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Rétrognathie chez le bébé et informations sur la tétine : comprendre et gérer les troubles de la succion

La rétrognathie, souvent associée à des difficultés d'alimentation chez le nourrisson, notamment lors de l'allaitement, est une condition où la mâchoire inférieure est en retrait par rapport à la mâchoire supérieure. Cet article vise à explorer en profondeur la rétrognathie chez le bébé, son lien potentiel avec l'utilisation de la tétine, ainsi que les troubles de la succion qui peuvent en découler. Nous aborderons également les solutions et les prises en charge possibles pour assurer un développement harmonieux de l'enfant.

Comprendre la rétrognathie

Classiquement, on pense à la prognathie mandibulaire, c’est-à-dire une personne avec le menton en avant. Prognathe signifie pourtant « mâchoire en avant ». De même, rétrognathe veut dire « mâchoire en arrière ». La rétrognathie est donc une condition où la mandibule (mâchoire inférieure) est positionnée plus en arrière que le maxillaire (mâchoire supérieure).

Causes de la rétrognathie

La prognathie vraie est d’origine génétique : on retrouve la même déformation chez d’autres membres de la famille. Dans ces cas, on n’a que peu d’action, dans ce cas, sur le différentiel de croissance entre le maxillaire (mâchoire supérieure) et la mandibule (mâchoire inférieure). On doit donc s’y prendre tôt afin d’obtenir le maximum de résultats.

Si l’origine du problème est fonctionnelle, c’est l’arcade alvéolaire - qui porte les dents - qui est déformée et beaucoup moins la partie squelettique. On parle alors de proalvéolie ou de rétroalvéolie, associée ou non à une prognathie ou rétrognathie.

Exemples de problèmes fonctionnels

  • La succion du pouce chez les enfants
  • Une déglutition atypique
  • Une mauvaise prononciation (zozottement) etc.

Syndrome de Pierre Robin (SPR) et rétrognathie

Le syndrome de Pierre Robin ou SPR est une maladie génétique rare. Selon le SPARTON, Centre de Référence des Syndromes de Pierre Robin, cette maladie génétique rare touche environ 1 naissance sur 10 000. Il est principalement dû au dysfonctionnement du tronc cérébral vers la fin du deuxième mois de gestation. Ce mauvais fonctionnement provoque une malformation au niveau de la mâchoire inférieure, ce qui entraîne une position en arrière et verticale de la langue ainsi que le retrait du menton. Cet ensemble malformatif empêche la fermeture du palais.

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Diagnostic et prise en charge du SPR

Le rétrognathisme est l’élément le plus facilement repérable par observation d’un profil de l’embryon à l’échographie anténatale. Pour la prise en charge des problèmes respiratoires, dans les cas les moins sévères, le fait de coucher les bébés sur le ventre, éventuellement avec la tête du lit surélevée, permet de diminuer l’obstruction de la gorge et facilite leur respiration. Pour la prise en charge des difficultés alimentaire, certaines règles hygiéno-diététiques permettent une facilitation de l’allaitement : Positionnement du bébé adapté, tétine adapté, épaississement du lait. Dans certains cas, une alimentation par sonde gastrique est nécessaire. Lorsque le reflux n’est pas très sévère, la surélévation de la tête de lit permet de diminuer le reflux gastro-œsophagien. Pour la prise en charge de la fente palatine, une opération chirurgicale est nécessaire. Ces problèmes s’améliorent graduellement pour disparaître dans les trois premières années de vie. Cependant, il faut assurer le suivi et le traitement d’éventuels problèmes orthodontiques, orthophoniques et ORL jusqu’à l’adolescence.

Troubles de la succion : au-delà de la "confusion sein-tétine"

Voici ce que l’on entend classiquement par syndrome de confusion entre sein et tétine. Lorsque vous donnez un biberon de lait (maternel ou en poudre peu importe) à un bébé allaité, celui-ci finit par ne plus vouloir reprendre le sein. Il refuse le sein. Il « confond » le sein avec le biberon. Non, un bébé ne « confond » pas le sein de sa mère avec un biberon. Il ne refusera jamais le sein de sa mère ! Concrètement, comment se manifeste ce « syndrome de confusion » entre sein et tétine ? Il est donc grand temps de changer ce vocabulaire inadapté et culpabilisateur.

