Cet article explore l'influence de la religion catholique sur les expériences et les choix d'une femme, notamment en ce qui concerne l'interruption volontaire de grossesse (IVG). À travers des témoignages et des analyses, nous examinerons comment l'évolution de la société française vis-à-vis de la religion a permis une plus grande liberté individuelle, tout en soulignant les traces indélébiles que la foi peut laisser.
La religion comme cadre de vie et source de culpabilité
Dans les sociétés traditionnelles, la religion catholique structurait tous les aspects de la vie quotidienne. Elle dictait les comportements, les interdits et les moments importants de l'existence. Annie Ernaux, dans son œuvre, évoque cette époque où la religion définissait le temps et les mœurs, avec des règles strictes concernant l'alimentation et la moralité. La religion était le cadre officiel de la vie et réglait le temps. Les journaux proposaient des menus pour le temps du carême, dont le calendrier des Postes notifiait les étapes, de la septuagésime à Pâques. On ne mangeait pas de viande le vendredi. La loi de l’Église l’emportait sur toutes les autres et les grands moments de l’existence ne recevaient leur légitimité que d’elle.
La notion de "tache", associée à l'impureté et au péché, était omniprésente. Ernaux enfant aspire à la pureté et tente, dans ce but, d’adhérer au plus près aux préceptes de l’école catholique. L'avortement, considéré comme un péché grave, pouvait alors être vécu comme une transgression profonde et une source de culpabilité.
L'éloignement de la religion et la libéralisation de la société
À partir des années 1960, la société française a connu une sécularisation croissante. La pratique religieuse a diminué, et l'influence de l'Église sur la vie quotidienne s'est estompée. Sophie Sahakian-Marcellin, chercheure à l’Observatoire du religieux, et Franck Frégosi citent un sondage Figaro-Sofres de décembre 1994 selon lequel seulement 7 % des Français pratiquent régulièrement les rites catholiques et de moins en moins de Français se déclarent catholiques, 67 % en 1994 contre 81 % en 1986. Ils concluent qu’« à l’orée du troisième millénaire, le catholicisme n’a plus grand chose à voir avec les contraintes sociales qu’il représentait encore dans les années cinquante. Les observations de Gérard Mermet vont dans le même sens ; en 1981, 71 % des Français considéraient appartenir à la religion catholique, ils n’étaient plus que 54 % en 1999, la diminution s’accélérant après le milieu des années 1980 ; les mariages religieux sont tombés de 95 % en 1970 à 42 % en 2001, les baptêmes de 61 % en 1986 à 50 %.
La libéralisation de la société, notamment en matière de sexualité et de contraception, a contribué à ce désengagement. La Loi Neuwirth, votée en 1967 mais freinée par l’administration, légalise la contraception orale en 1972, que la Loi Veil, du nom du ministre de la Santé Simone Veil, légalise en 1975 l’avortement (l’IMG, interruption médicale de grossesse, plus restrictive que l’IVG, interruption volontaire de grossesse) et que la pilule abortive (le RU 486) est mise sur le marché français en 1988. L'IVG, légalisée en 1975, a permis aux femmes de choisir de mettre fin à une grossesse non désirée, s'affranchissant ainsi des interdits religieux.
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L'IVG comme rupture avec la religion
Pour de nombreuses femmes ayant grandi dans un contexte religieux, l'IVG a marqué une rupture avec la foi. Le cas d'Annie Ernaux est particulièrement révélateur. Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, dans le cas d’Annie Ernaux, le questionnement de la religion trouve sa conclusion lors de son avortement : « Un autre après-midi, je suis entrée dans une église, Saint-Patrice, près du boulevard de la Marne, pour dire à un prêtre que j’avais avorté. Je me suis rendu compte aussitôt de mon erreur. Je me sentais dans la lumière et pour lui j’étais dans le crime. En sortant, j’ai su que le temps de la religion était fini pour moi » (LE, 108). Libérée de l’emprise religieuse, une fois devenue écrivaine, Ernaux aura de nouveau recours à la religion. Elle a vécu son avortement comme une libération, une affirmation de son droit à disposer de son corps et de sa vie.
