Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ne sont pas l'apanage de l'adulte. Ils peuvent se manifester dès l'enfance, bouleversant le quotidien des jeunes patients et de leurs familles. Il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les solutions pour accompagner au mieux ces enfants.
Qu'est-ce que le Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC) ?
Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC) sont des maladies chroniques qui déclenchent des pensées répétitives, incontrôlables et dérangeantes. Ces pensées, appelées obsessions, sont la source d’une grande anxiété pour les personnes qui les vivent. Pour tenter de réduire cette anxiété, l'enfant met en place des comportements répétitifs, appelés compulsions ou rituels.
Le trouble obsessionnel compulsif se définit comme une maladie psychique chronique faisant partie des troubles anxieux graves. Cette maladie se présente sous la forme d’obsessions et de compulsions qui peuvent apparaître simultanément ou isolément. Elle est caractérisée par le fait de répéter constamment les mêmes gestes ou les mêmes comportements. Les TOC impactent fortement le quotidien des personnes atteintes de ces maladies psychiques.
Bien qu’ils soient souvent associés, les tics sont différents des TOC. Ils ne sont pas liés à une idée obsédante ou à un rituel. Un tic est un geste isolé qui n’a pas nécessairement de facteur psychique. Il peut également être transmis par mimétisme. De même, il ne faut pas confondre les TOC avec les névroses qui ne sont pas exactement les mêmes procédés. Ces deux troubles ne couvrent pas exactement les mêmes réalités.
Les Obsessions et les Compulsions : Les Deux Piliers du TOC
Il existe de nombreux types de troubles obsessionnels compulsifs. On les classe régulièrement en 2 grandes parties :
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Les Obsessions
Les obsessions (TOC) sont des pensées ou des impulsions récurrentes et envahissantes qui concernent des thèmes en particulier. Elles concernent principalement la saleté, la contamination, le sacrilège, la sexualité, le désordre ou encore la peur d’être responsable de tragédies. Les obsessions surgissent sans raison, de façon récurrente et intrusive et surtout, contre la volonté de l’individu. Elles sont douloureuses et peuvent parfois être dégoûtantes ou inacceptables. Elles sont la cause d’angoisse, de stress chronique et de souffrance au quotidien.
Les Compulsions
Les compulsions sont des actes mentaux ou des comportements répétitifs que l’individu réalise de manière obligatoire pour chasser les obsessions ou éviter l’anxiété. Ils ne sont pas effectués par plaisir. Il peut s’agir de vérifications excessives, de lavages de mains, de rangements précis, de comptage, de répétition, de prière…
Exemples de TOC chez l'Enfant
Il existe autant de TOC qu’il y a d’individus. Cependant, on peut lister certains troubles répandus :
- Se laver 50 à 100 fois les mains par jour par peur d’être sale
- Vérifier sans cesse d’avoir éteint les lumières ou le gaz par peur de l’oubli
- Être obsédé(e) par la transgression (phobie de faire un geste indécent en public)
- Besoin déraisonnable de ranger et d'ordonner les objets de manière symétrique
- Rituels de vérification : c’est-à-dire s’assurer constamment que les lampes sont bien éteintes, que la porte est fermée, etc.
Il existe une liste quasi infinie de TOC tant les thèmes d’obsession sont variés.
Symptômes des TOC chez l'Enfant
Chez l’enfant et l’adolescent, les symptômes des TOC sont souvent des rituels d’ordre, de rangement et de répétition.
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Les deux principaux symptômes des TOC sont :
- L’envahissement par des pensées douloureuses, dérangeantes, inappropriées et surtout récurrentes, sans raison.
- Des comportements répétitifs et difficiles à maîtriser que l’individu se sent obligé de faire.
Ces symptômes mettent l’individu en difficulté dans sa vie personnelle, familiale, professionnelle et sociale.
Pendant l’enfance, les jeunes patients obsessionnels compulsifs présentent surtout des rituels de répétition, d’ordre et de rangement, et de peur de nuire à des proches par un comportement inapproprié ou par de mauvais résultats scolaires. Les troubles obsessionnels fatiguent les enfants et perturbent leur scolarité et leur vie sociale. En particulier, les rituels liés à la vie scolaire (vérifications incessantes des exercices, répétitions des devoirs, etc.) interfèrent avec la qualité de leur travail et leur participation en classe.
Causes des TOC chez l'Enfant
Les causes des TOC sont multiples. Ces dernières peuvent être liées à des facteurs :
- Génétiques
- Biologiques
- Environnementaux
D’ailleurs, des recherches scientifiques ont prouvé que certains changements d’équilibre et de niveau des substances chimiques au niveau du cerveau peuvent provoquer les TOC. De même, le TOC peut se développer après avoir été sujets à certaines infections bactériennes, notamment les infections à streptocoques ou après un traumatisme crânien.
