L'urgence écologique et la prise de conscience des limites de notre modèle socio-économique ont conduit à l'émergence de nouveaux termes et concepts, dont la collapsologie, popularisée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Cette démarche d'anticipation des crises à venir suscite un intérêt croissant, mais aussi des débats passionnés, notamment en ce qui concerne ses implications politiques et sociales.
Alexandra Kollontai: Pionnière du Féminisme Socialiste et Visionnaire de la Transformation Sociale
Alexandra Kollontai (1872-1952), figure emblématique de la Révolution de 1917 et pionnière du féminisme socialiste, mérite une attention particulière dans ce contexte. Promptement refoulée par la contre-révolution sexuelle qui s'était abattue sur l'Union soviétique dès les années 1920, brièvement redécouverte au lendemain de mai 1968 avant de retomber dans l'oubli avec les « années d'hiver » de la décennie 1980, l'oeuvre de Kollontai fait l'objet depuis quelques années d'un puissant regain d'intérêt dans le sillage des renouvellements du féminisme matérialiste. L'œuvre de Kollontai, qui a longtemps été négligée, connaît un regain d'intérêt dans le sillage des renouvellements du féminisme matérialiste.
L'hypothèse centrale de sa pensée est que l'émancipation des femmes est fondamentalement liée à l'abolition de la famille bourgeoise (nucléaire) et des rapports de propriété (physique et psychique) sur laquelle elle se fonde. Cette vision se traduit par une réinvention radicale de l'amour et de la sexualité, ainsi que par la socialisation intégrale des tâches reproductives, notamment la maternité. La camaraderie, comme affect communiste par excellence, est essentielle pour rendre possible la genèse de la « grande famille prolétarienne », qui signera le « retour » à l'égalité homme-femmes, laquelle, pour Kollontai comme pour tant d'autres, avait régné au sein dudit communisme primitif.
Collapsologie: Diagnostic et Controverses
La collapsologie, popularisée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Comment tout peut s’effondrer, Le Seuil, 2015), est une démarche qui vise à anticiper les crises à venir en se basant sur une analyse systémique des vulnérabilités de nos sociétés. Elle s'intéresse aux risques d'effondrement de nos systèmes économiques, sociaux et environnementaux, en raison de facteurs tels que le changement climatique, l'épuisement des ressources naturelles, les inégalités sociales et les crises financières.
Cependant, la collapsologie suscite des critiques. Certains lui reprochent son fatalisme, son manque de rigueur scientifique et ses penchants néo-malthusiens. Daniel Tanuro, par exemple, critique la collapsologie pour sa faiblesse théorique, son fatalisme et son manque de propositions politiques concrètes. Il souligne que les collapsologues considèrent souvent les phénomènes sociaux comme des phénomènes naturels, régis par des lois immuables, ce qui les conduit à un certain fatalisme et à une absence de solutions politiques.
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PMA (Procréation Médicalement Assistée) et Écologie: Un Débat Complexe
La question de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) est également au cœur des débats écologiques et sociétaux. Certains écologistes, comme José Bové, remettent en question la généralisation de la PMA en s'appuyant sur les critiques de Jacques Ellul sur la technique. Ils considèrent que la PMA est une forme de mainmise de la technoscience sur la reproduction et qu'elle peut avoir des conséquences négatives sur la société et l'environnement.
Démographie et Écologie: Un Tabou à Lever
L’infographie publiée par l’AFP a fait parler d’elle, en plaçant parmi les gestes permettant de réduire son empreinte carbone le fait d’« avoir un enfant de moins », loin devant le renoncement à la voiture ou le changement des ampoules. La question démographique est souvent considérée comme un tabou, car elle associe deux dimensions que l'on préférerait dissocier : d'une part la vaste échelle géographique où se mesure l'impact du nombre, et d'autre part l'échelle familiale et individuelle où toute perspective d'ingérence suscite méfiance ou scandale, comme une atteinte aux droits fondamentaux.
Cependant, de plus en plus d'écologistes reconnaissent l'importance de prendre en compte la démographie dans la prospective environnementale. Ils soulignent que la croissance démographique exerce une pression accrue sur les ressources naturelles et les écosystèmes, et qu'il est donc nécessaire de freiner cette croissance pour sauver l'habitabilité de notre planète.
Yves Cochet, par exemple, prône une refonte radicale du système d'allocations familiales pour encourager une limitation des naissances, en particulier en Europe et aux États-Unis, où l'empreinte écologique individuelle est plus forte.
