Introduction
Le cupro est une matière textile artificielle qui gagne en popularité. Souvent perçu comme une alternative écologique à la soie, il est important de comprendre sa composition, son processus de fabrication, ses avantages et ses inconvénients. Cet article vise à explorer en profondeur le cupro, en abordant sa définition, ses utilisations dans l'habillement et la puériculture, ses atouts environnementaux et ses limites.
Définition du Cupro
Le cupro est une matière textile artificielle, encore assez confidentielle. Il se compose de linters de coton, c’est-à-dire les fibres courtes et duveteuses qui recouvrent les graines du cotonnier dans les capsules (fruits). Elles subsistent après l’opération d’égrainage permettant notamment de séparer les graines des longues fibres de coton, mais sont toutefois trop courtes pour être utilisées telles quelles dans l’industrie textile.
Le cupro ne fait pas partie des matières naturelles comme le coton classique, le chanvre, le lin, la laine ou la soie. Mais elle n’intègre pas non plus le groupe des matières synthétiques, issues de la pétrochimie (polyester, polyamide, élasthanne, acrylique…). Il s’agit donc d’une matière hybride d’origine végétale, qui utilise une fibre naturelle exploitée par l’humain, mais qui est ensuite transformée chimiquement. Elle est considérée comme une sorte de soie artificielle.
Le cupro est aussi connu sous le nom de « cuprammonium rayon » et il s’agit d’une marque déposée Bemberg®.
Production du Cupro
Origines Géographiques
À l’origine, le cupro Bemberg® a été fabriqué pour la première fois en Allemagne. Le procédé a été trouvé par l’Allemand J. P. Bemberg à la fin du XIXème siècle et breveté quelques années plus tard.
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Le mode de fabrication a ensuite été exploité dans d’autres pays d’Europe, notamment en Italie dans les années 20, mais s’est aussi exporté aux Etats-Unis. Certaines sociétés ont ensuite connu des difficultés financières du fait d’une baisse de la demande après la 2nd Guerre Mondiale. La concurrence de fibres moins chères à produire, comme la viscose, a entraîné l’arrêt de la production dans les usines restantes.
Depuis 2009, seule la société japonaise Asahi Kasei reste fabricante de la matière.
Étapes de Fabrication
Le linter de coton permettant de fabriquer le cupro est récupéré au moment de l’étape d’égrainage. Dans l’industrie textile, cette étape permet d’extraire les fibres de coton, qui seront ensuite filées pour être tissées ou tricotées. Dans l’industrie agroalimentaire, elle permet de récupérer les graines qui seront ensuite broyées ou pressées pour obtenir de l’huile. Pour fabriquer le Bemberg®, la société Asahi Kasei utilise les déchets provenant de la fabrication d’huile de coton, effectuée par des huileries partenaires situées en Inde, au Brésil, aux États-Unis et au Japon (source : Asahi Kasei).
La matière récupérée doit ensuite subir une transformation chimique, avant de pouvoir être exploitée. La cellulose de coton est d’abord dissoute dans une solution d’oxyde de cuivre et d’ammoniaque (cuprammonium). Les filaments obtenus subissent ensuite des bains, avant d’être lavés et séchés. Ils passent alors dans des filières, ce qui permet d’obtenir des fils, qui seront finalement tissés ou tricotés comme une matière textile classique.
Utilisations du Cupro
Applications Textiles
Dès son invention, la fibre Bemberg® a été considérée comme une alternative artificielle à la soie, dont elle reprend les qualités. Dans l’industrie textile, elle a donc été utilisée pour la fabrication de nombreux vêtements, tout d’abord pour de petites pièces comme les articles de bonneterie (bas, collants, chaussettes et sous-vêtements).
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C’est ensuite pour la confection de doublures de vêtements que la matière a été exploitée, notamment pour des manteaux, vestes, pantalons, costumes ou robes de soirée.
Aujourd’hui, la fibre cupro permet de fabriquer tous types de vêtements de prêt-à-porter du quotidien : chemisiers, jupes, shorts, T-shirts, polos, etc. Le cupro peut être utilisé seul, ou mélangé à d’autres fibres naturelles ou synthétiques.
Le Bemberg® était aussi utilisé pour la confection de tissus d’ameublement, mais cette utilisation semble aujourd’hui peu répandue.
