La grossesse est une période délicate où la prudence est de mise concernant la prise de médicaments. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rappelle que "Enceinte, les médicaments, ce n’est pas n'importe comment !". Cet article vise à informer les femmes enceintes et celles qui envisagent une grossesse sur les médicaments à éviter, particulièrement durant le premier mois, et à souligner l'importance d'une consultation médicale.
Importance de la Préparation à la Grossesse
Il est essentiel de bien préparer sa grossesse avec un médecin ou une sage-femme, surtout si la femme prend des médicaments quotidiennement. Il ne faut jamais arrêter un traitement de son propre chef en cas de grossesse. Une consultation pré-conceptionnelle permet de faire le point sur les traitements en cours et de prévoir ceux qui doivent être arrêtés ou aménagés. Les médicaments délivrés sans ordonnance, y compris ceux à base de plantes, doivent être pris en compte car ils peuvent être dangereux.
Les Phases de la Grossesse et la Sensibilité aux Médicaments
La grossesse se divise en deux phases principales :
Phase embryonnaire (trois premiers mois) : C'est la période de formation des organes du bébé. Les médicaments présentant un risque accru pendant cette phase sont appelés tératogènes.
Phase fœtale (six mois suivants) : Durant cette phase, le bébé grandit et ses organes se développent. Les médicaments peuvent affecter la croissance, la maturation et le fonctionnement des organes.
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Le risque fœtal est quasi nul dans les 10 jours post-conceptionnels, mais il commence à 4 semaines d'aménorrhée (SA) et varie selon les organes, en fonction du développement embryonnaire. Après 10-12 SA, les organes sont formés, mais leur développement peut être altéré. En raison du passage transplacentaire, le fœtus subit l’effet des médicaments pris par la mère.
Médicaments Absolument Contre-Indiqués Pendant la Grossesse
Certains médicaments sont formellement contre-indiqués pendant la grossesse en raison de leur potentiel tératogène (risque de malformations) ou fœtotoxique (risque d'atteinte de la croissance ou de la maturation des organes).
Médicaments Tératogènes
Les médicaments tératogènes sont extrêmement toxiques pour l'embryon. Les femmes en âge de procréer qui doivent suivre ces traitements doivent impérativement utiliser une contraception. Voici quelques exemples :
Traitement de l'acné sévère : Isotrétinoïne (Contracné®, Curacne®, Procuta). Ce médicament est responsable de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. La patiente reçoit une notice et doit signer un document attestant avoir reçu les informations nécessaires. Un test de grossesse négatif datant de moins de trois jours doit être présenté au médecin lors de chaque renouvellement de traitement.
Traitements de la bipolarité ou de l'épilepsie : Acide valproïque (Dépakine). L'acide valproïque est l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important. Il peut entraîner des malformations notamment du cœur, du squelette, de l'appareil digestif ou du système nerveux. D'autres antiépileptiques (carbamazépine, phénobarbital, topiramate par exemple) sont susceptibles d'induire des risques de malformations. En conséquence, un désir de grossesse peut nécessiter une réévaluation du traitement antiépileptique en cours par le médecin.
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Traitements de la sclérose en plaques : Fingolimod (Gilenya®), Tériflunomide (Aubagio®, Terebyo®).
Traitements du myélome multiple ou d'autres pathologies du sang : Hydroxycarbamide (Hydrea®, Siklos®), Lénalidomide (Revlimid®), Pomalidomide (Imnovid®), Thalidomide.
Traitement du psoriasis : Acitrétine (Soriatane). L'acitrétine est responsable de graves malformations chez l’enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable avant le début du traitement et pendant toute sa durée. Par prudence, la contraception est poursuivie trois ans à compter de l’arrêt du traitement, en raison de la persistance de la substance dans l’organisme.
Vaccin contre la rubéole : Il est formellement contre-indiqué.
Vaccin contre la fièvre jaune : Il n'est pas recommandé, sauf si le risque lié à la fièvre jaune est supérieur au risque lié à la vaccination.
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Médicaments Foeto-Toxiques
Ces médicaments peuvent affecter le développement et la fonction des organes du fœtus.
