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La Position de Viktor Orban sur le Droit à l'IVG : Une Analyse Approfondie

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, arrivé au pouvoir il y a plusieurs années en remportant une majorité des deux tiers au parlement, a fait de la politique familiale un pilier central de son programme politique. Sa vision conservatrice de la famille, ancrée dans des valeurs traditionnelles, influence fortement sa position sur des questions sensibles comme le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cet article examine en profondeur la position de Viktor Orban sur le droit à l'IVG, en analysant les mesures mises en place par son gouvernement, les discours qu'il prononce et l'impact de ses politiques sur les femmes en Hongrie.

La Famille au Cœur du Projet Politique d'Orban

« Le gouvernement hongrois utilise deux sujets pour faire campagne : ses positions anti-immigration et la famille », explique Dóra Papp, activiste à Budapest. Le pouvoir hongrois a adopté cette idée de la famille comme fondement de la nation il y a des années. Une réforme constitutionnelle a même inscrite dans la loi fondamentale que « La Hongrie doit protéger l’institution du mariage, compris comme l’union consentie d’un homme et d’une femme. La famille est la base de la survie de la nation ». Cette réforme a balayé toute possibilité de reconnaissance à moyen terme des unions entre personnes de même sexe, et marginalise les types de famille qui ne correspondent pas à cette vision traditionnelle.

Le gouvernement d'Orban a déclaré une année comme étant « l'année des familles », articulant un discours visant à « protéger les familles chrétiennes contre le multiculturalisme ». Cette approche se manifeste par une rhétorique nataliste, où l'augmentation du soutien aux familles est présentée comme une alternative à l'immigration pour résoudre le déclin démographique. Cette vision de la famille comme fondement de la nation se traduit par des politiques spécifiques qui ont un impact direct sur les droits des femmes, notamment en matière d'IVG.

Restrictions Croissantes sur le Droit à l'IVG

Bien que l'avortement soit légal en Hongrie depuis les années 1950 jusqu'à la douzième semaine de grossesse, le gouvernement d'Orban a pris des mesures qui restreignent de facto l'accès à l'IVG et qui témoignent d'un durcissement des règles encadrant l'avortement, conformément à la politique nataliste. En 2013, un ajout à la loi fondamentale a fait craindre des attaques sur le droit à l’avortement, en inscrivant que « la vie du fœtus doit être protégée dès le moment de la conception ».

Orban n’a pas - encore - changé la législation sur le droit à l’avortement, mais soutient publiquement des organisations qui y sont opposées. Son gouvernement avait déjà financé une campagne d’affichage contre l’avortement… en détournant des fonds européens destinés à des programmes pour l’emploi et la solidarité sociale. En 2017, c’est le premier ministre hongrois en personne qui a ouvert à Budapest le 11e Congrès international des familles, organisé par des associations anti-avortement états-uniennes.

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Un décret entré en vigueur dispose que les "fonctions vitales" du fœtus doivent être présentées à la femme enceinte d'une manière "clairement identifiable". En Hongrie, un amendement modifie le formulaire nécessaire pour procéder à un avortement. Si la formulation du texte peut paraître obscure, ses implications ne font aucun doute : le personnel soignant impliqué dans une interruption volontaire de grossesse devra faire écouter à la femme enceinte les battements du cœur du fœtus, avant de remettre un rapport attestant que cette étape a bien été respectée.

Ces mesures visent à influencer la décision des femmes enceintes et à les dissuader d'avorter. Elles s'inscrivent dans une stratégie plus large visant à promouvoir une vision nataliste de la société et à renforcer le rôle traditionnel de la femme en tant que mère.