Oui et mille fois oui, un bébé qui a un trouble de succion à qui on va donner un(e)/des biberons/tétines/pouce est en effet à risque de ne plus pouvoir réussir à (et non vouloir) reprendre le sein par la suite ! Il n’y arrivera pas ! Mais il ne refuse certainement pas le sein.

Comprendre le mécanisme de la succion

Lorsque qu’un bébé boit au sein de sa maman, il va ouvrir grand sa bouche pour aller attraper ce sein. L’ouverture de sa bouche et l’extension de sa langue seront stimulées par le toucher du mamelon. Le toucher du palais par les gouttes de lait va stimuler la déglutition. La langue va devoir faire un mouvement de vague de l’avant vers l’arrière en allant toucher le palais sur toute sa longueur. Cette succion profonde, avec une belle amplitude, est une succion physiologique. Enfin, au repos, la langue doit pouvoir s’étendre sur toute la longueur du palais.

Causes des troubles de la succion

En une phrase, pour la majorité, il s’agit de tension et de manque de mobilité linguale. En effet, les bébés peuvent par exemple avoir des tensions sous leur langue. Ces tensions peuvent provenir du positionnement du bébé pendant la grossesse, de la naissance, et… des freins restrictifs buccaux. Elles vont empêcher la mobilité de la langue, de la bouche et conduire à un trouble de la succion et de la déglutition. Les bébés vont donc avoir tendance à pincer le sein, faire une petite ouverture de bouche, tirer moins la langue… Ils ne peuvent maintenir correctement leur langue sur le palais au repos.

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Pour compenser et soulager ces tensions, ces bébés (des enfants) auront un besoin de téter tout le temps (un pouce, une tétine, le sein). Ils cherchent à combler ce manque de contact entre le palais et la langue par leur pouce, la tétine ou le sein.

Rôles de la succion au-delà de l'alimentation

Chez le bébé, les os du crâne ne sont pas soudés. Vous pouvez donc sentir des petits espaces entre eux appelés fontanelles. Ces fontanelles bougent avec les changements de pression intracrânienne pour permettre au crâne de se modeler. L’os temporal et l’os sphénoïde vont continuer à se développer durant la première année de la vie. La pression de la langue exercée sur le palais lors de la succion et au repos permet donc de faire bouger et de balancer les os crâniens. En effet, notre palais est composé des os du crâne : le sphénoïde et l’ethmoïde. D’un point de vue anatomique, le palais n’est autre que le plafond des voies respiratoires supérieures. Une croissance optimale du palais permettra donc suffisamment d’espace pour les dents définitives, une meilleure aération des sinus, des narines, des oreilles via la trompe d’Eustache. Il est aussi important de comprendre que le massage de la langue sur le palais active le système vagal. La succion au sein permet aussi un bon développement des maxillaires et des muscles de la face. Les bébés naissent souvent avec un menton en arrière (rétrognathie). La succion permet donc une propulsion de celui-ci avec un alignement des deux mâchoires. Finalement, la forme du visage des bébés, enfants, adultes ne dépend pas tellement du code génétique reçu par leurs parents, mais bien de la succion qu’ils ont acquis (ou pas) durant les 3 premières années de leur vie ! La succion va obliger le bébé à respirer par le nez. Cette respiration nasale est la respiration la plus efficace en termes d’oxygénation du cerveau et d’activation du système vagal. Nous devrions tous respirer par le nez en dormant, en faisant du sport, au repos, en lisant cet article. Plus l’allaitement sera long et meilleure sera la programmation cérébrale de la ventilation. Sucer son pouce ou la tétine est donc aussi une compensation que le bébé ou l’enfant a mis en place pour améliorer ou sauvegarder sa respiration nasale. Celle-ci ne nécessite en effet pas une langue bien collée au palais.

