Loading...

Au-delà de la Performance : Vers une Redéfinition du Succès et du Bien-être

La quête incessante de la performance, définie comme la somme de l’efficacité (atteindre son objectif) et de l’efficience (avec le moins de moyens possible), est devenue une obsession dans nos sociétés modernes. Pourtant, cette focalisation étroite sur la performance à tout prix révèle des failles profondes et des conséquences désastreuses. Cet article explore les limites du culte de la performance, examine les coûts cachés de cette obsession et propose des pistes pour une redéfinition plus holistique du succès, intégrant la robustesse, la résilience et la santé commune.

Les Limites Réductrices du Culte de la Performance

Le culte de la performance est intrinsèquement réductionniste. En se concentrant uniquement sur l’atteinte d’objectifs quantifiables avec une efficacité maximale, il néglige des aspects essentiels tels que la qualité, la durabilité, le bien-être et l’impact environnemental. Cette vision étroite conduit à des décisions court-termistes et à une exploitation excessive des ressources, au détriment du long terme et de l’équilibre écologique.

Un exemple frappant est celui de la photosynthèse. Les plantes, via ce processus vital, ne récupèrent qu’une fraction minime (0,3 à 0,8 %) de l’énergie solaire à laquelle elles sont exposées, gaspillant apparemment 99 % de cette énergie. Or, cette « inefficacité » est précisément ce qui les rend robustes et capables de s’adapter à des conditions environnementales changeantes. De même, la sécurité sociale, souvent critiquée pour son déficit financier, est un exemple de robustesse dans nos organisations humaines. Bien qu’elle ne soit pas performante d’un point de vue économique, elle assure une protection sociale essentielle et contribue à la cohésion de la société.

Le Coût Exorbitant de la Performance

L’obsession de la performance a un coût exorbitant. Elle se traduit par des pénuries de ressources, une crise climatique, un effondrement de la biodiversité et une pollution globale. Tous les rapports scientifiques du XXIe siècle convergent vers une conclusion alarmante : le monde est devenu fluctuant, caractérisé par des événements climatiques extrêmes, des mouvements sociaux et des crises géopolitiques. Notre excès de contrôle et notre quête effrénée de performance nous ont fait perdre le contrôle.

Santé Commune : Un Concept Fédérateur

Parmi les trois santés composant la santé commune (santé humaine, santé animale et santé environnementale), la santé humaine est l’élément le plus fédérateur. C’est le concept qui permet d’intéresser et d’embarquer le plus grand nombre. La connexion entre l’humain et la nature améliore la santé et le bien-être, ce qui augmente les comportements environnementaux vertueux. Il est crucial de combattre les idées préconçues, notamment chez les parents, selon lesquelles « la nature est sale et dangereuse pour les enfants ». En réalité, un enfant s’expose à plus de risques en restant enfermé (maladies cardio-vasculaires, myopie, obésité…). Les médecins ont un rôle essentiel à jouer en veillant à ce que leurs patients gardent un contact régulier avec la nature.

Lire aussi: Retraite et arrêt maladie : ce qu'il faut savoir

La prévention de la santé humaine passe également par l’alimentation. Être en bonne santé et avoir une bonne nutrition n’est possible qu’en ayant connaissance de la façon dont sont produits les aliments et comment ils sont transformés. La culture des semences anciennes, par exemple, favorise un mélange de variétés beaucoup plus robustes et issues de l’agriculture biologique, ce qui améliore la qualité alimentaire et donc la santé. De plus, cela favorise la biodiversité des sols et la présence d’insectes. Un enjeu primordial est de recréer du lien entre le consommateur et son alimentation, par exemple en s’orientant vers les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Dans nos sociétés, s’il y a de la demande, alors les filières se développent. Les écoles, les hôpitaux, etc., ont donc un rôle à jouer.

Concernant l’offre alimentaire, des actions de régulation sont possibles, comme la bataille autour du Nutri-score, qui est un indicateur imparfait mais qui donne une première information au consommateur.

Résilience et Actions Locales : L'Exemple Lyonnais

À Lyon, on utilise plus le concept de résilience que celui de robustesse. Plusieurs leviers sont activés afin de créer des conditions de bonne santé : supprimer les perturbateurs endocriniens dans les crèches, introduire des produits issus de l’agriculture biologique et locale dans les crèches et écoles, réduire le plastique, renaturer la ville (espaces verts, cours nature), développer des mobilités actives, dispenser l’éducation « dehors », etc. L’alimentation est la meilleure porte d’entrée pour sensibiliser largement et parler de la santé humaine, de la santé animale et d’écologie.