Le Discours Anti-Genre et la Marginalisation des Droits des Femmes

Outre les restrictions sur l'IVG, le gouvernement d'Orban a également adopté un discours anti-genre qui contribue à marginaliser les droits des femmes. Fin 2018, il a révoqué les autorisations des deux seuls programmes universitaires d’études sur le genre. Ces recherches s’intéressent aux rapports de sexe, aux questions d’égalité, aux constructions genrées, dans la société, la culture, les institutions…. Andrea Pető, professeur à l’université d’Europe centrale de Budapest, précise qu'« Un décret gouvernemental a révoqué sans explication les autorisations de ces deux masters sans consulter les institutions concernées ». D’abord, le gouvernement a justifié cette décision avec l’argument d’économiser de l’argent public, parce qu’il veut financer des programmes d’étude qui promeuvent la croissance démographique. Ensuite, l’argument est que les études sur le genre ne correspondaient pas aux valeurs chrétiennes. Il s’agit en fait d’une croisade idéologique contre la liberté académique et la liberté de l’éducation.

De plus, l’État n’a toujours pas ratifié la convention internationale de Lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, la convention d’Istanbul. C’est qu’Orban n’aime pas qu’on parle d’égalité.

En remplaçant le concept de femmes par celui de famille dans les rapports officiels, l'État hongrois minimise les enjeux spécifiques auxquels les femmes sont confrontées et invisibilise les discriminations dont elles sont victimes. Cette approche contribue à renforcer les inégalités de genre et à limiter l'autonomie des femmes.

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Initiatives de Résistance et Défis Futurs

Face à ces politiques restrictives, des initiatives de résistance émergent en Hongrie, notamment des groupes de femmes qui s'organisent pour défendre leurs droits. « Une initiative de femmes s’est créée en novembre, le Groupe des mères pour la démocratie, “Magyar Anyák”. Elles ont lancé une campagne de l’“année des familles déçues”. Ce qu’elles disent, c’est que la plupart des familles hongroises ne sont pas heureuses, parce qu’ils n’existe pas assez d’infrastructures et services pour prendre en charge les enfants.

Andrea Pető reste toutefois optimiste, en constatant que cette tentative de bannir ces programmes sur le genre des universités a en fait plutôt suscité un regain d’attention de la part du monde universitaire. « Des professeurs que cela n’intéressait pas auparavant ont intégré la question du genre dans leurs cours en signe de protestation. Les études sur le genre sont devenues plus “cool”. C’est une opportunité. Les réflexions sur la question peuvent contribuer à renouveler la boite à outil et le répertoire symbolique de la politique progressiste.

Ces initiatives témoignent de la détermination de la société civile à défendre les droits des femmes et à promouvoir une vision plus égalitaire de la société. Cependant, les défis restent importants, compte tenu du pouvoir politique et de l'influence idéologique du gouvernement d'Orban.

Le Contexte Européen et International

La position de Viktor Orban sur le droit à l'IVG s'inscrit dans un contexte européen et international marqué par des tensions croissantes autour des droits reproductifs. Alors que certains pays, comme la France, ont constitutionnalisé le droit à l'IVG, d'autres, comme la Pologne et Malte, maintiennent des restrictions importantes, voire une interdiction totale.

En France, la liberté d'avorter est théoriquement acquise depuis près de 50 ans. Autorisée temporairement en 1975, avant d'être définitivement légalisée en décembre 1979, l'IVG était d'abord accessible jusqu'à la dixième semaine de grossesse.

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La situation en Europe est très contrastée. Sur 25 des 27 Etats de l'Union européenne, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est légalisée ou dépénalisée sans besoin de justification de la part de la femme qui décide d'y recourir. Le délai maximal pour avorter varie de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas (dans les faits, il est autorisé tant que le fœtus n'est pas considéré comme viable hors de l'utérus).

Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante appelant à un accès « libre, égal et sûr » à l’avortement. Le vote a néanmoins mis en évidence de profondes divisions au sein de la chambre. Avant le vote, ces groupes ont présenté des textes alternatifs exhortant la Commission à ne pas agir.

Les organisations féministes restent néanmoins très vigilantes. Car de graves menaces pèsent, selon elles, sur le droit à l’avortement en Europe.

Dans ce contexte, la Hongrie se distingue par sa politique nataliste et ses restrictions croissantes sur le droit à l'IVG, qui s'alignent sur les positions des mouvements conservateurs et anti-avortement les plus radicaux.

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