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L'IVG à l'étranger et les défis du droit à l'avortement : Témoignages et perspectives

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe, à la croisée de considérations éthiques, médicales, sociales et légales. Si la France a fait figure de pionnière en dépénalisant l'avortement avec la loi Veil en 1975, le droit à l'IVG reste fragile et inégalement accessible à travers le monde. Cet article explore les enjeux liés à l'IVG, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des analyses approfondies, et en mettant en lumière la situation particulière de la Corée du Sud.

Un droit menacé : panorama mondial de l'IVG

À l'approche de la journée internationale du droit à l'avortement, il est crucial de dresser un état des lieux des législations en vigueur et des menaces qui pèsent sur le droit des femmes à disposer de leur corps. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près d'un avortement sur deux était à risque entre 2010 et 2014, et une femme meurt toutes les neuf minutes d'un avortement non sécurisé dans le monde.

Dans ce contexte alarmant, les forces conservatrices ne cessent de déployer des stratégies pour restreindre et bafouer les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) des femmes. L'actualité récente au Texas, où l'IVG est interdite à six semaines, ou en Pologne, où le parti au pouvoir a fait de l'interdiction de l'IVG un cheval de bataille, en sont des exemples frappants.

L'IVG : un droit fondamental et inaliénable

L'avortement est un droit humain fondamental, protégé par des traités internationaux et régionaux, ainsi que par des lois nationales. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) de 1979, la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989, la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994 et la Déclaration et le Programme d'action de Pékin de 1995 affirment le droit des femmes à maîtriser leur sexualité et leur santé en matière de procréation, sans contrainte, discrimination ou violence.

Pourtant, de nombreuses femmes se voient limiter, voire refuser, la liberté de disposer de leur corps. D'après le rapport "Mon corps m'appartient" du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), près d'une femme sur deux ne dispose pas librement de son corps. L'Organisation mondiale de la santé dénombre chaque année 121 millions de grossesses non désirées, et 45% des IVG réalisées dans le monde le sont dans des conditions dangereuses pour la femme.

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Disparités législatives et conséquences désastreuses

À l'échelle de la planète, 41% des femmes en âge de procréer vivent dans un pays dont les lois en matière d'avortement sont restrictives. La dernière atteinte portée au droit à l'avortement aux États-Unis est la loi du Texas, qui récompense financièrement les citoyens poursuivant en justice toute personne se rendant complice d'un avortement à six semaines de grossesse ou plus.

En Amérique latine, des pays comme le Honduras, le Nicaragua ou le Salvador criminalisent l'avortement, même en cas de viol ou d'inceste, de malformation grave du fœtus ou de risque pour la vie ou la santé de la femme. Des centaines de femmes sont incarcérées dans la région pour avoir avorté ou fait une fausse couche.

L'Afrique est un des continents où les lois sont les plus restrictives en termes de droit à l'IVG. Pratiquer une IVG est autorisé uniquement en Tunisie, en Guinée-Bissau et en Afrique du Sud. L'avortement est entièrement banni en Égypte, en Mauritanie, au Sénégal, en Sierra Leone, au Congo et à Madagascar.

En Asie, l'avortement a été décriminalisé en Thaïlande et en Corée du Sud. En Corée du Sud, l’avortement n’est plus interdit depuis le 1er janvier 2021 bien qu’il ne soit pas entièrement légal car aucune législation n’a été adoptée pour remplacer l’ancienne.

Au sein de l'Union européenne (UE), la situation est également contrastée. L'Irlande a été le dernier pays à légaliser l'IVG à douze semaines en 2019, mais son application demeure difficile. En Pologne, la législation relative à l'avortement est l'une des plus restrictives au sein de l'UE.

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L'impact de la crise sanitaire sur l'accès à l'IVG

La crise sanitaire a eu des conséquences désastreuses sur l'accès des femmes à la contraception et à l'avortement. Les confinements ont perturbé les services de planification familiale, réduit les consultations dans les centres de santé et allongé les délais pour obtenir des rendez-vous. Des centres de santé ont été contraints de fermer, faute de personnel soignant affecté en renfort dans les unités dédiées au Covid-19.

La crise sanitaire a également provoqué des problèmes dans les chaînes d'approvisionnement pour les zones plus reculées, entraînant des ruptures de stocks de certains médicaments pour la santé sexuelle et reproductive.

