Introduction
Les images murales du IIe style, caractéristiques de l'art romain, se présentent comme des tableaux cohérents imitant des architectures fictives et des matériaux de luxe. Bien que leur signification globale nous échappe souvent, une analyse approfondie de la distribution des couleurs, de la structuration des motifs et des techniques picturales peut éclairer le langage imagé qu'elles véhiculent. Ce discours s'articule à plusieurs niveaux, allant des programmes décoratifs consciemment établis aux indices symboliques et involontaires qui révèlent des aspects du processus créatif de ces trompe-l'œil.
La Distribution des Couleurs dans les Décors Architecturaux
Le déchiffrage des décors en trompe-l'œil qui ornent les maisons de l'élite romaine à la fin de la République est une tâche complexe. La richesse du déploiement des couleurs sur les parois contribue à l'originalité de ce mode décoratif, et le goût pour les décors polychromes, notamment à travers la représentation de matériaux colorés, n'est pas anodin et relève du discours véhiculé par l'image.
Monochromie et Polychromie
Pour comprendre la composition d'un décor, il est essentiel de partir de l'élément décoratif le plus petit, qu'il s'agisse d'éléments architecturaux ou ornementaux.
La couleur précède la matière. Des panneaux ciselés polychromes, représentant des blocs ou des placages en marbre, côtoient des éléments de forme identique, également ciselés, mais monochromes. Bien que l'on puisse penser que ces derniers évoquent un matériau particulier par association d'idée (par exemple, un bloc rouge renvoyant au marbre rouge du cap Ténare), il est important de se rappeler que les décors domestiques ont d'abord été des décors à bandes monochromes horizontales. Ces bandes ont ensuite été sectionnées pour imiter l'appareil d'un mur, donnant naissance aux décors de Ier style, où certains éléments deviennent progressivement polychromes et renvoient à des matériaux précis ou à des images abstraites de marbres polychromes. Ainsi, c'est la couleur qui précède la matière.
Mis à part quelques panneaux à bossages, des colonnes et des objets multicolores comme les pinakes, les masques et les guirlandes, la grande majorité des éléments qui composent les décors de IIe style sont monochromes.
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Sur l'ensemble des décors étudiés, les éléments décoratifs unis représentent environ 85 %, tandis que ceux traités en camaïeu sont exceptionnels (moins de 0,2 %).
Bien que relativement peu d'éléments décoratifs soient polychromes dans les trompe-l'œil, leur impact visuel est fort. Dans un ensemble constitué de nombreux éléments unis et de quelques éléments multicolores, l'œil est attiré par ces derniers, ainsi que par les éléments figurés ou les formes complexes.
Dans le cubiculum C de la maison de Cérès à Pompéi, par exemple, la plupart des champs sont d'une couleur unie, mais l'impression laissée au visiteur est celle d'un décor fondé sur l'agencement d'éléments polychromes, bien que leur surface soit minime proportionnellement aux zones unies.
Les principaux éléments architecturaux imités qui font l'objet de polychromie sont les panneaux (blocs ou placages) de formes diverses et les colonnes ou pilastres qui renvoient à des marbres.
D'autres éléments de décor, ornés par exemple d'écailles ou de feuilles imbriquées, ou encore de cubes en perspective, créent aussi cet effet de polychromie par l'aspect chatoyant et mouvant de ces motifs. D'autres encore représentent des objets multicolores ou peints, tels que des animaux, des masques, des panneaux ornés de motifs, des guirlandes et des statues.
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Si le plus petit module des décors, l'élément décoratif, est plus volontiers monochrome, l'agencement de ces éléments divers produit, à l'inverse, un effet de vive polychromie.
La Polychromie avant toute chose!
On parle de « décors monochromes » à propos de décors qui sont en fait réalisés « en camaïeu », c'est-à-dire jouant avec les tons variés d'une même couleur, du clair au foncé. Il n'y a, à proprement parler, aucune pièce qui soit uniformément monochrome dans le sens où on l'entend depuis le xxe siècle, c'est-à-dire sans frise ni élément autre qu'un fond uni. Il existe cependant dans la peinture murale romaine un type de décor quasiment monochrome : des surfaces entièrement blanches parcourues de tracés rouges ou noirs figurant le contour et le profil de panneaux répartis sur différentes assises. On pense par exemple à la rampe 12 et à la salle 4 de la maison d'Auguste sur le Palatin, à certaines pièces de la maison de Maius Castricius à Pompéi (VII 16, 17), de la villa d'Ariane à Stabies ou encore de la maison de P. Casca Longus (ou casa dei Quadretti teatrali) à Pompéi. Ces décors de type « linéaire schématique » reprennent une manière de décorer plus ancienne, dont on connaît notamment le décor domestique d'une maison d'Amphipolis.
