La série Ric Hochet, née dans les années 60, a marqué plusieurs générations de lecteurs. Ce journaliste-détective, souvent comparé à Jean Marais dans Fantômas, a connu une longue et riche carrière en bande dessinée. Cependant, à partir des années 80, la série a subi un déclin, ternissant son image. Il était donc nécessaire de revenir aux fondamentaux et de redynamiser le personnage. Cet article propose une analyse du tome 1, "Signé Caméléon" et "Traquenard au Havre", ainsi qu'une réflexion sur la reprise de la série par de nouveaux auteurs, notamment Zidrou au scénario et Simon van Liemt au dessin.
Les Débuts de Ric Hochet : Un Héritage des Années 60
Le premier tome de Ric Hochet, publié initialement dans le journal Tintin en 1961 et réuni en album cartonné en 1963, comprend deux histoires : "Signé Caméléon" et "Traquenard au Havre". Ces premières aventures permettent de découvrir les fondations de l'univers de Ric Hochet, avec ses personnages récurrents comme le commissaire Bourdon, et son ambiance typique des polars de l'époque.
"Signé Caméléon" : Un Classique Poussif
Dans "Signé Caméléon", le commissaire Bourdon est victime d'un cambriolage et un dossier top secret est dérobé. L'enquête qui s'ensuit mêle espionnage et investigation policière. Si l'intrigue est classique, elle pose les bases du monde de Ric Hochet. Cependant, certains lecteurs peuvent trouver l'histoire un peu poussive et les dessins perfectibles, avec des difficultés à reconnaître les personnages. Tibet lui-même avoue que cette histoire est une sorte de remake de « L’assassin habite au 21 » de Stanislas-André Steeman. Mais malgré ses défauts, "Signé Caméléon" reste une introduction intéressante à l'univers de Ric Hochet.
"Traquenard au Havre" : Une Ambiance Simenonienne
"Traquenard au Havre" plonge Ric Hochet dans une ambiance plus sombre et mystérieuse, rappelant les romans de Simenon. L'histoire se déroule dans la ville portuaire du Havre, avec ses ruelles sombres et ses personnages louches. Bien que le coupable soit rapidement identifiable, l'atmosphère et le suspense sont bien présents, offrant une lecture divertissante.
Les Défauts de Jeunesse
Ces deux premières histoires souffrent de quelques défauts de jeunesse, tant au niveau du scénario que du dessin. L'épaisseur du trait de plume est parfois étrange, et la place accordée à Ric Hochet dans les enquêtes peut sembler peu crédible. Néanmoins, il est important de replacer ces albums dans leur contexte, celui des publications jeunesse des années 60, où ce type d'invraisemblance était courant.
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La Reprise de la Série : Un Défi Audacieux
Après une longue période de déclin, la série Ric Hochet a été reprise par de nouveaux auteurs, avec Zidrou au scénario et Simon van Liemt au dessin. Cette reprise a pour objectif de moderniser le personnage et de lui donner une nouvelle jeunesse, tout en respectant l'héritage de Tibet et André-Paul Duchâteau.
Un Hommage Teinté d'Humour et d'Autodérision
Zidrou, au scénario, semble hésiter entre l'hommage, le second degré, la démystification et le premier degré. Il multiplie les références aux enquêtes passées, notamment à Porquerolles et au Caméléon, un adversaire de longue date de Ric Hochet. Cette approche peut dérouter les nouveaux lecteurs, mais elle ravira les fans de la première heure. De plus, Zidrou introduit une dose d'humour et d'autodérision dans les dialogues, ce qui apporte une fraîcheur à la série.
Un Dessin Rétro pour un Nouveau Départ
Simon van Liemt, au dessin, a la lourde tâche de succéder à Tibet, qui a dessiné pas moins de 78 aventures de Ric Hochet. Son trait est un peu moins fluide et plus brouillon que celui de Tibet, mais il parvient à donner un look rétro à Ric Hochet, comme dans ses premiers albums. Ce choix esthétique permet de renouer avec l'esprit des années 60, tout en apportant une touche de modernité.
"R.I.P. Ric Hochet" : Un Coup d'Éclat Risqué
L'un des albums de la reprise, intitulé "R.I.P. Ric Hochet", marque une rupture audacieuse avec la série d'origine. Dans cet album, un imposteur prend la place de Ric Hochet, et le véritable héros est assassiné. Cette intrigue sombre et violente surprend les lecteurs habitués aux aventures plus légères de Ric Hochet.
Un Scénario Bien Ficelé
Malgré le choc initial, l'histoire de "R.I.P. Ric Hochet" est bien construite et pleine de rebondissements. Le lecteur se demande jusqu'au bout comment les héros vont s'en sortir. Les étapes jalonnant la descente aux enfers de Ric Hochet sont bien ficelées, et le suspense est maintenu jusqu'à la fin.
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Un Final Violent et Sombre
Le final de "R.I.P. Ric Hochet" est particulièrement violent et sombre, avec des personnages importants qui souffrent de manière inédite dans la série. Cette approche tranche avec les albums d'origine, où les personnages étaient rarement confrontés à une telle violence.
Une Déconstruction du Mythe
"R.I.P. Ric Hochet" peut être interprété comme une déconstruction du mythe Ric Hochet. Les auteurs n'hésitent pas à égratigner l'image du héros sans peur ni reproche, et à le remplacer par un imposteur moins clean. Cette audace peut plaire aux lecteurs qui apprécient les remises en question des figures héroïques, mais elle peut également décevoir les nostalgiques des premières heures.
Les Risques de la Reprise
La reprise de la série Ric Hochet est un pari risqué, car il est difficile de satisfaire à la fois les fans de la première heure et les nouveaux lecteurs. Les nombreuses références aux anciens albums peuvent dérouter les néophytes, tandis que les changements de ton et les audaces scénaristiques peuvent déplaire aux nostalgiques. De plus, à trop vouloir tuer le mythe, on risque d'en perdre l'intérêt pour l'histoire.
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