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Les Conséquences Psychologiques de la Séparation Mère-Enfant à la Naissance

La naissance, un moment à la fois de joie et de vulnérabilité, est un passage primordial dans l'hominisation et l'humanisation. Si la médecine a fait reculer la mortalité infantile, la potentialité sismique de l'accouchement demeure. La séparation brutale d'avec la figure d'attachement, en particulier la mère, peut avoir des conséquences psychologiques significatives sur le développement de l'enfant. Cet article explore les traumatismes potentiels, les possibilités de "réparation" et l'importance de la résilience face à ces défis.

Les Traumatismes Liés à la Séparation

La séparation mère-enfant dès la naissance n’est pas recommandée, car l’enfant est stressé et peut le rester en grandissant, il risque de développer des troubles du comportement et des pathologies psychiatriques. Pour les tout-petits, la séparation brutale d’avec une figure d’attachement est possiblement traumatique et peut compromettre gravement leur développement émotionnel et conduire ultérieurement à des troubles de la personnalité.

Les relations que les bébés établissent avec des figures d’attachement constituent le substrat sur lequel se tissent leurs sentiments de sécurité et de confiance. L’abandon du bébé par ses parents, le décès tragique d’un proche, la rupture des liens après une séparation conjugale ou familiale, l’éloignement de l’enfant en raison d’une hospitalisation sont autant de situations qui peuvent affecter durablement le devenir des bébés. Les nourrissons sont principalement affectés par la disparition des personnes qui les maternent, celles qui les nourrissent, les lavent, les accompagnent au moment du coucher, etc. Les enfants plus grands sont, eux aussi, touchés par la perte des personnes en charge de leurs soins quotidiens, mais également de celles qui s’occupent d’eux, qui jouent avec eux, les bercent, les éduquent, etc.

La perte du proche peut être réelle, comme dans le cas d’un décès ou d’un abandon, mais aussi affective. C’est le cas, par exemple, lorsque les parents, mobilisés par leur souffrance ou leurs difficultés, se désintéressent du bébé et ne lui fournissent plus un maternage adéquat. On peut parler dans ce cas d’absence « psychique ». Les deux situations sont susceptibles d’entraîner des troubles de l’attachement, la première par rupture des liens, la deuxième par distorsion des interactions entretenues par les proches avec le bébé. La privation des parents, les « tuteurs de développement », non compensée par des adultes bienveillants, des « tuteurs de résilience », se révèle d’autant plus pernicieuse qu’elle est précoce.

La séparation induit beaucoup de souffrance et de tristesse, elle crée des vides immenses dans les cœurs et dans les âmes. Le père, qui se sent impuissant et désemparé face à la détresse de sa femme, se retrouve en première ligne pour recevoir les informations du médecin. C’est lui bien souvent qui voit le bébé en premier, qui constate sa vulnérabilité, sa dépendance aux machines médicales. C’est lui qui reçoit ainsi en pleine face ce qui risque fort d’être vécu comme un échec à la création, à donner la vie. Même si c’est souvent oublié car on pense d’abord à l’impact de la séparation sur la mère et le bébé, le père vit aussi très mal cet événement imprévu, qui vient ternir l’image sacrée et féerique de l’union du couple dans la maternité rêvée. Cela peut compromettre l’avenir de la relation parentale, ainsi que celui de la relation père-enfant. Il y aura sans doute des problèmes de communication, et un souci de gestion de personnalité et de rôle, dû à cette négation du rôle de père induit par la séparation - l’enfant est là sans être là, l’accouchement a eu lieu mais la cellule familiale est dispersée.

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Les frères et sœurs, à qui bien souvent on interdit de voir le bébé, en raison de leur âge et des risques de transmission microbienne. Dans leur esprit d’enfants, qui ne comprennent pas bien les considérations scientifiques, ils peuvent s’imaginer le pire, et développer des sentiments d’intolérable culpabilité, frustration, colère, qui peuvent éventuellement mener à un fort sentiment de non-appartenance à la cellule familiale.

