L'alimentation des truies en lactation est un facteur déterminant de la productivité et du bien-être, tant pour la truie que pour ses porcelets. Les besoins nutritionnels des truies évoluent au cours de la lactation, nécessitant des régimes alimentaires adaptés et dynamiques qui prennent en compte les besoins comportementaux et les caractéristiques de production des truies. L'optimisation de ces stratégies d'alimentation est essentielle pour la rentabilité économique des élevages porcins.
Importance de l'Eau pour les Truies en Lactation
Toute privation ou rejet d'eau en raison d'un manque de qualité aura une influence directe sur la production de l'élevage. Une attention particulière doit être accordée à la période pré-partum, où une consommation d'eau élevée est observée. Une étude a révélé une consommation moyenne de 9 litres par jour pendant les 3 à 5 jours précédant la mise-bas, avec des pics atteignant près de 18 litres la veille de la mise-bas.
Il est essentiel d'assurer la consommation d'eau de la truie tout au long de la lactation. Des études ont montré que la consommation quotidienne d'eau augmente avec l'avance de la lactation, atteignant une consommation moyenne de 27,5 litres par jour. Le jour de la mise bas, les truies ont une consommation proche de 15 litres par jour, atteignant près de 40 litres par jour en fin de lactation.
Fraser & Phillips (1989) ont établi une corrélation positive entre la consommation d'eau dans les trois premiers jours de lactation et l'augmentation de poids des porcelets.
Systèmes d'Alimentation Ad Libitum et Productivité
Une étude a évalué l'effet de quatre systèmes d'alimentation différents sur la productivité et le bien-être de 61 truies et de leurs porcelets pendant la lactation. Un système non ad libitum (CON) a été comparé à deux systèmes d'alimentation ad libitum surveillés par ordinateur (COMP, COMP +), qui permettaient aux truies d'accéder à l'alimentation par le déplacement d'un capteur électronique, ainsi qu'à un troisième système d'alimentation ad libitum purement mécanique (MECH).
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Les résultats ont montré que les truies des trois systèmes ad libitum (COMP, COMP+, MECH) ont montré une disparition d'aliment plus faible que CON. En outre, la croissance quotidienne moyenne des porcelets avait tendance à être plus élevée et la croissance des porcelets par truie ayant perdu de la nourriture était significativement plus élevée dans les trois systèmes ad libitum que dans le système CON. La mortalité des porcelets, la perte de poids des truies et les taux de conception ultérieurs n'ont pas différé entre les groupes de traitement.
Les truies des trois systèmes ad libitum ont passé plus de temps la tête dans l'auge que celles du système non ad libitum, ce qui indique que les durées d'alimentation sont plus longues, ce qui pourrait être bénéfique pour répondre aux besoins comportementaux des porcs en matière de fourrage. Les données suggèrent que les truies nourries ad libitum mangent ce dont elles ont besoin et peuvent convertir l'aliment plus efficacement dans la croissance des porcelets sans perte de poids supplémentaire.
Évolution des Besoins Nutritionnels des Truies
Au cours des dernières années, l'amélioration des performances a été l'un des principaux moteurs de l'évolution des besoins nutritionnels des truies reproductrices. Dans le même temps, de nombreuses connaissances scientifiques ont été produites permettant une approche holistique de l'alimentation.
L'optimisation des stratégies d'alimentation des truies nécessite donc de considérer simultanément le coût annuel de leur alimentation et leurs performances de reproduction en termes de nombre de porcelets sevrés par an. Les stratégies alimentaires doivent également s'adapter continuellement à l'évolution des performances de reproduction des truies, celles-ci ayant fortement progressé suite à la sélection de lignées hyperprolifiques. Ceci implique de prendre en compte les effets à court et à long termes de la nutrition sur la prolificité, la fertilité et la longévité des truies, ainsi que sur la survie et la croissance des porcelets jusqu'au sevrage.
Au cours des 40 dernières années, les performances de reproduction des truies se sont très fortement accrues. L'accroissement de la prolificité s'est accompagné d'une amélioration légèrement moindre du nombre de porcelets sevrés par portée alors que le gain de poids de portée, un bon indicateur de la production laitière, s'est amélioré de façon plus marquée. Dans le même temps, la sélection de ces lignées sur la vitesse de croissance et la qualité des carcasses s'accompagnait d'une réduction de l'adiposité des truies et souvent d'un accroissement de leur poids vif à maturité. La réduction des périodes improductives, en particulier l'intervalle sevrage saillie fécondante (ISSF), a également contribué à l'amélioration des performances. Cette évolution des performances a fortement affecté les besoins nutritionnels des truies.
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Un autre élément important à considérer dans la définition des besoins nutritionnels est la forte variabilité des performances entre élevages. De plus, en raison de la forte variabilité de plusieurs paramètres biologiques (prolificité, production laitière, appétit des truies), la variabilité des performances entre animaux est également très élevée intra élevage, même si elle est en partie compensée par des pratiques d'élevage comme l'adoption de porcelets. La taille de la portée influence fortement la production laitière, même si elle n'explique qu'environ 50 % de la variabilité entre truies.
