Introduction
Olivier de Sagazan, né en 1959 à Brazzaville, au Congo, est un artiste français aux multiples facettes. Peintre, sculpteur et performeur, il s'est fait connaître internationalement pour sa performance emblématique "Transfiguration". Son parcours atypique, marqué par des études de biologie, l'a conduit à une exploration profonde de la vie organique et de la condition humaine, qu'il traduit à travers un art puissant et troublant.
Parcours et influences
Après l’obtention d’un Master en biologie, Olivier de Sagazan se consacre à la peinture et à la sculpture avec l’idée omniprésente de questionner la vie organique. Cette formation scientifique initiale a profondément marqué son approche artistique, le poussant à scruter le corps humain et ses transformations avec une curiosité à la fois analytique et poétique. La rencontre avec l'œuvre de Rembrandt a également été déterminante, le confortant dans sa vocation artistique et l'éloignant d'une carrière scientifique plus conventionnelle.
"Transfiguration" : une performance marquante
Créée en 1998, "Transfiguration" est la performance qui a propulsé Olivier de Sagazan sur la scène internationale. Jouée plus de 300 fois dans 25 pays, cette œuvre saisissante met en scène l'artiste se recouvrant le corps d'argile. Par des gestes instinctifs et répétitifs, il modèle, déforme et transforme son visage et son corps, créant une créature hybride, mi-homme, mi-bête.
"Transfiguration" est l’histoire d’une déconvenue et d’une frustration. L’incapacité d’un peintre-sculpteur, Olivier de Sagazan lui-même, de donner vie à son oeuvre. Dans un geste désespéré, le peintre jette son corps dans la bataille et se recouvre d’une peinture d’argile pour devenir une sculpture vivante. Son corps devient une toile et le peintre un danseur. Dans cette performance, l’artiste se construit par couches d’argile successives un autre visage, pour transformer, défigurer et faire surgir son vrai visage.
Cette performance est souvent interprétée comme une exploration des limites de l'identité, une interrogation sur la nature de l'être humain et sa relation à la matière. Certains critiques y voient une référence à Francis Bacon "Du Francis Bacon en action". D'autres soulignent la dimension rituelle et chamanique de l'œuvre "Plus qu’à un spectacle, l’artiste invite à un rituel chamanique autant qu’à une œuvre visuelle radicale et hybride. Pygmalion des temps modernes, il donne vie à ses créations."
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Collaborations et diversification artistique
En parallèle de son travail personnel, Olivier de Sagazan a multiplié les collaborations avec des artistes de différents horizons. Il a notamment travaillé avec Ron Fricke pour le film "Samsara" (2011), Mylène Farmer pour le clip "À l’ombre" (2012), FKA Twigs pour l’Immersive project rooms (2016), Nick Antosca pour la série "Channel Zero" (2016) où il interprète le personnage de The Skin Taker, Bartosz Konopka pour le film "The Mute" (2017), Gareth Pugh et Nick Knight pour le fashion film "It’s not a show" (2017), Bartosz Konopka pour son film "The Sword of God" (2017), Qiu Yang pour le film "O" en réalité virtuelle (2018 / Sélection Mostra de Venise 2019), Mario Sorrenti pour le film "Discarnate" (2018). En 2020 il crée avec Wim Vandekeybus la nouvelle pièce "Hands do not touch our precious me" avec huits danseurs. Il a été invité par David Lynch dans son club parisien « Silencio » pour sa performance Transfiguration. En 2019, il crée un spectacle avec six danseurs "Ainsi Sois Moi" présenté une première fois au festival DansFabrik à Brest en mars 2020, qui deviendra le spectacle "La Messe de l’Âne", jouée à la Biennale de Venise en juillet 2021. Ce spectacle comporte des effets stroboscopiques.
Ces collaborations témoignent de la reconnaissance de son talent et de sa capacité à s'adapter à différents contextes artistiques. Elles lui ont également permis d'enrichir son propre travail et d'explorer de nouvelles formes d'expression.
