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La Femme Enceinte dans l'Art : Analyse et Interprétations à Travers les Époques

Introduction

La représentation de la femme enceinte dans l'art est un sujet riche et complexe, oscillant entre tabous et sacralisation. Des déesses de la fertilité aux Vierges à l'Enfant, en passant par les portraits de femmes modernes assumant leur maternité, l'image de la femme enceinte a évolué au gré des époques et des mentalités. Cet article explore cette évolution, en se penchant sur des œuvres spécifiques et les différentes interprétations qu'elles suscitent.

La Femme Enceinte dans l'Art : Évolution Historique

L'image de la femme enceinte dans l'art a connu une évolution significative au fil des siècles, reflétant les changements sociaux, culturels et religieux.

Des Déesses Antiques à la Vierge Marie

Présente dès la préhistoire, la représentation de la femme enceinte a cédé sa place aux déesses de l’Antiquité et à la Vierge Marie au Moyen Âge. Assez nombreuses dans l’art religieux du Moyen Âge, les femmes enceintes ne sont ensuite plus guère représentées jusqu’au début du XXe siècle. Dénuée de tout caractère érotique, cette femme symbolise la protection, la douceur et la dévotion… Mais c’est un modèle invraisemblable et inatteignable pour toute femme, puisqu’il s’agit d’une mère qui est encore vierge.

La Rareté des Représentations avant le XVIIIe Siècle

En parallèle, les représentations de femmes enceintes sont d’une rareté déconcertante. Jusqu’au 18ème siècle, cette image de la pré-maternité - jugée bien trop sexualisée - choque les occidentaux. Ce n'est qu'à la Renaissance que ce moment commence à être solennisé. Les artistes restent longtemps tributaires de la morale chrétienne et bourgeoise, et, par conséquent, représentent peu ce moment clef de la vie d’une femme, pendant lequel, elle n’est plus vierge mais pas encore mère et incarne à cet instant précis le péché de la chair.

L'Émergence d'une Maternité Charnelle aux XVIIIe et XIXe Siècles

Au fil du temps, l’indétrônable Vierge Marie commence progressivement à laisser la place à d’autres représentations. Le 18ème siècle ouvre la voie sur une mère moins divinisée, plus charnelle. Une mouvance initiée dès 1786 par des artistes comme Elizabeth Vigée-Lebrun, qui réalise plusieurs autoportraits accompagnée de sa fille. L’évolution de la figure maternelle suit son cours tout au long du 19ème siècle, alors moins chaste, mais toujours idéalisée. Des peintres comme Mary Cassatt, Paul Cézanne ou encore Joaquin Sorolla représentent la maternité sous un jour joyeux, délicat et tendre. Les portraits de famille symboliseront le renouveau de la Renaissance.

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La Révolution du XXe Siècle : Revendications et Libérations

Le 20ème siècle laisse déferler un tsunami de revendications. Enfin, les représentations de la maternité sortent de leurs carcans, les voix s’élèvent et les illusions s’effondrent. Au début des années 1900, Gustav Klimt vient rompre avec ce modèle maternel sublimé. Il peint ainsi Les trois âges de la femme, et L’Espoir. Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Annie Leibovitz, Annette Messager… Depuis le 20ème siècle, nombreuses sont les artistes à tenter de faire évoluer les représentations de la maternité dans l’art.

Étude de Cas : « Les Époux Arnolfini » de Jan van Eyck

« Les Époux Arnolfini » de Jan van Eyck (1434) est une œuvre emblématique qui a suscité de nombreuses interprétations, dont certaines liées à la grossesse.

Description de l'Œuvre

Peint en 1434 par Jan van Eyck, le tableau représente Giovanni Arnolfini, un marchand toscan de Bruges, demandant la main de sa dulcinée Giovanna Cenami, qui semble enceinte. Derrière le couple, une chambre à coucher rouge comme l’amour. Au-dessus, une bougie qui se consume pour évoquer sa noce nuptiale. À ses pieds, un chien qui symbolise la fidélité conjugale, et une paire de souliers qu’il faut toujours enlever quand on s’adonne à un acte sacré.

