La naissance d'un enfant est un événement d'une grande importance dans les familles musulmanes. Des rites prophétiques (sounnan) sont accomplis pour le bien-être de l'enfant, et des invocations sont adressées à Allah pour qu'Il fasse de lui un être pieux et en bonne santé. Parmi ces sounnan, l'attribution d'un beau prénom est primordiale. L'arrivée d'un bébé est perçue comme un bienfait immense d'Allah. Le rituel de la Aqiqa, institué par le Prophète Muhammad ﷺ, consiste à sacrifier un mouton en l'honneur de l'enfant.
« Il est du droit de chaque nouveau-né d’avoir une ‘Aqiqah en son septième jour où on sacrifie pour lui, lui rase la tête et lui donne un nom. Lors de la naissance d’un petit garçon, la sounnah est de sacrifier deux moutons plutôt qu’un. Concernant la fille, un seul mouton suffit. La Aqiqa permet à l’enfant musulman de débuter sa vie ici-bas de la meilleure des manière; par une bonne action. Il nous incombe de montrer le bon exemple à notre descendance, elle est une Amana (dépôt) qu’Allah nous a confiée. Les savants musulmans sont unanimes concernant celui qui éprouve des difficultés à sacrifier lui-même. Il peut déléguer son sacrifice à une tierce personne.
La notion de destin et de prédestination occupe une place centrale dans l'islam. Naturellement, beaucoup s'interrogent sur la signification potentielle de leur date de naissance. Cet article explore différentes approches pour comprendre cette signification, tout en soulignant leurs limites et en insistant sur l'importance du libre arbitre dans la perspective islamique. Nous aborderons la numérologie islamique, l'astrologie (Ilm an-Nujum), les événements historiques et les interprétations soufies.
Diversité des Interprétations et Sources
Il est crucial de souligner que le Coran et les hadiths authentifiés ne contiennent aucune mention directe de l'influence de la date de naissance sur le destin. Les interprétations que nous allons examiner proviennent de traditions populaires, de pratiques ésotériques et de courants de pensée divers, qui sont souvent sujets à controverse au sein de la communauté musulmane.
Plusieurs sources contribuent à ces interprétations :
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- Traditions orales: Transmises au sein des familles et des communautés.
- Astrologie islamique (Ilm an-Nujum): Une pratique controversée, souvent considérée comme une forme de divination interdite.
- Interprétations soufies: Plus symboliques et personnelles.
Ces sources ne représentent pas un consensus religieux, et il est important d'aborder ces pratiques avec un esprit critique. De nombreux érudits religieux mettent en garde contre une confiance excessive en ces interprétations, car elles peuvent mener à un fatalisme incompatible avec les préceptes islamiques de libre arbitre et de responsabilité individuelle.
L'absence de texte religieux explicite a engendré une multitude d'interprétations divergentes. Il n'existe pas de méthode unique et universellement acceptée. Certaines approches se basent sur la numérologie, d'autres sur des correspondances symboliques avec des événements historiques de l'islam, ou encore sur des interprétations plus mystiques. Cette diversité souligne le caractère non-dogmatique de ces interprétations et l'importance de les considérer avec prudence.
Approches d'Interprétation
Numérologie Islamique
L'approche numérologique consiste à analyser la valeur numérique des chiffres composant la date de naissance (jour, mois, année). On additionne ces chiffres jusqu'à obtenir un nombre simple. Chaque chiffre est ensuite associé à des significations spécifiques, souvent basées sur des correspondances avec les lettres de l'alphabet arabe. Par exemple, le chiffre 1 peut symboliser l'unité et le leadership, le 7 la spiritualité, et ainsi de suite.
- Exemple 1: Quelqu'un né le 22/03/1985 (2+2+3+1+9+8+5 = 30, 3+0 = 3). Le chiffre 3 pourrait être interprété comme un symbole de créativité et de communication.
- Exemple 2: Une personne née le 10/10/1970 (1+0+1+0+1+9+7+0 = 19, 1+9 = 10, 1+0=1). Le chiffre 1 est associé à l'individualité et à la force de caractère.