L'Importance de l'Attachement Sécurisant

Pour qu’un bébé puisse poursuivre un développement harmonieux après avoir subi un événement traumatique ou une séparation avec un être cher, il est important qu’il puisse tisser un attachement sécurisant avec un adulte bienveillant, apte à répondre adéquatement à ses signaux de détresse par des gestes de réconfort, des paroles rassurantes, une attitude patiente et compréhensive, de l’affection et une acceptation inconditionnelle. Malheureusement, l’entourage n’est pas toujours à même d’offrir la sécurité, la protection, l’attention, l’amour et la stabilité dont les bébés blessés ont besoin.

Dans les cas de traumatismes répétés, perpétrés dans le cadre famille, ce qu’il faut réparer, c’est l’attachement. En effet, ce que les psys appellent l’attachement « secure », c’est-à-dire un attachement qui offre de la sécurité, constitue le terreau sur lequel se forment le sentiment de sécurité, l’estime de soi et les modèles d’interactions intimes et sociales. Il est indispensable que le bébé soit protégé des stimuli intenses en provenance du monde extérieur par des adultes rassurants. Le psychiatre anglais Donald Winnicott affirmait : « Un bébé, ça n’existe pas. » Et en effet, le nourrisson n’existe pas sans une personne qui lui prodigue des soins. Il est partie intégrante de l’unité duelle qu’il constitue avec cet adulte de référence. De la qualité de cette relation dépendent son état et son évolution psychiques.

Les Conséquences à Long Terme et la "Réparation"

Séparer un enfant de sa mère dès la naissance n’est pas recommandé : l’enfant est stressé et peut le rester en grandissant, il risque de développer des troubles du comportement et des pathologies psychiatriques, ou de consommer des drogues à l’adolescence.

La séparation précoce entre une mère et son enfant peut avoir des conséquences dramatiques sur le développement cérébral et psychologique de ce dernier, avec des répercussions qui perdurent jusqu’à l’âge adulte. Le lien entre une mère et son enfant se forme dès la grossesse et se renforce considérablement au cours des premières années de vie.

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Les deux premières années de vie constituent une période critique pour l’établissement de l’attachement et le développement du cerveau. Durant cette phase, le cerveau de l’enfant est extrêmement plastique et sensible à son environnement. L’absence de la figure d’attachement principale provoque un stress intense chez le jeune enfant. Cette situation active de façon excessive l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), entraînant une production anormalement élevée de cortisol. L’absence des stimulations sensorielles et affectives normalement fournies par la mère peut entraîner un déficit de croissance neuronale dans certaines régions cérébrales.

L’expérience d’une séparation prolongée durant la petite enfance peut altérer durablement la capacité à former des liens d’attachement sécures. Si les conséquences d’une séparation mère-enfant peuvent être sévères, tous les individus ne sont pas affectés de la même manière. La durée de la séparation joue un rôle crucial. Plus la séparation est longue, plus les effets négatifs sont susceptibles d’être importants et durables. L’âge auquel survient la séparation est également déterminant. La qualité de la prise en charge durant la séparation peut atténuer les effets négatifs.

Certains gènes impliqués dans la régulation du stress et des émotions peuvent moduler la sensibilité individuelle aux effets d’une séparation précoce. Les expériences positives et le soutien social à l’adolescence et à l’âge adulte peuvent atténuer les effets à long terme d’une séparation précoce. Les recherches récentes suggèrent que les effets à long terme d’une séparation précoce mère-enfant impliquent des mécanismes épigénétiques. La séparation précoce peut induire des changements durables dans la méthylation de l’ADN au niveau de gènes impliqués dans la régulation du stress et des émotions. La séparation précoce peut également altérer l’expression de microARN, de petits ARN non codants impliqués dans la régulation post-transcriptionnelle de l’expression génique.

