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Muldo, Roux, Temps Fécond et Reproduction : Exploration des Enjeux et des Controverses

L'article suivant explore les enjeux éthiques, politiques et économiques liés à la reproduction, en particulier à travers le prisme des semences animales et végétales. Il aborde les questions de genre, de pouvoir et de contrôle associés à la reproduction, tout en soulignant les risques et les opportunités liés à la manipulation des semences.

Introduction

La question des semences, qu'elles soient animales, végétales ou même minérales, est intimement liée à la reproduction des espèces et soulève des interrogations fondamentales sur notre rapport au vivant, au passé et au futur. Cet article explore les enjeux complexes qui entourent la reproduction, en examinant les discours et les pratiques qui façonnent notre compréhension de la fertilité et du genre.

Eugénisme et contrôle de la reproduction

Au début du XXe siècle, l'eugénisme, ou la sélection « scientifique » des êtres humains, est apparu comme une solution rationnelle et efficace pour lutter contre le risque de propagation de maladies considérées comme héréditaires, telles que la tuberculose et la syphilis. L'idée était d'organiser la reproduction humaine sur le mode de la production d'animaux « de race », en sélectionnant les « meilleurs » hommes pour féconder un grand nombre de femmes et assurer ainsi des naissances eugéniques.

En 1932, Enrique Madrazo défendait un mode de sélection inspiré de ce que les sciences naturelles appliquaient déjà aux plantes et aux animaux. Il s’étonnait que l’homme continue à échapper à cette culture et à cette sélection naturelle scientifique. Madrazo s’indignait que l’homme ne considère pas monstrueux d’être le père de rejetons calamiteux, et avec une inconscience criminelle ensemence son monde et sa société de tuberculeux, d’imbéciles et de syphilitiques.

La manipulation des semences : un enjeu ancien et actuel

La manipulation et le contrôle des semences à des fins de rationalisation de la (re)production est un enjeu à la fois très actuel et extrêmement ancien. Traditionnellement, le passage de l’époque des « chasseurs-cueilleurs » aux agriculteur·ices était daté du moment de prise de conscience de l’origine reproductive des graines végétales. Qu’elles soient des graines, des gamètes ou des spores, les semences sont à l’origine de la vie. Les sélectionner, les reproduire et les gérer signifie prendre la main sur ce pouvoir qui nous échappe, et ce d’autant plus actuellement que le changement climatique et les pollutions menacent à la fois de très nombreuses formes de vie, mais aussi la fertilité des êtres vivants.

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Tout comme on envisage de créer des banques de semences sous le permafrost pour préserver des espèces végétales en voie de disparition, les banques de gamètes permettent aux êtres humains de préserver leur fertilité. Mais les connaissances et les pratiques sur la reproduction ne permettent pas de pallier tous les effets néfastes produits par les activités humaines. Au contraire, la production de semences agricoles menace la biodiversité et l’indépendance des agriculteurs·trices en suivant des objectifs de productivité. De la même façon, la maîtrise de la fertilité des femmes par les pilules contraceptives pourrait participer à la contamination des eaux de surface et perturber la fertilité de la faune aquatique voire provoquer sa « féminisation », au même titre que d’autres perturbateurs endocriniens, tandis qu’il a été prouvé que le glyphosate, herbicide le plus utilisé au monde durant des décennies, a des effets toxiques sur les cellules embryonnaires humaines et pourrait en avoir sur la fertilité humaine et animale.

Controverses et risques liés à la manipulation des semences

Différentes controverses et mouvements militants soulignent les risques liés à ces pratiques, qu’il s’agisse de l’introduction d’organismes génétiquement modifiés en agriculture (OGM) ou de reproduction médicalement assistée. Hors même du champ de la réalité, les fictions sont là aussi pour nous rappeler les conséquences terribles d’une mauvaise manipulation des semences.

Dans la série The Last of Us, la colonisation du monde par un champignon mène à l’apocalypse. Le changement climatique aurait permis à ce champignon, le cordyceps, de devenir un parasite pour l’espèce humaine. Au contact de ses spores, les humains deviennent physiquement des croisés d’humains et de cordyceps, contrôlés mentalement par le champignon qui fait d’elles et eux des zombies sanguinaires.

