Introduction
Rodolphe Delord, né dans un univers artistique et aujourd'hui directeur général du ZooParc de Beauval, incarne une passion dévorante pour le monde animal. Son parcours, intimement lié à l'histoire du parc fondé par sa mère, Françoise Delord, témoigne d'un engagement sans faille envers la conservation des espèces et le bien-être animal.
Un Enfance Parisienne au Milieu des Oiseaux
L'histoire de Rodolphe Delord commence dans la capitale française, au sein d'une famille d'artistes de cabaret et de music-hall. Un événement anodin va pourtant marquer le début d'une passion qui façonnera sa vie : sa mère, Françoise, gagne deux capucins bec d'argent. Rapidement, l'appartement familial se transforme en une véritable volière, abritant jusqu'à 300 oiseaux. Face à cet envahissement, le jeune Rodolphe doit même céder sa chambre aux volatiles.
L'Installation en Touraine et la Naissance du Parc Ornithologique
En 1977, la famille Delord quitte Paris pour s'installer en Touraine, dans une propriété de 5 hectares à Saint-Aignan, au lieu-dit Beauval. Ce déménagement répond à un double besoin : offrir un cadre de vie plus sain à la famille et offrir plus d'espace aux nombreux oiseaux. En 1980, Françoise Delord ouvre officiellement un parc ornithologique, employant trois salariés.
Rodolphe, alors âgé de 8 ans, grandit au milieu des animaux. « J’ai toujours été passionné par le monde animal, confie celui qui est aujourd’hui, à 47 ans, le directeur général du ZooParc de Beauval. Je suis né au milieu des oiseaux. J’ai eu très jeune des poissons exotiques, puis des tortues, des serpents… ». À 16 ans, il prend une décision radicale : il arrête l'école pour travailler à temps plein au parc, cumulant les fonctions de soigneur animalier, maçon, peintre et soudeur.
La Transformation du Parc Ornithologique en ZooParc
À la fin des années 1980, le parc ornithologique traverse une période difficile. En 1988, avec 40 000 visiteurs par an, il est au bord du dépôt de bilan. C'est à ce moment que la famille Delord décide d'investir massivement, de recruter du personnel et de transformer le parc en un véritable zoo.
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En 1989, Beauval accueille ses premiers singes et fauves, dont des tigres blancs ramenés de Floride en 1991, une espèce alors unique en Europe. Gogo, l'un des ours vedettes du film de Jean-Jacques Annaud, rejoint également la collection. Le parc propose rapidement des spectacles d'otaries et d'oiseaux, et le nombre de visiteurs augmente rapidement, passant de 40 000 à 70 000, puis à 400 000 en 2008. « On y a cru, confie Rodolphe et on a investi beaucoup d’argent pour former nos équipes, accueillir de nouveaux animaux dans les meilleures conditions, améliorer nos équipements.»
L'Ascension du ZooParc sous la Direction de Rodolphe Delord
C’est au moment où il succède à sa mère à la direction que le ZooParc se positionne pour devenir une destination touristique à part entière. Rodolphe Delord prend la direction du ZooParc et ambitionne d'en faire une destination touristique majeure. En 2012, un événement exceptionnel propulse Beauval dans le Top 15 des sites touristiques les plus visités en France : l'arrivée des pandas géants.
Après six ans de négociations et sept voyages en Chine, Beauval obtient le prêt de deux pandas géants, Yuan Zi et Huan Huan. « L’État n’a pas mis un euro mais, à l’image du président du moment Nicolas Sarkozy, il nous a beaucoup aidés pour recevoir ces animaux considérés comme un trésor national en Chine, symboles internationaux de la conservation mais surtout symboles de l’amitié franco-chinoise. Il n’y a que 23 parcs zoologiques dans le monde hors Chine qui accueillent des pandas ». Les plantigrades arrivent en France le 15 janvier 2012 à bord d'un Boeing 777 spécialement affrété par FedEx, et s'installent dans un espace spécialement créé pour eux, les « Hauteurs de Chine ». Cet événement est un véritable succès national, et tous les présidents de la République sont venus visiter les pandas à Beauval. Emmanuel Macron y a même fêté son 40e anniversaire, et sa femme Brigitte est la marraine de Yuan Meng, né à Beauval le 4 août 2017.
