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Serge Reggiani : Biographie d'un artiste aux multiples facettes

Serge Reggiani, acteur et chanteur français d'origine italienne, a marqué le paysage artistique du XXe siècle par son talent éclectique et son parcours de vie riche en épreuves et en succès. Né le 2 mai 1922 à Reggio nell'Emilia, en Italie du Nord, il est décédé le 22 juillet 2004 à Paris.

Une enfance italienne bouleversée par le fascisme

Issu d'une famille modeste, son père Ferruccio Reggiani était associé coiffeur et sa mère ouvrière, Serge Reggiani a passé ses premières années dans une Italie en proie à la montée du fascisme. En 1930, les violences fascistes contraignent sa famille à l'émigration et à l'installation définitive à Paris. Cette rupture avec son pays natal marquera profondément l'artiste, qui conservera toute sa vie un attachement fort à ses racines italiennes.

À Yvetot en Normandie, puis à Paris, les parents tiennent un salon de coiffure. L'enfant s'adapte vite et bien. Bon élève, mais apprenti maladroit, il se montre séduit par l'ouverture d'un Conservatoire des arts cinématographiques, avant de se tourner vers le Conservatoire national d'art dramatique. En 1938, il reçoit le 1er prix de comédie à Paris. En 1939, il s'inscrit au Conservatoire national d'art dramatique. En 1941, deux seconds prix (tragédie et comédie) récompensent le jeune acteur.

Les débuts d'une carrière prometteuse au théâtre et au cinéma

Au début de la guerre, il s'était hasardé sur les planches, pour distiller l'humour décapant de Roger Vitrac (Le Loup-garou), ou célébrer Baudelaire dans le cabaret d'Agnès Capri. En 1941, il commence sa carrière de comédien dans Le Loup-Garou de Roger Vitrac. Son talent s'épanouit dans Paris occupé. Lorsqu'il reprend Les Parents terribles, en 1942, il est victime de la cabale qui vise Jean Cocteau. Louis Daquin lui confie la « silhouette » de Bob, le mauvais fils, dans Le Voyageur de la Toussaint (1942). Son visage heurté retient l'attention. Après avoir vu Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon (1943), Robert Brasillach s'enthousiasme, dans les Chroniques de Paris, « pour l'autorité et la force de l'acteur… mais aussi cet air fermé et têtu, l'éclat des yeux sombres, le feu intérieur ».

Après la guerre, le cinéma tel qu'il se fait sous l'égide de Jacques Prévert le comble : il joue dans Les Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946), Les Amants de Vérone (André Cayatte, 1948) et, tient le premier rôle de La Fleur de l'âge (Marcel Carné, 1947), qui demeure malheureusement inachevé. Il prête également sa voix au tendre ramoneur du dessin animé de Paul Grimault, La Bergère et le Ramoneur (1952). Cynique et persifleur, il campe le frère de Manon (Henri-Georges Clouzot, 1947). Dans Retour à la vie (Jean Dréville 1948), il remâche l'amertume d'un prisonnier français, marié à une Allemande, et en proie à la haine à son retour en France. Il lui revient également, en fantassin effronté, d'ouvrir et de fermer La Ronde de Max Ophüls (1950).

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Au théâtre, Serge Reggiani interprète et met en scène Hamlet (1947), vit les affrontements de La Terrasse de Midi (Maurice Clavel, 1947) et les crises des Justes (Albert Camus, 1949). Il se prodigue dans La Dévotion à la Croix (Calderón, 1953) après avoir ferraillé dans une adaptation des Trois Mousquetaires (1951). Jacques Becker lui offre alors de jouer dans Casque d'or (1952) Manda, l'amant taciturne de Simone Signoret. Ce rôle admirable, où l'amour fou s'entrelace à la pure amitié, marqua si bien l'acteur que plus tard il chantait encore « un menuisier dansait » pour évoquer la valse éternelle de Casque d'or et de Manda sous les arceaux de la guinguette.

L'éclosion d'un chanteur engagé et populaire

L'année 1959 marque le triomphe, au théâtre de la Renaissance, des Séquestrés d'Altona, pièce de Jean-Paul Sartre et chant du cygne de l'acteur qui interprète le rôle de Franz von Gerlach. Bien conseillé, encouragé par Barbara, Serge Reggiani entame à quarante-deux ans un parcours de chanteur jalonné par des récitals à l'Olympia et à Bobino. Son sens dramatique, sa précision, l'âpre résonance de ses accents bouleversent ses auditeurs.

