Introduction
L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est un droit fondamental pour les femmes. En France, la loi encadre strictement les délais et les conditions dans lesquelles une IVG peut être pratiquée. Cet article explore les aspects spécifiques de l'avortement tardif, les délais légaux, les procédures, les alternatives possibles, et les considérations médicales et psychologiques associées.
Cadre Légal de l'IVG en France
La loi du 2 mars 2022 a marqué une avancée significative en allongeant le délai légal pour l'IVG en France. Désormais, une femme peut avorter jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée (SA), calculées à partir du premier jour des dernières menstruations. Avant cette loi, le délai était limité à 12 semaines de grossesse.
IVG Médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée. Elle repose sur la prise successive de deux médicaments :
- Un antiprogestérone, qui interrompt la grossesse.
- Une prostaglandine, prise 24 à 48 heures après, qui provoque des contractions et l'expulsion de l'embryon.
IVG Instrumentale
L'IVG instrumentale, ou chirurgicale, consiste à dilater le col de l'utérus et à évacuer le contenu utérin par aspiration. Une préparation médicamenteuse du col de l'utérus est souvent indiquée avant l'intervention pour faciliter la dilatation, impliquant la prise orale d'un antiprogestérone ou d'une prostaglandine quelques heures avant l'aspiration, ou l'administration d'un ovule par voie vaginale. L'intervention dure environ dix minutes et se déroule sous anesthésie locale ou générale. Une surveillance post-opératoire est nécessaire, et il est recommandé qu'une personne accompagne la patiente à sa sortie de l'établissement de santé.
L'Avortement Tardif : Délais Dépassés et Solutions
Lorsque le délai légal de 14 semaines de grossesse est dépassé en France, plusieurs options peuvent être envisagées, bien qu'elles soient plus complexes et nécessitent une attention particulière.
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Interruption Médicale de Grossesse (IMG)
Après 16 semaines d'aménorrhée, une interruption de grossesse peut être réalisée pour motif médical (IMG). Une IMG, également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement si la poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme ou s'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
Conditions pour une IMG
L'IMG peut être réalisée dans les cas suivants :
- La santé de la femme est mise gravement en péril si la grossesse se poursuit.
- L'enfant à naître a une forte probabilité d'être atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic (par exemple, des maladies mortelles en période périnatale ou dans la première année de vie, ou des maladies entraînant un handicap grave, parfois mortel, chez l'enfant).
L'IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse.
Procédure de Décision
La procédure de décision d'IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l'enfant). Avant la réunion de l'équipe pluridisciplinaire compétente, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande, être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe.
Santé de l'enfant: Si la probabilité est forte que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'équipe médicale est celle d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. La femme enceinte peut demander à un médecin ou à une sage-femme de son choix d'y être associé.
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Santé de la femme: Lorsque l'IMG est envisagée pour préserver la santé de la femme, sa demande est examinée par une équipe pluridisciplinaire composée au moins des personnes suivantes :
- Médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
- Praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte.
- Médecin ou sage-femme choisi par la femme.
- Personne qualifiée (par exemple, assistant social ou psychologue) tenue au secret professionnel.
La décision appartient à l'équipe pluridisciplinaire. Après concertation, si deux médecins estiment que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l'IMG.
Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d'une information complète et donner son accord. Elle peut demander à être entendue préalablement à cette concertation par l'équipe ou par certains de ses membres. Un médecin qui refuse de pratiquer une IMG doit informer, sans délai, l'intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens pouvant réaliser cette intervention.
IMG pour Mineure Non Émancipée
Une mineure non émancipée peut demander une IMG. Toutefois, le consentement de l'un de ses parents ou de son représentant légal est recueilli avant la réalisation de l'intervention. Si la mineure souhaite garder le secret, le médecin s'efforce d'obtenir son accord pour que l'un de ses parents ou le représentant légal soient consultés. Sinon, il vérifie que la mineure a entamé cette démarche. Dans le cas où cette démarche n'a pas été effectuée ou si le consentement n'est pas obtenu, l'intéressée peut demander à ce que l'intervention soit pratiquée, accompagnée par une personne majeure de son choix.
Déroulement de l'IMG
L'IMG se déroule dans le cadre d'une hospitalisation dans un établissement de santé, public ou privé. Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse, chirurgicale ou en déclenchant l'accouchement par les voies naturelles. Pendant et après l'intervention, des précautions sont prises pour éviter les effets secondaires et les risques, tant pour la santé de la mère que pour une future grossesse. Seul un médecin peut pratiquer l'interruption de grossesse pour motif médical.
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Des soins sont apportés à la femme sur qui une IMG vient d'être pratiquée, avec un suivi tant sur le plan physique que psychologique. Une consultation est prévue de préférence avec le médecin ayant réalisé l'intervention. Pour les questions liées à l'état civil et à l'inhumation de l'enfant, le ou les parents peuvent être accompagnés dans ces démarches par l'assistante sociale de l’établissement de santé.
En cas de constat d'une incapacité de travail faisant suite à une IMG, une femme bénéficie d’une indemnisation pendant son arrêt de travail, sans délai de carence.
