Depuis l'avènement des laits industriels, les fabricants n'ont cessé de clamer que leurs produits étaient "aussi bien", "presqu'aussi bien" ou "très proches" du lait maternel. Cette quête d'imitation n'a jamais faibli, chaque année voyant l'ajout de nouveaux ingrédients censés rapprocher davantage ces substituts de l'original. Cependant, la complexité du lait maternel et les avancées récentes en biotechnologie soulèvent des questions fondamentales sur la faisabilité d'une telle entreprise. La start-up française Nūmi se lance dans un projet ambitieux : fabriquer du lait maternel en laboratoire grâce à la culture cellulaire.
La quête incessante de l'imitation du lait maternel
L'histoire des laits infantiles est jalonnée de tentatives d'amélioration visant à se rapprocher de la composition unique du lait maternel. Il y a quelques années, l'attention s'est portée sur les acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPILC), reconnus pour leur rôle dans le développement du système nerveux central. Certaines marques se sont empressées d'en ajouter à leurs formules. Toutefois, des études ultérieures ont nuancé ces affirmations. Une analyse de plusieurs essais d'enrichissement de lait industriel menés entre 1993 et 2001, portant sur un total de 1 763 enfants, a révélé qu'à l'âge de 16 ans, il n'y avait aucun avantage significatif en termes de performance aux examens de mathématiques chez les enfants ayant reçu une formule enrichie par rapport à un lait standard. De même, aucune différence n'a été observée dans les scores d'anglais.
Ces résultats soulignent la difficulté de reproduire artificiellement les bienfaits complexes du lait maternel. Au-delà de la simple addition d'ingrédients, c'est l'interaction synergique de ses nombreux composants qui semble être la clé de ses avantages nutritionnels.
Nūmi : une approche novatrice
Face aux limites des approches traditionnelles, la start-up Nūmi a choisi une voie radicalement différente : créer du lait "maternel" à partir de zéro, en utilisant des cellules mammaires cultivées en laboratoire. Fondée en 2023 par Eden Banon-Lagrange et Eugénie Pezé-Heidsieck, Nūmi a pour ambition de produire du lait maternel humain via des cultures cellulaires en laboratoire. Cette approche s'appuie sur la biotechnologie pour imiter au plus près le processus naturel de production du lait.
La technologie de Nūmi repose sur le prélèvement de cellules des glandes mammaires, l'organe responsable de la synthèse du lait. Ces cellules sont ensuite placées dans un environnement optimal pour leur développement et nourries avec les nutriments essentiels à la production de lait maternel. L'objectif est de reproduire fidèlement la composition complexe du lait maternel, en incluant ses 1500 constituants, afin d'offrir aux nourrissons une nutrition optimale.
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En octobre dernier, Nūmi a levé trois millions d'euros en pré-seed grâce au soutien d'Heartcore Capital, HCVC, Financière Saint-James, Kima Ventures et Kost Capital. Ce financement permettra à la start-up de poursuivre le développement de sa technologie et d'étendre ses équipes scientifiques. Nūmi vise en particulier le marché américain, où la législation est considérée comme plus souple en matière de nouveaux aliments.
Les défis et les perspectives
La démarche de Nūmi suscite à la fois de l'enthousiasme et des interrogations. La perspective de produire du lait maternel en laboratoire ouvre des perspectives inédites pour l'alimentation infantile, en particulier pour les familles qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas allaiter. Cependant, de nombreux défis restent à relever.
Tout d'abord, la complexité du lait maternel est un obstacle majeur. Avec ses milliers de composants, dont certains sont encore mal connus, il est difficile d'imaginer pouvoir le reproduire intégralement en laboratoire. Même si cela était possible, le coût de production pourrait être prohibitif.
Ensuite, la question de l'acceptation par les consommateurs se pose. Le lait produit par culture cellulaire est une innovation radicale qui pourrait susciter des réticences. Il sera essentiel de communiquer de manière transparente sur le processus de fabrication et les bénéfices potentiels de ce nouveau type de lait.
Enfin, la réglementation est un facteur déterminant. Les autorités sanitaires devront évaluer attentivement les risques et les bénéfices de ce nouveau produit avant d'autoriser sa commercialisation.
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Malgré ces défis, Nūmi incarne une nouvelle approche prometteuse pour l'alimentation infantile. En s'appuyant sur la biotechnologie, la start-up française ambitionne de révolutionner la manière dont nous nourrissons nos enfants. Le chemin est encore long, mais la perspective d'offrir aux bébés une nutrition optimale et accessible est une motivation puissante.
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