L'avortement chez les bovins est un problème complexe aux multiples facettes. Il peut être causé par divers facteurs, notamment des agents infectieux, des facteurs non infectieux et des causes indéterminées. Une compréhension approfondie de ces causes est essentielle pour mettre en œuvre des stratégies de prévention efficaces et minimiser les pertes économiques associées à l'avortement chez les bovins.
Etiologie et épidémiologie des principales maladies abortives
Piroplasmose
La piroplasmose est une maladie causée par des protozoaires, parasites des globules rouges, principalement Theileria equi et Babesia caballi. La transmission se fait par morsure de tiques, et une transmission transplacentaire est possible avec Theileria et Babesia, pouvant entraîner un avortement ou une mortinatalité. Un portage chronique est possible après l'infection, symptomatique pour Theileria ou asymptomatique pour Theileria et Babesia.
Les signes cliniques varient considérablement. La forme aiguë se manifeste par une forte hyperthermie (supérieure à 40°C), une léthargie, une anorexie et des œdèmes des membres. Les muqueuses peuvent être pâles, ictériques ou congestives, parfois avec des pétéchies. Une pigmenturie (urine jaune à rouge-brun) et des cas d'uvéite bilatérale (avec hyphema) peuvent être observés. La forme chronique se traduit par un amaigrissement, de l'abattement, une contre-performance, parfois une splénomégalie ou des œdèmes.
Le diagnostic repose sur des analyses hémato-biochimiques (anémie, thrombocytopénie, augmentation de la bilirubine totale, diminution de l'albuminémie, du phosphore et du fer), un frottis sanguin (peu sensible), une sérologie (ELISA de compétition est le plus sensible pour détecter les porteurs chroniques) et une PCR (Polymerase Chain Reaction), technique très sensible et spécifique.
Le traitement de choix est l'imidocarbe dipropionate (Carbesia ND), avec une posologie variable selon l'agent et l'objectif. L'oxytétracycline serait active contre Theileria mais pas Babesia.
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Ehrlichiose ou Anaplasmose granulocytaire
L'ehrlichiose ou anaplasmose granulocytaire est causée par une rickettsie, Anaplasma phagocytophillum, transmise par les tiques. Elle infecte les polynucléaires neutrophiles et éosinophiles.
Les symptômes sont peu spécifiques : fièvre, abattement, dysorexie, œdème des membres, difficultés à se déplacer, faiblesse, ataxie, ictère, pétéchies, uvéite. La maladie est normalement auto-limitante.
Le diagnostic repose sur des analyses hémato-biochimiques (neutropénie, lymphopénie, thrombopénie et anémie), un frottis sanguin (morula dans le cytoplasme des polynucléaires), une sérologie et une PCR (idéalement en phase fébrile).
Leptospirose
La leptospirose est une zoonose due à une bactérie spirochète capable de survivre durablement dans le milieu extérieur, qui se transmet via les muqueuses ou la peau lésée. Les animaux domestiques et sauvages (rongeurs en particulier) constituent le réservoir de la maladie en excrétant le pathogène dans leurs urines.
Les organes cibles sont principalement les reins, le foie, l'œil, l'appareil reproducteur femelle, les poumons et le système nerveux central.
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Le diagnostic repose sur une sérologie (ELISA et MAT) et une PCR (sang, lait, LCR pendant les 12 premiers jours, urine après les 10 premiers jours, tissus après un avortement).
Le traitement inclut la pénicilline et les tétracyclines. Un traitement antibiotique se justifie chez une jument en fin de gestation qui présente une séroconversion afin de prévenir l’avortement et la mortalité néonatale.
Maladie de Lyme
La maladie de Lyme est causée par Borrelia burgdorferi sensus lato, un ensemble de bactéries spirochètes gram négative transmises par les tiques.
De nombreux signes cliniques ont été attribués à la maladie de Lyme, mais les études n'ont pas démontré de corrélation significative. La plupart des chevaux infectés ne présentent pas de manifestation clinique évidente.
Le diagnostic repose sur des tests sérologiques (ELISA et Western Blot) et une PCR (rarement positive dans le sang).
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Le traitement des chevaux asymptomatiques n'est pas recommandé. Chez les chevaux symptomatiques, les tétracyclines sont les molécules les plus utilisées.
Herpèsviroses Équines (Rhinopneumonie)
Les infections à herpèsvirus, ou herpèsviroses, sont très contagieuses chez les équidés. Les deux herpèsvirus équins les plus connus sont l'HVE-1 et l'HVE-4, responsables de la rhinopneumonie équine. Les herpèsvirus peuvent persister dans l'organisme des équidés à l'état latent et être réactivés par le stress ou une baisse d'immunité.
La transmission se fait par inhalation d'aérosols, contact direct avec un animal excréteur de virus, tissus d'un avorton contaminé ou sécrétions utérines d'une jument ayant avorté. Une contamination indirecte via des personnes ou du matériel souillé est également possible.
Les herpèsviroses de type 1 et 4 peuvent se présenter sous trois formes :
- Respiratoire : La plus fréquente, due principalement à HVE-4, ressemble à une grippe avec des signes généraux (hyperthermie, abattement, perte d'appétit) et respiratoires (toux sèche, jetage séreux ou muco-purulent).