Il existe de nombreuses variations de la numérologie islamique, et les interprétations peuvent différer d'une tradition à une autre.
Astrologie Islamique (Ilm an-Nujum)
L'Ilm an-Nujum, souvent appelée « astrologie islamique », est une pratique controversée au sein de l'islam. Elle utilise les positions des astres pour effectuer des prédictions sur l'avenir ou la personnalité d'un individu. Cependant, de nombreux savants musulmans considèrent l'astrologie comme une forme de divination interdite (haram) car elle implique une reliance à autre chose qu'Allah. Il est important de souligner que l'Ilm an-Nujum n'est pas une pratique reconnue par la majorité des courants de l'islam. Son utilisation est généralement déconseillée.
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Liens avec des Événements Historiques
Cette approche associe les jours de naissance à des événements significatifs de l'histoire de l'islam. Par exemple, une naissance le jour de la bataille de Badr (624 après J.-C.) pourrait être interprétée comme un symbole de courage et de foi. Cependant, cette méthode est subjective et ne repose sur aucune base doctrinale précise. La naissance durant le mois sacré du Ramadan pourrait symboliser la spiritualité et la piété. Une naissance le jour de l'Aïd al-Adha pourrait être interprétée comme un signe de sacrifice et de dévouement. Il est essentiel de rappeler que ces liens sont purement symboliques et ne doivent pas être pris au pied de la lettre.
Interprétations Soufies
Certaines traditions soufies associent les jours de naissance à des archétypes spirituels ou à des caractéristiques symboliques. Ces interprétations sont souvent plus nuancées et personnalisées, s'inscrivant dans un cadre mystique et personnel. Elles ne sont pas systématiques et restent liées à une compréhension plus profonde du soufisme. Il est important de consulter des sources fiables et des experts en soufisme pour comprendre ce type d'interprétations, qui peuvent être très riches en symbolisme, mais difficiles à interpréter sans une connaissance approfondie du sujet.
- Une personne née un lundi pourrait, selon certaines traditions, être associée à la Lune et à ses aspects mystérieux et intuitifs.
- Une naissance un vendredi, jour saint dans l'islam, pourrait être perçue comme un signe de bénédiction et de spiritualité.
Cependant, ces associations restent très subjectives et variables selon les cultures et les traditions. Il est important de noter que ces exemples ne sont que des illustrations. Il existe une infinité d'interprétations possibles et il est crucial de ne pas tomber dans des généralisations abusives.
Limites et Risques Potentiels
Il est essentiel de prendre en compte les limites et les risques potentiels liés à ces interprétations. L'excès de reliance sur ces interprétations peut conduire à un fatalisme excessif, incompatible avec la croyance islamique en le libre arbitre et la responsabilité individuelle. Il est important de ne pas considérer ces interprétations comme des prédictions immuables de l'avenir. La vie d'un individu est façonnée par ses choix, ses actions et sa relation avec Dieu. Les interprétations des jours de naissance ne doivent pas servir d'excuse pour l'inaction ou la passivité face aux défis de la vie.
Toute interprétation doit prendre en considération le contexte personnel de l'individu, son vécu, ses expériences et sa personnalité. Il est erroné de généraliser une interprétation à tous les individus nés un même jour. Chaque personne est unique et son destin est le fruit de ses propres choix et de sa relation avec Dieu. Il est donc recommandé d'approcher ces interprétations avec prudence, discernement et une conscience aiguë de la responsabilité individuelle, sans jamais oublier les préceptes fondamentaux de la foi islamique.
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Le Calendrier Lunaire Islamique : Un Cadre Temporel Significatif
Le calendrier lunaire musulman, également connu sous le nom de calendrier hijri ou hégirien, est fondé sur les cycles lunaires. Contrairement au calendrier grégorien, qui repose sur le cycle solaire, le calendrier musulman se compose de douze mois lunaires. Chaque mois débute avec l'observation du croissant de lune suivant la nouvelle lune. Cette approche lunaire reflète une sagesse intemporelle : elle permet aux festivités religieuses de ne pas être liées à une saison fixe. Par exemple, le Ramadan peut être observé en été comme en hiver, offrant ainsi aux fidèles une expérience diversifiée au fil des ans.