Potentiel dans la Puériculture
Bien que l'information fournie ne mentionne pas explicitement l'utilisation du cupro dans la puériculture, ses propriétés intéressantes (douceur, respirabilité, capacité d'absorption) pourraient le rendre pertinent pour la confection de certains articles pour bébés. On pourrait imaginer son utilisation dans :
- Les doublures de vêtements pour bébés : Pour un contact doux et confortable avec la peau délicate des nourrissons.
- Les couvertures et les langes : Pour sa légèreté et sa respirabilité, idéales pour éviter la surchauffe.
- Le linge de lit : Pour un confort optimal pendant le sommeil.
Cependant, il est crucial de s'assurer que le cupro utilisé pour la puériculture est certifié Oeko-Tex pour garantir l'absence de substances nocives pour la santé des bébés.
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Avantages du Cupro
Impact Environnemental Limité
Le cupro est souvent présenté comme une matière écoresponsable. Elle dispose effectivement de plusieurs qualités qui la rendent plus écologique, moins polluante à produire que d’autres fibres.
La production de cupro s’inscrit dans une démarche d’upcycling. Elle permet la réutilisation de déchets de l’industrie textile ou agro-alimentaire, qui seraient jetés. Le processus d’Asahi Kasei est certifié Recycled Claim Standard 100, garantissant que les textiles sont produits à partir de matières recyclées.
La société japonaise utilise un processus de transformation en circuit fermé, permettant de réutiliser les produits chimiques sans générer de nouveaux déchets. Les énergies exploitées sont majoritairement renouvelables, afin de réduire encore davantage l’impact CO2 de la production. Mais Asahi Kasei cherche à aller encore plus loin, en affichant comme objectif pour 2030 une baisse de 30% de ses émissions par rapport à 2013, et une neutralité carbone totale d’ici 2050.
Le cupro est une fibre issue d’une matière première renouvelable (le coton) et 100% biodégradable. Pour qu’il conserve cette dernière qualité, les produits utilisés lors de la transformation en fibre, tout comme les teintures, ne doivent toutefois pas être nocifs pour l’environnement. La société Asahi Kasei indique que, dans les conditions optimales de chaleur et d’humidité, les produits en Bemberg® enfouis dans le sol se dégradent déjà en grande partie au bout de 4 semaines. En 2022, la société a aussi obtenu la certification « OK biodegradable MARINE », confirmant que ses fibres peuvent se dissoudre dans l’eau sans danger pour l’environnement.
Le cupro produit par Asahi Kasei est certifié Oeko-Tex, ce qui garantit l’absence de certaines substances nocives pour la santé humaine et l’environnement dans les produits finaux. L’entreprise bénéficie également de la certification internationale ISO 14001, qui impose certaines exigences en terme environnemental.
Contrairement aux fibres synthétiques, le cupro ne rejette pas de microparticules de plastique finissant dans les océans lors de son lavage.
Confort et Esthétique
Le cupro reprend toutes les qualités de la soie, sans recourir à l’exploitation animale. Il s’agit d’une matière fluide, douce, soyeuse et légère, qui offre un beau drapé aux vêtements. Elle dispose également d’une brillance naturelle.
Élegant et confortable, le cupro donne aux vêtements un aspect luxueux.
Par rapport aux matières synthétiques ayant aussi ces qualités, il a l’avantage de ne pas conduire l’électricité statique, d’être plus absorbant et respirant, ce qui limite le risque de développement de mauvaises odeurs de transpiration
Facilité d'Entretien
Le cupro est une matière facile d’entretien. Elle est moins délicate que la soie, puisqu’elle peut se laver en machine à 30°C. Le séchage à l’air libre sera privilégié et les vêtements en cupro se froissent peu, ce qui évite de devoir les repasser.
Les instructions d’entretien peuvent toutefois varier si les textiles sont constitués d’un mélange de fibres.
Inconvénients et Limites du Cupro
Problèmes Liés à la Culture du Coton
Le cupro apporte une solution au problème des déchets issus de la transformation du coton, mais ne règle pas le problème originel, tout comme le polyester recyclé ne règle pas le problème de notre trop grande dépendance au plastique et à la pétrochimie. Le cupro non certifié biologique est forcément issu d’une industrie reconnue comme nocive autant pour l’humain que pour la planète.
Lorsqu’il est cultivé de façon conventionnelle, le coton pose en effet de nombreux problèmes.
Le cotonnier nécessite l’utilisation de nombreux produits chimiques (pesticides, herbicides) lors de sa culture, pour le protéger des maladies auxquelles il est sensible. Ces produits polluent les sols lorsqu’ils sont éliminés, impactant la biodiversité locale.
