Avant d'avoir un enfant ou de travailler dans le secteur de la petite enfance, beaucoup de personnes ignorent qu'il ne faut jamais donner d'eau à un nourrisson de moins de 6 mois. Même quand elles sont dans cette situation, certaines ne connaissent pas encore cette règle. Quand on l'apprend, il y a de quoi être surpris et se demander pourquoi, puisqu'un bébé ne peut pas boire d'eau, on mélange le lait infantile en poudre avec ce liquide. Le plus souvent, le lait infantile se présente sous forme de poudre. Pour qu'il reprenne une forme liquide, il faut le réhydrater. Le seul liquide autorisé pour procéder à cela est l'eau et c'est, dans ce cas, sans le moindre risque pour l'enfant, à condition de respecter la quantité indiquée sur l'emballage et de mettre la juste dose.
Il est essentiel de comprendre les risques potentiels liés à une surconsommation d'eau chez les nourrissons. Bien que l'eau soit essentielle à la vie, elle peut être dangereuse pour les bébés de moins de six mois si elle n'est pas administrée correctement. Cet article vise à informer les parents et les professionnels de la petite enfance sur les dangers d'une surconsommation d'eau chez les nourrissons, les conséquences potentielles sur leur santé et les précautions à prendre pour assurer une hydratation adéquate.
Pourquoi l'eau est-elle dangereuse pour les nourrissons de moins de 6 mois ?
"Le lait maternel est composé à 87 % d'eau et le lait infantile contient environ 85 % d'eau. Donner de l'eau seule ou mettre plus d'eau que la quantité recommandée dans le biberon de Bébé peut mettre sa santé en danger, souligne le Dr Rajan. "Les nouveaux-nés ont des reins qui font la moitié, ou moins, de la taille de ceux des adultes", explique-t-il. Ils sont encore en développement "donc ils ne sont pas suffisamment matures pour filtrer correctement de larges volumes d'eau". "L'eau supplémentaire dilue le sel dans le sang, provoquant une hyponatrémie - un taux de sodium très faible", ce qui peut causer un gonflement du cerveau, des convulsions et une intoxication hydrique. Une erreur du dosage de l'eau dans le biberon de bébé peut avoir une issue fatale. Un autre problème en diluant plus que nécessaire le lait infantile ou en donnant de l'eau à boire aux nourrissons, c'est que ceux-ci ont peu de place dans leur système digestif, et celui-ci se vide moins facilement.
Immaturité rénale
Les reins des nourrissons sont encore en développement et ne sont pas capables de filtrer efficacement de grandes quantités d'eau. Cela peut entraîner une surcharge hydrique et une dilution des électrolytes essentiels.
Risque d'hyponatrémie
L'eau supplémentaire dilue le sel dans le sang, provoquant une hyponatrémie, un taux de sodium très faible. Cette condition peut entraîner un gonflement du cerveau, des convulsions et une intoxication hydrique.
Lire aussi: Biberon : pourquoi bébé en demande-t-il autant ?
Interférence avec l'absorption des nutriments
L'eau peut remplir l'estomac du bébé, réduisant ainsi son appétit pour le lait maternel ou infantile, qui sont essentiels pour sa croissance et son développement.
Conséquences d'une surconsommation d'eau
Une surconsommation d'eau chez le nourrisson, même apparemment bénigne, peut engendrer plusieurs risques significatifs pour sa santé. L'eau pure, dépourvue de nutriments, dilue les électrolytes essentiels présents dans le sang, tels que le sodium, le potassium et le calcium. Ces électrolytes jouent un rôle crucial dans de nombreuses fonctions corporelles, notamment la régulation de l'équilibre hydrique, la transmission des impulsions nerveuses et la contraction musculaire. Une dilution excessive peut entraîner une hyponatrémie, une diminution dangereuse du taux de sodium dans le sang. Cette situation peut provoquer divers symptômes, allant de la fatigue et des vomissements à des troubles neurologiques plus graves, voire des convulsions dans les cas les plus sévères. De plus, la surconsommation d'eau peut surcharger les reins encore immatures du nourrisson, les forçant à travailler plus intensément pour éliminer l'excès d'eau. Cette surcharge peut à terme perturber leur fonctionnement normal et compromettre leur développement. La dilution des nutriments essentiels dans le sang, conséquence directe de l'excès d'eau, peut également entraver l'absorption et l'utilisation de ces éléments vitaux par l'organisme, affectant ainsi la croissance et le développement global du bébé.
