Pierre Conty, un nom qui résonne encore avec une intensité particulière dans les mémoires ardéchoises. Son histoire est celle d'une transformation radicale, d'un idéaliste des années 68 à un fugitif traqué, symbole d'une époque trouble et violente. Cet article se penche sur son enfance, son parcours, les événements qui l'ont conduit à la tragédie, et les mystères qui entourent sa disparition.
Les jeunes années et l'attrait de la terre
Pierre Conty est né et a grandi entre Grenoble et les Hautes-Alpes. Fils d'un militant communiste, il rejette rapidement le modèle ouvrier et la perspective d'une vie passée à l'usine, comme son père. En 1967, à l'âge de 20 ans, il est séduit par la chanson "La Montagne" de Jean Ferrat, qui le pousse, avec sa première femme Véronique, à traverser le Rhône et à s'installer en Ardèche.
À Antraigues, le village de Jean Ferrat et de Jean Saussac, le maire rouge au grand cœur, le couple Conty découvre un nouveau mode de vie. Pierre, que l'on surnomme affectueusement "Pierrot", se lasse de son travail d'ouvrier fraiseur à Grenoble. Avec Véronique, il rêve de liberté et de grands espaces. Ensemble, ils apprennent les rudiments de l'agriculture, enchaînent les petits boulots et s'intègrent peu à peu au paysage. Les habitants du village, bienveillants, n'hésitent pas à leur donner un coup de main.
Rochebesse : La vie communautaire et les désillusions
Quelques mois plus tard, le couple Conty change de décor et s'installe à Rochebesse, une communauté post-soixante-huitarde perchée au-dessus de Chanéac. Loin de tout, loin du monde, la communauté vit d'un maigre troupeau de chèvres, de la vente de fromages et de quelques arpents de terre.
La naissance de la communauté de Rochebesse en 1968/1969 est le fruit d'une rencontre entre Pierre Conty et Georges Curinier, maire de Chanéac. Pierre Conty rencontre le maire de Chanéac, employé à la Mutuelle Sociale Agricole (MSA) à Privas. L'élu de Chanéac propose à Pierre Conty de rejoindre l'un de ses hameaux, Rochebesse. Là, il trouvera des maisons abandonnées où il pourra se loger, des terres en friche à cultiver et la tranquillité. Il recrute les premiers membres parmi des jeunes gens de la région d'Alba, dont Jean-Philippe qui deviendra son fidèle lieutenant. Une étrange population converge vers Rochebesse ; des "paumés ", toutes sortes de gens issus de diverses couches sociales, en rupture de société, n'ayant qu'un sac à dos comme unique bagage. Les nouveaux arrivants abandonnent leur maigre bien et sont attelés à la tâche. Le travail est rude : sortir le fumier, rentrer les récoltes de fourrage, garder les chèvres, assurer les deux traites journalières, faire les fromages vendus à Grenoble… Après la journée, tous se retrouvent à la table commune pour des veillées où, lors d'interminables discussions, "on refait le monde ". La contestation sert de fil rouge, alimentée par les articles commentés de "Libé " qui enflamment le débat.
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Pourtant, Véronique prend ses distances et quitte Rochebesse avec leurs enfants. Pierre Conty tombe alors amoureux de Maïté, une femme aux cheveux de jais.
Cependant, derrière cette façade idyllique, la vie à Rochebesse prend une tournure inquiétante. Des cambriolages, des vols, un hold-up et un attentat à l’explosif contre le monument qui marque le lieu du crash d’un avion transportant des sommités du nucléaire à Mézilhac, sont imputés à la communauté. La vie communautaire, contrairement à d'autres, se révèle être une exploitation de la misère humaine. Les revenus des productions agricoles sont ignorés, et les "ouvriers" de la communauté se souviennent encore des maigres repas qui alimentaient leurs dures journées de labeur.