Même si le bébé n’a pas été « réparé » pendant son jeune âge, il est encore possible de sortir du traumatisme à l’âge adulte. Quelle que soit la gravité des événements vécus, il est essentiel de ne jamais condamner une victime à l’éternité du traumatisme ! Les enfants font souvent preuve de ressources exceptionnelles et sont aussi capables de surmonter les traumatismes les plus graves pourvu qu’ils retrouvent les conditions nécessaires à leur développement. Le recours à des soins de santé mentale de qualité peut également grandement contribuer à la restauration psychique de ces enfants. Les thérapies actuelles aident de nombreux adolescents et adultes victimisés dans l’enfance à retrouver une vie heureuse. Je pense en particulier à l’EMDR et à l’hypnose. EMDR est l’acronyme de « Eye Movement desensitization and reprocessing ». C’est une approche psychothérapeutique dont l’efficacité a été prouvée scientifiquement dans le traitement des traumatismes et elle est aujourd’hui reconnue par de nombreuses institutions, notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé. Bien entendu, au plus tôt l’enfant bénéficie des tuteurs des résilience et établit une relation sécurisante avec un adulte bienveillant ou croise le chemin d’un psychothérapeute, au mieux c’est.

L’adolescence est une période propice pour trouver des tuteurs de résilience qui ont fait défaut jusque-là. Si les jeunes parviennent à nouer des relations sociales de bonne qualité avec des adultes, mais aussi avec des pairs au sein de clubs sportifs ou de loisirs, d’associations, de congrégations religieuses, de mouvements de jeunesse, etc., cela peut les soutenir à dépasser les événements traumatiques.

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Traumatismes Spécifiques et Soins Adaptés

En termes de soins spécifiques, les enfants abandonnés doivent absolument être entourés d’adultes affectueux, capables de les aider à surmonter cette épreuve. Il est aussi essentiel qu’ils soient informés des raisons connues ou supposées de cet abandon, sans quoi il risque de grandir avec l’idée qu’il en est la cause : si mon père ou ma mère, les personnes qui devraient le plus m’aimer au monde, m’ont abandonné, c’est que je ne suis pas digne d’être aimé ou c’est que je suis mauvais. Si l’enfant a été abandonné à la naissance, lorsque la situation s’y prête, il faut lui expliquer que ses parents ont fait ce qu’ils pouvaient faire de mieux pour lui. Ils savaient qu’ils n’étaient pas capables de s’en occuper et ils ont préféré les confier à des personnes plus compétentes. Il est plus utile que l’enfant n’ait ni une idée détestable de lui-même ni une impression d’indignité de ses parents.

Comme les enfants abandonnés, les enfants violentés peuvent avoir le sentiment qu’ils sont mauvais et qu’ils méritent leur infortune. Lorsqu’ils sont maltraités physiquement ou psychologiquement par un proche, ils peuvent se culpabiliser croyant que les violences sont méritées en raison de quelque insuffisance personnelle ou qu’ils sont une punition de méchancetés ou d’erreurs qu’ils auraient commises. Il est essentiel que les jeunes victimes comprennent que rien ne justifie la violence physique et que ces faits sont punis par la loi.

Tout ne se joue pas dans les premiers mois de la vie

Tout ne se joue pas dans les premiers mois de la vie, mais il est certain que des traumatismes sévères, répétés, vécus à un âge précoce entraînent un risque plus élevé de développer un traumatisme complexe que s’ils sont plus tardifs. Longtemps on a cru que le bébé était imperméable au traumatisme. Son psychisme était censé protégé par son immaturité intellectuelle : il ne pouvait pas comprendre ce qui lui arrivait. Par ailleurs, sa faculté d’oubli lui permettait, croyait-on, de ne laisser aucune place dans sa mémoire pour de mauvais souvenirs. Or, c’est précisément l’inverse qui se produit. C’est parce qu’elle est malléable et inachevée que la personnalité du tout-petit est plus aisément perturbée par l’impact du trauma. Plus les traumatismes sont subis précocement et plus la personnalité de la victime risque de subir des altérations importantes, voire d’être modifiée dans ses fondements.

Et malheureusement, les traumatismes vécus dans la toute-petite enfance ne laissent pas que des traces durables au niveau psychique. Ils laissent également des traces biologiques. Des chercheurs ont montré qu’un traumatisme vécu par les jeunes enfants entraîne des modifications épigénétiques. La génétique étudie les gènes. L’épigénétique s’intéresse aux mécanismes susceptibles de modifier l’expression des gènes. Contrairement aux mutations qui affectent les gènes, les modifications épigénétiques sont réversibles.

