Loading...

La Théorie des Univers Féconds : Une Vulgarisation

La théorie des univers féconds, souvent vulgarisée à travers l'expérience du "chat de Schrödinger" et l'hypothèse des "mondes multiples", propose une vision fascinante et déroutante de la réalité. Cette théorie, issue des réflexions sur la mécanique quantique, suggère que l'univers se divise constamment en une multitude de mondes parallèles à chaque instant. Cet article explore cette théorie, ses implications philosophiques et scientifiques, et les débats qu'elle suscite.

L'Expérience du Chat de Schrödinger et les Mondes Multiples

Pour comprendre la théorie des univers féconds, il est essentiel de se familiariser avec l'expérience mentale du chat de Schrödinger. Imaginée par Erwin Schrödinger, cette expérience met en scène un chat enfermé dans une boîte avec un dispositif qui a une chance sur deux de libérer du cyanure et de tuer le chat. Tant que la boîte reste fermée, le chat est considéré comme étant à la fois mort et vivant, dans un état de superposition quantique.

L'interprétation des "mondes multiples" de cette expérience propose que, lors de l'ouverture de la boîte, l'univers se divise en deux : dans un univers, le chat est vivant, et dans l'autre, il est mort. Chaque possibilité se réalise, donnant naissance à des univers parallèles distincts.

La Conscience et les Bifurcations Universelles

Une question cruciale soulevée par cette théorie est celle de la conscience individuelle. Si l'univers se divise à chaque instant, notre conscience se divise-t-elle également pour coexister simultanément dans ces mondes parallèles ? Paul Jorion répond négativement à cette question.

Pour illustrer ce concept, on peut remplacer le chat par un être humain. Si cet être humain est à la fois mort et vivant dans deux univers différents, on peut supposer que, dans le monde où il est mort, son cadavre est privé de conscience, tandis que dans le monde où il est en vie, son corps continue à être doué de conscience.

Lire aussi: Parenté et Conceptions Indigènes aux Trobriand

Un exemple frappant est celui d'une vision d'accident où l'on perçoit brièvement une personne morte avant de la voir vivante. Cette expérience peut être interprétée comme un bref passage dans un monde où l'accident s'est produit, suivi d'un retour dans le monde où la personne est en vie. Cette vision ne suppose-t-elle pas la brève coexistence de deux états de choses incompatibles, qui se résoudrait comme en mécanique quantique par la synthèse soudaine de deux états également possibles et jusque-là superposés (la fameuse « réduction du train d’ondes ») ? Certains rescapés d'un état "proche de la mort" rapportent d'ailleurs avoir éprouvé le sentiment que leur conscience "survole" la scène où leur corps lutte entre la vie et la mort.

Implications Philosophiques et Scientifiques

La théorie des mondes multiples a des implications profondes sur notre compréhension de la réalité, du déterminisme et de la nécessité.

  • Le Déterminisme et la Nécessité: Le prix ontologique à payer pour l'existence parallèle de myriades de mondes contingents est la nécessité en soi de chacun de ceux-ci, c'est-à-dire la nécessité intrinsèque de chaque événement qui y intervient, au sein de sa propre séquence - ce que l'on est convenu d'appeler « déterminisme ». Prenons l’exemple d’une succession peu probable d’événements : ma mère survit à la IIème guerre mondiale en raison des circonstances suivantes. Sa propre mère, ma grand-mère - non-juive - meurt en 1941, en Belgique occupée, d’un cancer à évolution très rapide. Au sein d’une approche de type « mondes multiples », mon interrogation n’a cependant pas lieu d’être : ma propre existence suppose automatiquement qu’au sein du monde qui est le mien.

  • La Stratégie de Vie et la Persistance dans l'Erreur: S'il existe certaines stratégies de vie concurrentes où le choix malheureux signifie la mort inéluctable de celui qui le pose, son auteur ne s'en apercevra jamais, sa conscience de soi restant nécessairement attachée à celui (ou ceux) des mondes multiples où il reste en vie - quelque soit la faible probabilité du scénario auquel celui-ci (ou ceux-ci) correspond(ent). Il ne s'apercevra donc pas que son choix fut en réalité malencontreux. Cette stratégie se poursuivra jusqu'au moment où il se heurtera à une situation où sa probabilité de survie sera devenue cette fois objectivement nulle. Ce phénomène expliquerait une observation faite par les psychologues - évoquée dans le contexte de l’irrationalité des comportements des joueurs compulsifs - la persistance dans l’erreur propre à l’espèce humaine, et qui la distingue à ce point de vue des autres animaux.

  • Le Théorème de la Roulette Russe: Dans la perspective des mondes multiples, la roulette russe est une activité sans risque et qui peut rapporter gros. Le joueur s'en sort - du moins dans sa propre histoire, celle à laquelle s'attache sa conscience de soi - tant qu'il existe dans l'éventail des scénarios possibles, au moins l'un où il reste en vie. Bien sûr, dans la vie des autres, il meurt nécessairement une fois sur six, mais pour ce qui est de la sienne propre, le risque est nul qu'il disparaisse du fait de sa participation au jeu.

    Lire aussi: Félix Pouchet et la fécondation

  • La Providence et les Dénouements Heureux: Le concept classique de providence désigne ce principe que chacun observe à l'œuvre pour ce qui touche à sa propre existence. Ceci explique en particulier pourquoi une proportion importante de situations fortement compromises connaissent cependant un dénouement heureux, dit "providentiel", et ceci en dépit de la probabilité objectivement faible de tels retournements de situation.

  • La Nécessité de l'Existence: Ma conscience se manifeste nécessairement au sein du seul monde où mon existence est possible. Mais comme il s'agit, parmi la multitude des mondes avérés, du seul où mon existence est à même de se manifester, au sein de ce monde singulier, mon existence n'est pas contingente mais nécessaire : ce monde singulier et mon existence en son sein sont consubstantiels. Y étant nécessaire, ma présence au sein du monde auquel je participe est ontologiquement non-problématique.

Critiques et Débats

La théorie des univers féconds n'est pas sans susciter des critiques et des débats. Certains scientifiques et philosophes remettent en question sa vérifiabilité empirique et son apport réel à notre compréhension de l'univers. D'autres s'interrogent sur les implications éthiques et morales d'une réalité où toutes les possibilités se réalisent.

Un débat intellectuel a eu lieu récemment dont l’objet était que les philosophes se méprennent le plus souvent quant à la signification des positions défendues par les scientifiques, la portée épistémologique des théories et des faits à partir desquels ils construisent une argumentation philosophique leur échappant en réalité, si bien que, contrairement à ce qu’ils imaginent, les philosophes ne bâtissent pas à partir de la science, mais se contentent d’y trouver, de manière très lâche, une « source d’inspiration ». Une occasion m’est offerte ici de répondre indirectement à cette accusation en mettant en évidence ce qui se produit quand un philosophe prend au sérieux ce que disent les scientifiques, en l’occurrence pour ce qui touche à la théorie dite des « mondes multiples » qui suppose que l’univers se fend de manière incessante en une multitude de mondes parallèles.

Lire aussi: Théorie de la relativité : qui l'a créée ?

tags: #théorie #des #univers #féconds #vulgarisation

Articles populaires:

Share: