Introduction
La dydrogestérone est un progestatif de synthèse administré par voie orale, utilisé principalement pour pallier une insuffisance en progestérone endogène. Elle est souvent prescrite dans le cadre de traitements hormonaux substitutifs (THS) et pour traiter divers troubles liés à un déséquilibre hormonal. Cet article explore en détail l'utilisation de la dydrogestérone, en particulier en relation avec l'aménorrhée (absence de règles), en abordant ses mécanismes d'action, son efficacité, ses précautions d'emploi et ses effets secondaires potentiels.
Qu'est-ce que la dydrogestérone ?
La dydrogestérone est un progestatif actif par voie orale qui induit une sécrétion endométriale adéquate après stimulation de l'endomètre par des œstrogènes. Elle offre ainsi une protection contre l'hyperplasie de l'endomètre et les carcinomes induits par les œstrogènes. Son indication principale est l'insuffisance en progestérone endogène.
Mécanisme d'action
La dydrogestérone agit en mimant l'action de la progestérone naturelle. Après administration orale, elle est rapidement absorbée et métabolisée en 20 α-dihydrodydrogestérone (DHD), son principal métabolite actif. La DHD atteint son pic de concentration plasmatique environ 1,5 heure après l'administration. Les métabolites formés conservent la configuration en 4,6-diène-3-one de la dydrogestérone, sans hydroxylation en 17α.
Pharmacocinétique
Après administration orale, la dydrogestérone est rapidement absorbée, avec un Tmax (temps pour atteindre la concentration maximale) compris entre 0,5 et 2,5 heures. Après administration intraveineuse, le volume de distribution à l'état d'équilibre est d'environ 1400 litres. La dydrogestérone est principalement métabolisée en DHD, dont les concentrations plasmatiques sont considérablement plus élevées que celles de la dydrogestérone. Les rapports DHD/dydrogestérone pour l'aire sous la courbe (ASC) et la Cmax (concentration maximale) sont respectivement de l'ordre de 40 et 25. Les demi-vies d'élimination de la dydrogestérone et de la DHD varient respectivement entre 5 et 7 heures et entre 14 et 17 heures. En moyenne, 63 % de la dose administrée est excrétée dans les urines, et l'élimination est complète en 72 heures. La clairance plasmatique totale est de 6,4 l/min. Les pharmacocinétiques des doses uniques et répétées sont linéaires sur l'intervalle de concentrations de 2,5 à 10 mg.
Indications de la dydrogestérone
La dydrogestérone est indiquée dans plusieurs situations cliniques, notamment :
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- Insuffisance lutéale : Pour soutenir la phase lutéale du cycle menstruel, souvent en cas de difficultés à concevoir.
- Troubles menstruels : Pour régulariser les cycles menstruels irréguliers.
- Aménorrhée secondaire : Pour induire des saignements de privation après une phase d'imprégnation œstrogénique.
- Traitement hormonal substitutif (THS) : En association avec des œstrogènes pour réduire le risque d'hyperplasie endométriale chez les femmes ménopausées ayant un utérus.
- Métrorragies et spottings : Pour traiter les saignements anormaux, en particulier lorsqu'ils sont liés à un déséquilibre hormonal.
Dydrogestérone et aménorrhée
L'aménorrhée, ou absence de règles, peut avoir diverses causes, notamment des déséquilibres hormonaux. La dydrogestérone peut être utilisée pour traiter l'aménorrhée secondaire, c'est-à-dire l'absence de règles chez une femme qui a déjà eu des cycles menstruels réguliers.
Dans ce contexte, la dydrogestérone est généralement prescrite après une phase de stimulation œstrogénique, afin de simuler un cycle menstruel normal. Les œstrogènes préparent l'endomètre, et la dydrogestérone provoque ensuite une sécrétion endométriale, suivie d'une desquamation (saignements de privation) à l'arrêt du traitement.
Posologie et administration
La posologie de la dydrogestérone varie en fonction de l'indication et de la réponse individuelle de la patiente. En général, les prises doivent être réparties régulièrement sur la journée lors de l'administration de plusieurs comprimés. Il est crucial de suivre les indications du médecin et de ne pas modifier la posologie sans avis médical.
Précautions d'emploi et contre-indications
Avant de débuter un traitement par dydrogestérone, il est essentiel de réaliser un examen clinique et gynécologique complet, incluant le recueil des antécédents médicaux personnels et familiaux. La dydrogestérone est contre-indiquée dans les cas suivants :
- Allergie : Hypersensibilité à la dydrogestérone ou à l'un des excipients du médicament.
- Contre-indications liées aux œstrogènes : Si la dydrogestérone est utilisée en association avec des œstrogènes dans le cadre d'un THS, les contre-indications liées à l'utilisation des œstrogènes doivent également être prises en compte.
- Méningiome : L’utilisation de dydrogestérone a été associée au développement d’une tumeur généralement bénigne de la couche de tissu située entre le cerveau et le crâne (méningiome). Si on vous diagnostique un méningiome, votre médecin arrêtera votre traitement par DUPHASTON.