La ville de Lyon, en collaboration avec la Métropole de Lyon et St-Cyr, a participé à la reprise par trois jeunes agriculteurs de la dernière ferme située sur le territoire municipal. Sur les marchés de la ville de Lyon, un label « Ici C Local » est déployé sur les stands. Les potagers urbains, entretenus en lien avec les associations, permettent de générer du lien social, notamment dans le cadre d’ateliers pédagogiques pour les enfants, ou encore d’ateliers thérapeutiques. L’exemple lyonnais en matière de santé commune illustre l’importance prépondérante des villes en la matière.

Action Directe et Désobéissance Civile : Repenser les Stratégies Militantes

Face à l’urgence climatique et à l’inaction politique, de nombreux mouvements écologistes se sont historiquement prononcés pour la non-violence dans l’action militante, au nom de l’efficacité ou des valeurs. Cependant, sans renoncer à la non-violence, on voit s’affirmer l’idée d’une extension des formes d’action directe plus offensives, dans une visée stratégique de changement social.

Lire aussi: Signature électronique : aspects légaux

Il est essentiel d’examiner les logiques complexes entre les différents acteurs et leur statut, les effets rétroactifs des actions directes, les justifications de leur usage et de leur dissimulation, l’inscription dans des socio-histoires et des traditions. De la violence écocidaire de l’Anthropocène à la violence de l’action directe illégale entraînant la judiciarisation et la répression d’un « écoterrorisme », les nouvelles formes de l’écologie politique semblent être confrontées à nombres de paradoxes qu’il est nécessaire de penser.

Des initiatives comme Alternatiba et ANV-COP21, portées par des figures telles que Jon Palais, illustrent cette volonté d’explorer des formes d’action directe non-violentes mais déterminées. D’autres collectifs, comme Bassine Non Merci, Animal1st et Les Soulèvements de la Terre, explorent des tactiques plus offensives, allant du sabotage à l’affrontement avec les forces de l’ordre.

Il est crucial d’analyser la complémentarité des tactiques et leurs effets sur les militants et leurs adversaires. L’objectif est de comprendre comment la « composition » des différentes formes d’action influence les récits politiques des luttes écologistes.

Sobriété : Une Nécessité et un Défi Culturel

Le séminaire « Sobriété, production, consommation » met en lumière la nécessité de repenser notre rapport à la production et à la consommation. Trop souvent, la sobriété est envisagée comme une simple extension de l’efficacité, se limitant à une amélioration des dispositifs de production. Or, la sobriété questionne plus précisément la relation intime que nous entretenons tous à la consommation.

La sobriété valorise la consommation essentielle, préconisant la réduction des actes d’achats (biens et services) qui sont autant d’atteintes à la biosphère. Elle implique des actions individuelles de consommateurs, prenant en compte leur responsabilité dans l’acte de la consommation. Plus récemment, le monde de l’entrepreneuriat s’interroge aussi sur l’enjeu de la sobriété, comme en témoigne le plaidoyer pour une économie de la sobriété (Mouvement impact France).

Lire aussi: Devenir Auxiliaire de Puériculture avec l'ASSP

Développer un modèle sobre devrait permettre d’interroger la question de la valeur créée (utilité du produit au-delà des seules conditions écologiques et sociales de sa production), ainsi que de son impact sur la consommation. Le séminaire questionne le rôle central de la réduction dans la consommation et ses effets sur le monde de l’entreprise, de la défense du pouvoir d’achat, etc.

Plusieurs dimensions sont enchevêtrées dans cette problématique : les comportements individuels (responsabilité/responsabilisation), les tensions entre la nécessité de la sobriété et l’attente de consommation/intégration qui nécessite la gestion de la frustration (abondance non-atteinte). L’appel à la sobriété interpelle des choses très profondes chez les individus. Elle est aussi une négociation constante avec soi et avec son environnement social. Parle-t-on d’ailleurs de pratiques d’efficacité de gestion des flux et des stocks, ou d’un renoncement même à l’accumulation ? Le détachement relève d’une situation proche du deuil, de la fin d’une certaine conception de l’avenir. Les enjeux sont forts dans la dépendance à l’objet et au désir de l’objet.