L'Engagement de Beauval pour la Conservation et la Recherche
Au-delà de son rôle de parc zoologique, Beauval se veut un acteur majeur de la préservation de la vie animale. « Tous les animaux présentés sont nés en captivité. Ils n’ont pas été capturés dans la nature. On n’achète pas les animaux, on ne les vend pas non plus. On se les prête », précise celui qui est également président de l’Association française des parcs zoologiques français.
Le ZooParc participe à la conservation ex situ de certaines espèces menacées, voire en danger critique d'extinction, à travers des programmes européens. Ces programmes permettent parfois de réintroduire ou de mieux conserver certaines espèces dans leur milieu d'origine. « Ce qui me passionne, c’est le monde animal, la conservation des espèces avec le souci du bien-être des animaux en les faisant évoluer dans des espaces plus grands quand on le peut.
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L'Esprit d'Entreprendre et l'Innovation
Rodolphe Delord incarne un véritable esprit d'entreprise. Il n'hésite pas à prendre des risques et à investir massivement pour développer le parc. « C’est l’esprit d’entreprendre, se surpasser, bâtir. Si on avait écouté les comptables, les banquiers, on aurait été beaucoup plus prudent. Dans les écoles de commerce, on vous apprend à évaluer les risques avant d’entreprendre et cela fini par vous freiner ».
Sous sa direction, le ZooParc a connu de nombreuses innovations, comme la création d'un téléphérique de 900 mètres de long et culminant à 45 mètres de hauteur, le premier équipement de ce type construit sur un domaine privé, et la construction d'un dôme tropical vertigineux de 38 mètres de haut et de 8 000 m2 abritant quatre zones équatoriales.
En hausse d'année en année, la fréquentation a passé un cap en 2022 : plus de 2 millions de personnes ont visité le parc. L’objectif de Rodolphe Delord est de faire passer des messages : « On offre du rêve au public et c’est cela mon objectif, faire rêver, précise-t-il. Même si l’évolution du parc a été fulgurante, Rodolphe Delord ne s’en satisfait pas encore totalement : « On se dit toujours qu’on peut faire mieux ». Au-delà d’une entreprise, le Zoo représente bien plus pour lui : « Je suis beaucoup sur le parc, j’ai besoin de voir les visiteurs s’émerveiller ». À l'instar de la volière géante pour oiseaux d'Amérique du Sud, de nombreuses nouveautés vont être inaugurées en 2023 et Rodolphe Delord l’avoue : « Je ne regarde pas en arrière. Je pense déjà aux prochains projets ».
Une Affaire Familiale Secouée par des Tensions
L'histoire familiale du ZooParc de Beauval a récemment été marquée par des tensions. Delphine Delord, directrice générale en charge de la communication et de l'éducation, a été licenciée fin septembre pour faute grave. "Je n'ai toujours pas compris pourquoi mon frère m'a évincée. Delphine Delord travaillait à Beauval depuis 1992, soit une aventure de plus de 30 ans. Mais elle aurait pris une tournure différente depuis le décès de Françoise Delord, la créatrice de l'entreprise, le 3 décembre 2021, la mère de Delphine et Rodolphe Delord. Rodolphe Delord n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations directes mais BCW France, une agence de communication, s'est chargé de répondre pour la direction. "Face à la situation actuelle, on voudrait d'abord confirmer que Delphine Delord a participé activement au développement du zoo, notamment à travers l'éducation et la communication pendant plus de 30 ans. Aujourd'hui, elle n'exerce plus ses fonctions de directrice générale en charge de la communication et de l'éducation depuis maintenant quelques semaines. Delphine Delord conteste les motifs de son licenciement et a décidé de porter l'affaire aux prud'hommes.