L'empreinte persistante de la religion
Même après s'être éloignées de la religion, certaines personnes conservent une empreinte de leur éducation religieuse. La culpabilité, la peur du jugement divin ou le sentiment d'impureté peuvent persister. Dans l’œuvre ernalienne, la religion fait « partie du musée de l’enfance » (LA, 212). assiste à une moitié de messe dominicale, debout au fond de l’église pour être plus vite sorti et il recule jusqu’au dimanche de Quasimodo - dernière limite avant de tomber dans l’infraction du péché mortel - le moment de « faire ses Pâques » (se confesser et communier), comme une corvée. Le soir, il ne participe pas aux prières, faisant celui qui dort déjà. La Honte nous permet le mieux de saisir l’emprise de la mère comme « relais de la loi religieuse ». Ernaux relate sur deux pages (p. 100-102) les pratiques religieuses de sa mère, pratiques auxquelles elle était associée et qui finissaient par la définir. Ernaux conclut ainsi dans une parenthèse : « Il me semble impossible d’épuiser la signification et le rôle de la religion dans la vie de ma mère. Pour moi, en 52, ma mère était la religion » (LH, 103-104). Il n’est alors pas surprenant qu’Ernaux voie le « jour du récit » de la mère sur l’existence d’une sœur aînée comme « le jour du jugement » (AF, 22). L’écrivaine dit encore de sa mère qu’elle « corrigeait la loi de l’école privée dans un sens plus contraignant » (LH, 104).
Cependant, cette empreinte peut aussi être source de force et de résilience. Certaines personnes trouvent dans leur foi un soutien moral et une source d'espoir face aux difficultés de la vie.
Témoignages de foi et de cheminement spirituel
De nombreux témoignages illustrent la diversité des parcours spirituels et la manière dont la foi peut transformer une vie. Mirana Miquel, Catholique, coach thérapeute spécialisée dans l'accompagnement des célibataires, mariée et maman de 2 enfants nous raconte comment ses échecs sentimentaux et un avortement l'ont conduite au chamanisme puis à la foi chrétienne. Aujourd'hui, elle accompagne les célibataires qui souvent manquent d'audace et de méthode. Au sein du site de rencontres Théotokos, dans lequel elle s'est impliquée avec son mari, elle amène les célibataires à oser et à mettre à profit des méthodes qui ont fait leurs preuves. Nathan Delambre est un jeune paroissien de Loos récemment converti, qui vit pleinement sa foi dans sa paroisse. Bruce Lungren, Canadien évangélique, a vécu comme missionnaire au Burkina Faso avec sa femme Lauren et leurs 2 enfants. Après 15 ans, ils vont rentrer au Canada pour quelques mois et décideront finalement de venir s'installer en France à partir de 2005. Responsable d’une maison Lazare avec sa famille pendant 3 ans il propose aujourd’hui ses services et ses nouvelles compétences d’opticien auprès d’associations prenant soin des plus démunis. Louis Roquette vit sa foi au travers d’actions envers les plus pauvres tout en se ressourçant lors de retraites. Responsable d’une maison Lazare avec sa famille pendant 3 ans il propose aujourd’hui ses services et ses nouvelles compétences d’opticien auprès d’associations prenant soin des plus démunis. Parce que croire c'est aussi agir et que les signes qu'il a su discerner sont un véritable appel à rester à l'écoute de ce que Dieu veut dire, Louis a su garder cette parole d'évangile au coeur : "Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. Le père Albert Tendeng est prêtre Fidei Donum dans le Diocèse de Lille. Bérénice Elisabeth a passé toute cette année à organiser le pèlerinage des jeunes du Diocèse de Lille en Italie pour l’année jubilaire. Arrivé d'Amérique, Jean Zumack a été pasteur dans l'Oise jusqu'à la retraite. Depuis 2007, il est aumônier à la prison de Longuenesse dans le Pas-de-Calais. Il