Détresse Psycho-Sociale
Dans certains cas, une femme peut justifier d'une détresse psycho-sociale majeure rendant impossible la poursuite de la grossesse, même après le délai légal de l'IVG. Cette situation concerne des personnes en situation de danger personnel, de violences, de difficultés psychologiques majeures ou d'extrême précarité. La procédure est souvent longue et l'issue incertaine. Il est recommandé de se rapprocher des services de diagnostic anténatal de l'hôpital le plus proche et/ou des réseaux de périnatalité.
Avortement à l'Étranger
Si une femme a dépassé les délais légaux autorisés en France, elle peut envisager de réaliser un avortement à l'étranger. Certains pays ont des délais plus longs. Par exemple, en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, l'avortement est possible jusqu'à la 24e semaine de grossesse, et aux Pays-Bas, jusqu'à 22 semaines. Cependant, partir à l'étranger pour avorter représente un coût. Le Planning familial peut aider les femmes en difficulté à choisir la clinique qui correspond le mieux à leur situation. Il est possible de demander un remboursement des frais à la Sécurité sociale, à condition que le délai corresponde au délai en vigueur en France, soit 14 SA maximum.
Risques et Complications
Plus l'IVG est tardive, plus les risques de complications augmentent. Les patientes présentant un avortement tardif ou un accouchement très prématuré nécessitent une prise en charge spécifique lors d’une grossesse ultérieure, notamment pour rechercher une infection, une cause fœtale ou une pathologie vasculaire.
Facteurs Influencant les Complications Post-IVG
Plusieurs facteurs peuvent influencer la survenue de complications post-IVG, notamment :
- Le terme de la grossesse : plus l'IVG est tardive, plus les risques augmentent.
- Les antécédents médicaux de la patiente.
- La technique d'avortement utilisée.
Prévention de la Prématurité
Chez les femmes ayant des antécédents d'avortement tardif ou d'accouchement très prématuré, plusieurs thérapeutiques préventives de la prématurité sont proposées :
- Le cerclage ou le pessaire, pour mieux isoler la cavité utérine. Leur efficacité a été validée chez les patientes où la mesure répétée de la longueur du col utérin par échographie endovaginale montre un col <25mm.
- Le traitement de la vaginose en début de grossesse par Dalacine®, qui semble réduire significativement le risque de prématurité.
- L'administration systématique de progestérone par voie intramusculaire ou vaginale en début de 2e trimestre, qui a également fait la preuve de son efficacité dans plusieurs études randomisées.
Alternatives à l'Avortement
Il est important de noter qu'il existe des alternatives à l'avortement. Les femmes peuvent également s'informer sur la possibilité de prolonger la grossesse et de faire un accouchement sous le secret, ou demander une délégation volontaire de l'autorité parentale à un tiers ou à un organisme spécialisé.
Soutien et Accompagnement
Après une IVG, il est recommandé de réaliser une visite de contrôle. Un soutien psychologique, avec la consultation d'un professionnel, peut également être nécessaire. Le Planning familial est une ressource précieuse pour obtenir des informations, du soutien et de l'orientation. Il est possible de contacter le Planning Familial de votre département ou d'appeler le numéro vert 0800 08 11 11 (anonyme et gratuit).
Avortement Instrumental Tardif (13-22 Semaines)
L'avortement instrumental est une option pour les femmes enceintes de plus de 13 semaines. La procédure varie légèrement selon le terme de la grossesse.
Avortement Instrumental (13-17 Semaines)
Pour les grossesses de 13 à 17 semaines, l'intervention se déroule généralement sous sédation profonde. Une heure avant l'intervention, un médicament (misoprostol) est administré pour ramollir le col de l'utérus. L'anesthésie est administrée par perfusion, et la patiente s'endort en 30 secondes. Pendant l'intervention, le médecin utilise un spéculum pour rendre visible le col de l'utérus, puis retire le fœtus et vide l'utérus à l'aide d'instruments chirurgicaux. Après l'IVG, la patiente reste en salle de repos pendant une heure sous surveillance. Des antibiotiques sont prescrits pour prévenir les infections. La durée de l'hospitalisation est de 4 à 5 heures.
Avortement Instrumental (18-22 Semaines)
Cette méthode est pratiquée exclusivement à la clinique Bloemenhove Haarlem. La durée de l'hospitalisation est de 6 à 8 heures en moyenne. L'intervention se déroule sous sédation profonde. Deux à trois heures avant l'intervention, un médicament (misoprostol) est administré pour ramollir et dilater le col de l'utérus. L'intervention se déroule de manière similaire à celle pour les grossesses de 13 à 17 semaines, et dure de 15 à 25 minutes selon le stade de la grossesse.
Statistiques et Évolution
Bien que le texte fourni ne contienne pas de statistiques récentes, il mentionne des tendances observées par le passé. Par exemple, une évolution de la proportion des IVG des 25-29 ans vers les 20-24 ans depuis 1991, et une proportion de trois IVG pour cinq grossesses d'adolescentes. Il est également noté que 10 % des IVG concernent des femmes de moins de 20 ans et qu'un certain pourcentage des grossesses après 40 ans se terminent par une IVG.
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