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La Transformation du Placenta en Gélules : Une Pratique Controversée

Le placenta, organe vital pendant la grossesse, est de plus en plus souvent transformé en gélules pour être consommé par la mère après l'accouchement. Cette pratique, appelée placentophagie, suscite un intérêt croissant, mais aussi des interrogations quant à ses bénéfices réels et ses risques potentiels.

L'Essor de la Placentophagie : Mode et Traditions

La placentophagie, ou le fait de manger son placenta, a connu un regain de popularité ces dernières années, notamment grâce à des célébrités qui ont vanté ses mérites. Le 4 août dernier, Calvin Harris et sa compagne Vick Hope ont annoncé la naissance de leur fils de manière originale sur Instagram, incluant des images surprenantes de leur placenta, qui incluait sa découpe puis son encapsulation, suggérant même qu’il avait été transformé en capsules, prêt à être consommé. Kim Kardashian, dès 2015, expliquait sur son blog qu'elle ressentait un regain d'énergie et se sentait en bonne santé en prenant des comprimés de placenta.

Cette pratique n'est pas nouvelle. Si la placentophagie est innée chez les animaux, elle a également été pratiquée par de nombreuses civilisations anciennes sous diverses formes. Au Moyen Âge, les femmes consommaient tout ou partie de leur placenta pour améliorer leur fertilité. De la même manière, on prêtait à cet organe des vertus pour combattre l’impuissance masculine. Chez les Inuits, selon une croyance toujours très ancrée, le placenta est la matrice de la fertilité maternelle. Pour pouvoir être à nouveau enceinte, une femme doit nécessairement manger son placenta après l’accouchement. En médecine traditionnelle chinoise, la poudre de placenta déshydraté est utilisée pour stimuler la lactation ainsi que pour traiter les troubles de la fertilité parmi une foule d’autres maux.

Aujourd'hui, la placentophagie revient en force aux États-Unis et en Angleterre, et de façon plus timide en France.

Les Différentes Formes de Consommation du Placenta

La consommation de placenta peut se faire de multiples façons : cru, rôti, en smoothie ou encapsulé. L’encapsulation (cuisson à la vapeur, déshydratation puis transformation en gélules) est aujourd’hui la méthode la plus répandue. Aux États-Unis, où la placentophagie est autorisée, les mères peuvent l’ingérer sous forme de granules homéopathiques ou de gélules. Dans le premier cas, le placenta est dilué plusieurs fois, puis des granules sont imprégnés avec cette dilution.

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Plus artisanale, la teinture-mère est une autre manière de traiter le placenta. Ce procédé artisanal s’est surtout développé dans les pays où la placentophagie est interdite. Dans ce cas, les parents n’ont alors pas d’autre choix que de confectionner eux-mêmes la teinture-mère de placenta, à partir des nombreux protocoles que l’on trouve en libre accès sur Internet. Le procédé est le suivant : le morceau de placenta doit être coupé et dilué plusieurs fois dans une solution hydro-alcoolique. La préparation récupérée ne contient plus de sang, mais les principes actifs du placenta ont été conservés.

Les Bienfaits Avancés de la Placentophagie

Les défenseurs de cette pratique avancent que le placenta contient hormones, vitamines et nutriments bénéfiques. Bien qu’aucune étude scientifique ne prouve les bienfaits de l’ingestion du placenta, on attribue à cet organe de nombreux bénéfices pour les jeunes accouchées. Les éléments nutritifs qu’il contient permettraient une remise en forme plus rapide de la mère et favoriseraient la montée de lait. L’ingestion du placenta faciliterait également la sécrétion d’ocytocine, qui est l’hormone du maternage. Ainsi, les jeunes mamans seraient moins susceptibles de faire une dépression post-partum. Et l’attachement mère-enfant en serait renforcé. L'utilisation de préparations de placenta comme remède puerpéral individuel remonte à des pratiques historiques et traditionnelles de la médecine occidentale et asiatique.

Le placenta contient les acides aminés essentiels et non essentiels alanine, acide aspartique, arginine, histidine, leucine, lysine, phénylalanine, proline, tyrosine, tryptophane et valine, ainsi que des vitamines B 1 , B 2 , B 5 , B 6 , B 7 , B 9 , B 12 . La poudre de placenta déshydratée contient les oligo-éléments essentiels fer (valeur moyenne 565,0 mg/kg) et sélénium (valeur moyenne 850,0 μg/kg). Le tissu placentaire contient diverses hormones, notamment l’ocytocine, les œstrogènes, la progestérone, le lactogène placentaire humain, l’ACTH et le CRH.

