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Raphaël Enthoven et le Débat sur l'IVG et la Fin de Vie : Un Enjeu de Liberté et de Laïcité

L'article explore les positions de Raphaël Enthoven, philosophe français, sur des questions éthiques sensibles telles que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et l'euthanasie, souvent abordées sous l'angle de la liberté individuelle et de la laïcité. Il met en lumière les arguments d'Enthoven, ses confrontations avec des figures religieuses et des philosophes, ainsi que les implications de ses idées sur la société.

Liberté et ses Paradoxes

Madame Roland, avant son exécution, s'exclamait : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ». Cette citation sert d'introduction à une réflexion sur la liberté, souvent invoquée par ceux qui sont les plus prompts à la bafouer. Enthoven et Pierre Juston, de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), se disent favorables à l’euthanasie. Ils affirment se battre « pour le choix de tous selon la conscience de chacun », opposant cette position à ceux qui cherchent à imposer « leur idée du Bien » à autrui.

Pour Enthoven et Juston, le bien commun n’existe pas, ce qui ôte toute prétention aux catholiques d’exercer une influence sur la cité. Ils avancent que « la majorité [des chrétiens] est aujourd'hui favorable à l'aide active à mourir » et que, face à la mort, « bien des chrétiens, abjurant leur foi, deviennent soudain romains et passent à l'acte ».

L'IVG : Un Combat Laïque ?

Enthoven et Juston considèrent que « le libre choix en matière de fin de vie est au même titre que le droit à l'IVG ou le mariage pour tous, un "combat laïque" ». Ils semblent considérer que les interdits juridiques et les verrous mentaux issus de l’anthropologie religieuse entravent la liberté individuelle. Selon eux, « si ce geste-là [mourir] n'est pas libre, aucun geste ne l'est ». Ils affirment que « la liberté que la loi garantit ne porte pas sur la nature de nos désirs, mais sur les droits dont nous disposons ».

Henri Hude, philosophe, nuance cette vision en soulignant qu'« Acquérir un certain droit de mourir, c’est renoncer à un certain droit de vivre. » Il souligne que l’État, en posant un tel droit, « validera au nom de tous (…) un jugement de valeur ».

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Enthoven et les Valeurs Chrétiennes sur l'IVG

Raphaël Enthoven s'est exprimé sur Europe 1 pour attirer l'attention des chrétiens sur l'IVG, suggérant que leurs valeurs ne devraient pas s'opposer à ce genre d'opérations. Il caractérise le christianisme par la prépondérance de la vie spirituelle sur la vie corporelle. Selon lui, les catholiques considèrent l'avortement comme la suppression d'une vie, mais croient également que la vie ne se réduit pas à la vie terrestre, corporelle, mais est avant tout spirituelle. Il y voit une contradiction, car s'interdire d'accomplir l'IVG au nom de la préservation de la vie reviendrait selon lui à "réduire la vie à sa définition la plus triviale, la plus sale, la plus matérialiste en somme, qui est la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde au terme d'un écoulement précédé d'un spasme".

Toutefois, cette analyse est critiquée pour sa simplification du christianisme, qui ne se réduit pas à une simple philosophie métaphysique. Le christianisme, dans son ensemble, ne peut être réduit à un seul élément pour en tirer une conclusion. Par exemple, le philosophe semble oublier toute référence au péché originel, qui selon les chrétiens nécessite le baptême pour être enlevé. De plus, la vie terrestre a une importance fondamentale dans le christianisme, servant à développer sa personnalité et à mériter la vie éternelle, à grandir par la foi, la charité, et l'espérance, pour se préparer à la béatitude.

Enthoven semble ignorer que le mépris de la vie matérielle qu'il impute aux chrétiens devrait leur permettre de tuer tout le monde. Ce serait, selon le même raisonnement, autant d'âmes libérées de leur prison charnelle, autant d'allers simples pour le paradis. Le corps a une importance fondamentale dans le christianisme, comme en témoigne le culte des reliques, le dogme de la résurrection de la chair ou encore l'eucharistie.

Enthoven propose aux chrétiens de considérer qu'à ce moment-là l'être du futur enfant n'existe peut-être pas encore. Il faudrait selon lui distinguer l'étincelle (la fécondation) du feu (la vie), car sinon cela reviendrait à "récuser toute différence entre la vie et la chair", et donc entrerait en contradiction avec les croyances chrétiennes.

Cependant, dès que l'ovule est fécondé, il se met à se développer, à entamer sa division cellulaire pour grandir et pour former un foetus. Il manifeste, à partir de sa fusion avec le spermatozoïde, un élan vital, un dynamisme spontané, une tendance à persévérer dans son être. Ce qui advient à l'ovule une fois fécondé n'est-il pas l'illustration même du conatus, le fameux concept central de l'Ethique de Spinoza, que Raphaël Enthoven aime tant ? Défendre l'IVG, ne serait-ce qu'à dix minutes de la fécondation, c'est aller contre le conatus, c'est bel et bien supprimer une vie.