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De nombreux patients atteints de TOC ont des proches eux-mêmes atteints de TOC, de tics ou de troubles anxieux graves.
L’apparition des TOC peut être liée à un dysfonctionnement des neuromédiateurs (en d’autres termes, un dysfonctionnement du cerveau) au niveau de la dopamine, la sérotonine ou la vasopressine. En effet, chez certaines personnes atteintes de TOC, certaines zones du cerveau sont en hyperactivité anormale. De même, le dérèglement du système immunitaire peut être à l’origine de la production d’anticorps dirigés vers le cerveau. Cela peut notamment provoquer des TOC précoces chez les enfants.
Dans 30 % des cas, les TOC sont déclenchés après un stress important ou un traumatisme. Cependant, les facteurs psycho traumatiques sont davantage des révélateurs que des causes directes.
L’héritabilité est globalement estimée à 27-49 %, et ce chiffre monte à 65 % chez les personnes dont les symptômes surviennent lors de l’enfance ou l’adolescence.
Diagnostic Différentiel
Il est important de distinguer les TOC des comportements normaux de l'enfance. Les rituels développementaux sont très fréquents entre 3 et 5 ans (jeux répétitifs, rituels du coucher) qui n’entraînent pas de handicap particulier et visent à favoriser l’adaptation maturative du jeune enfant.
Il est également important de différencier les TOC des troubles du spectre autistique (TSA). Les enfants atteints de TSA ont fréquemment des comportements stéréotypés, répétitifs qui pourraient évoquer des compulsions. De même, le syndrome de Gilles de la Tourette peut être confondu avec les TOC. Les enfants présentent des tics moteurs (mouvements involontaires et répétés comme sautiller…) ou vocaux (langage grossier…) complexes souvent caractéristiques. Cependant, certains tics moteurs complexes peuvent prendre l’aspect d’une compulsion et peuvent être difficiles à identifier.
Traitements et Solutions pour les TOC chez l'Enfant
En cas de troubles obsessionnels compulsifs, il est indispensable de consulter. En effet, certains patients pensent à tort qu’il n’y a pas de prise en charge possible. Pourtant, c’est le cas, et c’est indispensable si l’on souhaite éradiquer ses TOC.
Pour prendre en charge et traiter ses troubles, il faut consulter un psychiatre. Ce dernier pourra vous prescrire des médicaments pour vos TOC en cas de besoin, mais aussi une thérapie.
Dans un premier temps, une information détaillée du trouble doit être donnée au patient ainsi qu’à sa famille, permettant de mieux comprendre les troubles comportementaux associés. Il est également souhaitable que les équipes pédagogiques puissent être informées afin d’aménager au mieux la scolarité des enfants les plus sévèrement atteints. Du fait de l’impact majeur d’un tel trouble sur le fonctionnement familial, l’implication des parents dans le projet de soins est indispensable.
Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC)
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est considérée de manière consensuelle comme le traitement de première intention à privilégier chez les enfants prépubères et chez les adolescents ayant des formes légères de TOC. La TCC va permettre à l’enfant de modifier ses comportements anxieux et d’apprendre à mieux réguler ses pensées et ses émotions. Mais pour qu’elle fonctionne, il faut pratiquer les exercices dans la vie quotidienne. C’est une thérapie active !
L’exposition avec prévention de la réponse (EPR) est le traitement de choix et repose sur des modalités extrêmement proches de celles de l’adulte. Elle doit cependant être adaptée à l’âge de l’enfant. Dans cette technique, le patient est exposé à la situation qui provoque des pensées obsessives et encouragé à répondre à cette situation autrement que par le rituel (par exemple : toucher un objet et attendre pour se laver les mains…). L’objectif est d’apprendre aux jeunes patients à réduire leurs rituels en s’exposant et à prendre de la distance par rapport à leurs obsessions.
La thérapie peut être réalisée en individuel ou en groupe selon les préférences du patient ou de ses parents.
Les TCC sont des thérapies qui durent en moyenne de trois à six mois. Elles impliquent une coopération étroite entre le jeune patient et le thérapeute. « Les TCC sont basées sur la psychoéducation. La TCC débute par une évaluation des symptômes et des circonstances de déclenchement des troubles. Après ce premier diagnostic, le thérapeute formé aux TCC (psychiatre ou psychologue) et le patient vont définir un certain nombre d’objectifs.
Les thérapies comportementales et cognitives sont très efficaces sur les symptômes anxieux et améliorent la qualité de vie des jeunes patients à court et moyen terme. « On obtient près de 80 % de guérison à un an.