L'Absence de Preuves Scientifiques et les Risques Potentiels

Cependant, malgré ces témoignages, aucune étude sérieuse ne confirme ces bénéfices chez l’humain. L’American Journal of Obstetrics and Gynecology soulignait dès 2018 : « Il n’existe aucune preuve scientifique d’un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie humaine. Aucun nutriment ou hormone placentaire n’est conservé en quantité suffisante après encapsulation pour être utile à la mère. »

L’encapsulation ne protège pas contre les infections, avertissent les chercheurs. En 2016, un nourrisson de l’Oregon a été hospitalisé après avoir contracté une infection due aux gélules de placenta contaminées que sa mère avait ingérées en allaitant. Une infection virale ou bactérienne chez la mère et/ou le nouveau-né est une contre-indication à l’ingestion de placenta.

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Pendant la grossesse, cet organe sert à filtrer une large partie des substances, bactéries et autres virus pour qu'ils n'atteignent pas le bébé. Ils ne sont jamais évacués, et restent donc dans le placenta. Bien que l’on ait longtemps supposé que le placenta restait stérile dans l’utérus, des études récentes démontrent une similitude entre la composition microbiologique de la cavité buccale et du placenta. Ce dernier possède son propre microbiome de microbiotes symbiotiques non pathogènes tels que les Firmicutes, les Ténéricutes, les Protéobactéries, les Bacteroidetes et les Fusobactéries. Un seul cas publié par l’American Center for Disease Control décrit une infection tardive chez un nouveau-né atteint de streptocoques du groupe B (SGB). La mère avait consommé son propre placenta post-partum sous forme de capsules. Les streptocoques du groupe B ont été identifiés à la fois dans le tissu placentaire séché et dans le sang du nouveau-né, mais pas dans le lait maternel.

Le Statut Légal du Placenta en France

En France, le placenta est considéré comme un déchet biologique à risque (DASRI), sauf lorsqu’il est utilisé à des fins scientifiques ou thérapeutiques. Selon l’article R.1335-1 du Code de santé publique, il doit être incinéré ou désinfecté avant élimination. Il n’appartient ni à la mère, ni au père, ni à l’enfant, conformément à l’article 16-1 du Code civil : « Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial. »

Après l’accouchement, il n’existe que deux possibilités : Soit le placenta devient un déchet opératoire et doit suivre la procédure d’incinération prévue pour tous les DASRI (déchets d’activités de soins à risques infectieux) conformément à l’article R.1335-1 du Code de santé publique.Soit il est collecté dans un but scientifique ou thérapeutique. En France, la collecte de produits du corps humain est encadrée par la loi de bioéthique de 1994, révisée en 2011.

Le Processus de Transformation du Placenta en Gélules

La transformation d’un placenta en poudre est décrite dans les compendiums pharmaceutiques traditionnels européens et asiatiques. Les organisations qui se sont spécialisées dans la production de gélules à partir de placenta utilisent des protocoles standardisés dans lesquels les mesures d’hygiène et les étapes de traitement sont spécifiées.

Le placenta est traité quelques heures après la parturition. Tout d’abord, il est nettoyé à l’eau froide courante et débarrassé du sang et des caillots sanguins. L’organe est ensuite coupé avec des ciseaux en tranches de 0,5 cm d’épaisseur ; Au cours de ce processus, les membranes fœtales et le cordon ombilical sont souvent retirés. Les tranches sont ensuite séchées dans un déshydrateur pendant huit heures à 54°. Par la suite, les tranches déshydratées sont hachées en poudre et mises capsules de gélatine.

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La teneur en diverses hormones dans le tissu placentaire a été démontrée avant et après la production de la poudre. Sur la base des connaissances acquises jusqu’à présent, il faut supposer que la protéolyse a lieu dans le tractus gastro-intestinal. Cela a une influence sur la structure des hormones protéiques et, à son tour, sur leur disponibilité. Si elles sont absorbées par la muqueuse buccale, les hormones peuvent avoir un certain effet en raison de l’évitement d’un premier passage par le foie.

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