Suzanne Flon, née le 28 janvier 1918 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) et décédée le 15 juin 2005 à Paris, fut une figure emblématique du théâtre et du cinéma français. Sa carrière, riche et variée, s'étend sur plus de soixante ans, marquée par des rôles inoubliables et des collaborations prestigieuses.
Jeunesse et Débuts
Issue d'une famille modeste, Suzanne Flon est la fille d'un employé des chemins de fer et d'une brodeuse de perles. Elle grandit loin des milieux artistiques, mais se passionne très tôt pour la poésie et le théâtre. À l'âge de 14 ans, une représentation d'Andromaque de Racine à la Comédie-Française la bouleverse et lui révèle sa vocation de comédienne. Cependant, ses parents, soucieux de la protéger des "compromissions" supposées du milieu théâtral, l'orientent vers des études d'institutrice.
Après un séjour en Grande-Bretagne pour perfectionner son anglais, Suzanne Flon travaille comme interprète aux grands magasins du Printemps à Paris. C'est là qu'elle rencontre Edith Piaf, qui la prend comme secrétaire. Cette expérience sera déterminante pour la suite de sa carrière.
L'ascension théâtrale
Grâce à Edith Piaf, Suzanne Flon entre dans le monde du spectacle. L'imprésario de la chanteuse, Daniel Marouani, lui propose de devenir présentatrice de music-hall. Elle anime les spectacles de la Gaîté, de Bobino et de l'A.B.C., apprenant les ficelles du métier et se faisant remarquer par son rire franc et cordial. Parallèlement, elle prend des cours de comédie chez Solange Sicard, où elle a pour condisciple Simone Signoret.
En 1943, Raymond Rouleau lui offre son premier rôle au théâtre dans Le Survivant de Jean-François Noël. Ce rôle marque le véritable point de départ de sa carrière théâtrale. Jean Anouilh, présent dans la salle lors d'une représentation, lui propose le rôle d'Ismène dans sa pièce Antigone, créée en 1944.
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Dès lors, Suzanne Flon enchaîne les succès sur les planches. Elle est fidèle à Anouilh, jouant dans Roméo et Jeannette et surtout dans L'Alouette, un rôle écrit spécialement pour elle et qui la consacre comme l'une des plus grandes comédiennes de sa génération. En 1947, son interprétation d'Alarica dans Le Mal court de Jacques Audiberti est un triomphe.
Suzanne Flon aborde un répertoire varié, allant des auteurs classiques comme Shakespeare (La Mégère apprivoisée, La Nuit des rois), Tchekhov (La Cerisaie), Pirandello (Chacun sa vérité), Musset (On ne badine pas avec l'amour) aux auteurs contemporains comme André Roussin (La Petite Hutte), Ionesco (Victimes du devoir), Philippe Adrien (La Baye) ou Jean-Claude Brisville (L'Antichambre).
Le cinéma : une présence discrète mais marquante
Si le théâtre reste sa principale passion, Suzanne Flon mène également une carrière cinématographique, bien que plus discrète. Elle fait ses premiers pas au cinéma en 1947 dans Capitaine Blomet.
Elle est dirigée par de grands réalisateurs tels que John Huston (Moulin Rouge), Orson Welles (Monsieur Arkadin et Le Procès), Joseph Losey (Monsieur Klein), et James Ivory (Quartet). En 1963, elle émeut le public dans le mélodrame La Porteuse de pain et dans Tu ne tueras point, où elle incarne la mère d'un objecteur de conscience, rôle qui lui vaut le Prix d'interprétation à Venise. Elle joue également aux côtés de Jean Gabin dans Un singe en hiver, Le Soleil des voyous et Sous le signe du taureau.
Malgré ces collaborations prestigieuses, Suzanne Flon reste absente des écrans entre 1954 et 1961, se consacrant pleinement au théâtre. Son physique austère et passe-partout la cantonne souvent à des rôles de femmes sévères ou effacées.
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À la fin de sa carrière, elle retrouve le succès au cinéma grâce à Jean Becker, qui lui offre des rôles marquants dans L'Eté meurtrier (pour lequel elle reçoit le César du Meilleur Second Rôle féminin en 1984), Les Enfants du marais, Un Crime au paradis et Effroyables jardins. Claude Chabrol lui confie également un rôle important dans La Fleur du mal et La Demoiselle d'honneur.
La collaboration avec Loleh Bellon
À partir des années 1970, Suzanne Flon noue une relation privilégiée avec l'auteure Loleh Bellon, qui fut sa doublure dans Antigone. Bellon écrit pour elle des pièces intimistes et sensibles, explorant les thèmes de la mémoire, de la solitude et des relations humaines. Suzanne Flon excelle dans ces rôles en demi-teinte, créant coup sur coup Les Dames du jeudi, Changement à vue, Le Cœur sur la main, Une absence et La Chambre d'amis, qui lui vaut son second Molière de la meilleure comédienne en 1995.
Récompenses et distinctions
Suzanne Flon est reconnue par ses pairs et par le public pour son talent et son professionnalisme. Elle reçoit de nombreuses récompenses au cours de sa carrière, dont :
- Deux Molières de la meilleure comédienne (1987 et 1995)
- Deux Césars du meilleur second rôle féminin (1984 et 1990)
- La Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise (1961)
- Le Brigadier d'honneur pour l'ensemble de sa carrière (2002)
- Chevalier des Arts et des Lettres
Une femme discrète et attachante
Suzanne Flon était une femme d'une grande discrétion, qui protégeait sa vie privée et se méfiait de la notoriété. Elle était appréciée pour sa simplicité, son humour et sa gentillesse. Elle aimait la nature, les animaux (elle avait une chatte et un perroquet) et la solitude.
Elle a marqué le théâtre et le cinéma français par son talent, sa sensibilité et son professionnalisme. Sa voix grave et son allure frêle ont ému des générations de spectateurs. Elle reste une figure emblématique de la scène française, dont le souvenir est toujours vivace.
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