L'approche de Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste, a révolutionné la manière dont on perçoit et accompagne l'enfant, dès sa conception. Ses intuitions, souvent perçues comme excentriques à son époque, sont aujourd'hui confirmées par les neurosciences et ont profondément influencé les pratiques parentales. Dolto a notamment mis en lumière l'importance de considérer le fœtus et le jeune enfant comme des êtres de langage et de désir, capables de ressentir et de comprendre leur environnement.
Une anecdote révélatrice
Une anecdote tirée de la vie de Françoise Dolto illustre parfaitement sa vision. En août 1944, enceinte de six mois, elle est réveillée en pleine nuit par une douleur au ventre. Elle raconte : « C’est mon fœtus qui m’a réveillé car il était angoissé par un bombardement. Je lui ai dit : “Écoute, si tu veux que nous descendions à la cave, c’est non, car ton père estime que nous sommes plus en sécurité ici, dans notre chambre. Tu peux donc te rendormir.” Je lui ai parlé comme je l’aurais fait à un enfant de 3 ou 4 ans. Le fœtus s’est rendormi et moi aussi. » Face à l'étonnement d'un journaliste qui lui demandait comment elle pouvait imaginer que son bébé l'entendrait et la comprendrait, elle répondit avec un sourire : « C’est parce que j’étais un peu zinzin. » Cette "folie" apparente était en réalité une intuition profonde de la sensibilité du fœtus au stress extérieur, intuition aujourd'hui validée par la science.
L'enfant, un être de langage et de désir
Avant Françoise Dolto, les bébés et les jeunes enfants étaient souvent considérés comme de simples "tubes digestifs" insensibles à la douleur et aux émotions. Dolto a remis en question cette vision en affirmant que l'enfant est un être de langage et de désir, affecté par les paroles et les émotions qui l'entourent. Elle insistait sur la nécessité de parler aux enfants, de leur expliquer ce qui se passe autour d'eux, afin de donner du sens à leurs perceptions.
Elle raconte l'histoire d'une jeune maman venue la voir parce que son nouveau-né ne tète plus. La maman est anxieuse car sa propre mère, qui l'aidait habituellement, est décédée. Françoise Dolto parle alors au bébé : « Tu sens que ta maman est angoissée depuis ta naissance. Tu penses que tu lui compliques vraiment l’existence puisque ta grand-mère n’est plus là pour l’aider… Tu as arrêté de manger en pensant qu’ainsi, elle aurait moins de travail. Mais cela ne sert à rien. C’est ta façon à toi de l’aider, mais il se trouve que ça ne l’aide pas du tout. » Le bébé tourne alors la tête vers elle, comme pour signifier qu'il comprend.
Cette approche a conduit à une révolution dans la manière d'élever les enfants. On a commencé à leur parler, à les respecter, à éviter l'autoritarisme. Comme le dit Myriam Szejer, psychanalyste et ancienne élève de Françoise Dolto, « il faut dire la vérité à un enfant, et ne pas lui raconter des salades. Il se débrouille mieux avec une vérité, même difficile, qui est sienne, plutôt qu’avec un joli mensonge qui le fait passer pour le dindon de la farce. »
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L'héritage de Dolto : entre bienfaits et malentendus
L'héritage de Françoise Dolto est immense, mais il a aussi donné lieu à des malentendus. Si l'importance de parler aux enfants et de les respecter est aujourd'hui largement admise, certains parents ont tendance à noyer leurs enfants sous un flot de paroles inutiles ou à renoncer à toute forme d'autorité.
Il est essentiel de comprendre que dire la vérité à un enfant ne signifie pas tout lui dire, mais seulement ce qui le concerne et ce qui peut l'aider à grandir. De même, le respect de l'enfant ne doit pas se traduire par un laxisme excessif. Les limites et les interdits, que Dolto appelait les "castrations", sont nécessaires à son développement.