Rôle des Réserves Corporelles et de l'État Corporel
Chez les mammifères, le processus de reproduction, depuis la conception jusqu'au sevrage peut être considéré comme visant à protéger la progéniture des stress physiologiques ou nutritionnels, en mettant en œuvres des mécanismes d'homéostasie et d'homéorhèse de contrôle de l'utilisation des nutriments, dans lesquels les réserves corporelles jouent un rôle important. Les troubles de la reproduction qui conduisent à la baisse de la productivité des truies ou à leur réforme prématurée ont souvent été associés à des variations prononcées des réserves corporelles.
Pendant la gestation, des réserves suffisantes doivent être constituées pour atteindre un état corporel satisfaisant à la mise bas et prévenir de possibles déficits nutritionnels pouvant survenir au cours de la lactation. En conditions habituelles d'élevage, les truies gestantes sont donc rationnées pour éviter un engraissement excessif et reçoivent chaque jour une quantité limitée d'aliment concentré qu'elles consomment en moins de 20 mn. Les réserves corporelles ne doivent pas être excessives à la fin de la gestation pour limiter les problèmes peripartum, plus fréquents chez les truies grasses, et favoriser la consommation d'aliment pendant la lactation qui suit.
Pendant la lactation, il est généralement recommandé d'ajuster les apports nutritionnels au plus près des besoins afin de maximiser la production de lait et la croissance des porcelets, tout en minimisant le risque d'apparition de problèmes de reproduction après le sevrage, qui sont souvent associés à une mobilisation excessive des réserves corporelles.
Pour optimiser les performances de reproduction, les apports nutritionnels doivent donc être modulés afin de maintenir un état corporel satisfaisant pour toutes les truies, tout au long de leur vie productive. En élevage, ceci implique d'ajuster la quantité d'aliment et sa composition en fonction des performances de chaque truie et des conditions de logement qui peuvent influencer ses besoins et son appétit.
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Approches pour Déterminer les Besoins Nutritionnels des Truies
Différentes approches ont été utilisées au cours des dernières décennies pour déterminer les besoins nutritionnels des truies. Toutes ces approches, généralement basées sur une revue de la bibliographie, reflètent l'évolution dans le temps des concepts et des connaissances scientifiques.
Jusqu'au milieu des années 80, les recommandations nutritionnelles des truies étaient principalement basées sur des relations empiriques entre les performances des truies et/ou de leur portée et les apports en nutriments. Les études étaient menées à court terme, pour un stade physiologique donné (par exemple la gestation ou la lactation), ou à plus long terme sur plusieurs cycles. Cependant, en raison de la grande variabilité biologique des critères de réponse et du nombre limité de truies, bon nombre de ces études n'étaient pas suffisamment sensibles pour mettre en évidence des effets significatifs. Néanmoins, la synthèse de ces différentes études, à l'aide de méta-analyses, a fourni les concepts et les bases permettant de quantifier les effets des apports énergétiques sur les performances reproductives, le poids des porcelets, et les variations de poids des truies.
Alimentation de Précision et Nouvelles Technologies
Grâce au développement de nouvelles technologies et de capteurs innovants, une alimentation individualisée des truies gestantes est possible, à court terme dans les fermes commerciales. L'alimentation de précision en élevage permet de mieux prendre en compte les besoins nutritionnels individuels des animaux. L'objectif est de fournir à l'animal l'apport idéal d'aliment, en quantité et en composition.
Au sein d'un groupe de truies, il existe une variabilité des besoins nutritionnels liée principalement au rang de portée, à l'état corporel lors de l'insémination et au stade de gestation. Le développement d'automates rend possible une distribution individualisée d'aliments, et ainsi, une réduction des situations de déficit ou d'excès des apports en nutriments et en énergie lors de la gestation des truies. Il est donc important de pouvoir prédire au mieux les besoins nutritionnels individuels.
Un modèle pour les truies gestantes dérivé d'InraPorc prédit les besoins journaliers individuels en énergie, en acides aminés et en minéraux. Dans ce modèle, les besoins de la truie sont calculés selon une approche factorielle comme la somme de différentes dépenses : entretien, réserves corporelles, développement des fœtus, activité physique et thermorégulation.
Une fois les besoins individuels estimés par le modèle, les apports peuvent être calculés et de nouvelles stratégies d'alimentation peuvent se mettre en place. C'est le cas de l'alimentation de précision, stratégie décrite précédemment, qui notamment réduit le coût alimentaire grâce à l'utilisation d'un mélange en proportions variables de deux aliments aux teneurs nutritionnelles différentes. L'alimentation de précision permet ainsi de s'adapter à la diversité des besoins nutritionnels des truies au sein du troupeau mais aussi aux ressources alimentaires de l'élevage.