Les premières expériences sur l’impact épigénétique des traumatismes ont été menées sur les souris et elles ont montré qu’un souriceau traumatisé à la naissance manifeste durablement un stress élevé. Le traumatisme qu’il a vécu dans sa petite enfance a bloqué l’expression d’un gène important dans la régulation du stress. Ces changements persistent à l’âge adulte et sont transmis à la génération suivante. Les études menées chez les êtres humains traumatisés montrent également des modifications épigénétiques chez les enfants ayant subis des traumatismes précoces. Ces modifications les rendent plus sujets à la dépression, aux troubles de la personnalité, aux comportements antisociaux, aux addictions et au suicide ainsi qu’à diverses maladies comme le diabète ou certains cancers. Lorsque ces enfants, devenus adultes, deviennent parents, ils transmettent ces marques épigénétiques à leur descendance, ce qui la rend elle aussi plus vulnérable aux pathologies mentales et aux maladies somatiques. La bonne nouvelle, c’est que ces modifications épigénétiques sont réversibles. Chez les souris traumatisées dans leur jeune âge, la recherche a montré qu’un environnement agréable, c’est-à-dire une grande cage, avec des congénères, des roues, un labyrinthe et des jouets, corrige les effets néfastes du traumatisme ! Chez l’être humain, une alimentation saine, de l’activité physique et une bonne gestion du stress ont des effets directs sur l’expression des gènes. La psychothérapie et la méditation aident à gérer le stress et ont indéniablement un impact positif pour la personne traumatisée, quel que soit l’âge auquel elle les subi les traumatismes et quel que soit l’âge auquel elle entame des soins de santé mentale.

Minimiser la Séparation et Favoriser le Lien

D’abord, bien entendu, en minimisant autant que possible la durée de la séparation. Quand celle-ci est toujours présente, en faisant le maximum pour que mère et enfant puissent être mis en contact. Il appartient à l’équipe médicale encadrante de tout faire pour favoriser le lien. C’est possible notamment grâce au peau-à-peau, qui est un moyen simple de déclencher immédiatement une sécrétion d’ocytocine, par le bien-être ressenti (il faut bien entendu que le contact soit intentionnellement tendre, il ne s’agit pas là du simple contact des soins médicaux). De même, les massages peuvent s’avérer très bénéfiques. Ils multiplient les effets positifs que l’on observe au toucher affectueux.

Le Rôle des Endorphines et de l'Accoutumance

Lors de l’accouchement et à la naissance, la mère et le bébé possèdent leur propre sécrétion d’endorphines. Ils restent tous deux, sauf mauvaises conditions d’accouchement, sous l’effet de ces opiacées quelques heures durant : c’est le début de l’accoutumance, les conditions à l’installation d’un attachement très puissant, d’une certaine dépendance. Notons que le lait des premiers jours suivant la naissance contient toujours des opiacées. Lorsque le bébé tête, cela provoque la production d’endorphines chez la mère : le lait est alors encore plus chargé en opiacées. Ce qui explique les impressions de bonheur intense, de plénitude, voire d’extase, que les deux êtres dégagent durant cette période. C’est plus fort donc dans les heures suivant la naissance.

Les Conséquences Physiologiques de la Séparation

Pour le bébé, les conséquences sont encore plus nombreuses : infections à répétition, troubles respiratoires, troubles alimentaires, troubles du sommeil, maux de tête, dépression, accès de panique, etc. Enfin, soulignons que chez l’enfant nouveau-né, l’amygdale est une des seules structures cérébrales à être déjà mature. Elle va stocker tous ces ressentis de peur - si l’esprit conscient ne se souvient pas, le corps lui, n’oublie pas.

La séparation peut entraîner une diminution de la neurogenèse (développement neuronal). Dans les cas les plus graves, cela peut même aller jusqu’à la destruction des neurones déjà en place, et gravement endommager des structures cérébrales importantes (comme l’hippocampe). Le bébé in utero a été habitué aux microbes spécifiques de sa mère : il a développé les mêmes anticorps IgG qu’elle. Non-ingestion du colostrum. Particulièrement négligée en France, l’absorption du colostrum présente un avantage de taille pour la fabrication de la flore intestinale du bébé.

Si la séparation à la naissance s’éternise, qu’il y a un manque de continuité dans les soins, un manque d’amour dû au manque de présence, la régulation affective et émotionnelle ne pourra pas se faire, et le bébé grandira dans la souffrance et des angoisses inconsolables.