Pour répondre aux besoins des femmes, certains États ont mis en place des mesures pour maintenir et permettre l'accès à la contraception et à l'avortement. En France, les femmes ont pu avoir accès à la pilule contraceptive directement en pharmacie, sans passer par un médecin et grâce à une ancienne ordonnance, et la contraception d'urgence était disponible sans ordonnance en pharmacie. Les IVG ont été considérées comme des interventions urgentes et leur continuité a été assurée.

La Corée du Sud : un tournant historique

La Corée du Sud a longtemps été l'un des rares pays développés où l'IVG demeurait illégale. Une loi de 1953 interdisait l'avortement et punissait à la fois les femmes et les médecins. Seules exceptions : le viol, l'inceste ou s'il y a un risque pour la mère.

En avril 2019, la Cour constitutionnelle a jugé que l'interdiction de l'avortement était "anticonstitutionnelle" et a ordonné l'amendement de la loi de 1953 d'ici à la fin de l'année. "L'interdiction de l'avortement limite le droit des femmes à accomplir leur propre destin et viole leur droit à la santé en restreignant leur accès à des procédures sûres en temps opportun", a écrit la Cour dans un communiqué.

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Cette décision historique a provoqué des scènes de joie dans la rue, mais a également suscité des préoccupations au sein de la communauté catholique sud-coréenne. La Conférence des évêques catholiques de Corée a publié une déclaration critiquant cette décision, affirmant qu'elle "prive le fœtus de son droit à la vie, alors qu'il est un être humain respectable dès sa conception mais incapable de se défendre".

Témoignages : l'IVG au-delà des chiffres et des lois

Derrière les statistiques et les débats juridiques se cachent des histoires de femmes, des expériences uniques et souvent douloureuses. Claire, 31 ans, témoigne de son choix d'avorter après être tombée enceinte alors qu'elle était déjà mère de deux jeunes enfants.

"On décide d’avorter. Et puis un jour, j’ai la nausée, je suis essoufflée… prise de sang et là, alors que je suis seule avec mon fils à essayer de l'endormir, mon téléphone sonne et ma médecin m'annonce que je suis enceinte entre 8 et 10 semaines", raconte Claire. "Est-ce que le chaos restera joyeux avec un autre bébé ? Et si ce sont des jumeaux ? Et si le bébé a un problème et qu'il demande encore plus d'attention, est-ce que j'aurai encore de l'énergie pour mes autres enfants ?"

Claire et son mari prennent le temps de discuter et finissent par se poser la question : "et s’il n’est pas trop tard pour avorter, si on a le choix, on le garde ?" Ils parlent de leur équilibre familial, du temps qu'ils pourront consacrer à leurs enfants, et décident finalement d'avorter.

Claire souhaite partager son témoignage pour lever le tabou autour de l'avortement et expliquer comment se déroule concrètement une IVG chirurgicale par aspiration et sous anesthésie locale. Elle souligne le manque d'informations précises sur la procédure et le manque de coordination entre les différents professionnels de santé.

"Je ressens alors un vrai soulagement, l'impression d'avoir fait le bon choix et d'être soulagée d'un poids", confie Claire. "Si on a pris cette décision difficile d’une IVG, c’est pour préserver l’équilibre de notre famille et répondre aux besoins de nos enfants. Je crois que ça nous a appris à découvrir nos limites et ça nous offre aussi une nouvelle vision de la parentalité."

Allongement du délai légal : une adaptation nécessaire

En France, la question de l'allongement du délai légal pour recourir à l'IVG fait régulièrement débat. Vingt-cinq ans après le vote de la loi Veil, l'IVG demeure un problème préoccupant de santé publique. Le nombre d'IVG en France reste élevé, et certaines femmes se trouvent hors délais et sont contraintes de partir à l'étranger pour avorter.

L'allongement des délais permettrait à un certain nombre de femmes d'être prises en charge en France et d'éviter des voyages coûteux et traumatisants à l'étranger. Cependant, cette question soulève des interrogations sur l'incidence médicale de l'allongement des délais, sur la manière d'aider les femmes et les médecins dans les situations les plus difficiles, et sur le risque d'"eugénisme".

Contraception et IVG des mineures : aménager l'obligation de l'autorisation parentale

La situation des mineures face à l'IVG est également préoccupante. Les grossesses chez les mineures sont encore trop nombreuses, et l'échec contraceptif demeure, malgré une forte utilisation des méthodes contraceptives.

La question de l'autorisation parentale pour les mineures souhaitant recourir à l'IVG est complexe. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre le droit des mineures à disposer de leur corps et le rôle des parents dans l'éducation et la protection de leurs enfants.

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