L'hormone antimüllérienne (AMH) est devenue un outil précieux en médecine reproductive, notamment dans le contexte de la fécondation in vitro (FIV). Produite par les follicules ovariens, elle reflète la réserve ovarienne d'une femme, c'est-à-dire la quantité d'ovocytes disponibles. Son dosage sanguin, simple et remboursé par l'Assurance Maladie, est désormais incontournable dans l'exploration de la fertilité féminine.
Qu'est-ce que l'hormone antimüllérienne (AMH) ?
L'AMH est une glycoprotéine de la famille du Transforming Growth Factor (TGF), synthétisée par les cellules de la granulosa des follicules ovariens, dès la 36ème semaine de vie intra-utérine et jusqu'à la ménopause. Chez l'homme, elle est produite par les cellules de Sertoli dans les testicules, jouant un rôle crucial dans le développement des organes reproducteurs masculins pendant la phase fœtale. Chez la femme, elle est un reflet indirect du capital folliculaire ovarien.
AMH et réserve ovarienne : un indicateur quantitatif
Le taux d'AMH est un indicateur de la quantité de follicules en développement dans les ovaires. Il permet d'estimer la "réserve ovarienne" d'une femme à un moment donné. Cette réserve diminue naturellement avec l'âge, le taux d'AMH étant maximal autour de 25 ans. Il est admis que le taux d’AMH est le premier marqueur de réserve ovarienne à diminuer lorsque l’âge de la femme augmente.
- Taux bas (< 1 ng/mL) : Indique une réserve ovarienne faible.
- Taux normal (entre 1 et 3,5 ng/mL) : Indique une réserve ovarienne considérée comme normale.
- En-dessous de 0,6 ng/ml ou 4,3 pmol/L: le taux d’AMH est considéré comme extrêmement faible.
- En cas d’ovaires polykystiques (syndrome des ovaires polykystiques SOPK ou non): on observe un taux d’AMH plus élevé.
Il est important de souligner que l'AMH est un marqueur quantitatif, et non qualitatif. Elle ne donne aucune information sur la qualité des ovocytes.
L'AMH dans le bilan de fertilité
Le dosage de l'AMH est un élément clé du bilan de fertilité féminine. Il est particulièrement utile dans les situations suivantes :
- Exploration de la fertilité féminine : En tant que marqueur de la réserve ovarienne, l'AMH est dosée lors du bilan de fertilité. Son taux est relativement stable au cours du cycle, contrairement au comptage folliculaire antral (CFA) et aux dosages hormonaux réalisés en début de phase folliculaire (FSH, LH, oestradiol). Il varie peu d'un cycle à l'autre et est relativement indépendant de l'axe hypothalamo-hypophysaire.
- Situations où le CFA n'est pas réalisable : L'AMH est utile lorsque le CFA n'est pas facilement réalisable par échographie par voie sus-pubienne (patientes vierges, obèses ou présentant une mauvaise échogénicité).
- Pathologies pelviennes (endométriose, kystes ovariens) : Le dosage de l'AMH est proposé en substitution du CFA et de l'inhibine B. Le taux préopératoire d'AMH aide à la décision d'opérer ou non les patientes en âge de procréer, tandis que le taux postopératoire évalue les éventuels dommages causés par les interventions chirurgicales.
- Traitements anticancéreux : Le dosage de l'AMH permet d'apprécier la gonadotoxicité des traitements utilisés et d'aider à la décision de mettre en place une stratégie de préservation de la fertilité.
- Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Le CFA reste la référence, mais le taux d'AMH est 2 à 4 fois plus élevé chez les femmes atteintes de SOPK.
- Cancérologie (tumeurs de la granulosa) : Les dosages de l'AMH et de l'inhibine B sont pertinents face à une suspicion de tumeur de la granulosa et dans le cadre du suivi des patientes traitées.
- Pédiatrie (désordres du développement sexuel, puberté précoce) : Le dosage de l'AMH peut être utilisé dans le diagnostic différentiel des désordres du développement sexuel et comme indice de puberté précoce centrale chez le garçon.
