Introduction
La reproduction des orques en captivité est un sujet sensible, suscitant des questions éthiques et des controverses. L'insémination artificielle, une technique utilisée pour varier le patrimoine génétique et assurer la reproduction dans les parcs aquatiques, est au cœur de ces débats. Cet article explore les pratiques d'insémination artificielle chez les orques, les polémiques qui en découlent, et les perspectives d'avenir pour ces cétacés en captivité, en s'appuyant notamment sur le cas du Marineland d'Antibes.
L'insémination artificielle : Une pratique courante en captivité
L'insémination artificielle est une méthode de reproduction assistée qui consiste à introduire artificiellement le sperme d'un mâle dans le système reproducteur d'une femelle. Dans le contexte des orques en captivité, cette technique est utilisée pour plusieurs raisons :
- Varier le patrimoine génétique : L'insémination artificielle permet de féconder des femelles avec le sperme de mâles provenant d'autres parcs aquatiques, contribuant ainsi à éviter la consanguinité et à maintenir une diversité génétique minimale.
- Assurer la reproduction : Dans certains cas, les orques en captivité ne se reproduisent pas naturellement. L'insémination artificielle offre alors une solution pour assurer la pérennité de l'espèce dans les parcs aquatiques.
En avril, Bernard Giampaolo, directeur général du parc marin animalier Marineland, a expliqué que, pour varier le patrimoine génétique, ils sont allés chercher le sperme d’un mâle donneur aux États-Unis avant d’inséminer Wikie. C’était le fruit de deux ans de préparation et l’aboutissement d’un programme de reproduction « unique en Europe », selon le dirigeant.
Moana, décédé en octobre, est le premier en Europe, et le troisième au monde à avoir été conçu par insémination artificielle.
La polémique autour de la "stimulation sexuelle" de Keijo à Marineland
Récemment, des images filmées par l'ONG Tide Breakers ont suscité une vive polémique. On y voit Keijo, l'orque mâle du Marineland d'Antibes, apparemment être masturbé par un soignant dans son bassin. L'ONG dénonce une pratique « choquante » et soupçonne une collecte de sperme à des fins commerciales.
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Les accusations de l'ONG Tide Breakers
Marketa Schusterova, cofondatrice de l'ONG Tide Breakers, se désole : « Ce n’est pas normal de voir un humain en train de masturber une orque pour le soulager. C’est choquant et très dérangeant ». L'ONG soupçonne que cette pratique vise à collecter le sperme de Keijo pour le revendre ou le donner à un autre parc aquatique, potentiellement en Chine ou au Japon. Elle ajoute que les membres de Tide Breakers sont d’anciens soigneurs d’orques et tous confirment que ce type de stimulation est réalisée dans l’objectif d’une insémination artificielle.
Muriel Arnal, présidente de l’association One Voice, partage cette inquiétude et avance que « Ils ont prélevé le sperme de Keijo pour le vendre à des fins de reproduction, très probablement au Japon, qui pratique l’insémination artificielle ». Elle ajoute que le sperme se vend cher pour inséminer les six orques restantes au Japon et alimenter les zoos en Chine.
La justification du Marineland
Le Marineland ne nie pas la "stimulation sexuelle" de Keijo, mais avance une autre explication. Dans un communiqué, le parc explique que Keijo arrive à l’âge de l’adolescence avec des pulsions sexuelles de plus en plus fortes. Afin d’éviter des rapports consanguins avec sa mère mais également afin d’éviter qu’ils se battent et se blessent, Marineland a décidé de stimuler sexuellement Keijo afin de réduire les tensions. Le parc assure que cette pratique est naturelle, totalement indolore pour les animaux, et que la vente de semence est interdite.
Le parc d’Antibes assure, en outre, qu’il n’a pas participé au commerce de l’insémination artificielle depuis « au moins vingt ans » et qu’il n’entend pas y avoir recours.
Les contradictions et les questions en suspens
Les explications du Marineland ne convainquent pas les associations de défense des animaux. Tide Breakers estime que le fait de stimuler sexuellement l’orque aurait l’effet inverse et One Voice dénonce la volonté de vendre son sperme au Japon.
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D'autres voix s'élèvent pour souligner les contradictions dans les pratiques du Marineland. Une ex-soigneure de cétacés explique que les orques sont sous contraceptifs pour contrôler les naissances et que Wikie, la femelle du Marineland d’Antibes, est sous Regumate et lors de périodes de pause, elle doit être séparée de son fils. Selon elle, il ne s’agit pas de collecter la semence de Keijo mais malheureusement de le décharger puisque le cétacé cherche constamment à s’accoupler avec sa mère qui le rejette brutalement.
Les enjeux éthiques et juridiques de la reproduction des orques en captivité
La polémique autour de Keijo met en lumière les enjeux éthiques et juridiques de la reproduction des orques en captivité. La loi de 2021 visait justement à empêcher la reproduction d’animaux sauvage en captivité et ce geste contrevient totalement à l’esprit de la loi.
Le bien-être animal
Les conditions de vie des orques en captivité sont souvent critiquées. Les bassins exigus et le manque de stimulation peuvent entraîner des problèmes de santé et des troubles du comportement. La "stimulation sexuelle" de Keijo soulève des questions sur le respect du bien-être animal et l'instrumentalisation des orques à des fins commerciales.
La législation
La législation française évolue en matière de protection animale. La loi contre la maltraitance animale, applicable à partir de décembre 2026, interdit les spectacles de cétacés, la reproduction, et, sauf dérogation, le maintien des orques et dauphins en captivité dans les parcs.
L'avenir incertain des orques du Marineland d'Antibes
L'avenir de Keijo, de sa mère Wikie, et des douze dauphins du Marineland d'Antibes reste incertain. La fermeture du parc en janvier a laissé les animaux dans une situation précaire.
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Les difficultés de transfert
Le transfert des orques vers d'autres structures est complexe. En novembre, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher avait refusé que les orques soient transférées au Japon. Aucune autre structure nationale ne s’est donc proposée pour accueillir les dauphins et orques. Et ces animaux nés en captivité ne peuvent pas être relâchés dans la nature.
Les pistes alternatives
Plusieurs pistes alternatives sont envisagées, comme la création d’un sanctuaire marin au Canada. Le MarineLand assure être toujours en contact avec le Loro Parque de Tenerife. Les associations militantes, elles, assurent que le gouvernement n’a qu’a donné son feu vert pour que la solution de sanctuaire se débloque en Nouvelle-Écosse.
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