appartient à la paroisse Orthodoxe Saint Paul de rite Grec à Lille. Luc est un paroissien Lillois d’une branche discrète de la chrétienté, à qui on donne peu la parole dans nos médias chrétiens. Il appartient à la paroisse Orthodoxe Saint Paul de rite Grec à Lille. Sa foi profonde l’amène tout au long de sa vie à s’engager dans les actions catholiques. Depuis sa plus tendre enfance, Marine Leclercq ressent une empathie particulière vis-à-vis des personnes endeuillées et une aptitude à aller vers elles pour les réconforter. Sa foi profonde l’amène tout au long de sa vie à s’engager dans les actions catholiques. Atteinte d’un cancer incurable, Magdalena Nadia trouve dans sa foi une force inébranlable. David Morel découvre qu'il a hérité lui-même de ce "don". Il va s'exercer dans le but notamment d'aider son papa que la médecine ne sait pas guérir… Pendule, méditations transcendantales, magnétisme… François Allard est "retourné" lors d'une expo Bible organisée par une église évangélique. L'amour de la parole ne le quittera plus. Avec sa femme, Myriam, ils vont démarrer des cours bibliques, se faire baptiser et se marier dans cette église qu'ils viennent de découvrir. Depuis 2010, François a eu à coeur de faire partie des "Gédéons". Victime d’un attentat sur les Ramblas de Barcelone en 2017, Henry a vu la fragilité de la vie de manière brutale. Jean-Philippe Lucot est chirurgien gynécologue. Il a toujours eu une joie intense dans la relation à l’autre et vit son métier comme un service à rendre aux malades et aux plus faibles avec la plus grande humanité possible. Franck Dubois est guidé par l’amour inconditionnel du Christ dans ses engagements d’Eglise. Après de nombreuses années chez les Scouts d’Europe, il vit maintenant sa foi dans la Militia Christi dont il vient de devenir le Maître Général. Philippe Pelzer est diacre de l'église catholique depuis 2010. Lyonnais d’origine mais lillois de coeur, Olivier Clément vit sa foi catholique pleinement avec le chant et la musique. L'abbé Romain Prouvez, 35 ans, diacre en vue du sacerdoce, nous évoque son parcours qui l'a mené du métier d'ingénieur vers la prêtrise. Monique et Michel Chombart sont mariés depuis presque 40 ans. En 2012, Michel a été ordonné Diacre du Diocèse de Cambrai. Tous les deux, ils témoignent de cet engagement fort de couples. Le frère Raphaël de Bouillé est dominicain et coach en évangélisation ! Mary Desmet est la responsable de l’équipe missionnaire du diocèse d’Arras ! Le Père Matthieu Bobin est un jeune prêtre du Diocèse de Cambrai. Clément Wulveryck, sage-femme engagé dans l'éthique médicale et les nouvelles technologies, nous partage son itinéraire spirituel. Roger Eaton, d'origine anglaise, s'est fait baptiser à l'âge adulte à Canterbury. Gilles Michau ouvre, avec sa femme Cécile, un habitat partagé pour des personnes en difficulté. Félicité, jeune étudiante, avait une vie de foi très protégée jusqu’à son arrivée à Lille. Raphaëlle découvre la foi très jeune par le biais de ses parents qui fréquentent la communauté du chemin Neuf mais à l'âge adulte elle a eu envie de faire sa vie sans Dieu. Véronica Leganese-Malawe, une jeune étudiante issue d'une famille croyante et diverse, va nous expliquer comment vivre sa foi dans une famille où la mère est catholique et le père musulman. Nicolas Druelle chemine à la suite du Christ par son métier de tailleur de pierre et son goût pour la création artistique avec la terre et les icônes. Guy Decock, retraité du monde de l'événementiel sportif, est catholique engagé depuis une quinzaine d'années. Violette Pezin-Woehrlé fait partie des 7135 baptisés de Pâques !
Ces témoignages montrent que la foi peut être une source d'engagement social, de créativité et de résilience.
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