L'origine du calendrier hégirien remonte à l'an 622 après J.-C., date marquant l'hégire, c'est-à-dire la migration du prophète Mohamed de La Mecque à Médine. C'est à partir de cet événement crucial que l'année 1 du calendrier musulman a débuté. La structuration du calendrier autour de l'hégire empêche toute liaison directe avec les événements naturels ou les cycles solaires. Ainsi, l'importance symbolique des dates devient primordiale pour gagner une compréhension spirituelle des moments bénis qui jalonnent l'année islamique.
Les mois du calendrier hégirien et leur signification:
- Muharram: Considéré comme l'un des mois les plus sacrés, marquant le nouvel an islamique et le jeûne d'Achoura.
- Safar: Souvent lié à des superstitions anciennes, que le prophète a exhorté à ignorer.
- Rabi' al-awwal: Célèbre pour la naissance du Prophète Muhammad (ﷺ) mais qui est une innovation.
- Jumada al-awwal et Jumada al-thani: Des moments pour renforcer la foi et la pratique religieuse.
- Rajab: Un mois sacré, souvent utilisé comme une période de préparation pour le mois béni de Ramadan.
- Sha'ban: Juste avant le Ramadan, souvent utilisé pour jeûner en préparation.
- Ramadan: Mois de jeûne, de prière, de réflexion et de communauté.
- Shawwal: Marqué par l'Aïd el-Fitr et les six jours de jeûne facultatifs après le Ramadan.
- Dhul-Qi'dah: Un autre mois sacré, idéal pour les bonnes actions et la préparation spirituelle.
- Dhul-Hijjah: Renommé pour le Hajj, le pèlerinage sacré à La Mecque, et l'Aïd al-Adha.
Les jours blancs (pleine lune), qui tombent les 13e, 14e et 15e jours de chaque mois lunaire, sont des moments privilégiés pour le jeûne. Chaque mois du calendrier hégirien offre des opportunités uniques pour la croissance spirituelle et la pratique religieuse.
Les Quatre Mois Sacrés en Islam
L'islam distingue quatre mois sacrés, chacun porteur d'une signification et d'opportunités uniques pour la foi musulmane. Ces mois sont Dhul-Qi'dah, Dhul-Hijjah, Muharram et Rajab. D'après Abou Bakra (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Certes le temps est revenu comme le jour où Allah a créé les cieux et la terre. « Certes le nombre des mois auprès d'Allah est de douze dans son livre depuis le jour où il a créé les cieux et la terre, parmi eux quatre sont sacrés. Telle est la religion de droiture. Durant ceux-ci ne faites pas d'injustice envers vos propres personnes ».
Dans la tradition islamique, un mois sacré est défini comme une période de paix, de piété accrue et de dévotion intense. Ces mois sont particulièrement vénérés et respectés, car ils offrent des occasions uniques de se rapprocher d'Allah et de renforcer sa foi.
Significations spécifiques des mois sacrés:
- Dhul-Qi'dah: Un temps de non-violence et de tranquillité, propice aux actes de charité et au jeûne volontaire.
- Dhul-Hijjah: Le mois du Hajj, le pèlerinage à La Mecque, et de l'Aid al-Adha, la fête du sacrifice.
- Muharram: Le premier mois du calendrier musulman, marqué par le nouvel an islamique et le jeûne d'Achoura.
- Rajab: Une période de préparation spirituelle pour le Ramadan, avec une pratique recommandée de jeûne pendant les jours blancs.
La prise de conscience de la gravité des péchés durant les mois sacrés devrait inciter les croyants à une plus grande vigilance dans leurs actions et pensées. C'est une période pour se rapprocher d'Allah, renforcer sa foi et pratiquer la piété avec encore plus de ferveur.