Une surveillance étroite est nécessaire si l'une des affections suivantes survient, est survenue précédemment, ou s'est aggravée au cours d'une grossesse ou d'un précédent traitement hormonal :
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- Troubles thrombo-emboliques : La dydrogestérone, comme d'autres progestatifs, peut augmenter le risque d'accidents thrombo-emboliques veineux (thrombose veineuse profonde ou embolie pulmonaire).
- Facteurs de risque thrombo-emboliques : Âge élevé, chirurgie importante, immobilisation prolongée, obésité (IMC > 30 kg/m²), grossesse/post-partum, lupus érythémateux disséminé (LED) et cancer.
- Antécédents familiaux de thrombose : Chez les femmes sans antécédents personnels d'accidents thrombo-emboliques mais ayant des antécédents familiaux (1er degré) de thromboses à un jeune âge, des examens doivent être proposés après avoir évalué les limites (seulement certaines thrombophilies sont identifiées lors des examens).
- Tumeurs hormono-dépendantes : En cas de tumeurs dépendantes des œstrogènes (par exemple, cancer de l'endomètre ou cancer du sein), une évaluation attentive est nécessaire.
Effets secondaires potentiels
Comme tout médicament, la dydrogestérone peut entraîner des effets secondaires, bien que toutes les patientes ne les développent pas. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés incluent :
- Troubles menstruels : Métrorragies (saignements entre les règles) et spottings (petits saignements).
- Troubles mammaires : Tension mammaire, douleurs mammaires.
- Troubles gastro-intestinaux : Nausées, douleurs abdominales.
- Troubles du système nerveux : Maux de tête, migraines, sensations vertigineuses, somnolence.
- Réactions allergiques : Éruptions cutanées, démangeaisons, urticaire.
- Prise de poids : Rétention hydrique.
- Troubles de l'humeur : Dépression, nervosité.
Il est important de signaler tout effet indésirable suspecté à un médecin ou un pharmacien.
Dydrogestérone et risque de cancer
Les études suggèrent une augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes traitées par des associations estro-progestatives et probablement aussi par des œstrogènes seuls. Le cancer ovarien est beaucoup plus rare que le cancer du sein, mais les données épidémiologiques suggèrent également une légère augmentation du risque chez les femmes prenant un THS par œstrogènes seuls ou par une combinaison d'œstrogènes et de progestatifs.
Utilisation chez les adolescentes
La sécurité et l'efficacité de la dydrogestérone chez les adolescentes âgées de 12 à 18 ans n'ont pas été établies. Il n'y a pas d'utilisation justifiée de la dydrogestérone avant la ménarche (premières règles). Des études de toxicité sur la reproduction chez le rat ont montré une incidence accrue d'hypospadias (malformation congénitale de l'urètre) dans la progéniture mâle à des doses élevées, non comparables à celles utilisées chez l'homme.
Fertilité, grossesse et allaitement
Il n'y a aucune preuve que la dydrogestérone diminue la fertilité à doses thérapeutiques. Cependant, l'utilisation de la dydrogestérone n'est pas recommandée pendant la grossesse, bien que les résultats des études cliniques dans lesquelles un nombre limité de femmes ont été traitées par la dydrogestérone en début de grossesse ne montrent aucune augmentation du risque de malformations congénitales.
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Il n'existe pas de données sur l'excrétion de la dydrogestérone dans le lait maternel. L'expérience avec d'autres progestatifs montre que les progestatifs et leurs métabolites passent dans le lait maternel en petites quantités. Par conséquent, la prise de ce médicament est déconseillée pendant l'allaitement.
Interactions médicamenteuses
Des données in vitro montrent que la principale voie métabolique de synthèse du principal métabolite pharmacologiquement actif, le 20 α-dihydrodydrogestérone (DHD), est catalysée par l'aldo-kéto-réductase 1C (AKR 1C) dans le cytosol humain. En parallèle du métabolisme cytosolique, il existe des transformations métaboliques par les iso-enzymes du cytochrome P450 (CYP), presque exclusivement via le CYP3A4, aboutissant à plusieurs métabolites mineurs. Il est donc important d'informer votre médecin de tous les médicaments que vous prenez, y compris les médicaments en vente libre et les compléments alimentaires. Informez également votre médecin ou votre pharmacien si vous prenez des médicaments pour prévenir les caillots sanguins (anticoagulants), tels que la warfarine.
Surdosage
Des données limitées concernant le surdosage chez l'homme sont disponibles. En cas de surdosage, des symptômes tels que nausées, vomissements, tension mammaire, sensations vertigineuses, douleurs abdominales, somnolence/fatigue et saignement de privation peuvent survenir. Le traitement est généralement symptomatique.
Importance du suivi médical
Le traitement par dydrogestérone nécessite un suivi médical régulier. Les patientes doivent être informées du type d'anomalies mammaires pouvant survenir sous traitement et doivent les signaler à leur médecin traitant. Une réévaluation du rapport bénéfice/risque doit être effectuée au moins une fois par an, en particulier dans le cadre d'un THS.
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