L'absence de règles, de hiérarchie et de discipline sape les rêves d'idéaux communautaires. Pierre Conty, décrit par la presse comme "le maître de Rochebesse", est un meneur d'hommes au charisme indéniable. Mais divers facteurs, humains et matériels, tels que le départ de son épouse et l'expulsion des lieux prononcée par le Tribunal des baux ruraux de Tournon, entraînent l'effondrement de son rêve.
Le braquage de Villefort et la spirale de la violence
Le 24 août 1977, Pierre Conty, Stéphane Viaux-Peccate et Jean-Philippe Mouillot attaquent le Crédit Agricole de Villefort en Lozère. Le butin est maigre : 40 000 francs, l’équivalent de 22 000 euros d’aujourd’hui.
Sur le chemin du retour, à Saint-André-Lachamp en Ardèche, la DS des braqueurs croise une Estafette de la gendarmerie en patrouille. À son bord, les deux gendarmes Dany Luczak et Henry Klintz ne savent rien du hold-up de Villefort. Mais Conty et ses complices l’ignorent. Vitres baissées, la Citroën croise le véhicule de gendarmerie : les tirs pleuvent, le gendarme Luczak s’effondre atteint de six balles. Tenu en joue par Viaux-Peccate, le gendarme Klintz voit sa dernière heure arrivée : “tue-le, tue-le” hurle Conty. “Ne déconne pas, je suis marié” dit le jeune gendarme. Viaux-Peccate hésite, cela suffit à Henry Klintz pour rouler dans le talus et sauver sa peau.
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L’équipée sanglante se poursuit à 100 km / h sur les petites routes sinueuses. À Pont-de-Labeaume, la DS des fuyards heurte la Peugeot de Roland Malosse qu’accompagne Michel Veyrenc : “Haut les mains” ordonne Conty. À cet instant arrive la voiture de Cyprien Malosse, le père de Roland. Conty fait feu : Cyprien Malosse, commerçant à Pont-de-Labeaume, est mortellement touché : “Occupe-toi des deux autres” lance Conty à Viaux-Peccate. Devant la nouvelle hésitation de son complice, Conty se charge de la besogne : Roland est tué sur le champ tandis que Michel Veyrenc parvient à s’enfuir…
Le braquage tourne au désastre et se termine par la mort de trois personnes : le gendarme Dany Luczak et les deux automobilistes Cyprien et Roland Malosse. La presse nationale s’empare de l’affaire, surnommant les fugitifs "les tueurs fous de l’Ardèche".
La cavale et la disparition
À partir de ce soir d’été, la chasse à l’homme est lancée. L’étau se resserre autour de Rochebesse, mais Pierre Conty, l’ennemi public n°1, s’évanouit dans la nature.
Sa compagne Maïté est entendue en même temps que le frère de Mouillot. Sans succès. Viaux-Peccate est arrêté en Hollande à la faveur d’une enquête sur la bande à Baader tandis que Jean-Philippe Mouillot se livre à la justice.
Pendant sa cavale, Pierre Conty trouve refuge auprès de Noëlle Sarrola, une femme issue de la bourgeoisie parisienne qui élevait des chèvres dans la Drôme. Elle le cache pendant dix jours avant de l’aider à franchir la frontière italienne.
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Malgré les recherches, Pierre Conty reste introuvable. Des années durant, la rumeur publique évoque son retour en Ardèche. Certains l'imaginent parti au Maghreb, d'autres tué par les services spéciaux.
Procès et condamnations
Le procès des complices de Pierre Conty, Stéphane Viaux-Peccate et Jean-Philippe Mouillot, s'ouvre devant la cour d'assises de l'Ardèche. Pierre Conty, quant à lui, est condamné à mort par contumace en 1980.
Les mystères persistants
De nombreuses questions restent en suspens concernant l'affaire Pierre Conty. A-t-il bénéficié de protections en haut lieu ? A-t-il fait partie d’Action directe ? Est-il toujours en cavale ou décédé ?
En 1982, la justice ordonne la cessation des recherches, la peine capitale prononcée à l’encontre de Pierre Conty est prescrite. En 2010, des rumeurs le situent au Maroc.
Le mystère demeure entier, alimentant les fantasmes et les spéculations.