L'olivier, arbre emblématique de la Provence et de la Méditerranée, possède une méthode de pollinisation particulière, essentielle à sa fructification. Contrairement à la plupart des arbres fruitiers qui dépendent des insectes pollinisateurs, l'olivier est une plante anémophile : le vent est le seul vecteur de son pollen.
La Biologie Florale de l'Olivier et la Nécessité de la Pollinisation
La fleur de l'olivier se compose de 4 sépales, 4 pétales, 2 étamines (l'organe mâle produisant le pollen), et 1 pistil (l'organe femelle). La pollinisation est le processus par lequel le pollen libéré par les étamines atteint le stigmate de la fleur, puis descend dans le style jusqu'à l'ovaire qui contient les ovules. Ce processus est suivi par la nouaison des fruits. S’il y a trop de pollen incompatible, ou pas assez de pollen compatible, sur le stigmate de la fleur, la nouaison sera mauvaise, et les jeunes fruits vont tomber jusqu’à 5 semaines après la fin de la floraison. Le nombre de fruits et la qualité des fruits à la récolte dépendent d’une série de facteurs qui jouent depuis l’année précédent la floraison jusqu’à la récolte.
Le Rôle Crucial du Vent dans la Pollinisation de l'Olivier
Chez l’olivier, le vent est le seul pollinisateur, vecteur du pollen. Personne n’a envie ni le temps d’étudier les courants d’air dans son verger pour savoir si le pollen va être suffisamment mobile pour atteindre toutes les branches.
En cas d'absence de vent durant la dizaine de jours que dure la floraison, la pollinisation ne peut pas avoir lieu. De même, les périodes de pluie prolongée ou de brouillards matinaux qui agglomèrent le pollen au lieu de le rendre volatil, entravent le processus. C'est pourquoi, on voit parfois les oléiculteurs contraints de passer avec des ventilateurs géants dans les rangs d'oliviers pour favoriser la circulation d'air lorsque le vent fait défaut.
Cette stratégie de fécondation par le vent est la plus ancienne du règne végétal, mais c'est aussi la moins efficace : seulement 5 à 10 % des fleurs d'un olivier se transforment en fruit.
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Autofertilité et Pollinisation Croisée : Deux Stratégies de Reproduction
Certaines variétés d’oliviers sont autofertiles. C’est-à-dire qu’il suffit à l’arbre que son propre pollen se disperse sur ses propres fleurs. Un seul olivier d’une telle variété suffit donc pour produire des olives. Les variétés d’oliviers autofertiles sont Bouteillan, Salonenque et Verdale. Les autres sont reconnues Autofertiles par une Majorité de Pépiniéristes et Oléiculteurs sur la base de leur expérience professionnelle.
Pour produire des fruits ces variétés d’oliviers ont besoin du pollen d’une autre variété d’oliviers. Si vous désirez planter des arbres de ces variétés-là, il vous faudra donc planter plusieurs arbres de variétés différentes. Sauf s’il y a d’autres oliviers pollinisateurs à proximité ou dans la région. Rappelons que les vents peuvent ramener du pollen de très loin, environ 300 mètres. Il faut savoir que chaque variété non autofertile possède sa propre variété d’oliviers dit Pollinisateurs. Par exemple la variété pollinisatrice de la Tanche est le Cayon. Les anciens greffaient sur un arbre non autofertile une branche d’une variété pollinisatrice.
L'Importance du Choix des Pollinisateurs et de leur Répartition dans les Vergers
Il faut donc répartir les pollinisateurs dans les vergers, entrelacés avec la variété à polliniser. Il faut favoriser la pollinisation, mais aussi s’assurer que tous les facteurs de nutrition de l’arbre sont optimaux, et minimiser les attaques pathologiques et parasitaires. Il est bien évident que les pollinisateurs devront être diverses variétés, réparties dans les vergers, afin d’assurer la pollinisation, quels que soient les vents et les conditions climatiques, forcément très variables d’une année sur l’autre, et donc la coïncidence de la floraison, se fera pour l’un d’entre eux, on l’espère !
