L'avènement de la procréation médicalement assistée (PMA) a ouvert de nouvelles perspectives pour les couples confrontés à l'infertilité, les couples de même sexe et les femmes célibataires. Cependant, ces avancées technologiques soulèvent des questions éthiques profondes concernant la sélection des embryons, le droit à l'enfant et les potentielles dérives eugénistes. Cet article explore les différentes facettes de la PMA, en mettant en lumière les espoirs qu'elle suscite, mais aussi les inquiétudes qu'elle engendre.
PMA : Un espoir pour de nombreux couples
La PMA offre une solution pour les couples hétérosexuels confrontés à des problèmes d'infertilité. Elle permet également aux couples de femmes et aux femmes célibataires de réaliser leur désir d'enfant. En France, la loi bioéthique a été modifiée pour élargir l'accès à la PMA à toutes les femmes, une mesure qui a suscité de vifs débats.
L'ouverture de la PMA à toutes les femmes : un débat passionné
L'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires a été une mesure phare du projet de loi bioéthique. Cette décision a été saluée par certains comme une avancée vers l'égalité des droits, tandis que d'autres ont exprimé des inquiétudes quant à l'absence de père et à l'impact sur l'enfant.
Les élus Les Républicains (LR) ont notamment critiqué cette mesure, craignant une "PMA sans père" et un risque de "bébés sur mesure". Ils ont également évoqué un "effet domino" inéluctable vers la légalisation de la gestation pour autrui (GPA).
La PMA post-mortem : une question délicate
La PMA post-mortem, qui vise à autoriser la poursuite d'un projet parental avec les gamètes d'un conjoint décédé, a également suscité des divisions. Le gouvernement s'est opposé à cette mesure, redoutant "des risques pour la construction de l'enfant".
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La sélection des embryons : vers des "bébés à la carte" ?
L'une des questions les plus controversées liées à la PMA est la sélection des embryons. Aux États-Unis, certaines familles ont recours à la fécondation in vitro pour choisir les meilleurs embryons, dans l'espoir d'avoir des enfants avec des caractéristiques spécifiques.
Le diagnostic pré-implantatoire (DPI) : un outil de sélection
Le diagnostic pré-implantatoire (DPI) est une technique qui permet de trier les embryons d'un couple avant l'implantation dans l'utérus de la mère. En France, la loi autorise le DPI dans le cadre des parcours de PMA, si un membre du couple ou un précédent enfant est atteint ou porteur sain d'une maladie d'une particulière gravité d'ordre génétique et héréditaire.
Cependant, certains scientifiques et médecins demandent l'extension du DPI à la recherche d'aneuploïdies, c'est-à-dire à la détection d'anomalies chromosomiques comme la trisomie 21. Cette proposition suscite de vives inquiétudes, car elle pourrait conduire à la destruction d'embryons porteurs de ces anomalies.
Les risques d'une dérive eugéniste
La sélection des embryons soulève la question de l'eugénisme, c'est-à-dire de la volonté d'améliorer l'espèce humaine en sélectionnant les individus les plus aptes. Certains craignent que la PMA ne conduise à une société où la différence et le handicap seraient de moins en moins acceptés.
Bénédicte Pételle, député LREM, a ainsi déclaré : "Etre eugéniste au XXIe siècle, c'est vouloir que les gens soient heureux en ayant des enfants de qualité. Ce qui change aujourd'hui, c'est que nous avons les moyens médicaux, techniques de nos ambitions."
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L'amélioration des taux de succès de la PMA
Les partisans de l'extension du DPI mettent en avant l'amélioration des taux de succès de la PMA. Le professeur René Frydman, gynécologue et un des "pères" du premier bébé éprouvette français, a expliqué que la grande question concernant l'AMP concernait d'abord le taux de succès de la technique, qui n'est que de 20% aujourd'hui.
Il regrette de pratiquer une très "mauvaise médecine", avec 60% des embryons implantés qui ne se développent pas et 80% si la femme est plus âgée. Il estime que le choix d'embryons à haut potentiel permettrait d'obtenir de meilleurs résultats.
