Le diabète gestationnel, bien que souvent temporaire, peut engendrer un vécu psychique complexe et parfois difficile pour les femmes enceintes. Cette condition, caractérisée par une hyperglycémie durant la grossesse, impose des restrictions et une surveillance constante qui peuvent impacter significativement le bien-être émotionnel et mental. Il existe un lien fort entre le diabète et certains troubles psychologiques, comme l’anxiété, la dépression ou des troubles alimentaires. Ils affectent la gestion de la maladie, nécessitant une approche multidisciplinaire.
Diabète gestationnel : une réalité en augmentation
La prévalence du diabète gestationnel en France métropolitaine tend à augmenter. En 2004, elle était de 3.8%, alors qu’en 2013 elle était de 8.3%. Cette augmentation souligne l'importance de comprendre les enjeux psychologiques associés à cette condition, afin d'offrir un soutien adapté aux femmes concernées. Le diabète est en constante augmentation malgré les efforts de prévention et constitue un véritable problème de santé publique. L’OMS le considère comme l’une des principales maladies qui affecte la durée de vie et la qualité de vie.
Les défis psychologiques du diabète gestationnel
Vivre avec le diabète, une maladie qu'on soigne mais qu'on ne guérit pas, n'est pas facile tous les jours. Il y a des « hauts et des bas » comme disent beaucoup de diabétiques. Le diabète, c'est « tous les jours et pour toujours ! ». Le diagnostic de diabète gestationnel peut être vécu comme un choc, entraînant une cascade d'émotions négatives. La nécessité d'une autosurveillance glycémique régulière, de modifications alimentaires importantes et, parfois, d'injections d'insuline peut générer un sentiment de perte de contrôle et d'intrusion dans le déroulement naturel de la grossesse.
Culpabilité et responsabilité
Les femmes atteintes de diabète gestationnel peuvent ressentir un fort sentiment de culpabilité, se demandant si elles ont fait quelque chose pour provoquer cette condition et craignant pour la santé de leur bébé. Cette culpabilité peut être exacerbée par les reproches plus ou moins déguisés et les remarques de l'entourage ou des professionnels de santé. Elles se sentent responsables de la santé de leur enfant à naître et craignent les complications potentielles liées au diabète gestationnel, si non pris en charge, peut engendrer de nombreuses complications pour la mère et l’enfant pouvant dans de rares cas aller jusqu’au décès.
Anxiété et stress
La gestion quotidienne du diabète gestationnel, avec le suivi rigoureux de la glycémie, les rendez-vous médicaux fréquents et les préoccupations liées aux complications potentielles, peut engendrer une anxiété importante. Cette anxiété, souvent exacerbée par la charge mentale et le fardeau de la maladie, peut compliquer davantage une prise en charge optimale du diabète. Par exemple, certaines personnes peuvent éviter de vérifier leur glycémie par peur de résultats élevés, ce qui crée un cercle vicieux.
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Dépression et baisse de moral
Les personnes atteintes de diabète sont plus touchées que les personnes non diabétiques par les troubles psychologiques comme la dépression, l'angoisse ou la fatigue nerveuse. Ces sentiments peuvent aller de la simple baisse de moral passagère sans gravité à la dépression plus lourde. Vivre avec une maladie chronique qui exige une vigilance constante peut être épuisant, tant sur le plan émotionnel que mental, et vous amener à traverser des difficultés psychologiques. Il y a des « hauts et des bas » comme disent beaucoup de diabétiques. Vous pouvez avoir de multiples raisons de déprimer entre l'annonce du diagnostic, la pression sociale que vous vivez et, parfois même, l'attitude des soignants à votre égard.
Troubles des conduites alimentaires
Certaines personnes atteintes d’un diabète peuvent développer des troubles des conduites alimentaires (TCA). Cela peut se traduire par une restriction alimentaire excessive, comme dans l’anorexie, ou une manipulation de l’insuline pour perdre du poids, comme dans le cas de la diaboulimie, où l’insuline est volontairement sous-dosée pour éviter la prise de poids. À l’inverse, certains peuvent faire face à des épisodes de boulimie, caractérisés par des ingestions compulsives et excessives de nourriture, souvent suivies d’un profond sentiment de culpabilité, ce qui complique encore davantage la gestion de la glycémie. Ces comportements peuvent être dangereux et nécessitent un suivi médical et psychologique.
Sentiment d'isolement
Les restrictions alimentaires et le suivi médical intensif peuvent entraîner un sentiment d'isolement social et de frustration. Les femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel peuvent se sentir différentes des autres femmes enceintes et avoir du mal à partager leurs expériences et leurs émotions.