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Le chemin de vie qu'on nomme "christianisme" consiste à faire à l'amour une place centrale dans sa vie, à aimer Dieu et à aimer son prochain, ce qui revient au même. Le message du Christ exhorte à dépasser son individualité, à ne pas être arrêté par des considérations égoïstes dans l'élan vers l'autre, à ne pas préférer son propre confort à une relation d'amour qui nous est offerte. C'est pour cela que l'IVG, qui consiste parfois à faire passer ses tracas personnels avant la vie d'un autre, et avant une relation filiale, ne peut être validée par le christianisme.

Débat sur l'Euthanasie : Enthoven contre Rougé

Dans un débat avec Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, Enthoven exprime son indignation face aux déclarations de Michel Aupetit, qui associait euthanasie et avortement sous le prétexte d'une « fausse compassion ». Il réaffirme son désaccord avec Erwan Le Morhedec sur la question de la liberté, arguant que « dénier le caractère de liberté à cette décision, c’est se donner les moyens de ne pas en faire un droit ».

Rougé critique Enthoven pour avoir affirmé que légiférer en faveur de l’euthanasie constituerait un acte de laïcité libératrice, un dépassement salutaire de l’imprégnation religieuse maléfique de notre société. Enthoven répond qu'au principe du refus de l'euthanasie (comme de l'IVG), on trouve une sacralisation de la vie, aux dépens de la liberté. Le refus d’inscrire l’aide active à mourir dans la loi relève, à son sens, de cette absolutisation tout à fait obsolète en république. Il ajoute que lorsqu'on hésite à accorder la liberté fondamentale de mourir comme on le souhaite, j’ai l’impression que Dieu se prend encore pour un législateur.

Rougé souligne que l’opposition à l’euthanasie ne relève pas nécessairement d’une appartenance religieuse, citant l’exemple de soignants agnostiques ou athées qui s’y opposent au nom de la cohérence éthique de leur mission. Il rappelle également les mots du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, sur la rupture anthropologique majeure que constituerait une législation favorable à l’aide active à mourir.

Enthoven, invoquant le Petit traité de dignité d’Eric Fiat, souligne que le concept de dignité peut être invoqué aussi bien par ceux qui souhaitent mettre fin à leurs jours que par ceux qui refusent de le faire. Il rejette l'argument du nombre de cas d'euthanasies, affirmant que toute liberté comporte en elle le risque d'un mauvais usage. Pour lui, la vie n'est pas sacrée, c'est la liberté qui l'est.

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Rougé insiste sur l'importance de prendre soin des personnes en grande fragilité et de promouvoir des fins de vie aussi sereines que possible, non seulement par respect pour les mourants, mais aussi pour l'ensemble de la société.

La Laïcité comme Cadre de la Liberté Individuelle

Enthoven voit dans la question de la fin de vie un enjeu de laïcité, comme l’était la loi Veil sur l’avortement. Il estime que les raisons pour lesquelles ces lois posent problème relèvent de la persistance incongrue du fait religieux à l’intérieur de la loi. Pour lui, la laïcité n’est rien d’autre que la garantie de la liberté de conscience de chacun.

Il considère l'euthanasie comme une conquête de la laïcité, après l'abolition de la peine de mort, l'avortement et le mariage pour tous.

Les Combats Laïques et l'Autodétermination

Les combats laïques touchent à la fois à la liberté des individus et à l’égalité des citoyens, trouvant racine dans l’idéal d’émancipation humaine et se nourrissant de l’autodétermination. Le principe de laïcité, inscrit dans la Constitution française, agit comme un effet cliquet sur de nouveaux droits modifiant certaines normes dont le seul fondement était d’essence morale religieuse.

De l’égalité du droit de vote à la légalisation de l’avortement, du divorce au mariage pour tous, un processus de laïcisation s’est opéré au profit du choix de la personne. La multiplication des libertés dans la vie privée du citoyen s’est poursuivie sans rien enlever à ceux qui décident légitimement de continuer à s’imposer des règles religieuses tout aussi personnelles.

Ces « respirations laïques » doivent bénéficier au citoyen jusqu’à son dernier souffle. Il s’agit de permettre à chacun, en fin de vie et en grande souffrance, de faire un choix qui suppose une conscience libre et éclairée. La question ne devient intime que lorsque ce choix est possible et qu’il est encadré par la loi.

Aucun objecteur de conscience n’a légitimité pour assujettir l’ensemble des consciences à un dogme qu’il jugerait vrai, indérogeable et inviolable. Tout comme le combat pour l’IVG, une telle pratique ne pourra être imposée à quiconque.

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