Au-delà de l’alimentation de précision, l’élevage de précision, d’une manière générale, s’est développé depuis plusieurs années. L’utilisation des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle a rapidement progressé, avec des perspectives d’application en élevage porcin. Par exemple, des réseaux de neurones peuvent détecter automatiquement l’activité des animaux à partir d’enregistrements vidéo. Ainsi, des capteurs innovants mesurent des critères relatifs au comportement (ex. alimentaire, abreuvement, activité) de l’animal, et à l’environnement d’élevage (ex. température ambiante, qualité de l’air). Ces innovations permettent d’envisager une évolution des modèles nutritionnels actuels en intégrant ces nouveaux critères dans le calcul des besoins en temps réel.
Facteurs Influant sur les Besoins Nutritionnels
Gestation
Au cours de la gestation, les besoins alimentaires augmentent en lien avec le gain de poids des truies et le développement de la portée, ce qui incite à accroître les apports alimentaires à la fin de la gestation. L'apport alimentaire évolue aussi selon le rang de portée entre 2,5 et 3,0 kg par jour, en moyenne, pour les truies primipares et multipares. Cependant, il existe une grande variabilité potentielle des quantités distribuées, dépendant de l'état corporel et du poids au début de la gestation et des objectifs de mise bas.
La consommation hydrique intègre les variables suivantes : la quantité d'eau bue pour couvrir les besoins, la consommation d'eau supplémentaire (liée par exemple à de la potomanie) et la quantité d'eau associée à un gaspillage, cette dernière étant également influencée par le débit et la forme de l'abreuvoir. La consommation d'eau varie en fonction du niveau d'alimentation, de la température ambiante, du type de logement et de l'individu lui-même.
Activité Physique
L'activité physique est dépendante de la parité, du stade de gestation de la truie, du type de logement et du mode d'élevage. L'intégration de l'activité physique individuelle dans le calcul des besoins nutritionnels permet donc de gagner en précision. De plus, le type d'activité doit être détaillé au-delà de la simple identification de la durée passée debout.
Comportement Social
Le comportement social influence les besoins nutritionnels des truies gestantes, principalement à cause de son effet sur l'activité physique. Une augmentation des tensions sociales, et plus particulièrement des comportements agressifs entre congénères, induit une consommation d'énergie plus importante et un moindre accès à l'alimentation en situation de compétition.
Le comportement social est directement relié à la hiérarchie qui régule l'accès et l'ordre d'alimentation ainsi que le comportement alimentaire.
État de Santé
L’état de santé d’un animal influence ses besoins nutritionnels tout en étant également impacté par les apports nutritionnels. L’ingestion d’aliments et le comportement alimentaire (le nombre et la durée des visites passées à l’alimentateur) peuvent constituer des critères d’intérêt pour comprendre cette interrelation.
Une truie malade ou en situation de mal-être diminue son ingestion ainsi que son niveau d'activité, via des modifications physiologiques et métaboliques. En cas de maladie, la répartition des besoins nutritionnels est modifiée, souvent en faveur du système immunitaire et en défaveur des fonctions de production.
Le comportement alimentaire peut varier sous la dépendance de différentes régulations physiologiques, tels que la capacité d'ingestion de l'animal, son stade physiologique et ses performances de reproduction. C'est aussi un élément informatif de l'état de santé de l'animal.
Environnement Thermique
La zone de confort thermique se définit comme une plage de températures dans laquelle la dépense énergétique pour la thermorégulation reste stable et minimale indépendamment de la température ambiante, de même que les besoins nutritionnels et les performances associées. Pour des truies élevées en groupe, la zone de thermoneutralité se situe entre 16 et 20°C.
Pour compenser la perte de chaleur, les apports énergétiques journaliers peuvent être augmentés. La TCi diminue lorsque les truies sont logées sur une litière de paille. Grâce au logement en groupe, pour lutter contre le froid, les truies peuvent aussi se blottir les unes contre les autres (comportement de blotissement) et ainsi limiter la déperdition de chaleur réduisant le besoin énergétique de thermorégulation.
Exemple d'Adaptation de l'Alimentation en Exploitation
Un éleveur, Pierre, utilisait un schéma traditionnel de deux repas par jour pendant huit jours, puis trois repas en augmentant les volumes des doseurs. Cette organisation présentait deux limites : une ingestion parfois insuffisante des truies et un réglage manuel des doseurs nécessitant une charge de travail chronophage et continue.
Le nouvel agencement repose sur six repas, distribués toutes les quatre heures, avec une montée progressive au cours de la lactation : deux repas à l’entrée en maternité, puis un repas supplémentaire ajouté à MB+5 (lundi), MB+7 (mercredi), MB+9 (vendredi) et MB+16 (vendredi). Les truies peuvent ainsi ingérer jusqu’à 11 kg d’aliment au plafond. L’adaptation concerne aussi l’abreuvement.
Le premier bénéfice concerne la simplification du travail : les réglages réguliers des doseurs ont disparu au profit d’un pilotage informatique. Les performances s’améliorent avec un gain de 500 g/porcelet au sevrage pour la majorité des bandes. Concernant les truies, leur état corporel s’améliore, avec moins de truies très maigres en verraterie. Cela se traduit dès la gestation suivante par des portées plus homogènes et moins de petits porcelets à la naissance.
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