Témoignage
C. fait du diabète gestationnel et même si à côté de cela sa grossesse se passe bien, ce soucis lui impose tellement de restrictions qu’elle n’en peut plus. Voici son témoignage. Je suis à 31 SA de grossesse. Cette grossesse est finalement venue naturellement, après 3 inséminations artificielles ratées. La première FIV était programmée mais en plein cartons et déménagement, et attendant gentiment mon cycle, il n’est jamais venu ! Tout simplement parce que j’étais enceinte. Ok « c’est pas la fin du monde » me direz-vous. Effectivement, j’ai de la chance car ma grossesse se passe super bien. J’ai pris normalement du poids (8 kilos en 7 mois), je n’ai jamais eu de nausées, mon col est bien fermé, bébé grossit bien et je me porte encore très bien jusqu’à pouvoir faire encore un petit peu de sport. Mais voilà à cause de cette histoire de diabète gestationnel, je pleure, ce mélange de culpabilité, de ras le bol de tous ces médecins, les rendez-vous, l’hyper médicalisation, des hormones, du raz-le-bol. Je souhaite que ma grossesse finisse vraiment au plus vite, je ne veux plus être enceinte, je ne supporte plus l’auto glycémie, les prises de sang, les reproches plus ou moins déguisés, les remarques, les gens qui ne se mêlent pas de leurs fesses… Je ne suis peut-être pas une de ces nanas qui trouve cet état merveilleux, magique, épanouissant et tous les superlatifs du même genre. Moi je suis enceinte, triste, fatiguée de tout ces mots et maux. La plupart me diront qu’il ne me reste que 2 mois, que c’est pour la santé du bébé ce régime HYPER RESTRICTIF, que je ne peux pas me plaindre si je veux un enfant, que je devrais me sentir chanceuse en comparaison des mamanges ou de celles qui n’arrivent pas à avoir d’enfant, que c’est le début des responsabilités, mais je m’en fiche. Je n’aime pas cet état.
L'importance d'une prise en charge globale
Ce cercle vicieux souligne l’importance d’une prise en charge globale, tenant compte à la fois des aspects physiques et psychologiques de la maladie. Face à ces défis, il est essentiel de mettre en place une prise en charge globale et multidisciplinaire, intégrant à la fois les aspects médicaux et psychologiques du diabète gestationnel.
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Dépistage et évaluation psychologique
Un dépistage systématique des troubles psychologiques, tels que l'anxiété et la dépression, devrait être intégré au suivi médical des femmes atteintes de diabète gestationnel. Une évaluation psychologique précoce permet d'identifier les femmes les plus vulnérables et de leur proposer un soutien adapté.
Éducation thérapeutique et soutien émotionnel
Les programmes d'éducation thérapeutique jouent un rôle crucial dans l'accompagnement des femmes atteintes de diabète gestationnel. Ils permettent de renforcer leurs compétences en matière de gestion de la maladie, de les informer sur les risques et les complications potentielles, et de leur offrir un espace d'échange et de soutien émotionnel. Il apparait que les patientes comprennent les informations données sur le DG et sa surveillance. Elles se sentent réellement intégrées dans leur prise en charge ce qui facilite la communication avec les professionnels de santé. Cependant, elles n arrivent pas toujours à exprimer leurs émotions vis-à-vis du DG ce qui peut entrainer un stress supplémentaire ou de la culpabilité.
Soutien psychologique individuel ou en groupe
Un soutien psychologique individuel ou en groupe peut être proposé aux femmes qui présentent des difficultés émotionnelles ou des troubles psychologiques. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et la thérapie interpersonnelle (TIP) sont des approches psychothérapeutiques qui ont démontré leur efficacité dans la prise en charge de l'anxiété et de la dépression liées au diabète.
Implication du partenaire et de l'entourage
L'implication du partenaire et de l'entourage est essentielle pour soutenir la femme enceinte dans la gestion de son diabète gestationnel. Il est important de les informer sur la maladie, ses implications et les besoins spécifiques de la femme enceinte.
Médicaments
Parlez de votre mal-être avec votre médecin qui vous orientera, si nécessaire, vers un psychologue ou pourra vous prescrire un traitement antidépresseur, en fonction de vos symptômes.
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Accepter le diabète : un nécessaire travail de deuil
Le travail d’acceptation de la maladie et des contraintes thérapeutiques est comme un travail de deuil avec ses différentes phases. Après la sidération initiale (sorte de choc et d'anéantissement psychologique), suivie d'une phase de révolte, vous devez peu à peu apprendre à « faire avec », en réduisant psychologiquement les contraintes du traitement au temps qu’elles prennent. Cette acceptation passe en général par une phase dépressive temporaire où vous êtes résigné mais vous espérez vous en sortir…
Conseils pratiques pour mieux vivre le diabète gestationnel
- Informez-vous : Comprendre la maladie, ses causes, ses conséquences et les moyens de la gérer est essentiel pour se sentir plus en contrôle et moins anxieux.
- Communiquez : Exprimez vos émotions et vos préoccupations à votre entourage, à votre médecin ou à un psychologue. Ne restez pas seule avec vos difficultés.
- Prenez soin de vous : Accordez-vous des moments de détente et de plaisir. Pratiquez une activité physique régulière adaptée à votre état de grossesse. Adoptez une alimentation équilibrée et variée.
- Rejoignez un groupe de soutien : Échanger avec d'autres femmes qui vivent la même situation peut vous apporter un soutien précieux et vous aider à vous sentir moins isolée.
- Faites-vous accompagner : N'hésitez pas à demander l'aide d'un psychologue ou d'un autre professionnel de santé mentale si vous vous sentez dépassée par les événements.
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