Rodolphe Delord : Un Scénariste de Bande Dessinée Prolixe
Outre son rôle de directeur du ZooParc de Beauval, Rodolphe Delord est également un scénariste de bande dessinée prolixe. Auteur de plus de 300 livres, il nous reçoit dans son bureau en banlieue parisienne.
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Rodolphe : Depuis que j'ai une maison, oui. Mais il y a très longtemps je vivais en appartement. Il y a des surfaces qui le permettent, d'autres qui ne le permettent pas. Aujourd’hui, ma maison est grande avec un certain nombre de pièces, donc il y en a une effectivement qui est dévolue à mon activité professionnelle, en l'occurrence tout le deuxième étage dont j'ai fait abattre les cloisons pour faire un atelier.
Son rythme de travail est rigoureux : 2h30 le matin, 4h l’après-midi, soit 6 à 7 heures par jour. Et cela, tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, en pleine forme ou malade. Il ne travaille que sur une histoire à la fois, s'immergeant complètement dans l'univers de ses personnages.
Rodolphe : Je suis toujours en roue libre. Je n'ai pas de scénario d'avance, ce qu'on m'a parfois reproché. Je n'ai pas de notes. Les seules notes sont dans ma tête. Je fonctionne uniquement sur l'immédiat, sur le vécu, sur ce qui reste des rencontres, des gens que j'ai vus déjeuner à côté de moi, justement. Je n'ai pas le syndrome Paul Léautaud qui regrettait de ne pas avoir pris plus de notes à l'enterrement de sa mère. Quand je commence une histoire, très souvent, je ne sais pas comment elle va se terminer. Donc c'est en improvisation complète. Je suis un peu dans la lignée des feuilletonistes du XIXe siècle. De Théophile Gautier à Balzac, en passant par Victor Hugo lui-même, qui étant payé à la ligne, faisait des suites dialoguées énormes. Je suis sur le fil du rasoir, ne sachant pas trop de quoi demain sera fait. Mais je trouve ça formidable d'avoir cette liberté. J'en ai beaucoup parlé avec mon ami Franck Giroud, un garçon que j'estimais beaucoup. On se voyait très régulièrement quand il montait sur Paris. Et lui, il avait une technique totalement différente. Il faisait plus qu'un synopsis, il faisait une espèce de mise en place de l'ensemble de l'histoire, une espèce de pré-découpage formidablement détaillé. Ce que je ne fais pas. Il n'y a quasiment rien. Un bout de synopsis pour plaire à l'éditeur, dont je n'en tiendrai pas compte après. Je suis toujours dans l'impro.
Il fournit toujours la globalité de l'histoire à ses collaborateurs, avec le descriptif des personnages et le point final. Il aime le travail de collaboration et le ping-pong qu'il entretient avec ses co-auteurs pour construire l'histoire. Pour lui, les dialogues sont essentiels, et il ne laisserait personne d'autre les écrire à sa place.
Hommage à Françoise Delord, Fondatrice du ZooParc de Beauval
Françoise Delord, la mère de Rodolphe et fondatrice du ZooParc de Beauval, est décédée le 3 décembre 2021, à l'âge de 81 ans. Passionnée par les oiseaux, elle avait fondé le parc ornithologique en 1980, transformé ensuite en ZooParc. Son esprit d'entreprise et son amour des animaux ont permis de créer un lieu unique, mondialement connu. « Ne jamais abandonner, aller plus haut, plus fort, continuer envers et contre tous : y croire, y croire passionnément et aimer. Voilà, c’était Françoise", écrit le ZooParc dans un communiqué. "Aujourd’hui, Beauvaliennes et Beauvaliens, nous pleurons sa disparition. Une grande dame est passée. Mais, nous sommes fiers de son héritage et continuerons son œuvre, avec engagement, avec passion, avec foi."
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