À partir de 1964, Serge Reggiani s'oriente vers la chanson grâce à Jacques Canetti qu'il a rencontré chez ses amis Simone Signoret et Yves Montand. Son premier disque Serge Reggiani chante Boris Vian sort en 1964, en pleine période yéyé, et connaît un succès très encourageant pour un interprète débutant dans la chanson. Diffusée deux jours durant par RTL, la chanson Arthur, où t'as mis le corps ? fait l'objet d'un concours où les auditeurs doivent deviner l'interprète-mystère. En 1966, Barbara, séduite par son interprétation des chansons de Boris Vian, lui propose de faire la première partie de son tour de chant. Il entre alors sans le vouloir en concurrence avec son fils Stéphan qui tente de percer en tant que chanteur. Barbara l'aide à travailler sa voix. En 1967 il enregistre pour les Productions Jacques Canetti un nouveau 33 tours Album N°2 Bobino ; pour ce disque, Serge Reggiani précède certains titres par un poème mis en musique qui introduit le thème de la chanson. Il y interprète avec son timbre de baryton Le Petit Garçon ? chanson écrite à sa demande par Jean-Loup Dabadie, dont c'est la première chanson ? Le Déserteur et Quand j'aurai du vent dans mon crâne de Boris Vian, Les loups sont entrés dans Paris, ainsi que deux chansons écrites par Georges Moustaki, Sarah et Ma liberté (cette dernière trouvera un certain écho auprès de la jeunesse « soixante-huitarde », cette dernière appriéciant par ailleurs l'engagement à gauche de Reggiani. L'album connaît un succès foudroyant et lance définitivement le chanteur.

Exigeant dans le choix des auteurs, il chante aussi bien Charles Baudelaire que Georges Moustaki, ou encore Arthur Rimbaud, Jean-Loup Dabadie ou Boris Vian. Il travaille aussi bien avec des compositeurs reconnus ? Jacques Datin notamment ? qu'avec de nouveaux auteurs dont certains deviendront célèbres : Pierre Tisserand, Serge Bourgois, Albert Vidalie, Georges Moustaki et Jean-Loup Dabadie (qu'il retrouvera de nouveau sur le tournage de Vincent, François, Paul… et les autres en 1974), ou encore Maxime Le Forestier et Serge Gainsbourg dans les années 1970. Dans les années 1970, Claude Lemesle lui écrit de nombreux textes : Venise n'est pas en Italie, Le Souffleur et Le Barbier de Belleville. Le parolier assure la direction artistique des derniers albums. De jeunes paroliers, tels Philippe Sizaire, Jacques Roure ou Marilena Orlando écrivent pour lui dans les années 1990. Reggiani chante également les mots de Didier Barbelivien.

Son engagement politique séduit les jeunes générations : les étudiants le réclament même à la Faculté de Médecine de Paris, pour un concert improvisé. Toujours en 1968, le 28 octobre, Reggiani (qui vient d'intégrer Polydor), enregistre son troisième album Et Puis… : c’est un nouveau succès. « Il suffirait de presque rien » qui passe à la radio, et « La Java des bombes atomiques » (Boris Vian) sont inclus. L’année s’achève en apothéose : le 12 novembre, il participe à la mythique émission Discorama de Denise Glaser. Le 24, il est l’invité principal du non moins célèbre Musicorama d’Europe 1, enregistrée depuis la scène de l’Olympia. Et le 28, il est de nouveau lauréat de l’Académie Charles-Cros. Reggiani se concentre alors sur sa carrière de chanteur, délaissant quelque peu le cinéma. Néanmoins, en 1969, il retrouve Simone Signoret dans L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. A partir du 4 février, il investit de nouveau la scène de Bobino, où les représentations sont prolongées de quinze jours. Au mois d’avril, il s’envole pour les Pays-Bas pour recevoir le prestigieux Prix Edison, puis rejoint le Canada, pour une nouvelle tournée. La fin de l’année le voit occuper, plus de trois semaines durant, la scène du cabaret parisien Don Camillo.

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Le cinéma : des rôles marquants et des collaborations prestigieuses

L'échec incompréhensible de Casque d'or blessa Reggiani. Il entreprit par la suite de jouer dans une douzaine de films italiens, dont La Grande Pagaille (Luigi Comencini, 1960), Le Guépard (Luchino Visconti, 1962), plus tard Touche pas à la femme blanche (Marco Ferreri, 1973) et La Terrasse (Ettore Scola, 1980). En France, Duvivier, Melville, Lelouch et Sautet l'ont également sollicité, mais aussi Angelopoulos et Kaurismäki.

