonymat pourrait dissuader les donneurs potentiels, entraînant une pénurie de gamètes.
  • Le respect de la vie privée : Les donneurs ont le droit de ne pas être contactés par les personnes conçues grâce à leur don.
  • La remise en cause de la filiation : La levée de l'anonymat pourrait créer une confusion entre le rôle du donneur et celui du père.
  • Le risque de déception : La rencontre avec le donneur pourrait ne pas répondre aux attentes de la personne conçue par don.
  • La complexité de la mise en œuvre : La levée de l'anonymat soulève des questions pratiques complexes, notamment en ce qui concerne les dons anciens.

Les Positions des Différents Acteurs

De nombreux acteurs sont impliqués dans le débat sur l'anonymat du don, notamment :

  • Les associations de personnes conçues par don : Elles militent pour le droit d'accès aux origines et témoignent des difficultés rencontrées par les personnes qui ignorent leur mode de conception.
  • Les CECOS (centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme) : Ils sont chargés du recueil et de la conservation des gamètes et réfléchissent à une évolution de la législation sur l'anonymat du don.
  • Les professionnels de la PMA : Ils sont confrontés aux questions éthiques soulevées par l'anonymat du don et cherchent à concilier les intérêts des donneurs, des parents et des enfants.
  • Les instances décisionnelles : Le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) et le Parlement sont chargés de légiférer sur la question de l'anonymat du don.

Le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) a proposé, pour la première fois, que soit rendue possible la levée de l'anonymat des futurs donneurs de sperme.

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Stéphane Viville, Professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, estime que le maintien de l’anonymat à perpétuité est illégitime, dans la mesure où il introduit une discrimination. Il considère que le don doit être subordonné au consentement du donneur qui accepte que son identité soit révélée.

Christophe Masle, président de France AMP, s'interroge sur les bénéficiaires réels de l'abolition du principe de l'anonymat. Il craint que cela ne profite au secteur privé à but lucratif, comme dans d'autres pays qui ont renoncé à ce principe fondamental.

Les Propositions de PMAnonyme

L'association PMAnonyme a émis huit propositions pour la mise en œuvre de l'accès aux origines, étayées par le retour d'expérience des pays qui le reconnaissent parfois depuis des décennies, en Europe et dans le reste du monde.

Vincent Brès insiste sur le fait que le droit aux origines n'est pas une remise en cause, de quelque manière que ce soit, de la filiation. Il s'agit d'une démarche personnelle, intime, qui vise à mieux se connaître soi-même dans tout ce qui fait notre individualité.

PMAnonyme demande que les personnes nées de dons aient le droit de demander à leur donneur, à travers une structure dédiée et mise en place par l'État, s'il accepterait de leur en dire plus sur lui.

L'association s'oppose au système du double guichet, à savoir la possibilité laissée au donneur de choisir s'il veut rester anonyme ou pas au moment du don ou, pire, au moment de la demande par une personne née de don d'exercer son droit. Elle considère que ce système est fondamentalement injuste et renvoie la personne née de don à un statut d'enfant, à qui l'on dénie le droit de décider pour lui-même.

Les Alternatives à l'Anonymat Absolu

Plusieurs alternatives à l'anonymat absolu sont envisagées :

  • L'accès à des données non identifiantes : Il s'agit de fournir aux personnes conçues par don des informations sur le donneur, telles que son âge, sa profession, ses centres d'intérêt, ses antécédents médicaux, sans révéler son identité.
  • L'anonymat levé sous conditions : Il s'agit de permettre aux personnes conçues par don de contacter le donneur, mais seulement si celui-ci y consent.
  • La création d'un registre des donneurs : Il s'agit de recenser tous les donneurs de gamètes et de permettre aux personnes conçues par don de les contacter, sous certaines conditions.

Rachel Lévy, chef de service du CECOS de l'Hôpital Tenon à Paris, estime que l'accès à des données non identifiantes comme les antécédents médicaux est la piste qui fait le plus consensus.

La Loi de Bioéthique : Un Tournant Décisif ?

La révision de la loi de bioéthique est l'occasion de repenser la question de l'anonymat du don et de prendre en compte les attentes des personnes conçues par PMA.

L'anonymat du don de gamètes pourrait-il être levé par le nouveau projet de loi de bioéthique ? Même si tous les enfants issus d'une Procréation médicalement assistée avec dons ne souhaitent pas rencontrer leur donneur, des associations militent pour "un accès à ses origines".

La loi que vous ferez - nous en avons conscience - n’aura pas d’effet rétroactif. Je souhaite que dans le futur, les enfants à naître par dons de gamètes n’aient pas comme nous à affronter le mur indépassable de l’anonymat absolu et irréversible de leur donneur. Je pense donc maintenant à ceux qui, comme moi, sont nés d’un donneur à qui l’on a promis l’anonymat. Je vous le dis : ne nous oubliez pas ! Nous ne demandons pour nous‑mêmes qu’une simple mesure : le droit de demander à notre donneur, à travers une structure dédiée et mise en place par l’État, s’il accepterait de nous en dire plus sur lui.

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