Le Besoin Inné de Relation

Tous les êtres humains naissent avec la soif de rencontre et de relation avec l’autre. C’est un sens inné. Tous les êtres humains naissent avec le besoin de se sentir aimés, écoutés, respectés, reconnus en tant qu’individu, avec toutes ses particularités. Le nouveau-né n’échappe pas à cette règle, et c’est avec ces désirs profondément ancrés en lui qu’il vient au monde. Naturellement, c’est chez les adultes que le bébé va chercher ce dont il a besoin, et en premier lieu, chez la personne qui prend soin de lui au quotidien, le nourrit, répond à ses besoins primaires. Le nouveau-né cherche donc le contact, la relation, et il a déjà en lui toutes les capacités pour nouer la relation. Avant de savoir parler, avant même de (peut-être) communiquer par des signes, le tout petit sait s’exprimer : il sourit, il a des expressions, des mimiques, des regards, il fait des gestes, il émet des sons particuliers, il pleure, etc.

La Psychanalyse et le Traumatisme de la Naissance

La naissance analysée par la psychanalyse est présente mais plus discrète. On en trouve une première évocation chez Freud en 1909 dans les Minutes de la huitième année d’activité de la Société psychanalytique de Vienne recueillies par Otto Rank, jeune secrétaire de 25 ans recruté à ce poste quatre ans auparavant. La question traitée ce mercredi-là était la suivante : « Que peut attendre la pédiatrie de la recherche psychanalytique ? ». Freud affirme : « Pour ce qui est de l’angoisse, on doit garder à l’esprit que l’enfant ressent d’abord une angoisse consécutive à la naissance ». Puis, après avoir signalé que tout affect se manifeste d’abord comme une crise d’hystérie, et qu’il est la réminiscence d’une expérience, Freud incite les pédiatres à l’aider à étudier l’origine des affects. Freud reprendra cette hypothèse la même année dans une note de la seconde édition de l’Interprétation des rêves : « la naissance est d’ailleurs le premier fait d’angoisse et par conséquent la source et le modèle de toute angoisse. » Quelques années plus tard, dans l’Introduction à la psychanalyse (1916-1917), il présente sans ambiguïté le traumatisme de la naissance comme la source de l’angoisse : « En ce qui concerne l’état affectif caractérisé par l’angoisse, nous croyons savoir quelle est l’impression reculée qu’il reproduit en le répétant.

Quinze ans plus tard, en systématisant cette hypothèse, Rank va publier son ouvrage Le traumatisme de la naissance dédié à Freud qui vient de se faire opérer en octobre et en novembre 1923 pour extirper les « leucoplasmes » de sa mâchoire et de son palais. Rank est un des psychanalystes les plus prolifiques après Freud. En avril 1923, quand il écrit Le traumatisme de la naissance, Rank est au sommet de son influence. C’est un des piliers essentiels de « la Cause ». Il est reconnu par le petit monde de la psychanalyse comme vice-président de la société psychanalytique de Vienne, directeur de la maison d’édition de Freud, co-éditeur des deux grandes revues de psychanalyse et véritable chef d’orchestre du centre de formation de Vienne.

Pour Rank, l’enfant virtuel trouve in utero son premier objet, la mère, mais se retrouve à la naissance confronté à sa perte : cette catastrophe originaire vient suspendre l’ « unio mystica » que l’amour, l’art, la sublimation religieuse et le transfert de la situation analytique avec le thérapeute-accoucheur tenteront de commémorer. Pour la petite créature, ce traumatisme est une perte indicible et le prototype de la souffrance de la vie. Même avec les plus douces des mères et la naissance la moins violente, l’être humain naît dans la crainte, tremblant d’angoisse. Avec la naissance, le sentiment d’unité avec le tout est perdu et cette souche d’angoisse de la rupture est pour Rank « le premier contenu psychique dont l’être humain soit conscient ». Conscience et angoisse inhérentes à la séparation de la mère sont indissociables. Et cette angoisse est pour Rank bien plus proche de la source biologique de l’inconscient que la reconnaissance de la différence des sexes et l’angoisse de castration.

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