Médicaments
Si la réponse à la TCC est insuffisante ou chez les enfants et adolescents atteints de formes sévères de TOC, et après un avis spécialisé, un traitement médicamenteux peut être proposé en association avec la thérapie cognitivo-comportementale.
Les traitements de première intention sont des antidépresseurs de la classe des inhibiteurs spécifiques de recapture de la sérotonine. Les traitements antidépresseurs sont prescrits pour une durée minimale de 10 à 12 semaines, pour observer la réponse thérapeutique.
Dans le cas où les TOC sont causés par un dysfonctionnement des neuromédiateurs comme la sérotonine, il est possible d’utiliser des médicaments - et plus particulièrement des antidépresseurs - pour traiter les troubles obsessionnels compulsifs. On peut notamment utiliser de la fluvoxamine, de la fluoxetine, de la sertraline, de la paroxetine, de l’escitalopram ou encore du citalopram. Les effets sont généralement efficaces après plusieurs semaines. Le problème majeur de ces médicaments sont les effets indésirables, assez nombreux. Il y a parmi eux des risques d’altération de l’humeur. L’arrêt du traitement par antidépresseurs doit être progressif. L’arrêt se fait sur plusieurs mois et doit impérativement être décidé - et suivi - par le psychiatre.
Soutien Familial et Conseils aux Parents
- Ne participez pas aux rituels. Il vous est difficile de voir votre enfant en souffrance dans des petits actes du quotidien. Il arrive que pour l’apaiser ou pour gagner du temps vous réalisiez certaines choses à sa place. En réagissant ainsi, vous lui permettez d’éviter de se confronter à ce qui lui fait peur et vous limitez la possibilité pour lui de sentir son anxiété diminuer naturellement. Plus votre enfant évite une situation qui l’inquiète, plus il se sent incapable de l’affronter à nouveau.
- Restez vigilant. Certes, il n’est pas possible de supprimer tous les rituels, mais vous pouvez veiller à ce qu’ils n’augmentent pas.
- Séparez le TOC et votre l’enfant. Au lieu de dire « tu n’arrêtes pas de faire tes compulsions, tu m’énerves », vous pouvez dire « je vois que le TOC t’embête beaucoup aujourd’hui ».
- Ça y est, pour une fois, vous pouvez encourager votre enfant à désobéir… au TOC ! Vous pouvez même ensemble lui donner un nom : place à la créativité ! Cette personnification va être utile à votre enfant pour moins culpabiliser sur les obsessions. Et surtout cela vous permet d’être partenaire, vous et votre enfant, face à un ennemi commun : Le TOC.
- Veillez à apaiser la tension au sein de la famille. Certaines situations peuvent amener à des conflits. La tension dans la famille se rajoute à l’anxiété ressentie par l’enfant, qui va chercher à s’apaiser par le moyen qu’il a déjà trouvé : les compulsions.
- Introduisez des temps de détente. Vous pouvez proposer à votre enfant des exercices de yoga et de respiration, de relaxation guidée. Il est cependant recommandé d’éviter les relaxations qui laissent trop libre court au flux de pensées et qui pourraient favoriser l’émergence d’obsessions (on évitera la méditation, par exemple).
- Prenez soin de vous en tant que parent.
- Informez-vous. Prenez le temps de mieux connaître ce trouble. Des livres et des ressources Internet sont à votre disposition.
- Expliquez le TOC au reste de la fratrie. Pour limiter les risques de conflits, il peut être utile d’expliquer aux frères et/ou sœurs de votre enfant les difficultés qu’il rencontre et qui justifient l’attention particulière que vous lui témoignez.
- Trouvez de l’inspiration. Écoutez, regardez, lisez des témoignages de personnes qui racontent leur parcours pour favoriser la motivation.
- Faire une hiérarchie des compulsions. Avec votre enfant, faites une liste des compulsions ou des choses qu’il s’empêche de faire. Classez-les de la plus facile à diminuer à la plus difficile. Attention, n’introduisez jamais les expositions par surprise, à l’improviste.
- Fixer un objectif atteignable. Prenez un moment pour mettre en place un plan de bataille avec votre enfant pour choisir une compulsion à laquelle vous allez vous « attaquer ». Ne fixez pas des objectifs trop élevés, cela risquerait de décourager votre enfant.
- Vérifier si l’exercice est faisable. Demandez à votre enfant : « Est-ce que ça te semble faisable ? Est-ce que tu t’en sens capable ? Comment puis-je faire pour t’aider à résister à la compulsion? ». Son implication personnelle est cruciale : c’est lui l’acteur de son changement ! Que l’enfant ajuste lui-même l’objectif s’il lui paraît trop difficile, n’imposez pas votre avis.