Déshydratation paradoxale
Ironiquement, une surconsommation d'eau chez le nourrisson peut paradoxalement mener à une déshydratation. Ce phénomène, bien que méconnu, est une conséquence directe de la dilution des électrolytes dans le sang. En effet, lorsque l'organisme est confronté à un excès d'eau, les reins sont sollicités pour éliminer le surplus. Cependant, cette élimination se fait au détriment des électrolytes essentiels, notamment le sodium, qui jouent un rôle crucial dans la régulation de l'équilibre hydrique. L'élimination excessive de sodium entraîne une diminution de la concentration des électrolytes dans le sang, créant un déséquilibre osmotique. Ce déséquilibre provoque un déplacement de l'eau des cellules vers le sang, dans le but de diluer davantage le sodium. Ce phénomène, bien que visant à rétablir l'équilibre, paradoxalement aggrave la déshydratation cellulaire, car l'eau se retrouve dans le sang, mais les cellules sont déshydratées. La déshydratation cellulaire, même si le corps semble bien hydraté extérieurement, peut avoir des conséquences significatives sur le fonctionnement des cellules et des organes du nourrisson. Les symptômes peuvent être subtils et passer inaperçus, mais peuvent inclure une léthargie, une faible prise de poids, une peau sèche ou une diminution de la production d'urine. Il est important de noter que cette déshydratation paradoxale n'est pas toujours évidente à diagnostiquer, car l'enfant peut présenter des signes d'hydratation superficielle.
Troubles électrolytiques
Une surconsommation d'eau chez le nourrisson peut entraîner des troubles électrolytiques significatifs, impactant gravement le fonctionnement de son organisme. Les électrolytes, notamment le sodium, le potassium et le calcium, sont essentiels à de nombreuses fonctions vitales. Le sodium joue un rôle crucial dans la régulation de l'équilibre hydrique, la transmission des influx nerveux et la contraction musculaire. Une carence en sodium, due à une dilution excessive par un apport hydrique excessif, peut conduire à une hyponatrémie, provoquant une faiblesse musculaire, des vomissements, des convulsions, voire un coma dans les cas les plus graves. Le potassium est également vital pour la fonction cardiaque et la contraction musculaire. Son taux diminué, conséquence d’une dilution excessive, peut engendrer des troubles du rythme cardiaque, une faiblesse musculaire et des problèmes digestifs. Le calcium, quant à lui, est indispensable à la formation des os, à la coagulation sanguine et à la contraction musculaire. Une carence en calcium peut entraîner une faiblesse osseuse, des problèmes de coagulation et des troubles musculaires. Ces déséquilibres électrolytiques peuvent affecter différents systèmes de l'organisme. Le système nerveux peut être particulièrement sensible, avec des manifestations allant d'une simple irritabilité à des convulsions. Le système cardiovasculaire peut également être impacté, avec des troubles du rythme cardiaque et une hypotension. Le système musculaire peut souffrir de faiblesse et de crampes. Enfin, le système digestif peut être affecté par des vomissements, de la diarrhée ou des troubles de la motilité intestinale. L'impact sur le développement du nourrisson est considérable, car ces troubles peuvent perturber la croissance, le développement neurologique et la maturation des organes.
Impacts sur le développement moteur et intellectuel
Une alimentation inadéquate, notamment une surconsommation d'eau qui dilue les nutriments essentiels, peut avoir des conséquences néfastes sur le développement moteur et intellectuel du nourrisson. Le cerveau, en pleine croissance durant les premiers mois de vie, a des besoins nutritionnels spécifiques pour son développement optimal. Les nutriments contenus dans le lait maternel ou les laits infantiles adaptés sont essentiels à la formation des connexions neuronales, à la myélinisation des fibres nerveuses et à la maturation des différentes zones cérébrales. Une carence en nutriments, causée par une dilution excessive due à un apport hydrique trop important, peut perturber ces processus cruciaux. Cela peut se traduire par des retards de développement moteur, tels que des difficultés à tenir la tête, à s'asseoir, à ramper ou à marcher. De même, des retards de développement intellectuel peuvent survenir, se manifestant par des difficultés d'apprentissage, des troubles de la concentration, des problèmes de langage ou un retard dans l'acquisition de nouvelles compétences. La myélinisation, processus essentiel pour la transmission rapide et efficace des impulsions nerveuses, peut également être affectée, impactant les performances cognitives et motrices. La carence en certains nutriments, comme les acides gras essentiels, les vitamines et les minéraux, peut avoir des répercussions à long terme sur les capacités cognitives et les performances scolaires de l'enfant. Il est important de souligner que ces impacts ne sont pas toujours immédiats et peuvent se manifester progressivement au cours des premières années de vie.
Lire aussi: Excédent de trimestres retraite : que faire ?
Quand et comment donner de l'eau à un nourrisson ?
L’eau est déconseillée aux bébés de moins de six mois. Tant que le sevrage de votre bébé n’a pas commencé, tous ses besoins en eau sont couverts par le lait maternel (majoritairement composé d’eau) ou artificiel. À partir du moment où vous commencez la diversification alimentaire, ce qui peut se faire dès 4 mois chez certains enfants, vous pourrez proposer un peu d’eau à votre bébé.
