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L'hippocampe : Un poisson qui accouche par la bouche

L'hippocampe, avec son allure singulière et sa reproduction hors du commun, est sans doute l'un des poissons les plus fascinants de la nature. Son anatomie, qui rappelle celle d'un cheval, lui a valu son nom, et son mode de reproduction, où le mâle porte et "accouche" des petits, ne cesse d'étonner.

Un mystère de l'évolution

L'origine des hippocampes demeure un mystère pour les scientifiques. Leur extrême spécialisation rend difficile l'identification d'un ancêtre commun avec d'autres groupes de poissons. Malgré leurs particularités morphologiques et comportementales, les hippocampes partagent des caractéristiques fondamentales avec les autres poissons : ils respirent par des branchies, possèdent des nageoires et un squelette interne.

Les hippocampes forment un groupe homogène d'une trentaine d'espèces regroupées dans le genre Hippocampus. Parmi elles, l'hippocampe à museau court, Hippocampus hippocampus, est l'une des plus anciennes espèces décrites.

Allure et locomotion

Qu'ils nagent, se propulsent par ondulations ou se reposent, les hippocampes se tiennent toujours verticalement. Leur mode de locomotion habituel est la reptation. La queue annelée des hippocampes peut se dérouler et s'enrouler à volonté, permettant à l'animal de s'accrocher aux supports variés des fonds marins : algues, gorgones, coraux, etc. Lors de la reptation, l'ensemble du corps se meut. Ainsi, le « menton » est utilisé comme point d'appui pendant que la queue cherche un point d'ancrage.

Alimentation spécifique

Le régime alimentaire des hippocampes est très spécifique. Leur museau, en forme de pipette, se termine par une petite bouche édentée qui ne leur permet d'aspirer que des animalcules et autres minuscules nutriments. Leur régime est constitué principalement de petits crustacés qui pullulent sur les algues et dans les anfractuosités des coraux. Les hippocampes s'avèrent particulièrement méticuleux lors de cette opération de « pipetage ».

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La recherche de nourriture occupe une place importante dans la vie des hippocampes. La petitesse des proies qu'ils absorbent et la simplicité de leur tube digestif, notamment la quasi-absence d'estomac, les obligent à s'alimenter fréquemment. D'autant plus que l'absence de dents rend difficile la digestion des proies, de fait ingérées tout entières. En l'état des connaissances, on ne sait si leur comportement relève d'une adaptation à un mode de vie très spécialisé ou bien d'une condition primitive.

Des nageoires réduites mais fonctionnelles

Comme tout poisson, l'hippocampe possède des nageoires, même si celles-ci sont réduites. Certaines manquent, comme la caudale et les pelviennes. Les nageoires fonctionnelles sont la dorsale, sur le milieu du tronc, et les pectorales, situées près de la tête, tout en haut du « cou ». Presque transparentes, ces nageoires sont difficilement observables.

Parade nuptiale et accouplement

Tandis que la plupart des poissons ignorent la parade et l'accouplement, les hippocampes sont maîtres dans l'une comme dans l'autre. La période des parades varie en fonction de la température de l'eau : d'avril à octobre en Méditerranée et de mai à septembre dans l'Atlantique et dans la Manche. Mais, quelle que soit l'époque, les approches obéissent toujours à un même protocole.

La parade nuptiale chez les hippocampes ressemble à une danse aux mouvements gracieux, exécutée avec une extrême lenteur, un véritable ballet aquatique en couple. En prélude à l'accouplement, les hippocampes montent et descendent dans l'eau, puis s'arrêtent, repartent, tournent sur eux-mêmes, s'inclinent comme pour saluer, et se redressent enfin. Dans cette valse lente et élégante, mâle et femelle sont, l'un et l'autre, acteurs : la femelle prend parfois l'initiative et choisit in fine son partenaire ! Il arrive qu'un troisième larron, une autre femelle, se joigne au couple. Loin d'être rejetée, sa présence est appréciée, à l'occasion.

Au terme des parades, mâle et femelle s'enlacent. Dans l'étreinte, la femelle presse son ventre, gonflé par les ovaires arrivés à maturité, contre celui du mâle, où s'écoulent les premières gouttes de laitance. L'un des partenaires commence alors à frissonner de tout son corps, depuis l'extrémité de la queue jusqu'à la crête du sommet du crâne, communiquant son frisson à l'autre. Cette excitation fugace est suivie d'une posture figée. Les phases d'excitation et de repos alternent et se répètent plusieurs fois. La phase de repos peut durer de 20 à 30 minutes ; le mâle entrouvre alors sa poche incubatrice, et la femelle y introduit son tube de ponte (ou ovipositeur) pour déposer les œufs, qui sont fécondés au passage. Une fois les œufs pondus, la femelle s'éclipse pour se reposer. Elle est alors libérée de ses devoirs familiaux jusqu'à la prochaine période de reproduction.

