Nathalie George, une figure parisienne attachante, incarne une résilience et une élégance rares. Son parcours de vie, marqué par des contrastes saisissants, est une source d'inspiration. De ses débuts bourgeois à sa vie actuelle dans une chambre de bonne, elle a su transformer les épreuves en opportunités, faisant de la cuisine et de l'art de vivre ses meilleurs alliés.
Une enfance bourgeoise et l'influence de Gigi
Née à l'orée des Trente Glorieuses, Nathalie George grandit dans un milieu bourgeois. Son père, architecte, mène une vie trépidante, tandis que sa mère se lance dans le prêt-à-porter de luxe. Très vite, Nathalie est élevée par ses grands-parents paternels, rue de Sfax, dans le XVIe arrondissement de Paris. C'est sa grand-mère, Gilberte George, affectueusement surnommée "Gigi", qui marque profondément son éducation et lui transmet son amour de la cuisine.
Nathalie se souvient de son arrivée rue de Sfax comme d'une période idéale pour développer son palais, son odorat et découvrir les aliments. Elle apprend en observant Gigi, mémorisant des gestes simples et essentiels. Gigi lui enseigne une cuisine de tradition, où rien ne se perd : le rôti de porc du jour est accommodé le lendemain à la sauce piquante, et les restes de viande servent à farcir des tomates. Les soirs de réception, Gigi déploie tout son art, nappes brodées et argenterie, transformant la maison en une "caverne d'Ali Baba" pour sa petite-fille. C'est ainsi que Nathalie hérite d'un goût prononcé pour les dîners mémorables, qu'elle perpétue aujourd'hui dans sa propre chambre de bonne.
Le livre de Nathalie George fait revivre les recettes de Gigi, du homard à l'armoricaine aux endives au jambon, en passant par la tarte au sucre et le ragoût de mouton. Ces plats, chargés de souvenirs et de saveurs, témoignent d'une transmission intergénérationnelle précieuse.
L'épreuve du pensionnat et l'électrochoc de Mai 68
À l'âge de 8 ans, suite à des démêlés judiciaires entre ses parents, Nathalie George est placée dans un pensionnat religieux. L'expérience est rude : uniforme, discipline de fer et nourriture infâme. Elle décrit l'obligation de manger des épinards et des blettes "imbouffables" avant d'avoir droit à la viande, et les punitions infligées aux élèves qui tentent de contourner les règles.
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À 17 ans, elle est renvoyée du pensionnat et décroche son baccalauréat sans grande conviction. Mai 68 représente un "électrochoc" pour la jeune femme, qui se lance avec boulimie dans la vie. Elle s'inscrit en droit à la fac et à l'Institut Goethe, tout en cumulant divers emplois chez Dior (ramasse-miettes, caissière, vendeuse, emballeuse) et chez un grossiste en baguettes à souder et roulements à billes.
Une vie professionnelle éclectique
Nathalie George se définit elle-même comme une "bonne à tout faire" des métiers de la création. Elle devient styliste pour Christofle, monte sa propre agence et travaille pour la Réunion des musées nationaux (RMN), Air France, la National Gallery à Londres et les chemins de fer au Japon. Au Japon, elle se lie d'amitié avec le chef étoilé Joël Robuchon, qui lui confie : "On ne peut pas faire de cuisine si l'on n'aime pas les gens !"
Son parcours professionnel est riche et varié, témoignant d'une curiosité insatiable et d'une capacité d'adaptation remarquable. Nathalie George a su saisir les opportunités qui se sont présentées à elle, tout en restant fidèle à ses passions.
La vie au 6ème étage : résilience et créativité
Malgré une carrière florissante, Nathalie George connaît des difficultés financières qui la conduisent à s'installer dans une chambre de bonne au sixième étage d'un immeuble bourgeois, sans ascenseur. Depuis quinze ans, elle vit dans cet espace réduit, qu'elle a transformé en un lieu de vie chaleureux et accueillant.
Son élégance reste intacte : elle cuisine en jupe Chanel et en escarpins vernis immaculés, le chignon impeccable et les boucles d'oreilles assorties à sa tenue. Elle est devenue une "reine sous les toits", la protectrice des chats de gouttière et de la jeunesse étudiante qui fréquente sa "thébaïde".
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Dans ses deux pièces exiguës, Nathalie George a su créer un univers à son image. Elle dort sur un simple futon, et ses vêtements de marque sont soigneusement rangés dans des housses et des boîtes. Elle cuisine sur une plaque chauffante posée à même le sol, avec un matériel réduit au minimum : trois casseroles, une cocotte, un couteau d'office et deux couvercles, dont une antiquité cabossée héritée de Gigi.
Le midi, elle transforme son bureau en salle à manger, déplaçant les piles de papiers dans le couloir. "La fantaisie est de mise au sixième étage. Comme au XVIIIe siècle, les pièces changent de destination", affirme-t-elle. Elle profite de l'occasion pour feuilleter ses livres consacrés à Venise, où vivait "l'homme de sa vie", disparu il y a huit ans.
Les dîners du 6ème étage : partage et convivialité
Malgré l'exiguïté de son logement, Nathalie George continue d'organiser des dîners pour ses amis et voisins. Elle économise la vaisselle en utilisant des assiettes en carton posées sur des assiettes en céramique. Ces repas, préparés avec amour et ingéniosité, sont l'occasion de partager des moments de convivialité et de bonne humeur.
Le parfumeur Francis Kurkdjian, un habitué des dîners du sixième étage, témoigne dans le livre de Nathalie George : "Sous ces toits de Paris s'est construit au fil du temps un monde parallèle où l'amour et la générosité me font penser à chaque fois que l'on ne peut absolument rien tirer du néant, mais faire énormément avec des petits riens…"
Nathalie George a su créer une communauté autour de la cuisine et du partage, transformant sa chambre de bonne en un lieu de rencontre et d'échange.
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La cuisine du 6ème étage : un livre de recettes et de souvenirs
Nathalie George a publié un livre intitulé "La Cuisine du 6e étage, du piano au réchaud", préfacé par Yannick Alléno. Ce livre est bien plus qu'un simple recueil de recettes : c'est un témoignage de vie, une ode à la résilience et à la créativité.
Elle y partage ses recettes préférées, héritées de Gigi ou inventées au fil de ses expériences. Elle y raconte également son parcours de vie, ses joies et ses épreuves, avec une gouaille joyeuse et une langue un brin surannée.
"La Cuisine du 6e étage" est un livre émouvant et inspirant, qui nous rappelle que l'on peut bien manger pour pas cher, et que la cuisine est une école de vie.
Un message d'espoir et d'optimisme
Malgré les difficultés qu'elle a rencontrées, Nathalie George reste une femme optimiste et pleine d'énergie. Elle refuse de se laisser abattre par les épreuves, et continue de croquer la vie à pleines dents.
Elle aime fréquenter le café Galliera, où elle a ses habitudes depuis 2011. "Le café, c'est la vie. C'est le meilleur endroit pour voir les gens tels qu'ils sont vraiment", confie-t-elle. Elle y a noué de nouvelles amitiés, comme avec Serge Boyer, le gérant du café, qui la décrit comme un "personnage" qui s'adapte à tout.
Nathalie George est un exemple de résilience et de créativité. Elle nous montre qu'il est possible de surmonter les difficultés et de trouver le bonheur, même dans les situations les plus précaires. Son histoire est une source d'inspiration pour tous ceux qui cherchent à donner un sens à leur vie et à transformer les épreuves en opportunités.
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