Un autre malentendu consiste à s'improviser "psy" de son propre enfant. Face à un trouble, certains parents cherchent à analyser l'histoire familiale pour en trouver l'origine. Or, il est souvent préférable de faire appel à un professionnel, un tiers neutre, pour y voir clair. Le rôle des parents est d'élever leurs enfants, ce qui implique inévitablement des erreurs et des maladresses.
La psychanalyse pour les bébés : une approche novatrice
Françoise Dolto a également été une pionnière dans le domaine de la psychanalyse pour les bébés. Avant elle, on considérait que les très jeunes enfants ne pouvaient pas bénéficier d'une cure analytique, car ils ne parlaient pas. Dolto a montré que le nourrisson et le jeune enfant sont des êtres de langage, même s'ils ne s'expriment pas verbalement. Ils naissent et grandissent dans un "bain de paroles" et sont affectés par l'histoire de leurs parents et de leurs ancêtres.
Les bébés et les tout-petits s'expriment par leur corps, par leurs comportements. Un arrêt de la tétée, des troubles du sommeil, de l'agitation peuvent être autant de signaux d'un mal-être. C'est pourquoi il est aujourd'hui possible de consulter un "psy" avec son tout-petit.
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Quand consulter un "psy" pour son bébé ?
Il est conseillé de consulter un professionnel lorsque le pédiatre ou le généraliste estime que les troubles du sommeil ou de l'alimentation, l'agitation, l'hyperactivité, les problèmes cutanés ou digestifs ne sont pas le signe d'une maladie infantile courante. Le "psy" peut être psychologue, psychiatre ou psychanalyste et exercer en libéral, dans un Centre médico-psychologique (CMP) ou dans un Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP).
La première séance consiste généralement en un entretien avec les parents. Le professionnel s'intéresse à l'histoire de l'enfant, au déroulement de la grossesse et de l'accouchement, à la composition de la famille et à l'organisation de la vie à la maison. L'objectif est de comprendre comment fonctionne le groupe familial et d'identifier les événements ou les paroles qui ont pu perturber l'enfant.
Si le petit patient est un bébé, il continue de venir avec ses parents. S'il est plus grand, il peut être reçu seul par le professionnel. Des supports tels que la pâte à modeler ou les dessins peuvent l'aider à s'exprimer.
L'éducation bienveillante : un héritage doltoïen revisité
L'éducation bienveillante, qui connaît un engouement croissant depuis quelques années, est souvent présentée comme un héritage de Françoise Dolto. Cette approche met l'accent sur le respect de l'enfant, l'écoute de ses besoins et l'absence de violence éducative.
Cependant, comme pour l'héritage doltoïen en général, l'éducation bienveillante peut donner lieu à des excès et des malentendus. Certains parents, soucieux de ne pas traumatiser leur enfant, renoncent à toute forme d'autorité et se laissent déborder par ses exigences.
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Il est important de rappeler que l'éducation bienveillante ne signifie pas le laisser-faire. Elle implique de fixer des limites claires, d'exprimer ses attentes et d'enseigner à l'enfant le respect des autres. L'objectif est de l'aider à développer son autonomie, sa confiance en lui et sa capacité à vivre en société.
La doula : une accompagnante à la naissance
Dans le prolongement de l'approche de Françoise Dolto, on observe aujourd'hui un intérêt croissant pour l'accompagnement à la naissance. Le métier de doula, encore peu connu en France, consiste à apporter un soutien émotionnel, physique et informatif aux futurs parents avant, pendant et après l'accouchement.
La doula n'est pas une sage-femme, mais une accompagnante de confiance qui offre un soutien personnalisé et continu. Elle aide les parents à exprimer leurs craintes, leurs attentes et leurs envies, et les accompagne dans leurs choix.
Le métier de doula est une profession libérale non réglementée. Il existe des formations pour acquérir les compétences nécessaires à cet accompagnement.
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