Pour une variété à polliniser, par exemple Lucques, le choix d’un polliniseur se fait sur la base de la paire d’allèles qu’il porte par rapport à Lucques.
Incompatibilité Pollinique et Allèles S
À l’œil, rien ne peut différencier du pollen compatible du pollen incompatible. Ce n’est que quand le grain de pollen d’olivier arrive sur le stigmate de la fleur, que la réaction d’incompatibilité se déclenche, ou pas. Si le pollen n’est pas reconnu comme incompatible, le pollen peut germer pour essayer d’envoyer son tube pollinique vers l’ovaire, et s’il y arrive, il pourra peut être féconder l’ovule. S’il est reconnu comme incompatible, le tube pollinique va être la cible de molécules, envoyées par les tissus du style et du stigmate de la mère, elles vont ralentir sa croissance dans le stigmate, puis le détruire dans le style, en 2-5 jours.
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Toutes les espèces végétales portent au locus S (S pour sexe), 2 des allèles possibles de chaque espèce. Aucune théorie ne prédit ce que l’on va trouver comme S-allèles. La série des S-allèles est déterminée par l’expérimentation, qui, petit à petit, agrège les données de croisements de variétés qui portent des paires de S-allèles différentes.
La première constatation est que tous les grains de pollen émis par un arbre portent le (ou les) même(s) déterminants protéiques qui permettra (ont), ou pas, à chacun des grains de pollen d’être reconnu comme incompatible quand il est tombé sur le stigmate d’une fleur d’olivier. La deuxième constatation est que Picholine et Bouteillan qui ne peuvent pas se croiser avec Lucques, peuvent se croiser entre elles (Breton et Bervillé 2012). Ce n’est jamais le cas chez le cerisier. Donc, nous avons attribué R1R3 à Picholine et R2R4 à Bouteillan, ils portent des paires différentes de S-allèles. Or, deux variétés qui ne peuvent se croiser avec Olivière ne peuvent jamais se croiser entre elles, a t-on conclu des travaux de Montpellier. Ce qui veut dire que toutes ces variétés portent la même paire de S-allèles. La troisième constatation porte sur le degré de l’auto-fertilité des variétés.
Importance des Études Scientifiques et de l'Identification des Variétés
Nous venons de voir que les recherches scientifiques sur l’Olivier n’ont débuté à l’Institut National de la Recherche Agronomique qu’en 1997. Nous savons que les Etudes Scientifiques, afin d’être précises demandent beaucoup de temps aux chercheurs. Les variétés citées dans le tableau ici constitué n’ont pas toutes fait l’objet d’études scientifiques en ce qui concerne leur pollinisation.
Or les variétés d’olivier sont profilées avec des marqueurs moléculaires, mais jamais personne n’a pris la peine de lister les variétés synonymes - même profil moléculaire sous des noms différents, - et les variétés homonymes - même nom, mais des profils moléculaires différents. L’attribution d’une paire de S-allèles évite de refaire, chaque fois, tous les croisements entre les mêmes variétés.
Gestion de la Production et Facteurs Influents
Pour diminuer le nombre de fruits à maturité les solutions passent par les pratiques de la taille, - les modalités sont très diverses - la plupart des oléiculteurs sont experts en la matière -, et de l’utilisation de produits chimiques dits « éclaircisseurs » qui sont couramment utilisés sur d’autres espèces fruitières : pommiers notamment. Un « éclaircisseur » est soit un régulateur de croissance, soit un produit qui brûle les étamines et les pistils, il risque, néanmoins, de provoquer des fruits pygmées, sans valeur, qu’il faut éviter. S’il n’y a pas assez de pollen, l’oléiculteur passera par une année sans production, et les autres années il faudra qu’il élimine le surplus de fruits afin de contrôler leur calibre.
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