L'éclampsie ovine, également connue sous le nom de toxémie de gestation chez les brebis, est une condition métabolique grave qui survient généralement vers la fin de la gestation, en particulier chez les brebis portant plusieurs agneaux. Elle est caractérisée par une hypoglycémie (faible taux de sucre dans le sang) et une cétose (accumulation de corps cétoniques dans le sang), résultant d'un déséquilibre énergétique où la demande en glucose du fœtus dépasse la capacité de la brebis à produire ou à mobiliser du glucose. Sans traitement rapide, l'éclampsie peut entraîner la mort de la brebis et de ses agneaux. Cet article explore en profondeur les aspects du traitement de l'éclampsie ovine, en s'appuyant sur des informations scientifiques et pratiques pour guider les vétérinaires et les éleveurs.
Diagnostic et évaluation
Le diagnostic précoce de l'éclampsie est essentiel pour un traitement réussi. Les signes cliniques peuvent inclure :
- Dépression et faiblesse : La brebis peut sembler abattue, léthargique et moins réactive.
- Perte d'appétit : Une anorexie ou une diminution significative de l'appétit est fréquente.
- Incoordination et tremblements : Des signes neurologiques tels que des tremblements musculaires, une démarche incoordonnée ou des convulsions peuvent être observés.
- Décubitus : Dans les cas graves, la brebis peut être incapable de se lever et reste couchée.
- Respiration rapide et superficielle : Une dyspnée ou une bradypnée peut être présente, parfois accompagnée d'un œdème pulmonaire.
- Troubles pupillaires : Mydriase (dilatation des pupilles) ou nystagmus (mouvements oculaires involontaires) peuvent être notés.
Une évaluation diagnostique complète peut inclure :
- Examen clinique : Évaluation des signes vitaux, de l'état de conscience et de la présence de signes neurologiques.
- Analyse sanguine : Mesure de la glycémie (taux de glucose dans le sang), des corps cétoniques, du calcium, du magnésium et du phosphore. Une hypoglycémie (glycémie inférieure à 0,7 g/L) et une cétose (corps cétoniques élevés) sont des indicateurs clés. Il est conseillé chez le chien de pratiquer des bilans biochimiques réguliers comme mesure de prévention (ou de détection précoce), dès l’âge de 6-7 ans pour les grandes races et 8-9 ans pour les petites, pour pouvoir surveiller des variations éventuellement anormales de la glycémie.
- Analyse d'urine : Recherche de corps cétoniques dans l'urine.
Principes généraux du traitement
Le traitement de l'éclampsie ovine vise à :
- Restaurer la glycémie : Fournir une source de glucose rapidement disponible pour corriger l'hypoglycémie.
- Réduire la cétose : Inhiber la production de corps cétoniques et favoriser leur élimination.
- Corriger les déséquilibres électrolytiques : Rétablir les concentrations normales de calcium, de magnésium et de phosphore.
- Soutenir les fonctions vitales : Assurer une ventilation et une circulation adéquates.
- Gérer les complications : Traiter les convulsions, l'œdème cérébral et autres problèmes associés.
Protocoles de traitement spécifiques
Administration de glucose
L'administration de glucose est la pierre angulaire du traitement de l'éclampsie. Les protocoles suivants peuvent être utilisés :
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- Glucose intraveineux (IV) : Une solution de glucose à 50 % peut être administrée par voie IV lente, suivie d'une perfusion continue de glucose à 5 % ou 10 % pour maintenir la glycémie. La dose initiale peut être de 50 à 100 mL de glucose à 50 %, suivie d'une perfusion de 2,5 % à 5 % de dextrose.
- Propylène glycol oral : Le propylène glycol est un précurseur du glucose qui peut être administré par voie orale. La dose recommandée est de 60 à 120 mL, deux à trois fois par jour.
Correction de la cétose
Pour réduire la cétose, les mesures suivantes peuvent être prises :
- Apport énergétique accru : Fournir une alimentation riche en énergie et facilement digestible, telle que des céréales ou des aliments commerciaux pour brebis gestantes.
- Corticostéroïdes : L'administration de corticostéroïdes, tels que la dexaméthasone, peut aider à mobiliser le glucose et à réduire l'inflammation. Cependant, leur utilisation doit être prudente en raison du risque de déclenchement de la parturition.
Correction des déséquilibres électrolytiques
- Calcium : Si une hypocalcémie est présente, une solution de gluconate de calcium peut être administrée par voie IV lente. Il est important de surveiller attentivement la fréquence cardiaque pendant l'administration de calcium, car une administration trop rapide peut provoquer une arythmie ou un collapsus. Fréquence très rare(< 1 animal / 10.000 animaux traités, incluant les rapports isolés) :Arythmie1,2Collapsus1,2, décès1,2 Lors d’administration intraveineuse trop rapide. Les symptômes d’une hypercalcémie peuvent survenir dans les 30 minutes après l'administration.
- Magnésium : Si une hypomagnésémie est présente, une solution de sulfate de magnésium peut être administrée par voie IV ou IM.
- Phosphore : Si une hypophosphatémie est présente, une solution de phosphate de sodium peut être administrée par voie IV lente.
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Soutien des fonctions vitales
- Fluidothérapie : L'administration de fluides IV, tels qu'une solution de Ringer lactate ou de chlorure de sodium à 0,9 %, peut aider à corriger la déshydratation et à maintenir la pression artérielle.
- Oxygénothérapie : Si la brebis présente une dyspnée ou une cyanose, une oxygénothérapie peut être nécessaire.
- Assistance respiratoire : Dans les cas graves de dépression respiratoire, une ventilation artificielle peut être requise.