- Observer l’anxiété. Proposez à l’enfant de faire un tableau de progression : sur une échelle de 1 à 10, quelle était son anxiété au début de l’exercice ? Et 20 secondes plus tard ? L’exercice s’arrête lorsque l’anxiété diminue à moitié. Par exemple, si votre enfant a choisi une situation avec le niveau d’anxiété initiale à 6, il va attendre qu’elle baisse à 3.
- Tester l’exercice choisi. Laissez l’enfant faire l’exercice une première fois pour voir s’il est réalisable. Il est toujours possible de diminuer le niveau des exigences si l’exercice paraît trop compliqué. Vous pouvez remettre l’exercice dans la liste à accomplir plus tard et choisir pour aujourd’hui une situation moins anxiogène.
- Surveiller les compulsions et les évitements. Pour que l’enfant arrive à sentir une baisse naturelle de l’anxiété la fin de l’exercice, il est important de veiller à ce qu’il ne fasse pas ses compulsions ou des choses qui détournent son attention de l’exercice (chanter, lire) : cela fonctionnerait comme un évitement. Souvenez-vous : pour expérimenter le phénomène d’habituation votre enfant doit pleinement se confronter à l’anxiété.
- Proposez-vous en tant que personne de confiance pour observer l’exercice. Ne grondez pas votre enfant s’il a réalisé une compulsion pendant l’exercice.
- Répéter. Il est crucial de pouvoir refaire plusieurs fois le même exercice d’exposition pour que l’enfant s’habitue à la situation.
- Favoriser la motivation. Les compulsions ne vont pas diminuer du jour au lendemain, donc il est important de maintenir la motivation de l’enfant à long terme.
- Lutter contre les temps morts. Plus votre enfant s’ennuie ou n’a pas d’activité plus cela laissera du temps libre pour le TOC, essayer de planifier la journée et de la rythmer avec des activitées.
- Féliciter votre enfant. C’est très courageux d’affronter sa peur. Montrez que vous voyez ses efforts et que vous êtes fier de lui. S’il n’a pas réussi à faire l’exercice, félicitez-le d’avoir fait l’effort d’essayer !
Idées Fausses sur les TOC
Il est important de déconstruire certaines idées fausses sur les TOC :
- Une obsession, c’est juste une pensée. Ces pensées ne sont que des pensées. Ne cherchez pas à faire des interprétations sur une signification que révélerait ces obsessions. Il n’y a rien à comprendre sur la thématique en elle-même. Il nous arrive à tous d’avoir des pensées inhabituelles, excessives ou saugrenues. Elles ne signifient pas que l’enfant a de mauvaises intentions, elles révèlent juste que l’enfant a un TOC.
- Ce ne sont pas des pensées magiques. Certains enfants ont peur que leurs pensées se réalisent.
- On ne peut pas résister aux pensées… Les pensées viennent et partent comme bon leur chante. Il est difficile d’éviter de penser à quelque chose volontairement ! Faites un petit test chacun à votre tour. La consigne : interdiction de penser à un ours polaire pendant 3 minutes. A chaque fois que vous y pensez, levez la main.
- …Mais votre enfant est le maître de ce qui se passe dans sa tête ! Proposez à l’enfant d’inventer un petit personnage du TOC pour mettre à distance ces pensées et dédramatiser.
- Le doute fait partie de la vie. Le TOC est souvent construit autour de quelque chose de réel. Effectivement, les microbes, les maladies et des catastrophes sont présents dans nos vies. Il peut être dangereux de rentrer dans des discussions sur la probabilité ou sur la réalité de ces peurs il faut aussi accepter que l’on ne peut pas tout contrôler.
- On peut penser différemment. Prenez l’exemple du copain de votre enfant qui n’a pas forcément besoin de vérifier autant ou de se laver les mains après avoir touché une poignée de porte à l’intérieur de la maison.
- Quelle est la probabilité que l’événement redouté arrive ? Si votre enfant croit qu’il y a une grande chance que l’événement se réalise, proposez-lui un petit calcul de probabilité. Multipliez l’âge de l’enfant par 365, et vous voilà avec le nombre de jours vécus depuis sa naissance.
L'Importance d'une Prise en Charge Précoce
Les troubles obsessionnels compulsifs apparaissent souvent chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte jeune. Il est essentiel de ne pas laisser la situation se détériorer. Savez-vous qu’en France, la première consultation pour ce type de problèmes survient près de 10 ans après leur début? Souvent, à ce stade, les conséquences sont déjà graves sur la vie personnelle, le handicap important (plusieurs heures de TOC par jour), et sont plus difficiles à guérir.
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