Mis à part le cas de la rampe monumentale de la maison d'Auguste, les exemples romains et campaniens semblent circonscrits à des espaces secondaires. Dans le cas de la rampe, ce décor extrêmement simplifié contraste avec celui, très élaboré, qui orne le vestibule monumental chargé de couleurs des parois jusqu'au plafond. Alors que l'accès au temple - pourtant d'une hauteur remarquable - est réduit à un décor à deux zones constitué d'un haut socle sombre et d'une succession d'assises de blocs isodomes blancs, surmonté d'une voûte ornée d'un réseau de caissons à rosettes traitées en monochrome rosé, le vestibule est à quatre zones polychromes et surmonté de caissons agencés de manière plus complexe. Le jeu des couleurs y est très présent : le rouge domine les parois, mais des éléments polychromes s'y intercalent et la brillance de quelques objets métalliques est distribuée avec parcimonie tandis qu'une ouverture sur un extérieur imaginaire contraste avec la fermeture rigide de l'autre partie du décor. La voûte est composée de modules carrés à quatre carrés inscrits et de rectangles à losange inscrit : blanc, rouge, violet, vert et ocre jaune - aux reflets qui évoquent certainement l'or - s'y déploient, là encore, dans un jeu de contraste avec le plafond clair de la rampe elle-même. Comment interpréter cette distinction élaborée où la partie la plus simple est réservée à la zone qui mène au temple et la plus riche et colorée est attribuée à la zone plus privée de cet espace ? La question reste ouverte, même si l'on serait tenté de dire que la simplicité se marie bien avec le sacré… mais ce serait là sans doute une surinterprétation doublée d'un anachronisme sensible !
Quant aux décors « monochromes » entendus dans le sens de camaïeu, il s'agit d'étendues qui décorent une portion plus ou moins vaste d'une pièce, parfois toute l'unité décorative. Dans le cubiculum q de la maison du Laraire d'Achille, orné d'un monochrome rouge, un pilastre vert sert de transition entre les deux parties du décor, délimitant l'alcôve de l'antichambre. Dans le cas du cubiculum 4 de la villa des Mystères, il s'agit en réalité d'une salle « bichrome » : l'alcôve est décorée d'un camaïeu vert et l'antichambre d'un monochrome jaune. Le décor du cubiculum 7 de la maison dite de la Bibliothèque et celui de l'exèdre y de la maison des Noces d'Argent sont entièrement réalisés en camaïeu jaune.
Ces décors sont rares : seuls ces quatre exemples sont conservés. Il est intéressant de constater qu'il s'agit, dans trois cas sur quatre, de décors de cubicula, dans des maisons parmi les plus richement ornées de Pompéi. Sans qu'il s'agisse de lieux de représentation, ces pièces à usage privé sont loin d'être secondaires : le niveau qualitatif du décor du cubiculum q de la maison du Laraire d'Achille l'atteste particulièrement avec ses successions de frises imitant des bas-reliefs ornementaux très subtils - rais de cœur, arêtes de poisson, méandres en perspective, rinceaux, frise d'armes (boucliers et casques), centauromachie -, ses panneaux figurés également en bas-relief, ses masques, ses panneaux à profil double encadrés d'oves et fers de lance ou de bordures biseautées à moulures lisses, mais aussi la représentation d'un édicule supporté par des colonnes à tenons de bardage saillants. Tous ces détails et la finesse d'exécution ne peuvent qu'être la réalisation d'une équipe d'artisans particulièrement habiles.
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Les deux autres cubicula, plus simples, ont aussi fait l'objet d'un travail raffiné : dans le cubiculum 3 de la villa des Mystères, les bordures d'onyx qui encadrent les orthostates sont traitées dans une continuité qui donne l'impression d'un travail de marqueterie de marbre.