Interprétations Liées à la Grossesse

Plusieurs chercheurs ont donc avancé qu’il s’agissait d’une cérémonie de mariage, le tableau figeant les personnages au moment du serment marital de l’homme. Selon Panofsky, théoricien de l’iconologie et du symbolisme déguisé, les objets triviaux parsemant le tableau ont un sens symbolique caché, véhicule d’un discours sur le sacré, qu’il convient de décrypter pour comprendre le sens profond du tableau. On a alors avancé que le mariage s’est déroulé alors que la femme était déjà enceinte. Symboles convoqués : les fruits, le lit, la courtine roulée en sac évoquant la grossesse et surtout le geste universel la symbolisant : la main de la femme sur son ventre.

Arguments en faveur de la grossesse

  • Les fruits: Les fruits (pommes, oranges, cerises) ont été perçus comme des symboles de la fécondité et donc de l’enfantement, résultat attendu d’un mariage à l’époque.
  • Le lit: Cela leur a permis de justifier la présence du lit : suite logique du mariage, la couche du couple est l’écrin au cœur duquel se produira le miracle de la procréation.
  • La courtine: Courtine roulée en sac évoquant la grossesse
  • Le geste de la main: et surtout le geste universel la symbolisant : la main de la femme sur son ventre.
  • Sainte Marguerite: La présence de Sainte Marguerite appartient à la même thématique. Toutefois, il relève que cette figure est la protectrice des femmes en couches. Il faudrait donc lire les fruits comme l’aboutissement de la fécondité plutôt que comme un vœu. Il signale que Marguerite est également le prénom de la femme de van Eyck.

Contre-arguments et autres interprétations

  • La mode vestimentaire: Toutefois, d’autres n’y voient pas une scène de mariage faite à l’abri des regards et pensent que la protubérance de son ventre a plus à voir avec une mode vestimentaire de l’époque. Si, à première vue, la femme de la peinture paraît enceinte, prête à accoucher d’ici peu, en réalité rien n’est moins sûr. Encore une fois, plusieurs hypothèses se confrontent. L’idée d’une scène de mariage dans la chambre nuptiale accentue le fait que la jeune femme puisse être enceinte. Le vert de sa robe accentue aussi l’idée de fécondité. Seulement, si l’on regarde d’autres peintures de la même époque, on se rend compte que beaucoup de femmes sont représentées ventre arrondi, peut-être par le modèle de leur robe. Si l’on regarde bien, elle ramène la traîne de sa robe sur son ventre, créant cet effet bouffant.
  • Le deuil: Une autre théorie, étayée par la spécialiste Margaret Koster, analyse cette peinture autrement : plutôt qu’une simple histoire d’adultère, elle serait un hommage funèbre. Le protagoniste masculin est en noir et violet, couleurs que l’on porte lors d’un deuil. Les dix médaillons autour du miroir racontent les scènes de la Passion, et celles sur la mort de Jésus sont positionnées du côté droit, celui de la femme. Sur la tête de lit, on peut voir une sculpture de sainte Marguerite, patronne des femmes en couches. À gauche du miroir, figure un collier de perles, évoquant un chapelet qu’on peut utiliser pour prier une âme perdue. Au-dessus du mari, une bougie allumée, comme une lueur de vie restante. Margaret Koster explique que le commanditaire de la toile ne serait pas l’époux peint par Jan van Eyck mais son cousin, Giovanni di Nicolao Arnolfini, qui venait de perdre sa femme, Costanza Trenta, un an plus tôt des suites d’un accouchement qui leur fut fatal.