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Le mâle, un père exceptionnel

Les hippocampes mâles ont une poche incubatrice située sur la partie ventrale de la queue. Lors de l'accouplement, la femelle y dépose ses œufs ; une membrane ferme alors la poche, en ne laissant subsister qu'une très petite ouverture. Au moment où il reçoit les œufs, le mâle les fertilise. Après l'accouplement, le mâle « couve » les œufs et les conserve dans sa poche incubatrice jusqu'à leur éclosion. Les œufs s'accrochent dans une muqueuse spongieuse - qui joue le rôle d'un placenta - irriguée par de multiples vaisseaux sanguins.

L'éclosion des œufs a lieu au sein de la poche incubatrice, et les embryons y restent afin de poursuivre leur développement jusqu'à la naissance. Couché sur le fond, prenant appui sur un support, le mâle les fait sortir par petits groupes - rarement de manière isolée. Après l'expulsion de tous les jeunes, les contractions durent jusqu'à résorption de la poche. Cette mise-bas est très épuisante.

La vie des jeunes hippocampes

À leur naissance, les jeunes hippocampes mesurent environ 5 mm de long. Aussitôt sortis, ils partent dans toutes les directions, nageant et s'accrochant bon gré mal gré à tout ce qui peut leur servir de support, y compris leurs frères et sœurs. Débute alors la longue recherche de nourriture pour calmer un insatiable appétit. Leur corps est encore totalement transparent, mais, très rapidement, il se couvre de points pigmentés et acquiert la coloration des adultes. Leur croissance est très rapide. Ils atteignent leur maturité sexuelle entre le cinquième et le huitième mois.

Un maître du camouflage

La seule défense que la nature ait donnée aux hippocampes et à leurs cousins les syngnathes est le camouflage. La technique la plus communément adoptée par les hippocampes est le mimétisme. À la manière du caméléon, ils peuvent reproduire la couleur du fond ou du support sur lequel ils se trouvent. Leur livrée prend la teinte dominante environnante, et des taches, bandes, points ou marbrures viennent compléter leur panoplie pour faire disparaître leur forme aux yeux d'un prédateur éventuel. La lenteur des mouvements est sans doute à mettre au compte de cette stratégie. Le camouflage est d'autant plus efficace que le milieu dans lequel se trouvent les hippocampes est mouvant.

L'hippocampe à museau court : un exemple

L'hippocampe à museau court est une espèce commune, sans pour autant être abondante. Les caractéristiques qui permettent de différencier ce petit animal de ses congénères sont les suivantes : le tronc est composé de 11 ou 12 anneaux ; la queue en possède de 34 à 38 ; sa nageoire dorsale et ses pectorales sont soutenues par des rayons, de 16 à 19 pour l'une, de 13 à 15 pour les autres. Son museau, comme son nom l'indique, est relativement court. Il ne porte pas, ou presque pas, de lambeaux cutanés sur le corps et la tête.

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À l'instar de tous les vertébrés, le corps est soutenu par la colonne vertébrale. Mais il est aussi protégé par un squelette externe, formé de plaques dermiques disposées en séries sur le tronc et la queue, ce qui lui confère un aspect annelé. Les hippocampes respirent par des branchies, qui n'ont cependant pas la forme habituelle de peignes, mais se présentent comme des houppes. Le rein - les hippocampes n'ont qu'un seul rein, situé du côté droit de la cavité abdominale - présente la particularité de ne pas contenir de glomérules (petits pelotons vasculaires au niveau desquels s'effectue la filtration de l'eau du sang). Il est constitué de tubules urinifères, qui forment une gaine autour de la veine cardinale. L'estomac est remplacé par un léger renflement du canal intestinal.

Communication et sens

Pour communiquer, les hippocampes sont capables d'émettre des sons. Ces derniers, qui ressemblent à des claquements de doigts, résulteraient du frottement d'une partie du crâne sur la partie du squelette externe formant la crête au-dessus de la tête. Pour produire ce claquement, l'animal relève la tête le plus haut possible, comme s'il voulait étirer son cou, effectuant le mouvement plusieurs fois de suite ; le claquement est émis lorsque le crâne passe en force sous la crête, ou bien quand il revient à sa position normale.

Les sens des hippocampes sont plutôt bien développés. Les oreilles internes sont localisées dans les capsules optiques de la boîte crânienne. Elles sont composées de canaux et de granules calcifiés, les otolithes. Outre leur fonction auditive, les oreilles internes permettent aux hippocampes de se situer dans leur milieu. Les vibrations sonores se transmettant mieux dans l'eau que dans l'air, les poissons ont, en général, l'ouïe fine.

Les hippocampes possèdent également une bonne sensibilité olfactive. En avant de chaque œil se trouve une fossette olfactive qui communique avec l'extérieur par deux narines, antérieure et postérieure. Le courant d'eau qui circule dans cette fossette est analysé par des cellules ciliées qui tapissent l'épithélium sensoriel.

La vision est sans conteste leur sens le plus performant. Les yeux sont complètement indépendants l'un de l'autre dans leurs mouvements. Ainsi, l'un des yeux peut scruter la fronde d'une algue à la recherche de minuscules proies, tandis que l'autre surveille les alentours pour y détecter un danger potentiel.