Rituels de Naissance et Premiers Jours
Dès sa naissance, le petit enfant est confronté à des difficultés et des dangers. Cette période critique dure au moins sept jours, et souvent quarante jours, pendant lesquels on le protège plus particulièrement contre toutes les influences mauvaises possibles. Un certain nombre de précautions sont prises. Le nouveau-né ne sort pas de la maison, et souvent même de la chambre, avant le septième ou même le quarantième jour après sa naissance. Souvent on ne le lave pas jusqu’au septième jour, mais à sa naissance on lui a passé un chiffon sec sur le corps « pour lui essuyer le sang », puis on l’a enduit d’un corps gras et habillé d’une chemise ou d’un tissu qu’il conservera jusqu’à son premier bain.
Traditionnellement, jusqu’au septième jour après la naissance, l’enfant n’a pas de nom car il est censé rester ignoré des génies si redoutables pour lui : Tebaca est une jinniya qui prend les enfants en Afrique du Nord, Qarinah est un génie familier et nocif à Naplouse, Zagaz tue les bébés au Maroc, Quwâsâ est redoutable dans la Mittidja. C’est une période où sont fréquemment observés des tabous de vocabulaire et des interdits portant sur le nom de l’enfant. On lui donne provisoirement un nom porte-bonheur et protecteur comme le sont ceux construits sur la racine baraka (bénédiction, prospérité), mbârek « béni » pour un garçon, mbâraka si c’est une fille, à Sâfî, embark ou mesaoud (embarka, mesaouda) à Azemmour ou ḍîf « l’invité » à Tabelbala. Ou bien, selon un procédé fréquent pour repousser les jnûn, on le nomme d’un antonyme ; ainsi, chez les Beni Sous du Maroc, on appelle l’enfant « nègre » ishmej.
Accueil de l’enfant dans la communauté musulmane : adhân
Partout, le premier jour, quelques heures parfois quelques minutes après sa naissance, l’enfant entend l’adhân, « appel à la prière », que l’on murmure dans son oreille droite. Cela peut aussi être la profession de foi, shahâda, suivie de Allâhu akbar « Dieu est le plus grand », comme à Tlemcen. Bien que ce rôle soit le plus souvent tenu par le père, c’est, dans les sociétés où il est éloigné, la sage-femme qâbla « celle qui reçoit [l’enfant] » au Maghreb ou dâya (du persan) au Mashreq et en Égypte, qui murmure l’adhân ; c’est ainsi à Fès et à Rabat, au Moyen-Orient et en Turquie. Dans les traditions mâlikite et shâficite, l’adhân est prononcé dans l’oreille droite et l’iqâmeh dans l’oreille gauche : en Égypte, en Malaisie ; à Lamu ; chez les Morisques espagnols du xve siècle. Chez les Atchèh de Sumatra, si c’est une fille, le père se limite à el-qâma. Ce premier rite est parfois suivi de l’énoncé de versets du Coran au-dessus de l’enfant par des élèves de l’école coranique (à Sâfî ; à Lamu ; chez les Morisques espagnols). Ces formules religieuses où sont prononcés les noms d’Allâh et du Prophète sont particulièrement protectrices et constituent de très puissants repoussoirs des jnûn et maux de toutes sortes.
Protections magiques
Elles sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Il faut protéger l’enfant du mauvais œil, c’est-à-dire du contact physique avec toute autre personne que sa mère et la sage-femme, qui sont, en principe, les seules à ne pas être néfastes ; on protège notamment le bébé de certaines jinniya qui font dépérir les enfants, les enlèvent et les permutent avec d’autres. Il faut par ailleurs purifier le lieu, mais aussi la mère et l’enfant, de la souillure du sang répandu qui attire les jnûn et fragilise la mère et l’enfant. Tout ce qui intervient dans cette période, les rituels, les fumigations, les objets, plantes, minéraux, placés à coté de l’enfant (sous lui ou sur lui), tout a un but protecteur ; ces objets sont d’autant plus forts que les dangers sont immenses. On utilise ainsi sel, fer, cornes et objets de forme agressive et repoussante, textes du Coran, koḥl autour des yeux et qui, préparé à la maison, contient des plantes protectrices tel le clou de girofle, dans la Qasba à Alger, ou bien du goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né comme chez les Awlâd Naïl de Rabat. En Turquie, en Tunisie et dans les Balkans, les objets rouges sont particulièrement efficaces.