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : Ibuprofène, kétoprofène, aspirine à forte dose (supérieure à 500 mg par jour). Ils sont formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître ont été mis en évidence lorsqu'ils sont utilisés au cours de cette période ; le risque existe même avec une seule prise et même si la grossesse est à terme. Lorsqu’ils sont destinés à une application locale, ils peuvent traverser la peau et passer dans le sang, exposant ainsi le fœtus aux mêmes risques que lorsque ces médicaments sont pris par voie orale, en particulier lorsqu’ils sont appliqués sur une large surface de peau ou sous un pansement. Pendant les cinq premiers mois de la grossesse, les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical.
Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et antagonistes de l'angiotensine II : Ils sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse, car ils exposent à une toxicité pour les reins du fœtus. Ils sont déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse. Un désir de grossesse nécessite le remplacement de l'IEC ou de l'antagoniste de l'angiotensine II par un autre antihypertenseur.
Anticoagulants oraux (antivitamines K) : Ils sont habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte car ils exposent à des effets toxiques pour la mère et pour l’enfant à naître.
Dérivés de l'ergot de seigle (en cas de crise de migraine) : Ils sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison d'un effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical, néfaste pour le fœtus.
Antibiotiques de la famille des quinolones : Ils sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Des atteintes articulaires ont été observées chez les enfants traités après la naissance avec des quinolones.
Médicaments à Utiliser avec Prudence ou à Éviter
Paracétamol : Il est généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse, y compris pour soulager une crise de migraine. Cependant, il est important de respecter les doses recommandées.
Codéine : Utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, elle ne doit être prise qu'après avis médical. Chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir.
Médicaments contre le rhume contenant un AINS : Ils sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse, car ils exposent à des effets toxiques même avec une seule prise.
Traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) : Ils sont déconseillés pendant toute la grossesse.
Antihistaminiques sédatifs : Ils sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue.
Antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) : Ils n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
Bêtabloquants : Ils peuvent être prescrits pendant la grossesse si besoin. Si le traitement précède l’accouchement, l'effet du bêtabloquant persiste quelques jours chez le nouveau-né, avec un risque de ralentissement du cœur et d’hypoglycémie.
Somnifères : Ils ne doivent pas être utilisés sans avis médical pendant la grossesse. La prise répétée d’un somnifère de la famille des benzodiazépines en fin de grossesse peut être responsable d'effets indésirables (troubles de la succion, difficulté respiratoire par exemple) chez le nouveau-né.
Antidépresseurs ISRS : Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque avec les antidépresseurs ISRS, notamment la paroxétine et la fluoxétine. De plus, une étude québécoise publiée en décembre 2015 suggère, sans toutefois la démontrer, une augmentation du risque de troubles autistiques chez les enfants nés de mère traitée par un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS) pendant le 2e et le 3e trimestre de la grossesse.
Lithium : Il augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.
Automédication et Médicaments en Vente Libre
Les médicaments vendus sans ordonnance sont des médicaments à part entière et peuvent être dangereux pendant la grossesse. Près de 40 % des femmes enceintes déclarent avoir pris un médicament de leur propre initiative au cours de leur grossesse. Il est donc crucial de consulter un professionnel de santé avant de prendre tout médicament, même en vente libre.
Conseils Généraux
Ne jamais s'automédiquer : Même pour des maux bénins (nausées, vomissements, brûlures d'estomac, troubles du sommeil), il est important de consulter un médecin.
Informer son médecin de toute grossesse ou projet de grossesse : Cela permet d'adapter les traitements en cours et d'éviter les médicaments dangereux.
Privilégier les "vieux" médicaments : Leurs effets sur le fœtus sont mieux connus grâce à des études plus vastes.
Être vigilant avec la phytothérapie et l'aromathérapie : Les produits naturels ne sont pas toujours sans danger.
Consulter les pictogrammes sur les médicaments : Ils indiquent si le médicament est contre-indiqué pour la femme enceinte.
En cas de doute, contacter le centre de pharmacovigilance de votre région.
Ressources Utiles
En cas de questionnement et de besoin d’informations complémentaires pendant la grossesse, il existe deux sites Internet à consulter :
- Celui de l’ANSM.
- Celui du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes).
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