Anatomie interne

Le squelette interne ne diffère pas notablement de celui observé chez les autres poissons. Cependant, il présente quelques particularités comme l'absence d'appendices costaux et une ankylose des premières vertèbres. En effet, les trois premières vertèbres fusionnent pour former une sorte de manchon comprimé latéralement, qui limite les mouvements du cou, donnant ainsi à l'hippocampe son port de tête particulier.

Le corps est protégé par un squelette externe constitué de plaques dermiques, réparties sur le tronc et la queue. À la jonction des plaques dermiques se forment parfois des bourrelets, des tubercules, dont l'alignement constitue des carènes longitudinales. En section transversale, le corps est polygonal, le nombre de plaques déterminant le nombre de côtés du polygone.

Unique dans le monde des poissons, la tête de l'hippocampe forme un angle plus ou moins droit avec le corps. La région occipitale est relevée et porte souvent des tubercules pointus formant une sorte de couronne au sommet du crâne. C'est aussi sur la tête que les épines et les prolongements cutanés foliacés sont les plus développés.

Relativement grands par rapport à la taille du corps ; la structure se rapproche de celle des yeux des vertébrés dits supérieurs : le cristallin est sphérique et volumineux ; la rétine, épaisse, est formée de plusieurs couches de cellules visuelles et notamment des cellules en cône qui permettent une bonne vision des couleurs.

Diversité des espèces

La trentaine d'espèces d'hippocampes décrites à ce jour sont regroupées dans l'unique genre Hippocampus. En dépit d'une diversité spécifique moindre par rapport à leurs cousins les syngnathes, certains hippocampes montrent des variations morphologiques et de coloration relativement importantes à l'intérieur d'une même espèce.

Exemples d'espèces

  • Hippocampus ingens : un des plus grands hippocampes connus, atteignant 35 cm de long. On le trouve sur les côtes pacifiques américaines, du golfe de Californie au Pérou.
  • Espèce non décrite de Nouvelle-Calédonie : sa taille maximale réelle n'est pas connue, mais semble ne pas dépasser les 4 cm. L'espèce a été observée sur des gorgones des fonds coralliens de Nouvelle-Calédonie.
  • Hippocampus erectus : espèce si variée qu'elle a engendré la description de sous-espèces, voire d'espèces nouvelles, qui sont toutes synonymes de Hippocampus erectus.
  • Hippocampus barbouri : doit son nom à l'extrême développement des lambeaux cutanés qui foisonnent sur son corps comme autant de frondes d'algues, mimant parfaitement les laminaires auxquelles il est étroitement associé.

Habitat et répartition

Les hippocampes appartiennent à la famille des syngnathidés, qui fait partie de l'ordre des gastérostéiformes. Ces poissons se caractérisent par un corps plus ou moins cuirassé de plaques osseuses, une bouche s'ouvrant à l'extrémité d'un museau tabulaire et un appareil branchial réduit.

Ils fréquentent de préférence les prairies sous-marines littorales des mers tempérées et tropicales, et semblent être plus abondants sur les côtes est des continents que sur leurs côtes ouest, c'est-à-dire dans les zones de courants marins plutôt chauds. Tous marins, les hippocampes ne se rencontrent pas en eau douce.

Dans les mers tempérées, juste en dessous du niveau inférieur des plages, se développe un type de végétation marine : les herbiers de zostères. Ce ne sont pas des algues, mais des plantes supérieures (genre Zostera) qui produisent de minuscules fleurs. Leurs racines sont des rhizomes qui s'ancrent dans les sédiments meubles et sur lesquels se fixent de nombreuses algues vertes, rouges et brunes. Les grandes feuilles vertes rubanées permettent l'installation de toute une faune fixée (bryozoaires, hydraires, ascidies, éponges, vers tubiformes, etc.) ou mobile (amphipodes, copépodes, crabes, mollusques, etc.). L'ensemble forme une véritable prairie sous-marine appelée herbier, qui héberge une multitude de formes vivantes. Une espèce d'hippocampe porte d'ailleurs le nom de ce protecteur providentiel : Hippocampus zosterae, l'hippocampe nain du golfe du Mexique.

En Méditerranée on rencontre surtout un autre type de prairie sous-marine : l'herbier de posidonies (genre Posidonia). Les champs d'algues des zones rocheuses constituent également un lieu d'accueil privilégié pour les hippocampes : cela peut être des goémons jaunes ou de grandes algues en lanières (himanthales et laminaires). Des paquets d'algues littorales sont parfois arrachés à la côte par les tempêtes et dérivent au large, entraînant leurs hôtes dans de véritables croisières océaniques !

Dans les mers chaudes et tropicales, les madréporaires constructeurs de récifs coralliens forment une multitude de niches écologiques favorisant le foisonnement de la vie. Les hippocampes y trouvent des conditions de vie idéales, propices à la reproduction des espèces.

Conservation

Animal assez rare à l'état sauvage, il est difficile d'estimer ses populations, mais on le sait vulnérable à la pollution et à la dégradation de son habitat. Il est également protégé car son commerce pour les aquariums est réglementé.

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