Citons au passage ces deux éléments importants que sont le placenta - à Pergame, c’est le « compagnon » parce qu’il accompagne l’enfant tout au long de la gestation, c’est le « frère » chez les Atchèh, à Tlemcen - et le cordon ombilical - il tombe de lui-même environ sept jours après la naissance -, tous deux objets de pratiques propitiatoires et magiques variées.
Le taḥnîk
Le bébé a droit à des nourritures spéciales qui donnent lieu à un véritable rituel, le taḥnîk, « frottement du palais avec une substance sucrée », souvent juste après qu’il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours d’actualité en Arabie, en Palestine, au Moyen-Orient où la sage-femme frotte le palais du nouveau-né avec de l’huile d’amande et de l’eau de grenade, à Lamu, en Afrique du Nord, au Sahara, en Inde, et chez les Malais, mais avec de sensibles différences ; il semble absent de Turquie. On peut lui attribuer à la fois une valeur de transmission et des fins propitiatoires. Le terme taḥnîk désigne le fait de frotter le palais avec une datte que l’on a mâchée : c’est déjà la description du rituel. Son ancienneté est prouvée par l’étymologie, ḥanak désigne « le palais mou », d’où ḥanaka « manger des dattes ou autre chose en broyant contre le palais ce qu’on mange ». Chez les Hébreux, qui pratiquaient déjà le rituel avec le miel et le lait, le terme ḥanaka, « mettre quelque chose dans la bouche », signifie aussi, par une métaphore courante où le goût est appliqué à la compréhension, « faire goûter », « comprendre », puis « initier, commencer quelque chose ».
Le miel ou les dattes sont les substances sucrées les plus largement utilisées à la fois pour leur saveur très plaisante et ce qu’elles représentent : elles sont hautement génératives, repoussent les mauvais esprits et marquent le bon accueil. Ce rituel a plusieurs significations. Il a d’abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu’un. Ce n’est jamais la mère qui le pratique mais souvent la sage-femme, ou une personne remarquable de l’entourage. C’est ce que faisait Muḥammad à qui ses compagnons et les gens de Médine portaient leurs nouveau-nés « pour que cet homme saint fasse cet acte saint » ; il leur crachait dans la bouche pour que sa salive soit la première chose qui leur entre dans le ventre, puis il trottait leur palais avec une datte mâchée et les bénissait.
Cette façon de transmettre à l’enfant les vertus d’une personne sainte et pleine de baraka se retrouve dans diverses cultures. Au Sahara occidental, c’est un homme possédant la baraka ou une grande valeur guerrière qui donne à l’enfant le jus de dattes mâchées. Au Mzab, l’enfant absorbe, avant toute nourriture, l’eau avec laquelle a été lavée l’encre des versets du Coran écrits par un ṭâleb. Chez les Aït Hichem de Kabylie, dès que le nouveau-né a été essuyé, les femmes (de la parenté) les plus belles et les plus heureuses s’en approchent et crachent sur lui du sel, du cumin, des graines de navet, de cresson alénois, tous produits hautement protecteurs, mais les qualités de celles qui agissent donnent à l’acte valeur de transmission. Chez les Bédouins Hwetât d’Arabie Pétrée, le rituel est lié à la nomination du septième jour. C’est dans les bras de l’homme le plus respecté (ṣâḥib bakht, « maître de l’horoscope » et donc « de la chance ») que l’on dépose l’enfant après avoir sacrifié et oint le front de l’enfant du sang de l’animal. Cet homme met de sa salive dans la bouche de l’enfant, souffle sur lui et dit : « Reçois la salive de ma salive, va sur mon chemin et tu seras nommé un tel ». Au Moyen-Orient, c’est, si possible, avec l’eau de l’Euphrate, fleuve sacré, que l’on asperge le front du nouveau-né.