L'exèdre y de la maison des Noces d'Argent a ceci de particulier qu'elle présente un décor ouvert fictivement, en zone supérieure, sur des colonnades derrière lesquelles la masse colorée figure, à n'en pas douter, le ciel (par analogie avec les autres décors à colonnades en arrière-plan). Ici le ciel est peint en jaune, accentuant ce travail assumé de peinture en camaïeu.
Dans d'autres cas, sur des sections de mur ont été réalisés de véritables tableaux « monochromes » : dans le cubiculum M de la villa de P. Fannius Synistor à Boscoreale, un camaïeu jaune orne le parapet couronné d'une corniche rouge au centre de la paroi du fond ; dans la pièce adjacente, le cubiculum diurnum N, deux panneaux en camaïeu rouge encadrent la grande baie ouverte sur la campagne au nord. À Oplontis, dans l'antichambre du triclinium 14 de la villa A, des orthostates sont ornés de camaïeux jaunes et, dans l'oecus 23 de cette villa, l'orthostate au centre de la paroi située en face de l'entrée sert de support à un camaïeu vert dont l'état de conservation rend malheureusement la lecture difficile. Ces différents panneaux sont tous prétextes à l'insertion des topia, ces petits éléments paysagers dont la légèreté contraste avec l'allure massive des décors architecturaux. Ces motifs se développent à la fin du IIe style pour donner les grands panneaux que l'on connaît, au centre des parois de la salle des Masques (5) de la maison d'Auguste par exemple.
Dans le cubiculum 46 de la maison du Labyrinthe et dans le triclinium 14 d'Oplontis, on peut voir des boutisses insérées dans une séquence de panneaux unis ou polychromes, qui servent de support à la réalisation de camaïeux qui rappellent l'art de la gravure de camées. Sur fond bleu se détachent des Erotes en pied ou en buste.
On trouve également en monochrome de petites frises figurées, notamment toute une série déployée à la surface des différentes pièces de la villa A d'Oplontis : leur style graphique très singulier se démarque de bandeaux également monochromes où l'intention du peintre est clairement de figurer un bas-relief, comme dans la frise à fond violet du cubiculum diurnum N de la villa de P. Fannius Synistor située sous des monochromes rouges.
On ne trouve qu'occasionnellement ce type de décors monochromes : la peinture de la fin de la République romaine est caractérisée justement par une vive polychromie. La palette colorée des peintures de Ier style est moins étendue ; de même les peintures post-augustéennes, comme nous le verrons dans les lignes qui suivent, sont généralement construites sur un fond uni. Les matériaux juxtaposés au sein des architectures fictives de IIe style font intervenir un éventail coloré très varié, peu habituel pour notre œil contemporain. En moyenne, le nombre de champs chromatiques répertoriés au sein d'un décor se situe entre sept et huit, chaque champ chromatique étant lui-même constitué de nuances colorées variées.
On est donc en présence de décors où l'harmonie n'est pas à rechercher dans une unité colorée, comme cela devient peu à peu le cas dès l'époque augustéenne. Dans les décors tardifs, le nombre de couleurs diminue : les aplats d'une seule couleur, utilisés comme fonds destinés à mettre en valeur des tableaux mythologiques, sculptures et ornements végétalisés, remplacent les agencements multicolores qui prévalent jusque-là. Plusieurs pièces de la maison d'Auguste (dont l'une a même pris le nom de salle « aux murs noirs ») et surtout de celle de Livie sur le Palatin témoignent d'un retour à une unité colorée, à la fin des décors de IIe style.
Ce goût particulier pour la polychromie peut être mis en relation avec une notion qui semble en vogue dans les milieux de l'élite du ier siècle av. J.-C. : celle de varietas qui, en grec, avoisine celle de poikilia. À cette période de l'histoire romaine, la variété apparaît en effet comme un critère de jugement positif.
Varietas et Poikilia : Variété et Esthétique de l'Accumulation
Cette fascination pour la variété transparaît dans le texte de Lucain qui décrit le palais de Cléopâtre à Alexandrie. Bien qu'un siècle sépare l'auteur de l'époque de son récit et qu'il se montre critique vis-à-vis de l'étalage de matières luxueuses et variées, il met en exergue la valeur positive, pour les contemporains de son récit, de la diversité des matériaux énumérés, riches et d'espèces rares. Il insiste particulièrement sur l'effet produit par les couleurs et la brillance des matières.
On trouve aussi dans la littérature poétique ce goût pour l'énumération.
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