Il tourne deux polars à succès de Roger Pigaut : Comptes à rebours en 1970 et Trois Milliards sans ascenseur en 1972. En 1974, il incarne Paul dans le film choral de Claude Sautet Vincent, François, Paul… et les autres. En 1975 il tourne pour Claude Lelouch dans Le chat et la souris, un polar humoristique qui marque par ailleurs le retour à l'écran de Michèle Morgan après huit ans d'absence. Il tient aussi un plus petit rôle dans le film suivant de Lelouch, Le Bon et les Méchants.

Une vie personnelle marquée par le deuil et la résilience

En 1943, sur le tournage du Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon, il rencontre la comédienne Janine Darcey, qu'il épouse en 1945. Ils ont deux enfants, Stéphan et Carine, à qui Serge Reggiani transmet la fibre artistique. Après la guerre, il apparaît très souvent au théâtre ou au cinéma. En 1955, Serge Reggiani et Janine Darcey divorcent.

En 1958, il se marie à la comédienne et metteur en scène Annie Noël. Ils auront ensemble trois enfants : Célia, Simon et Maria. En 1973, après seize ans de vie commune, Serge Reggiani et Annie Noël divorcent. Noëlle Adam, danseuse et actrice rencontrée en 1972, partage ensuite sa vie pendant plus de trente années (la chanson Noëlle lui est consacrée).

À la fin des années 1970, il se produit sur scène avec son fils Stéphan, puis avec sa fille Carine. En 1980, à l'âge de trente-quatre ans, son fils Stéphan met fin à ses jours dans la maison de Mougins où il se trouve avec sa femme et sa grand-mère. Son petit fils, Maxime Dala-Libéra, berger dans la vallée du Moudang chantera d'ailleurs sa chanson Gabrielle à ses bêtes en hommage à sa mère. Bien qu'il ressente moins de goût pour la chanson, Serge Reggiani, soutenu par ses amis, trouve dans le travail la force de lutter contre la dépression et l'alcoolisme pourtant présents.

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Les dernières années : entre reconnaissance et nostalgie

Il continue ainsi de produire des albums qui bénéficient de la faveur du public et rencontre également un grand succès à l'Olympia en 1983 et 1989. Au cours de la décennie 1990, il reprend goût à la vie et se produit sur de nombreuses scènes : le Palais des congrès, les Francofolies, l'Olympia. Il sort un album par an dont 70 balais, puis un tous les deux ans. En 1995, il participe au concert des Enfoirés, « Les Enfoirés à l'Opéra-Comique ».

En 1991, il se découvre une passion tardive pour la peinture, ce qui l'amène, en 1991, à exposer pour la première fois. En 1999, sort son album "Les adieux différés", emprunt de nostalgie. Contraint d'annuler une série de concerts parisiens la même année après une hospitalisation, Serge Reggiani offre en 2000 un ultime album "Enfants, soyez meilleur que nous". En 2003, une victoire d'honneur vient récompenser l'ensemble de sa carrière lors des 18éme Victoires de la Musique. Suit une tournée qui débute dans la salle parisienne du Palais des Congrès.

Décès et héritage

Le 22 juillet 2004, il meurt d'une crise cardiaque à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Serge Reggiani est inhumé au Cimetière du Montparnasse, à Paris.

Serge Reggiani laisse derrière lui une œuvre riche et diversifiée, marquée par son talent d'interprète, son engagement politique et sa sensibilité à fleur de peau. Il reste une figure emblématique de la chanson française, dont les chansons continuent d'émouvoir et de résonner auprès du public.

Les femmes de sa vie

Côté vie privée, Serge Reggiani a été marié à la comédienne Janine Darcey dont il s’est séparé pour s’unir à l’actrice Annie Noël avec laquelle il a trois enfants. Dans les années 70, il rencontre la danseuse Noëlle Adam pour laquelle il a un coup de foudre.

Serge Reggiani et Robespierre

Reggiani c’est aussi le combat, le combat pour une société plus juste. Il était à ce titre associé aux « rouges » et se plaisait en robespierriste. En fervent défenseur de l’idéal républicain, il incarne Robespierre dès 1962 dans Les jacobins (Il Giacobini), une série de cinq épisodes de quatre-vingt-dix minutes, diffusée à l’heure de grande écoute sur la télévision italienne. C’est en 1978 qu’il signe un double album consacré aux discours de l’Incorruptible, « une sorte de rêve » écrit Daniel Pantchenko. Un premier 30 cm est consacré au discours « sur la nécessité de révoquer le décret sur le Marc d’Argent ». Ce décret daté du 29 octobre 1789 avait institué un suffrage censitaire à trois niveaux de contribution.

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