Les limites de la technique et les questions éthiques
Si la PMA offre de nouvelles possibilités, elle soulève également des questions éthiques complexes. La recherche du "bébé parfait" peut conduire à une instrumentalisation de l'embryon et à une standardisation de l'humain.
Les gamètes artificiels et la fabrication de bébés issus de deux personnes de même sexe
Les avancées de la recherche permettent d'envisager la création de gamètes artificiels à partir de cellules souches. Cette technique pourrait permettre la fabrication de bébés issus de deux personnes de même sexe, ce qui soulève des questions éthiques fondamentales sur la filiation et l'identité de l'enfant.
L'impact sur l'enfant et la société
La PMA peut avoir un impact sur l'enfant ainsi conçu, sur ses parents, sur les relations humaines et sur la société. Certains craignent que les enfants nés grâce à la PMA ne se sentent exister "grâce au bon vouloir technologique" d'un autre, et qu'ils ne soient en permanence en période d'essai dans la vie.
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De plus, la standardisation de l'humain peut conduire à une absurdité biologique et à des problèmes sociaux importants. La perte de diversité génétique peut rendre l'espèce humaine plus vulnérable aux maladies et aux mutations de son environnement.
La nécessité d'un sursaut éthique
Face à ces enjeux, il est nécessaire de prendre du recul face à la fascination de la technique et de repenser la procréation artificielle dans sa globalité. Il est important de définir des limites sur lesquelles nous pouvons tous nous accorder, afin de garantir que la PMA reste au service de l'homme et ne conduise pas à des dérives eugénistes.
Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Lejeune, explique : "Le matérialisme, l'argent et le droit se conjuguent pour faire de la PMA la première marche du transhumanisme. Après la déconstruction de l'homme par l'avortement, la PMA a ouvert la reconstruction de l'homme sur des critères qui échappent dorénavant à l'éthique, à la médecine d'Hippocrate et au politique."
PMA : un parcours du combattant pour les femmes seules
Pour les femmes seules qui souhaitent avoir un enfant, la PMA représente un véritable parcours du combattant. En France, la PMA est interdite aux femmes célibataires, ce qui les oblige à se rendre à l'étranger, notamment en Belgique ou en Espagne, où elle est autorisée.
Les difficultés rencontrées par les femmes seules
Les femmes seules qui ont recours à la PMA rencontrent de nombreuses difficultés :
- Le coût élevé des traitements : chaque essai de PMA coûte environ 4.000 euros, et il n'est pas garanti que cela fonctionne à chaque fois.
- L'obligation d'aller à l'étranger : cela implique des déplacements fréquents, des démarches administratives complexes et une absence de prise en charge par la sécurité sociale française.
- Le manque d'informations et de soutien : il est difficile pour les femmes seules de trouver des informations fiables et un soutien psychologique adapté.
- La discrimination : certaines femmes seules se sentent discriminées par les professionnels de santé, qui ne sont pas toujours bienveillants à leur égard.
Le témoignage d'Olivia Knittel
Olivia Knittel, journaliste et auteure du livre "PMA pour mon amour", témoigne de son parcours pour devenir mère solo grâce à la PMA. Elle raconte les difficultés qu'elle a rencontrées, mais aussi la joie d'avoir enfin un enfant.
Elle explique : "Quand on désire un enfant, il faut s'armer de courage, qu'on soit seule ou en couple, hétérosexuelle ou homo. Les traitements, c'est le grand huit des émotions en permanence, c'est une atteinte violente pour le corps, on a des moments de réel désespoir."
L'importance de l'ouverture de la PMA aux femmes seules
Olivia Knittel estime que la France devrait autoriser les femmes célibataires et les lesbiennes à avoir accès à la PMA. Elle souligne que certaines femmes se retrouvent à chercher un donneur sur internet, sans aucune précaution concernant les maladies sexuellement transmissibles et sans suivi médical.
Elle conclut : "La réalité, c'est que ces femmes essaient de trouver un donneur sur le Net et se retrouvent dans des hôtels, soit pour avoir un rapport sexuel, soit faire une insémination artisanale. Sauf qu'il n'y a aucune précaution concernant les maladies sexuellement transmissibles, aucun suivi médical…"
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