Il est très gourmand en eau et sa culture engendre le détournement de ressources naturelles, dans des pays où la population en a pourtant déjà un accès restreint.
La culture du coton est aussi controversée pour ses impacts sociaux : travail forcé et autres atteintes aux droits de l’Homme, exposition des ouvriers aux substances chimiques et conditions de travail globalement désastreuses.
Notons que le Bemberg® cupro respecte des normes environnementales et sanitaires validées par des certifications, mais que cela ne sera pas forcément le cas de tous les cupro qui pourront être fabriqués à l’avenir par d’autres sociétés.
Disponibilité et Coût
Le cupro est une matière encore confidentielle.
Les fibres artificielles restent minoritaires au sein de l’industrie textile, largement dominée par le polyester et le coton conventionnel. Elles ne représentent ainsi que 6% de la production mondiale, sachant que c’est la moins vertueuse d’entre-elles, la viscose est la plus produite dans le monde.
De plus, du fait d’une production plus limitée, le prix de vente des produits en cupro est forcément plus élevé que celui d’autres fibres.
Cupro vs. Autres Fibres Artificielles: Lyocell, Viscose et Modal
Lyocell (Tencel®), viscose et modal sont toutes des fibres artificielles d’origine végétale. Si le cupro provient du coton, les autres sont fabriquées à partir de cellulose de bois de différents arbres.
Le lyocell et le modal ont des modes de fabrication considérés comme écologiques (produits chimiques utilisés lors du traitement gérés en circuit fermé notamment). À l’inverse, la viscose est une fibre polluante, nécessitant de nombreux produits néfastes pour la planète et la santé humaine, qui finissent bien souvent dans l’environnement.
Qualité des Produits Chinois et Impact de la Fast Fashion
La qualité souvent « jetable » des produits a donné naissance au terme peu flatteur de « chinoiseries ». Néanmoins, ce terme est relativement injuste et doit être manié avec nuances sachant que la qualité est davantage liée au savoir-faire et au temps consacrés plutôt qu’à l’origine de fabrication. La porcelaine de Chine est d’ailleurs reconnue pour sa finesse, la sériciculture (élevage du ver à soie) et l’artisanat de la soie sont classés à l’Unesco depuis 2009, comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Nous ne tomberons pas non plus dans l’hypocrisie de répudier absolument tous les produits de fabrication chinoise. Rien que l’ordinateur avec lequel j’écris et mon smartphone sont made in China. Même ceux du néerlandais Fairphone sont également fabriqués en Chine, avec toutefois une chaîne d’approvisionnement plus vertueuse, qui s’engage à respecter les droits fondamentaux des ouvriers promus par l’Organisation International du Travail (OIT) et de mettre en œuvre des conditions de travail décentes. Tous ces produits en provenance d’Asie présente un avantage indéniable surtout en période de crise : leurs prix. Des prix bas, abordables, accessibles aux classes sociales les plus défavorisés. La mondialisation a également offert à la classe moyenne ce « en même temps », ou on peut à la fois s’offrir de nouveaux vêtements, changer son ameublement et partir en vacances.
Néanmoins, on se doit de garder à l’esprit que les prix toujours tirés vers le bas se font au détriment des travailleurs et de la planète. La marque de vêtements SHEIN, un mastodonte de l’ultra fast-fashion, est devenue le parfait exemple, un cas d’école, systématiquement citée pour illustrer aussi bien cette course effrénée aux petits prix, la tendance absurde et futile de suivre la mode ou encore ce besoin frénétique de posséder / d’acheter pour exister avec une qualité de produits qui rend les produits jetables. On ne compte plus les dérives tant SHEIN accumule les désastres humains et environnementaux : des ouvriers exploités, sans contrat de travail, sans protection individuelle lors de la réalisation de tâches sensibles (teinture, tannage, sablage, etc…) payés à la cadence, des produits chimiques interdits dans l’Union Européenne mais allègrement utilisés en Chine, des usines qui ne traitent pas les eaux usées, des usines alimentées par des énergies fossiles, etc. Ainsi il est très facile de fustiger la Chine et le made in China, mais au final n’avons pas nous-même créé ce monstre ?
Un monstre à deux têtes ? Car le géant chinois Temu est rentré dans la danse avec des prix et des techniques de ventes très agressives.
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