- Abortive : L'HVE-1 est la première cause d'avortement infectieux chez les équidés, survenant sans signe prémonitoire, le plus souvent en fin de gestation.
- Nerveuse : Le virus provoque une inflammation du cerveau et de la moelle épinière (myéloencéphalite) avec des troubles nerveux variés (ataxie, parésie, paralysie, incontinence urinaire).
Le diagnostic repose sur une analyse PCR réalisée sur un écouvillon naso-pharyngé (formes respiratoire et nerveuse), un prélèvement de liquide céphalorachidien (LCR) (forme nerveuse) ou les tissus de l'avorton (forme abortive).
Il n'existe pas de traitement spécifique contre les herpèsviroses. Un traitement symptomatique est préconisé pour atténuer les signes cliniques. La vaccination est un pilier de la prévention, diminuant la sévérité et la durée des signes cliniques et limitant l'excrétion du virus.
Leptospirose
La leptospirose est une maladie zoonotique de répartition mondiale, causée par des bactéries du genre Leptospira. Les animaux réservoirs, principalement des rongeurs, excrètent la bactérie dans leur urine, contaminant l'eau et le sol. Les chevaux se contaminent par ingestion d'eau ou d'aliments souillés ou par voie transcutanée.
L'infection est souvent subclinique, mais peut prendre différentes formes cliniques :
- Forme aiguë : Syndrome fébrile, dépression, anorexie, conjonctivite, ictère, coloration brune des urines, hémorragies sur les muqueuses, affections digestives.
- Forme suraiguë : Rare, mais mortelle.
- Forme chronique : Amaigrissement, accès fébriles répétés, ictère léger, pathologies oculaires (uvéite, cataracte).
- Forme abortive : Les poulinières contaminées peuvent avorter ou mettre bas des prématurés.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence de la bactérie par PCR (sang, lait, liquide céphalorachidien, urines) ou sur la détection d'anticorps par sérologie (MAT et Elisa).
La prophylaxie sanitaire repose sur la lutte contre les rongeurs, le drainage des prairies humides, l'assainissement des eaux stagnantes et la désinfection des locaux. Il n'existe pas de vaccin spécifique pour les chevaux.
Autres causes infectieuses d'avortement
Outre les maladies mentionnées ci-dessus, d'autres agents infectieux peuvent être responsables d'avortements chez les bovins. Les bactéries sont les agents pathogènes les plus fréquemment impliqués, notamment Streptococcus zooepidemicus. Des infections fongiques et des infections mixtes (bactériennes et fongiques) peuvent également être en cause.
Une des principales causes d'avortement est la placentite ascendante, une infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve.
Causes non infectieuses d'avortement
Plusieurs facteurs non infectieux peuvent entraîner un avortement chez les bovins.
Torsion du cordon ombilical
Un cordon ombilical trop long peut se tordre excessivement, bloquant la circulation sanguine vers le fœtus et entraînant sa mort.
Gestation gémellaire
La jument ne peut généralement pas assurer le développement à terme de deux poulains. La gestation gémellaire conduit souvent à l'avortement des deux fœtus.
Maladies générales de la jument
Certaines maladies de la jument, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou la leptospirose, peuvent provoquer l'avortement.
Salmonellose
La salmonellose est une maladie infectieuse causée par des bactéries du genre Salmonella. La contamination se fait principalement par voie orale, par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés.
Les facteurs d'environnement et de stress augmentent la réceptivité de l'animal. Il existe plusieurs formes cliniques de la salmonellose, dont une forme abortive.
Le diagnostic repose sur la coproculture ou l'hémoculture. Le traitement consiste à corriger les désordres hydro-électrolytiques et à lutter contre l'endotoxémie. L'antibiothérapie est controversée.
Les mesures de prévention sont sanitaires, avec une gestion des animaux par lot, une hygiène rigoureuse et la limitation des facteurs de stress.
Diagnostic et prévention de l'avortement
Diagnostic
Le diagnostic étiologique lors d’un syndrome « piro-like » peut s’avérer complexe. Sur un cas aiguë (cheval en hyperthermie), après avoir exclu d’autres causes infectieuses (respiratoires notamment), une PCR semble l’analyse la plus appropriée pour la piroplasmose (Babesia et Theileria), l’anaplasmose et la leptospirose (sang et urine). Pour la maladie de Lyme, une analyse sérologique est préférable. Sur les cas chroniques, les analyses sérologiques sont les plus adaptées.
Prévention
- Examen quotidien des juments gestantes : Surveiller les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve) et consulter un vétérinaire en cas d'anomalie.
- Hygiène : Maintenir les juments pleines dans de bonnes conditions d'hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne.
- Vaccination : La vaccination contre la rhinopneumonie peut contribuer à prévenir les avortements dus à l'HVE-1.
- Diagnostic précoce de gestation gémellaire : Faire pratiquer un diagnostic échographique de gestation pour être conseillé sur la marche à suivre.
- Gestion des risques liés aux maladies générales : Diagnostiquer et traiter rapidement les maladies de la jument.
- Prophylaxie sanitaire : Lutter contre les rongeurs, drainer les prairies humides, assainir les eaux stagnantes et désinfecter les locaux pour prévenir la leptospirose.
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