À partir de 6 mois
Une fois que votre bébé a 6 mois, vous pouvez lui donner à boire de l’eau, mais toujours en petites quantités. L’eau ne doit pas remplacer le lait maternel ou infantile. La première année de sa vie, l’eau est considérée comme un « plus », elle n’est pas nécessaire en soi : l’objectif est surtout de l’habituer à boire autre chose que du lait, sans le forcer.
Comment donner de l’eau
La meilleure méthode pour donner de l’eau à un nourrisson (de plus de 6 mois) est de lui en donner une petite quantité dans un gobelet antifuite. C’est pour cette raison que la diversification est le moment idéal pour commencer à donner de l’eau à un nourrisson. Cela l’aide aussi à prendre de bonnes habitudes.
Quelle eau choisir pour les nourrissons ?
La qualité de l'eau utilisée pour la préparation du biberon est un élément important, il en va de la santé de l'enfant. Il est préférable d’utiliser de l’eau froide du robinet, jamais filtrée ni adoucie, afin de limiter le risque de contamination. Une eau stagnante dans les canalisations peut contenir des microbes et des bactéries. Pour éviter le moindre risque, il est préférable de la laisser couler une minute avant de remplir le biberon. Si le robinet possède un diffuseur, nettoyez-le régulièrement avec du vinaigre blanc. Pour les bébés vivant dans un immeuble ancien, une vérification de la présence de plomb dans l’eau est recommandée. L’utilisation d’eau en bouteille est une alternative, à condition qu’elle porte la mention "convient pour la préparation des aliments des nourrissons". Toute bouteille entamée doit être réfrigérée et consommée en 24 heures.
Il n’y a pas de « meilleure » eau pour un bébé, à partir du moment où celui-ci a plus de 6 mois. L’eau du robinet peut tout à fait convenir si elle est potable (ce qui peut mériter vérification juste pour être sûr). Il faut simplement privilégier les eaux en bouteille faiblement minéralisées.
Lire aussi: Ventre de grossesse et vêtements compressifs
Eau du robinet
Selon l'ANSES, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, l'eau du robinet peut également convenir à la préparation du biberon ou à l’hydratation. Toutefois, il faut vérifier de près sa composition, sur demande à la mairie, à l’Agence de l’eau ou à l’Agence régionale de santé dont vous dépendez. Voici les conditions d’utilisation :
- Sa teneur en minéraux : un résidu sec inférieur à 500mg/L
- Son taux de nitrates, il doit être inférieur à 10 mg/L la limite réglementaire pour l’eau du robinet étant de 50 mg par litre trop élevé pour bébé
- Sa teneur en Calcium qui doit être inférieur à 100mg/L pour les nourrissons
- Sa teneur en Sodium qui doit être inférieur à 200mg/l pour les bébés
Eau en bouteille
Vous pouvez donner de l’eau de source ou de l’eau minérale à votre enfant, à condition de bien vérifier qu’elle est faiblement minéralisée, non gazeuse et porte la mention « Convient pour la préparation des aliments des nourrissons ».
Préparation correcte du biberon
Préparer correctement le biberon est crucial pour assurer une alimentation saine et équilibrée au nourrisson, évitant ainsi les risques liés à une surconsommation d'eau ou à des dilutions inappropriées. Tout d'abord, il est essentiel de suivre scrupuleusement les instructions du fabricant concernant les quantités de lait en poudre ou de lait liquide à utiliser. Utiliser une quantité insuffisante de lait par rapport à la quantité d’eau recommandée peut entraîner une dilution excessive du lait, réduisant l'apport en nutriments essentiels. Inversement, une quantité excessive de lait peut créer un biberon trop concentré, pouvant causer des problèmes digestifs chez le bébé. L’utilisation d’une balance précise pour peser la poudre est recommandée pour une préparation optimale. Il est également important de veiller à la propreté du matériel utilisé : biberons, tétines et ustensiles de préparation doivent être soigneusement nettoyés et stérilisés avant chaque utilisation. Une eau potable et fraîche doit impérativement être utilisée pour la préparation du biberon. Il est recommandé d'utiliser de l'eau en bouteille spécialement conçue pour les nourrissons, ou de faire bouillir de l'eau du robinet pendant au moins une minute avant de la laisser refroidir.
La règle d'or : une mesurette pour 30 ml d'eau
La règle d’or, martelée par tous les pédiatres et professionnels de santé, est « une mesurette pour 30 ml d’eau ». Cette règle n’est pas une suggestion, mais une instruction de sécurité vitale. Il ne faut jamais, sous aucun prétexte, ajouter une dose de poudre de lait supplémentaire ou faire des mesurettes « bombées ». Cette règle est la seule qui garantit que le lait reconstitué aura la bonne concentration en protéines, en lipides, en glucides, en sel et en minéraux pour être digéré et assimilé correctement par le corps du bébé.
tags: #trop #d #eau #dans #biberon #conséquences