AMH et FIV : prédire la réponse à la stimulation ovarienne
L'AMH est un marqueur prédictif de la réponse folliculaire ovarienne lors des stimulations ovariennes en vue d'une FIV ou d'une insémination artificielle (IAC). En complément du CFA, elle permet d'anticiper une réponse faible ou excessive à la stimulation, et d'adapter le protocole de stimulation en conséquence. Si l’AMH est basse, on obtiendrait notamment moins d’ovocytes lors d’une ponction. Principalement chez celles dont le pronostic est limité.
Interprétation du taux d'AMH : nuances et limites
Bien que le taux d'AMH soit un indicateur précieux, il est essentiel de l'interpréter avec prudence et de prendre en compte d'autres facteurs, notamment :
- L'âge de la patiente : C'est le facteur le plus déterminant pour la qualité ovocytaire. Une femme de 40 ans peut avoir un taux d'AMH dans la norme, mais ses ovules peuvent être de moindre qualité, avec un risque accru d'anomalies chromosomiques.
- Le contexte clinique : Le taux d'AMH doit être interprété en fonction de l'ensemble du bilan de fertilité et des antécédents de la patiente.
- La variabilité des dosages : Une étude vient de remettre en question l’idée que le taux d’AMH est le même avant, pendant et après les règles. Dans un groupe de trois femmes souffrant d’un très faible taux d’AMH, l’une d’elles a vu sa situation changer parce que les tests avant et pendant le cycle menstruel affichaient d’importantes variations. Idem pour deux femmes d’un groupe de trois considérées comme souffrant d’un taux d’AMH faible.
Il est important de souligner que le dosage de l’AMH ne dit rien sur vos chances de grossesse ! Ce n’est pas une conclusion absolue sur l’état de votre fertilité ! Sa valeur peut-être anxiogène mais essayez de ne pas vous focaliser dessus. Faire doser son AMH ne donne aucune information sur la qualité des ovocytes. Cela ne permet donc pas de déterminer les chances de grossesse, le délai avant de tomber enceinte, ou le taux de naissance vivante, il n’y a pas non plus de lien entre AMH et arrêts de grossesse.
Peut-on augmenter son taux d'AMH ?
La question de savoir si l'on peut augmenter son taux d'AMH est fréquente. La réponse est nuancée : le taux d'AMH reflète un capital biologique difficile à modifier de manière significative.Il est important de comprendre que ce n’est pas la réserve qui augmente mais les conditions de maturité: plus de follicules en début de maturation.
Cependant, certaines études suggèrent que certains facteurs peuvent influencer le taux d'AMH :
- La vitamine D : Un bon taux de vitamine D3 sanguin a été corrélé avec un meilleur taux d'AMH.
- Le stress oxydatif : Lutter contre le stress oxydatif en limitant les facteurs qui l'augmentent et en ayant un bon apport en anti-oxydants peut être bénéfique.
- Le stress chronique : Gérer le stress, par exemple grâce à la psychothérapie, la sophrologie, l'EMDR, le yoga, les techniques de relaxation, les massages, l'ostéopathie, la phytothérapie et la micronutrition, peut avoir un impact positif.
- L'alimentation et l'activité physique : Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière peuvent contribuer à un meilleur équilibre hormonal et à une meilleure fertilité.
- La prise de contraceptifs, d’analogues du GnRH ou d’autres médicaments influençant le développement folliculaire: peuvent conduire à une diminution de l’AMH de l’ordre de 30 à 50%.
AMH et qualité ovocytaire : quelle relation ?
Il est crucial de comprendre que le taux d'AMH ne reflète pas la qualité des ovocytes. Or, la qualité ovocytaire, essentielle pour une fécondation réussie, dépend principalement de l'âge. Une femme de 40 ans peut avoir un taux d'AMH dans la norme, mais ses ovules peuvent être de moindre qualité, avec un risque accru d'anomalies chromosomiques.
Une bonne nouvelle toutefois : lorsque des embryons parfaitement normaux sont transférés dans l’utérus de la receveuse, son âge ne compte plus. Le taux de grossesse est similaire pour les femmes de tous âges.