Gestion des complications
- Convulsions : Si la brebis présente des convulsions, des anticonvulsivants, tels que le diazépam ou le phénobarbital, peuvent être administrés. Il faut l’utiliser avec prudence chez les animaux sujets à des crises convulsives.
- Œdème cérébral : Si un œdème cérébral est suspecté, des corticostéroïdes et du mannitol peuvent être administrés.
- Avortement induit ou césarienne : Dans les cas graves où la brebis ne répond pas au traitement médical, un avortement induit ou une césarienne peut être nécessaire pour sauver la vie de la brebis.
Utilisation de la kétamine
Dans certains cas, la kétamine peut être utilisée comme anesthésique ou sédatif chez les brebis atteintes d'éclampsie. Cependant, il est important de prendre en compte les précautions et les effets indésirables potentiels associés à son utilisation.
Précautions particulières : Chez une faible proportion d’animaux, une absence de réponse à la kétamine utilisée comme anesthésique aux doses normales a été signalée. En cas de prémédication, il convient de procéder à une réduction adéquate de la dose. La kétamine peut présenter des propriétés pro-convulsivantes ou anti-convulsivantes. Par conséquent, il faut l’utiliser avec prudence chez les animaux sujets à des crises convulsives. La kétamine peut augmenter la pression intracrânienne et par conséquent n’est pas recommandée en cas d’accidents vasculaires cérébraux. En cas d’utilisation de la kétamine en association avec d’autres médicaments vétérinaires consulter les contre-indications et mises en garde qui figurent dans les fiches d’information correspondantes. Des secousses musculaires, ainsi qu’une excitation sont possibles lors du réveil. Il est important que la prémédication et le réveil se déroulent dans un environnement calme et silencieux. Pour assurer un réveil en douceur, une analgésie et une prémédication appropriées doivent être réalisées si indiquées. L’utilisation concomitante d’autres pré-anesthésiques ou anesthésiques doit faire l’objet d’une évaluation du rapport bénéfice/risque prenant en compte la composition des médicaments vétérinaires utilisés, de leurs doses, ainsi que la nature de l’intervention.
Effets indésirables : Les effets indésirables potentiels de la kétamine chez les ovins comprennent : arrêt cardiaque, hypotension, dyspnée, bradypnée, œdème pulmonaire, convulsions, tremblements, prostration, hypersalivation, troubles pupillaires, mydriase, nystagmus, hypertonie musculaire et dépression respiratoire.
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Interactions médicamenteuses : Les neuroleptiques, les tranquillisants et le chloramphénicol potentialisent les effets anesthésiques de la kétamine. Les barbituriques, les opiacés et le diazépam peuvent prolonger la phase de réveil. Une augmentation du risque d’arythmie cardiaque n’est pas exclue en cas d’utilisation de la kétamine en association avec le thiopental ou l’halothane. L’administration intraveineuse simultanée d’un agent spasmolytique peut provoquer un collapsus.
Posologie et administration : La kétamine doit être associée à un sédatif. Kétamine à la dose de 0,5 à 22 mg/kg IV, soit 0,05 à 2,2 mL/10 kg IV, selon le sédatif utilisé. Kétamine à la dose de 10 à 22 mg/kg IM, soit 1,0 à 2,2 mL/10 kg IM, selon le sédatif utilisé. Les effets de la kétamine peuvent varier de façon importante d’un individu à l’autre. Par conséquent, la posologie utilisée doit être définie au cas par cas chez chaque animal, en fonction de facteurs tels que l’âge et l’état de santé ainsi que la profondeur et la durée d’anesthésie requises. Avant d’administrer la kétamine, il faut s’assurer que l’animal est correctement sédaté.
Suivi et soins de soutien
Après le traitement initial, il est important de surveiller attentivement la brebis pour détecter tout signe de récidive ou de complications. Les soins de soutien peuvent inclure :
- Surveillance de la glycémie et des électrolytes : Des analyses sanguines régulières doivent être effectuées pour surveiller la glycémie, les corps cétoniques et les électrolytes.
- Alimentation et hydratation : Encourager la brebis à manger et à boire dès que possible. Si elle refuse de s'alimenter, une alimentation par sonde peut être nécessaire. L’anorexie est le signe que votre chien est malade. Le mieux est de traiter la cause de l’anorexie. La meilleure façon de redonner de l’appétit à un chien atteint est donc de traiter la gastrite avec des pansements gastriques ou l’insuffisance rénale avec une alimentation « rénale » et des compléments alimentaires soutenant le travail des reins… et donc en s’adaptant à chaque raison de ne plus manger.
- Prévention des infections : Les brebis atteintes d'éclampsie sont plus susceptibles de développer des infections. Une bonne hygiène et l'administration d'antibiotiques peuvent être nécessaires.
- Gestion de la douleur : Si la brebis présente des signes de douleur, des analgésiques peuvent être administrés.
Prévention de l'éclampsie ovine
La prévention est essentielle pour réduire l'incidence de l'éclampsie ovine. Les mesures préventives comprennent :
- Alimentation adéquate : Fournir une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des brebis gestantes, en particulier pendant le dernier tiers de la gestation.
- Gestion du poids : Éviter le surpoids ou la maigreur excessive chez les brebis.
- Surveillance de la glycémie et des corps cétoniques : Surveiller régulièrement la glycémie et les corps cétoniques chez les brebis à risque, en particulier celles portant plusieurs agneaux.
- Supplémentation en énergie : En cas de risque élevé d'éclampsie, une supplémentation en énergie, telle que le propylène glycol, peut être envisagée.
- Accès à l'eau : Assurer un accès constant à de l'eau fraîche et propre.
- Environnement propre et sec : Fournir un environnement propre et sec pour réduire le risque d'infections.
- Dépistage et traitement des maladies concomitantes : Dépister et traiter rapidement toute maladie concomitante, telle que les parasites internes ou externes.
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