Impact de la tétine et du biberon sur la succion

Malheureusement, le pouce, la tétine et le biberon ne modulent pas le palais, la mâchoire et le visage de la même manière car ils utilisent les muscles de façon différente. Cela peut avoir pour effet de déséquilibrer la tonicité de la langue et des muscles du visage et donc parfois de déformer la mâchoire et le visage. Ils ne nécessitent ni une fermeture labiale hermétique, ni un travail musculaire important. Au biberon, le flux du lait est plus rapide qu’au sein. Le bébé est immédiatement submergé par le flux de lait important. Cela va donc l’obliger à modifier encore plus sa succion et à positionner sa langue différemment pour se protéger. À court et à long terme, cela va perturber la déglutition et induire rapidement des malocclusions. De plus, les tétines sont plus rigides et moins extensibles que le sein. Cela va avoir pour conséquence que le bébé devra s’adapter à la tétine.

Solutions et prises en charge

Il est vraiment important de garder en tête que, quel que soit l’âge du bébé, de l’enfant, de l’adulte, il n’est jamais trop tard pour agir. Il sera toujours possible de remettre un bébé au sein pour autant qu’on ait le bon diagnostic et la bonne prise en charge. D’abord il faudra faire évaluer la succion par un professionnel compétent en la matière. Ensuite, il faudra aller rechercher la cause. Et enfin, il faudra traiter et rééduquer la succion du bébé par différentes méthodes et par une prise en charge multidisciplinaire. Cela demande évidemment du temps et beaucoup de patience. La langue étant un ensemble de muscles, il faudra donc du temps pour qu’elle retrouve son fonctionnement normal.

Alternatives au biberon traditionnel

Il est en effet recommandé d’utiliser des contenants mimant au mieux la succion au sein tels que : tasse, SoftCup, seringue, finger feeding. Ces méthodes utilisent de manière dite plus « physiologique » les muscles de la langue et du visage pour boire. Elles sont une sorte de thérapie myofonctionnelle. Le thérapie myofonctionnelle n’est autre que la rééducation des muscles du visage et de la bouche.

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La technique du "paced bottle feeding"

Si, quelles que soient vos raisons, vous choisissez de donner le biberon à votre bébé, je vous recommande alors d’utiliser le paced bottle feeding comme alternative. Il s’agit d’une technique dite un peu plus « physiologique » pour donner un biberon au bébé. Premièrement, il vous faudra choisir un biberon avec une tétine bien ronde sur la longueur et bien longue. Ensuite, on mettra le bébé dans la même position que pour l’allaitement maternel : si possible favorisez la position naturelle de l’allaitement pour stimuler au maximum les réflexes archaïques de la succion et de la déglutition. Le bébé pourra tirer le lait nécessaire à son rythme. Vous pouvez mettre le bébé en position assise droite. Pour mettre le biberon dans la bouche du bébé, on va lui introduire délicatement celui-ci de la même manière qu’on lui donne le sein. Il sera très important de garder une inclinaison du biberon à l’horizontale. Cela permettra encore une fois au bébé de prendre par lui-même la quantité de lait souhaitée. Non, la tétine du biberon ne doit pas être remplie de lait. Et enfin, last but not least, faire des pauses ! Ne pas vouloir aller trop vite ! La prise de biberon doit se faire en minimum 20 minutes afin que le bébé ait la sensation de satiété.

L'importance d'un diagnostic précoce

Dépistez ces troubles ! Allez en chercher la cause ! Ce sont des bébés et des enfants qu’il faut aider et prendre en charge !