Le taḥnîk a valeur propitiatoire. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c’est-à-dire que l’enfant ait toujours de belles paroles ou qu’il ait une vie aussi douce que le sucré qu’on lui donne comme à Tunis. Ailleurs en Tunisie, on le badigeonne avec de l’huile d’olive pour qu’il ait une belle voix et n’ait pas de goitre ; ou d’un mélange de miel et de beurre smen pour qu’il puisse téter plus facilement. À Lamu, la sage-femme frotte les gencives du bébé avec du miel pour que son élocution soit facile. Le rituel se nomme at-talghîja à Fès et Rabat : la sage-femme passe avec son doigt dans la bouche du nouveau-né un peu d’huile sucrée ou mieux de l’huile dans laquelle ont macéré des dattes pour que sa parole soit douce comme l’huile et agréable, sucrée comme la datte, deux produits hautement bénéfiques et de bon augure. Au Sahara, c’est un ensemble de plantes et de produits riches et pleins de baraka que l’on fait ingérer au nouveau-né : beurre, dattes, auxquels on ajoute henné et romarin, deux plantes bonnes aussi contre les diarrhées. À Idélés (Ahaggar), la mère met dans la bouche du bébé un peu de beurre frais ou fondu, quantité appelée taouleqqit. On donne aussi de l’eau sucrée avec la manne de palmiers et dans laquelle ont macéré des feuilles de romarin et de henné. À Tabelbala, on forme une boulette de henné en poudre, d’une datte écrasée et de beurre de chèvre frais.
Le taḥnîk a enfin valeur de protection contre les influences malignes. Chez les Atchèh de Sumatra, le premier geste de la sage-femme est de cracher dans la bouche du nouveau-né un mélange protecteur contre les esprits fait de feuilles de bétel, turmeric, noix de bétel, cachou et citron. On ne peut dire si le rituel est indigène ou influencé par un apport extérieur musulman.
Onguents et massages
Ils visent à protéger le bébé, à raffermir sa peau et s’accompagnent toujours de manipulations sur telle ou telle partie du corps qui doivent influer sur son devenir psychologique et physique, selon un raisonnement de magie sympathique. Après que la sage-femme l’a essuyé, le nouveau-né est enduit, plusieurs jours de suite, d’un corps gras, qui a toujours une valeur protectrice. À Fès, c’est de l’huile d’olive pure ou parfumée au girofle dont le parfum est de bon augure ou de l’huile avec du henné, plante du paradis pleine de baraka ; chez les Zaer, près de Rabat, on enduit l’enfant de beurre fondu. Dans la région constanti noise et les Hauts Plateaux algériens, on l’enduit d’huile ou de beurre fondu et le saupoudre de tanin dbagh. Mais là ne s’arrêtent pas les soins donnés par la sage-femme. Chez les Kabyles Aït Hichem, elle fait ainsi subir à l’enfant une série de manipulations qui ont valeurs propitiatoire et apotropaïque ; elle lui masse la tête et les oreilles pour qu’il soit éveillé et lui tire le nez pour que grandisse en lui le sentiment de l’honneur (nnif). Ibn Khaldûn, au xive siècle, décrit et explique ces mêmes pratiques de façon « scientifique ». « Comme les os de l’enfant sont encore mous et flexibles à cause de leur récente formation et du peu de consistance de la matière qui les compose, et comme l’enfant pourrait se déformer ou disloquer ses membres en sortant de ce passage étroit, la sage-femme les masse (ghamaza, palper) et redresse les membres jusqu’à ce qu’ils reprennent leur forme naturelle et la position normale… Elle oint (marakha) ses membres…
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