Migration et Écologie: Un Contresens?
La question migratoire est également étroitement liée à la question démographique et environnementale. Certains écologistes soutiennent que l'immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s'y stabiliser sinon régresser.
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Ils soulignent qu'un Malien qui s'installe en France multiplie en quelques années son empreinte carbone par cent, ce qui pose la question de l'aberration écologique de ce déracinement. De plus, la perspective migratoire offre aux pays émetteurs comme un bassin déversoir qui a pour effet de retarder les mesures de régulation interne.
Néolibéralisme et Destruction Écologique: Un Système à Remettre en Question
Le néolibéralisme est souvent pointé du doigt comme étant l'un des principaux responsables de la destruction écologique. Son obsession pour la croissance économique, la déréglementation et la marchandisation de la nature conduit à une exploitation excessive des ressources naturelles, à la pollution et à la destruction des écosystèmes.
Comme un cas d’école d’une théorie simple de l’idéologie, ils croient énoncer un fait de nature quand ils ne disent qu’un état des structures. C’est bien pourquoi tous les mots d’ordre pour manifestations, à base de « partage des richesses », de « réduction du temps de travail », d’« augmentation des salaires » ou d’« interdiction des licenciements » sont nuls et non avenus tant qu’ils ne posent pas explicitement la question de leurs conditions de possibilité structurelles. Ceci n’arrivera pas parce que les structures ont été bien faites pour le rendre impossible.
« Il n’y a pas d’alternative » n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’un film étouffant : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles, peuvent toujours être refaites - autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique.
Pour sortir de cette spirale destructrice, il est nécessaire de reconstruire les structures économiques, sociales et politiques. Cela passe par une remise en question du pouvoir actionnarial, du libre-échange et des investissements directs, ainsi que par la mise en place de politiques économiques et sociales plus justes et plus durables.
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Violence et Résistance: Une Dialectique Complexe
La violence est une question centrale dans les mouvements sociaux et écologistes. Certains prônent la non-violence comme principe absolu, tandis que d'autres estiment que la violence peut être un moyen légitime de résistance face à l'oppression et à la destruction écologique.
Andreas Malm critique la façon dont la non-violence est devenue un fétiche sacré dans une large partie des mouvements pour le climat, empêchant toute réflexion tactique et stratégique. Il souligne que la non-violence ne peut jamais être réellement évaluée à l'aune de son efficacité ou de son inefficacité.
Éco-anxiété: Un Signal d'Alarme
L'éco-anxiété, ou anxiété climatique, est un trouble psychologique qui se manifeste par un sentiment d'impuissance, de tristesse et de peur face aux défis environnementaux. Elle touche de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes et les personnes engagées dans la lutte pour l'environnement.
Cette peur d'un environnement tragiquement déréglé appartient désormais "au champ collectif", précise la psychanalyste. "Certaines personnes vont prendre de plein fouet ce discours ambiant. Il peut aller jusqu'à générer chez elles des prises de positions personnelles, comme décider de ne pas faire d'enfant à cause de cela : parce que l'avenir est incertain, ou parce que l'on ne veut pas mettre au monde un consommateur polluant de plus.
L'éco-anxiété peut être considérée comme un signal d'alarme, une réaction saine face à la gravité de la situation environnementale. Pour sortir de ce mal-être, il est essentiel de transformer le message anxiogène reçu en une réflexion, puis en une action. Cela peut passer par un engagement dans des mouvements sociaux, des changements de mode de vie ou une reconversion professionnelle.
Laudato Si': Un Appel à l'Écologie Intégrale
L'encyclique Laudato Si' du pape François est un texte phare de l'Église catholique sur la préservation de la « maison commune ». Elle relie intrinsèquement « le cri des hommes et le cri de la terre », soulignant l’interdépendance entre nature et humanité.
L’un des concepts clés de cette encyclique repose sur « l’écologie intégrale », qui invite à repenser nos modèles de production et de consommation dans une perspective éthique, respectueuse de la Création et des êtres humains. Le pape François critique aussi, dans ce document historique, le « paradigme technocratique » qui consisterait à croire que la technologie peut résoudre tous les problèmes environnementaux.
Laudato Si' invite à une conversion personnelle et collective, à revoir nos modes de vie, de consommation et de production, et à construire un monde plus juste et plus durable.
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