Introduction
Le douzième tome de la série Ric Hochet, "Les Spectres de la Nuit", est considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs. L'histoire plonge Ric Hochet dans une enquête où le rationalisme se confronte à la superstition, et où la frontière entre la réalité et l'illusion devient de plus en plus floue. Cet article propose un résumé détaillé de l'intrigue, ainsi qu'une analyse des thèmes abordés et des choix narratifs de l'auteur, Zidrou.
Résumé de l'intrigue
L'histoire débute avec Joseph Dupont, également connu sous le nom de Léonard Z., intrigué par des révélations mystérieuses. Ric Hochet, accompagné du Commissaire Bourdon et de sa nièce Nadine, se rend sur les lieux pour enquêter. Ils découvrent un village où les habitants sont terrorisés par de prétendus "spectres de la nuit".
Les villageois sceptiques pensent qu'il s'agit d'une ancienne supercherie. Cependant, l'enquête prend une tournure inattendue lorsque Michel Thieu, employé d'une compagnie de pompes funèbres, semble être possédé par l'esprit d'une morte, Elisabeth. Il devient l'instrument d'une vengeance implacable, commettant des actes de violence dont il n'a aucun souvenir.
Ric Hochet lui-même est pris dans cette spirale de surnaturel. Après avoir été violemment assommé, il se retrouve dans un état de confusion où il est suspecté d'avoir commis un meurtre. L'intrigue s'épaissit, laissant planer le doute sur la rationalité des événements.
Rationalisme vs. Sorcellerie : Un Thème Central
Zidrou oppose la logique cartésienne à la sorcellerie. Dans un premier temps, il semble vouloir discréditer la "pensée marabout" en la présentant comme une simple illusion. Mais, dans un deuxième temps, il introduit l'élément du surnaturel avec la possession de Michel Thieu.
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Le lecteur régulier de Ric Hochet sait que le surnaturel est généralement étranger à la série. Zidrou va encore plus loin en mettant en scène Ric Hochet lui-même comme potentiellement "marabouté". Cette mise en scène audacieuse pousse le lecteur à s'interroger sur les limites de la rationalité et la possibilité d'une explication surnaturelle.
Une Fin Ouverte et Controversée
Contrairement aux habitudes de Duchâteau, Zidrou ne fournit pas d'explication claire à la fin de l'histoire. Il laisse planer le doute, demandant au lecteur d'imaginer sa propre conclusion. Ric Hochet a-t-il été drogué ? Est-il réellement coupable du meurtre ? L'esprit d'Elisabeth a-t-il réellement pris possession de lui ?
Cette fin ouverte a suscité des réactions mitigées parmi les fans de la série. Certains y voient une audace bienvenue, une manière de casser les codes traditionnels de Ric Hochet. D'autres la considèrent comme une facilité scénaristique, un manque de respect envers l'œuvre originale.
Certains critiques estiment que Zidrou n'a pas su proposer une dernière page de révélation rationnelle de l'inexplicable. Ric s'écroule au moment où Michel se pend, il flanche alors que tout repose sur lui : premier coup de canif dans le contrat Ric Hochet.
En mourant, Michel lui "transmet" l'âme vengeresse d'Elisabeth qui, lorsqu'elle passe à l'action, prend possession du sujet pour en faire l'instrument de sa vengeance au moyen d'épisodes de quasi-délire meurtrier dont le sujet n'a pas de souvenir lorsqu'il reprend la main (toujours après avoir bien "charcuté", seul le curé défroqué échappe au carnage). On a là l'élément surnaturel qui devait nous être expliqué rationnellement en dernière page (Spectres de la nuit, Alerte ! Extra-terrestres !, le Double qui tue, le Fantôme de l'Alchimiste, la nuit des Vampires, etc) et là rien : 2ème gros coup dans le contrat d'une reprise Ric Hochet.
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Pire, le héros fait quelque chose qu'on ne voit pas (ellipse sans précédent dans RH), alors qu'on a pris le contrôle de lui (mais de manière moins crédible que dans Face au Serpent ou l'épée sur la gorge) sans qu'Elisabeth, qui "conduit" lors des crises des sujets qu'elle habite, ne connaisse Charles ou n'ait quoi que ce soit à lui reprocher. C'est là où je pense que, tout brillant qu'il soit, le parallèle avec la maladie du tome 26 ne tient pas, puisqu'un autre épisode de meurtre par possession survient alors que le supposé malade mental est décédé et après que Ric a "flanché " sous le poids du transfert d'elisabeth de Michel vers lui.
Le Racisme et la Xénophobie : Un Thème Sensible
Zidrou aborde également le thème du racisme et de la xénophobie. Le Commissaire Dior, étant africain, est désigné comme suspect. L'humour va dédramatiser la situation. Zidrou va utiliser cela à plusieurs reprises et j'aime bien cela.
Il va traiter cette thématique, parfois, avec intelligence et finesse. Zidrou décide de mettre Ledru dans le rôle d'un raciste. Ledru est un personnage (certes il veut devenir commissaire à la place du commissaire ) qui est parfois en "compétition" avec Ric Hochet, mais il reste attachant. Donc, le choix de Zidrou déçoit certains lecteurs.
Le titre "Commissaire Griot" donne à interprétation. S'agit-il de Commissaire Bourdon ou de Commissaire Dior? Le Commissaire Bourdon va jouer le rôle du grand sorcier pour résoudre l'énigme. Tout aurait porté à croire que Dior allait utiliser "les clichés" de l'africain à Paris (Un peu comme les Gendarmes à New York, si vous voyez ce que je veux dire ). Mais pas du tout. Dior a l'attitude d'un commissaire de la métropole. (Zidrou ne présentera pas "l'attitude" et le "comportement" de Dior de retour au Sénégal).
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