« La Femme Enceinte » de Marc Chagall

« La femme enceinte » est une peinture à l’huile sur toile mesurant 193 x 116 cm réalisée en 1913 par le peintre biélorusse Marc Chagall. Dans cette œuvre, la technique de l’huile remet en question l’un des symboles de la vie, la maternité. Ce n’est pas une coïncidence si le sujet du tableau est une femme enceinte vêtue de costumes folkloriques russes. Le tableau, de dimensions considérables, est occupé par une énorme figure de mère qui, de la main gauche, montre l’intérieur de son ventre, dans lequel grandit la figure d’un enfant déjà debout : autour d’elle, des symboles et des signes comme la chèvre et le berger ornent mystiquement le fond. Le corps de la femme se transforme et crée en son sein l’habitat d’une nouvelle vie. Il n’y a rien de plus saint et de plus beau, rien de plus doré et de plus irréel, rien de plus fantastique, de plus douloureux et de plus dévastateur. Chagall appartenait à une famille juive très unie et très nombreuse, l’œuvre affine sa sensibilité à cette situation. C’est au cours de ces années de jeunesse qu’il a appris à connaître et à toucher la vie et la mort, ce qui est devenu une constante dans sa peinture.

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Représentations Comparées de la Maternité dans l’Art et la Médecine

Les représentations des femmes enceintes et des parturientes diffèrent selon le domaine auquel elles se rattachent : artistique ou médical. Si dans le premier‚ qu’il s’agisse de peintures ou de sculptures‚ le corps de la femme est exacerbé dans son aura sacrée de l’enfantement‚ il est a contrario dénié des mêmes pouvoirs dans le second. Les lithographies‚ les gravures et les mannequins anatomiques obéissent à une mise en image et en volume particulière‚ pour laquelle l’artiste donne à voir le discours thérapeutique.

Le Corps Féminin entre Sacralisation et Objet Médical

Nous assistons alors à un étrange dialogue‚ dans lequel le corps mis en scène est malgré tout empreint des codes usuels de la représentation artistique - déhanchement de la statuaire antique ou poses vénusiennes - tout en étant écorché‚ saisi par des mains expertes qui viennent l’ouvrir et l’opérer. La représentation du corps qui donne naissance est alors envisagée comme un appui pédagogique‚ inerte‚ fixé sur des étapes de l’accouchement et pris en charge par le corps médical. Entre le graveur et le sculpteur qui donnent à voir et le médecin qui explique‚ le corps de la femme paraîtrait perdre de sa vie et ne devenir qu’un objet médicalisé.

Un Dialogue Complexe entre Art et Médecine

Cependant‚ en confrontant les deux types de représentation‚ plusieurs liens semblent venir modeler une autre vision de l’enfantement. Aussi bien les sages-femmes et les médecins que les artistes peintres‚ les sculpteurs‚ et les graveurs apparaissent dès lors comme les détenteurs d’un savoir représenté qui va au-delà de l’image première. Les représentations des corps de femmes enceintes et de parturientes ne sont effectivement pas uniquement constituées de viscères‚ de chair et de sang‚ mais bien de tissus tégumentaires et textiles qui viennent dévoiler ce qu’il y a en-dessous‚ appareils géniteurs et êtres en devenir.

Les Tissus comme Révélateurs du Corps en Dépassement

En effet‚ par la relation‚ le dialogue entre le corps et le tissu‚ les artistes - peintres‚ dessinateurs et graveurs - parviennent à rendre visible l’intérieur du corps‚ l’accouchement dans son mécanisme. Les contours du corps en délivrance sont donc à la fois internes et externes‚ modelés par les plis et les déchirures des tissus textiles et tégumentaires. La réalité médicale n’est alors pas donnée à voir‚ au profit de l’exposition de l’accouchement lui-même qui devient un événement public.

La Femme Enceinte : Reflet de la Société ?

La femme enceinte dans l’art est-elle un reflet de notre société ? Avec les mouvements féministes des années 70, la femme ayant pris de l’importance et de la valeur, a une influence sur la population. Elle va devenir un outil de communication. L’évolution des mentalités permet aux couples homosexuels de s’afficher et de demander un droit à la parentalité.

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