Témoignages et exemples concrets

Cas de Noam

Cette mère accouche six jours après terme et par voie basse d’un petit garçon, Noam, de 3,800 kg, son premier enfant. Noam prend le sein et fait une bonne tétée une demi-heure après la naissance. La mère a la sensation que la succion est efficace mais une crevasse se forme sur le mamelon droit, dès cette première tétée. La montée de lait se fait à J4 et dans les 24 heures qui suivent Noam n’émet aucune selle. A J5, le bébé émet deux selles. Lors de la consultation, la mère m’explique qu’elle souffre d’un syndrome des ovaires polykystiques et d’anémie. J’observe la bouche du bébé et je constate que Noam est rétrognathe, son palais est très haut, il n’ouvre pas très grand la bouche et referme en serrant très fort. Je montre à la mère comment améliorer la prise du sein de son bébé en position de madone inversée. La prise est meilleure, mais pas parfaite car l’ouverture de bouche reste insuffisante. Le fait d’obliger Noam à lever la tête pour prendre le sein et à placer son menton en premier dans le sein, permet que le bébé ne referme pas trop la bouche, ce qui est le cas quand le menton n’est pas collé dans le sein.

Cas de Grégoire

L’allaitement démarre très mal car Grégoire ne prend pas le sein. De retour à la maison, la mère réussit à mettre Grégoire au sein en position ballon de rugby, avec des bouts de sein en silicone, mais les tétées sont très longues et très peu efficaces. Très vite, des crevasses se forment au sein droit et saignent. La pédiatre consultée est inquiète et demande aux parents de donner des compléments de préparation pour nourrisson à Grégoire et de le réveiller au moins toutes les trois heures. Le second pédiatre consulté par les parents demande à la mère de choisir entre le sein et le biberon. La mère choisit le sein et le pédiatre demande de donner 10 minutes chaque sein toutes les quatre heures. La mère décide de ne plus écouter le pédiatre et de donner le sein à la demande en complétant par un biberon systématiquement. Grégoire prend en moyenne 75 ml de lait maternel ou de préparation pour nourrisson, cinq fois par 24 heures. Lorsque sa mère essaie de le mettre au sein, il ne prend en bouche que l’extrémité du bout de sein en silicone et ne déglutit que très peu. Je montre à la mère comment proposer le biberon pour que Grégoire place sa langue au mieux et puisse respirer régulièrement. Je lui propose de montrer Grégoire à un bon ostéopathe pour vérifier que le nerf grand hypoglosse n’est pas coincé, ce qui peut occasionner la succion désorganisée. L’ostéopathe pourra également travailler sur le mention de Grégoire et sur sa mâchoire inférieure. Pour relancer sa lactation, je propose à la mère de tirer son lait au moins toutes les trois heures avec un très bon tire-lait en double pompage, en utilisant la méthode de Jane Morton. Les parents sont d’accord pour le protocole. Ils emmènent Grégoire chez leur ostéopathe habituel qui ne décèle aucun problème (!), puis vers une spécialiste des os du crâne qui ne voit pas non plus de problème (!).

Conseils aux parents

Pour des parents, accueillir un bébé porteur d’un syndrome rare est une épreuve non négligeable, même quand l’évolution à long terme est positive. Disposer des bonnes informations est crucial, tout comme s’entourer de professionnels spécialisés. C’est justement ce que proposent les centres référents, pour mettre en place une prise en charge précoce et pluridisciplinaire. Celle-ci va impacter positivement l’évolution de votre enfant. En tant que parent, vous avez évidemment un rôle central à jouer.

Ressources et soutien

Informez-vous sur le SPR ! Parfois, certains parents porteurs ne savent pas, par exemple, qu’ils peuvent profiter d’un conseil génétique lors d’un projet de grossesse. Profitez des expériences d’autres parents. Parfois, il est plus facile de se projeter quand on entend parler des parcours d’autres personnes, dans la même situation. Vous pouvez lire des témoignages de parents sur le site Tremplin ou vous pouvez aussi entrer en contact avec des associations de parents pour être soutenus. Bon à savoir : Pour répondre aux premiers besoins en matière de succion et d’alimentation, vous pouvez demander le kit de bienvenue proposé par l’association Tremplin. Il permet de tester avec les soignants de votre bébé différentes options de tétine ou de sucettes.

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