Philosophie artistique et thèmes explorés
Olivier de Sagazan est un artiste profondément engagé dans une réflexion sur la condition humaine. Son œuvre interroge les notions d'identité, de corps, de transformation et de spiritualité. Il explore les limites de la représentation et cherche à transcender les apparences pour révéler la vérité intérieure de l'être.
Avant l’art, pour Olivier de Sagazan, il y avait la biologie, une autre attention pertinente au vivant. Cette empreinte et cette nécessité de comprendre ce qui fait l’humain trouve à nouveau une expression frappante dans ce Il nous est arrivé quelque chose… Ce « nous » engageant sans possible fuite les spectateurs/acteurs de cette expérience avec éprouvette géante de 2 mètres, capteurs, électrocardiogramme et autre technologie embarquée, sans oublier les deux musiciens qui jouent en direct des bruits du corps et de la voix du performeur, la vidéo, la scénographie lumineuse… le tout architecturé dans une épreuve ô combien étonnante, détonnante. Son corps interrogé sans douceur, car l’exigence impose, devient un formidable accélérateur à l’imagination, aux connexions surprenantes, neuronales et cosmiques… Présence ultra, sensible et radicale, de Sagazan intime à la texture du monde de se révéler.
Il remet en question les conventions esthétiques et n'hésite pas à utiliser des matériaux bruts et des techniques expérimentales pour créer des œuvres qui dérangent et interpellent. Son art peut être perçu comme violent, car il confronte le spectateur à la fragilité et à la vulnérabilité de l'existence. Cependant, il ne s'agit pas d'une violence gratuite, mais plutôt d'une tentative de briser les masques et de révéler la vérité brute de l'être. De son art, le sens commun dira facilement qu’il est d’une nature violente. Or l’art n’est pas violence, n’est pas violent. C’est plutôt la vie qui est violente, devrait-on s’accorder à dire en faisant preuve de réalisme. Car, comme chacun devrait le savoir, la représentation d’une chose terrible, son imitation par l’art, n’est pas la chose même. Il ne peut donc pas y avoir de violence directe dans l’art, en tout cas, pas de violence réelle sur les corps.
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L'atelier, un lieu de création
Si aujourd'hui, il vit de son art en exposant dans le monde entier, les débuts furent difficiles. Famille aristocrate, religieuse, des études de biologie et puis vient la rencontre avec Rembrandt. C'est sa peinture qui fait dire à Olivier De Sagazan, qu'il ne peut continuer dans la direction qu'il a prise. Il ne sera pas biologiste, ni instit, il sera artiste. "On aura toujours mon salaire d'instit", lui dit son épouse. Chez les De Sagazan, on est comme ça, on tente, on ose et on verra après. Résultat : "Les débuts ont été un fiasco total !"
Dans l'atelier d'Olivier de Sagazan à Saint-Nazaire, Olivier De Sagazan ne cache rien. Tout est création chez lui. Un grand jardin au coeur de la ville, une cabane dans un arbre, un grand puit dont il est dit que les visiteurs nouveaux doivent y plonger pour se faire accepter et enfin, un immense atelier dans une ancienne serre. Des sculptures inquiétantes, primitives.
En 98, il s'échine sur une sculpture. Il s'énerve, ça ne marche pas. "Me vient alors l'idée d'entrée dans ma sculpture, d'en faire partie intégralement." Ce sera Transfiguration. Cette performance, il la poste quelques années plus tard sur You Tube. Ce sont les débuts du réseau. Et c'est le buzz, des millions de vues. On l'appelle du monde entier pour qu'il la refasse. "You Tube fut mon premier agent !"
Transmission et héritage
Jamais artiste n'aura eu un tel recul sur son oeuvre. Jamais un père n'aura eu des mots aussi juste à la question : "Est-ce que l'art se transmet ?" "Ce qui se transmet, c'est l'autorisation." Avis aux parents qui s'interrogent sur leur progéniture.
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