Les conditions sociales et culturelles de production de la norme « sobriété » sont donc à prendre en compte. Les inégalités, l’habitus consumériste, les valeurs dites immatérielles, la négociation de la norme de confort, le poids culturel du patrimoine, la radicalité plus ou moins grande de la transformation de nos modes de vie (la voiture comme mode de vie) sont autant de facteurs à considérer.

Les échelles d’intervention doivent être précisées et harmonisées a minima. Au niveau européen, on connaît les difficultés pour harmoniser les politiques (ex. TVA ; ex. sur les directives habitats sur la rénovation énergétique). La sobriété ne peut pas être construite en silos (politiques sectorielles).

Comment rendre désirables les pratiques de sobriété ? Cela pose la question de la lutte contre les inégalités. Il convient de réinterroger le paradoxe de l’ère de « l’abondance ». L’impossibilité de consommer marque une fracture de l’intégration : il y a donc des mots d’ordre qui sont inaudibles dans les populations précaires. Les populations contraintes expriment une attente de consommation.

La sobriété dans le logement : on doit regarder la qualité de l’habitat et les pratiques de consommation d’énergie (voir les chiffres sur les types et la qualité d’habitat en France). Les grands consommateurs d’énergie (par exemple) parisiens sont les plus hauts revenus ; on connaît les inégalités de capacités à se chauffer. Du coup, les actions publiques paraissent désajustées ! Il faut parvenir à des normes qui soient garantes d’un certain niveau de sobriété si on veut s’engager dans une transformation de l’habitat.

L’action publique détermine les conditions de professionnalisation des objectifs de sobriété, donne un prérequis (compétences, diplôme, relations) à une approche technique et s’appuie sur le développement d’un marché.

Si l’on veut encourager les pratiques individuelles pour faire durer les biens domestiques, il faut interroger les liens entre les pratiques individuelles, domestiques et avec les entreprises, sur les objets banals. Elles mobilisent de nombreuses ressources, socialement inégalement réparties (matérielles, informationnelles financières, spatiales, cognitives…) Aussi des ressources à titre individuel (bricolage ; temps…). Elles supposent une bonne connaissance des critères écologiques dans les phases d’achat et d’entretien et on ne dispose pas forcément de ces connaissances. Elles nécessitent des négociations domestiques ou relationnelles.

Déprogrammer la Culture de Surconsommation : Un Défi Marketing

Le marketing a participé à diffuser une culture de surconsommation. Les « bibles » du marketing et du Marketing Management ont été un moyen d’influencer pour faire adopter les pratiques de consommation (dans les années 1970) et même les étendre dans tous les domaines (voir le caritatif, dans les années 1970). Nous devons déprogrammer et décoloniser 45 ans de théorisation hégémonique, hautement invasive dans les pratiques et dans la recherche.

Un problème majeur réside dans la temporalité : le marketing positionne le consommateur, client roi, dans un instant t, avec une tendance à accélérer tous les rythmes (production et consommation). Apogée de cette ère, le consommateur interprète les offres du marché de manière consumériste, nos pratiques sont façonnées. Le marketing coupe désormais le consommateur de la matérialité des objets : dès le milieu des années 80, pour accompagner la mondialisation et la financiarisation (Brand equity management), le marketing a tenu le discours fondé sur le progrès et le confort.

Depuis ses débuts, le système capitaliste extractif a focalisé sur la « marchandise comme fétiche » ! Ce fétichisme s’est nettement renforcé par les techniques marketing qui créent une très forte distanciation voire une négation de la production matérielle. Au-delà de l’abondance, il valorise l’accumulation, laquelle est renforcée par la valorisation extrême de l’éphémère et du renouvellement qui de facto, annule l’idée même de durabilité. C’est comme cela que fonctionne également le marketing dit « expérientiel » (l’achat d’une expérience, d’une idée, d’un concept)… espace de distanciation qui crée une distance avec les supports matériels mêmes de l’objet !

Face à ce défi, deux approches sont possibles pour le marketing : soit il s’en occupe en utilisant la même pensée qu’auparavant (un marketing vert ou durable qui soutient la « croissance verte », ou un marketing qui s’intéresse exclusivement au bien-être du consommateur), soit il remet en question ses fondements et contribue à une déprogrammation de la culture de surconsommation.

tags: #pmi #scrabble #définition

Articles populaires:

Share: