Les tests de paternité post-mortem, qui consistent à exhumer des corps pour prélever de l'ADN et établir ou réfuter des liens de filiation, sont devenus une pratique courante dans le monde entier. Ces tests, autrefois exceptionnels, sont désormais utilisés pour résoudre des questions d'héritage, des revendications de paternité et des mystères historiques. Cet article explore les motivations derrière ces exhumations, les procédures impliquées et les implications éthiques et juridiques de ces tests génétiques post-mortem.
Michel de Montaigne : un test ADN pour authentifier sa dépouille
La question de savoir si Michel de Montaigne repose bien dans le tombeau du Musée d'Aquitaine à Bordeaux a suscité un intérêt considérable. Pour tenter de répondre à cette interrogation, le tombeau a été ouvert afin de vérifier son ADN, plus de 400 ans après sa mort. Les restes de Montaigne ont connu de nombreux déplacements, notamment au dépositoire du cimetière de la Chartreuse, puis sur le site transformé en Faculté des sciences et des lettres, cours Pasteur, qui abrite aujourd'hui le Musée d'Aquitaine. Cette initiative souligne l'importance de l'authentification des dépouilles de personnalités historiques.
Les motivations derrière les tests de paternité post-mortem
Depuis une vingtaine d'années, les restes de plusieurs célébrités ont été exhumés pour pratiquer des tests génétiques, principalement pour des recherches en paternité, mais pas seulement. Ces tests visent à :
- Établir ou réfuter des liens de filiation : C'est la motivation la plus fréquente, que ce soit pour des questions d'héritage ou pour répondre à une quête identitaire.
- Confirmer l'identité d'une dépouille : Dans certains cas, il peut y avoir des doutes sur l'identité des restes, ce qui justifie une analyse ADN.
- Réécrire l'histoire : Les tests ADN peuvent parfois apporter de nouvelles informations sur la vie et la mort de personnages historiques, remettant en question des théories établies.
Exemples de tests de paternité post-mortem célèbres
De nombreuses personnalités ont vu leurs dépouilles exhumées pour des tests de paternité ou d'identification. Voici quelques exemples marquants :
Jesse James : la confirmation de son identité
La légende de Jesse James, le célèbre hors-la-loi, a été alimentée par des rumeurs selon lesquelles il aurait survécu à son assassinat en 1882. Pour dissiper ces doutes, son corps a été exhumé en 1995 et son ADN comparé à celui de ses descendants. Les résultats ont confirmé les liens de parenté, prouvant ainsi que le squelette qui reposait dans sa tombe était bien celui de Jesse James. D'autres tombes ont été ouvertes en 2000, dont celle de Franck Dalton, qui avait prétendu être Jesse James, mais les tests ADN ont confirmé que Jesse James a été tué dans sa maison du Missouri et son corps repose bien dans la première tombe.
Lire aussi: "La Fée au Berceau Magique" d'Auréline
Zachary Taylor : l'innocence de l'empoisonnement
Le douzième président des États-Unis, Zachary Taylor, est décédé en 1850 des suites d'une maladie de l'estomac. Cependant, l'historienne Clara Rising était convaincue qu'il avait été empoisonné à l'arsenic. Elle a persuadé un descendant de Taylor, également médecin légiste, d'ordonner l'exhumation de son corps en 1991. Les tests ont contredit la théorie de l'empoisonnement et ont conclu que Taylor avait succombé à une gastro-entérite aiguë.
Yves Montand : une paternité contestée
L'affaire Yves Montand a été l'une des plus médiatisées en matière de test de paternité post-mortem. Anne-Gilberte Drossart a affirmé qu'Yves Montand était le père de sa fille Aurore. L'acteur a refusé de se soumettre à un test de paternité de son vivant. Après sa mort en 1991, la justice a donné raison à Aurore Drossard en 1994, en se basant sur leur ressemblance. Cependant, les héritières de Montand ont contesté cette décision et ont obtenu l'exhumation du corps en 1998. Les tests ADN ont révélé qu'Aurore Drossart n'était pas la fille naturelle du comédien.
James Brown : la reconnaissance d'un enfant naturel
Juste après la mort de James Brown en 2006, une femme a déclaré être la mère de son fils, âgé de six ans. Tomi Rae Hynie, son ancienne choriste, a révélé avoir eu une liaison avec le Parrain de la soul music. Les tests génétiques se sont révélés positifs, permettant à la chanteuse et à son fils, James Brown Junior, d'hériter d'un quart de la fortune de James Brown.
Juan Perón : une filiation niée
Martha Holgado a affirmé être la fille de Juan Perón, fruit d'une union secrète entre sa mère et le général. En 2006, le corps de l'ex-président argentin a été exhumé pour un test génétique. Les analyses ADN ont indiqué que Mme Holgado n'était pas la fille de l'ancien chef d'État.
Bobby Fischer : un héritage contesté
Après le décès du grand maître d'échecs américain Bobby Fischer en 2008, son ex-maîtresse Marilyn Young a prétendu avoir eu une fille avec lui. La cour suprême islandaise a autorisé l'exhumation du corps de Fischer en 2010 pour procéder à des tests de paternité. Les résultats ont conclu que le champion d'échecs n'était pas le père de la jeune Philippine Jinky Young.
Lire aussi: Créativité et famille dans l'art
Nicolae et Elena Ceausescu : la confirmation de leur identité
Après l'exécution de Nicolae et Elena Ceausescu en 1989, des doutes ont persisté quant à l'identité des corps enterrés. En 2010, la justice roumaine a ordonné l'exhumation des corps à Bucarest. Les tests ADN ont confirmé qu'il s'agissait bien des corps du couple.
Fangio: la légende de Formule 1 avait bien deux fils
Vingt ans après sa mort, en 1955, la justice argentine fait exhumer le corps de Juan Manuel Fangio, en 2015. Deux hommes alors âgés de 73 et 77 ans prétendent être les fils du quintuple champion du monde automobile.Les tests effectués permettront d'établir incontestablement la filiation directe d'Oscar Cacho Espinosa , fils de Andrea Berruet, compagne de Fangio durant deux décennies. En 2016, les prélèvements ADN révéleront aussi que Ruben Vazquez, est également le fils de Fangio…
Delphine Boël et la famille royale belge
L'affaire Delphine Boël a défrayé la chronique en Belgique. Delphine Boël, artiste plasticienne, a mené une bataille judiciaire pour faire reconnaître sa paternité par l'ancien roi Albert II. Après des années de procédure, Albert II a finalement reconnu être son père biologique en 2020, suite à un test ADN auquel il avait été contraint par la justice. Cette affaire a soulevé des questions sur les droits des enfants nés hors mariage et sur les implications pour la famille royale belge. Depuis 1999, année de la révélation par un journaliste de l'existence de cette fille cachée, née de sa longue liaison avec la baronne Sibylle de Sélys Longchamps, le mari de la reine Paola avait toujours nié cette paternité. Il avait pourtant été en contact avec sa fille lorsqu'elle était enfant.
La procédure d'exhumation et de test ADN
La procédure d'exhumation et de test ADN est complexe et nécessite l'autorisation de la justice. Elle se déroule généralement en plusieurs étapes :
- Demande d'exhumation : La personne qui souhaite effectuer un test de paternité post-mortem doit adresser une demande à la justice, en motivant sa requête.
- Autorisation judiciaire : Si la demande est jugée recevable, un juge ordonne l'exhumation du corps.
- Exhumation : L'exhumation est réalisée en présence de représentants de la justice et de médecins légistes.
- Prélèvement d'échantillons : Des échantillons de tissus (os, dents, cheveux) sont prélevés sur le corps.
- Analyse ADN : Les échantillons sont envoyés à un laboratoire spécialisé pour analyse.
- Comparaison ADN : L'ADN du défunt est comparé à celui des personnes concernées (enfants présumés, parents, etc.).
- Résultats : Les résultats sont communiqués à la justice, qui prend une décision en fonction des éléments de preuve.
Techniques de prélèvement d'ADN
Chez une personne décédée, il s'agit de récupérer des cellules de peau, d'os ou de cheveu. Ces cellules sont ensuite mises dans un solvant afin d'extraire l'ADN contenu dans le noyau. Des sondes à ADN sont introduites dans le milieu. Elles permettent de repérer et de capturer les fragments d'ADN qui vont ensuite être amplifiés.
Lire aussi: Tout savoir sur l'indication 1-2 semaines du test Clearblue
Pour récupérer de l'ADN chez une personne vivante, on peut le faire de deux façons : la première technique consiste à prélever les cellules dans la salive avec un simple batonnet stérile. La deuxième consiste à prélever un peu de sang par une piqûre au bout du doigt. Ensuite, dans les deux cas, un support papier particulier est utilisé.
Les implications éthiques et juridiques
Les tests de paternité post-mortem soulèvent des questions éthiques et juridiques complexes :
- Droit à la vie privée du défunt : Certains estiment que l'exhumation d'un corps porte atteinte au droit à la vie privée du défunt.
- Consentement : Le défunt n'étant plus en mesure de donner son consentement, la question de savoir si un tel test est légitime se pose.
- Conséquences juridiques : Les résultats d'un test de paternité post-mortem peuvent avoir des conséquences importantes en matière d'héritage et de filiation.
Les laboratoires à éviter
Il est important de choisir un laboratoire d'analyse ADN fiable et accrédité. Certains laboratoires peu scrupuleux proposent des tests à bas prix, mais leurs résultats peuvent être erronés ou peu fiables. Il est donc essentiel de se renseigner sur la réputation du laboratoire avant de lui confier des échantillons.
Voici quelques exemples de laboratoires ADN à éviter, selon les témoignages et les tests anonymes :
- QuickDNA : Ce site est basé aux Emirats Arabes Unis, Madagascar et République Tchèque. Des clients ont reçu des résultats aberrants et le service clientèle est difficile à joindre.
- ChronoPaternite : Des plaintes de clients ont signalé des retards importants dans la réception des résultats et un service clientèle injoignable.
- DNA-humanGenetestlabs, Genetest, ParagonDNA, ParagonGenetics, NiagenCanada : Ces sites, qui changent de nom régulièrement, ont été accusés de fournir des résultats erronés.
- Geneffect : Des clients se sont plaints de ne jamais avoir reçu leurs résultats et de l'absence de réaction du service clientèle.
- ChronoADN : Des plaintes similaires ont été enregistrées concernant ce site, dont l'adresse est celle d'un centre de bureaux virtuels.
Alternatives aux tests de paternité post-mortem
Dans certains cas, il existe des alternatives aux tests de paternité post-mortem, telles que :
- Recherche de documents : Des documents anciens (actes de naissance, testaments, etc.) peuvent parfois apporter des éléments de réponse.
- Témoignages : Les témoignages de personnes ayant connu le défunt peuvent être utiles.
- Tests ADN indirects : Il est parfois possible d'établir un lien de parenté en comparant l'ADN de membres de la famille du défunt (frères, sœurs, cousins, etc.).
tags: #test #de #paternité #avec #peinture