Le règne de Philippe V le Long, qui a duré de 1317 à 1322, est une période charnière de l'histoire de la monarchie française. Bien que bref, ce règne a été marqué par des efforts de consolidation du pouvoir royal, des réformes administratives et une crise de succession qui a ébranlé la dynastie capétienne. Cet article explore la vie de Philippe V, son accession au trône, ses réalisations en tant que roi, le scandale de la tour de Nesle et les conséquences de sa mort sans héritier mâle.
Contexte Successoral Tendu
Au début du XIVe siècle, la mort d'un souverain était un événement majeur qui engageait l'avenir du royaume. Philippe V monte sur le trône en 1316, dans un contexte délicat, marqué par des tensions successorales. Fils de Philippe IV le Bel, il hérite d'un royaume déjà fortement centralisé, mais confronté à des défis importants. L'autorité royale repose sur les institutions, les textes et la capacité du roi à imposer ses décisions.
Accession au Trône et Légitimité Contestée
Philippe V, né vers 1292/1293, était le second fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne Ière de Navarre. Son père lui donne en apanage le comté de Poitiers et le marie à Jeanne de Bourgogne, héritière du comté de Bourgogne. À la mort de son frère aîné, Louis X le Hutin, en juin 1316, Philippe est déclaré régent du royaume en attendant la naissance de l'enfant que porte la veuve du roi, Clémence de Hongrie. Lorsque celle-ci met au monde un fils, Jean Ier, qui ne survit que quelques jours, Philippe s'impose comme roi.
Son accession au trône est contestée. Une assemblée de grands et de nobles, de prélats et de bourgeois de Paris déclare qu'il est mieux placé que sa nièce Jeanne, fille de Louis X, car « femme ne succède pas au royaume de France ». Ce principe, qui deviendra la loi salique, est invoqué pour la première fois, écartant les femmes de la succession au trône de France.
Philippe est sacré et couronné roi en janvier 1317 dans l'église Saint-Rémy de Reims. Il doit combattre les grands féodaux, dont son oncle Charles de Valois.
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Politique Intérieure et Réformes Administratives
Philippe V s'attache à consolider le pouvoir royal et à améliorer l'administration du royaume. Il confirme les chartes provinciales et centralise les institutions pour les rendre plus efficaces. Il impose l'utilisation d'une monnaie unique sur le territoire malgré l'opposition des seigneurs du Midi et tente de normaliser les poids et mesures.
Il organise le Trésor, dirigé par Henri de Sully, grand bouteiller de France. En promulguant l'ordonnance de Vivier-en-Brie en janvier 1320, il crée la Chambre des comptes, qui deviendra la Cour des comptes. Les deux administrations royales sont placées sous le ministère d'Henri de Sully pendant toute la durée de son règne.
Par son ordonnance du 6 juillet 1317, il confirme l'ordonnance de 1289 du roi Philippe IV visant à règlementer la pêche fluviale en réaction aux abus des pêcheurs qui entraînent le dépeuplement des rivières. Il réprime les révoltes des Pastoureaux, des bandes de jeunes exaltés qui s'en prennent aux juifs et aux paysans.
Le Scandale de la Tour de Nesle
Le règne de Philippe V est également marqué par le scandale de la tour de Nesle, une affaire d'adultère qui éclabousse la famille royale. L'affaire débute par des rumeurs sur l'inconduite des brus de Philippe IV le Bel : Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X le Hutin, Blanche de Bourgogne, épouse de Charles IV le Bel, et Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe V le Long.
Selon les accusations, Marguerite et Blanche auraient entretenu des relations adultères avec des chevaliers, Gautier et Philippe d'Aunay, dans la tour de Nesle, une tour de l'enceinte de Paris. Jeanne, quant à elle, est accusée de complicité pour avoir couvert les adultères de sa sœur et de sa cousine.
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L'affaire éclate lorsque Isabelle de France, reine d'Angleterre et sœur des rois de France, révèle avoir reconnu des aumônières qu'elle avait offertes à ses belles-sœurs à la ceinture des amants. Une enquête est ouverte, et les aveux des chevaliers confirment les accusations d'adultère.
Marguerite et Blanche sont jugées et condamnées à l'emprisonnement à vie. Marguerite meurt en prison en 1315, tandis que Blanche est libérée en 1322 après l'annulation de son mariage avec Charles IV. Les frères d'Aunay sont exécutés pour crime de lèse-majesté. Jeanne, d'abord accusée de complicité, est finalement innocentée et rétablie dans ses droits.
Le scandale de la tour de Nesle a des conséquences politiques majeures. Il affaiblit la crédibilité de la dynastie capétienne et contribue à la crise de succession qui éclate à la mort de Charles IV en 1328.
Descendance
En 1307, Philippe épouse Jeanne de Bourgogne (v. 1291-1330), qui devient comtesse de Bourgogne (Jeanne II) et comtesse d'Artois (Jeanne I). De cette union naissent :
- Jeanne de France (1308-1347), comtesse de Bourgogne (Jeanne III) et comtesse d'Artois (Jeanne II), mariée en 1318 avec Eudes IV
- Marguerite de France (9 mai 1309-1382), comtesse de Bourgogne et comtesse d'Artois (1361-1382), mariée en 1320 avec Louis Ier de Flandre (v.
Philippe V n'a pas de fils survivant, ce qui pose un problème de succession à sa mort.
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Mort et Succession
Atteint de dysenterie et de fièvre quarte à partir d'août 1321, Philippe V meurt à l'abbaye de Longchamp, près de Paris, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, après 5 mois de souffrance. Il est inhumé dans la basilique Saint-Denis.
Son frère cadet, Charles IV le Bel, lui succède sur le trône de France. Cependant, Charles IV meurt à son tour en 1328 sans héritier mâle, ce qui provoque une crise de succession. Plusieurs prétendants se manifestent, dont Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle.
Finalement, c'est Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel, qui est choisi comme roi, fondant la dynastie des Valois. Cette succession est contestée par Édouard III, ce qui conduit à la guerre de Cent Ans.
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