Repenser les relations de parenté et le vivant

À l’opposé de nombreuses fictions qui insistent sur la nécessité de séparer les humains et le reste du monde vivant, Donna Haraway imagine dans ses Histoires de Camille un croisement d’une toute autre nature. À sa naissance, Camille 1, premier personnage d’une série de cinq générations de Camille, est lié·e par ses trois parents à des papillons monarques. Des gènes des papillons sont insérés dans le patrimoine génétique des Camille, provoquant quelques changements physiques, mais surtout un changement de sensibilité. Iels deviennent capables de mieux comprendre le monde tel que le perçoivent les papillons, en les rendant sensibles aux menaces qui pèsent sur la survie des monarques : le manque d’eau, les pesticides et le changement climatique. Avec cette fable, elle aussi post-apocalyptique, Haraway suggère de repenser les relations de parenté en imaginant un autre lien au vivant, au besoin en créant des liens de parenté inter-espèces, afin de penser une autre survie dans un monde déjà affecté par le changement climatique.

Genre et reproduction : une construction sociale

La question des semences est étroitement liée à celle de la reproduction des espèces végétales et animales. Qu’elles soient humaines, végétales ou animales, les semences font l’objet de représentations sexuées, qui sous-tendent les savoirs et les pratiques de reproduction. Des débats sur l’existence d’un sperme féminin à la différenciation des semences végétales entre « mâles » et « femelles », les sciences sociales abondent d’exemples montrant comment les discours et pratiques autour de la fertilité participent de la construction du genre.

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Dès l’émergence au XVIIIe siècle du système de classification botanique fondé sur les travaux de Linné, les plantes sont classées sur la base de leurs parties (feuilles, fleurs, racines) et leur type de reproduction sexuelle. Londa Schiebinger a montré comment l’émergence de la botanique en tant que science coïncidait ainsi avec une sexualisation des plantes, qui identifie certaines parties en tant que « femelles » et d’autres en tant que « mâles », générant une revalorisation de ces dernières. Dès lors, la reproduction des plantes devient tributaire d’analogies avec la reproduction animale, et plus particulièrement celle des mammifères (dont les humains) : ainsi, le pollen tombe des étamines comme le liquide séminal de l’organe sexuel masculin, et imprègne les ovules situés dans le pistil.

Françoise Héritier affirme que « ce n’est pas le sexe mais la fécondité qui fait la différence entre le masculin et le féminin ». La semence humaine n’a par ailleurs pas toujours été considérée comme uniquement masculine. La théorie hippocratique de la double semence, qui fait de la fécondation le résultat de la rencontre entre les semences mâles et femelles, a longtemps prévalu dans la médecine occidentale contre la théorie aristotélicienne qui reléguait la femme au rôle de réceptacle passif de la semence masculine. Jusque dans les années 1840, on considérait donc que les femmes émettaient, au même titre que les hommes, une semence fertile au moment de l’orgasme.

Plus récemment, Emily Martin a montré comment les récits médicaux au sujet de la procréation humaine contribuent à produire une opposition entre des spermatozoïdes actifs et des ovules passifs, en dépit des observations scientifiques des interactions entre les deux au moment de la fécondation.

Au-delà des gamètes : sang, lait et sperme

Les semences humaines ne se limitent cependant pas uniquement à ce que la science contemporaine nomme les gamètes : dans bien d’autres contextes socio-historiques, tant le sperme que le sang et le lait sont nécessaires à la mise au monde d’une nouvelle personne. Ces substances corporelles jouent notamment un rôle central dans les systèmes de parenté, comme l’attestent les parentés de lait, sur lesquelles pèsent les mêmes interdits matrimoniaux que sur la consanguinité. Elles permettent ainsi de relier des individus à des groupes, non seulement humains mais aussi animaux.

Tant le sperme que le lait et le sang font par ailleurs l’objet de représentations et pratiques bien au-delà de la sphère reproductive. Elles peuvent être associées à la vitalité, à la puissance, à l’énergie ou à la force physique, tout aussi bien qu’à l’affaiblissement, la maladie ou la mort. Ainsi, au XIXe siècle la vasectomie régénératrice était conseillée pour renouveler la vitalité masculine. Outre ces attributs plutôt liés à la reproduction et à la santé, les liquides ou humeurs possèdent aussi une dimension érotique dont on pourrait explorer les contours.

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Métaphores de l'ensemencement et imaginaires genrés

Dans le cadre des études gays et queer, des recherches ont mis en évidence une certaine fétichisation du sperme qui apparaît notamment dans des pratiques comme celle du barebacking. Tim Dean souligne l’accroissement de cette pratique dans les années post-sida, mais loin d’en faire le résultat de troubles psychologiques, il montre comment cette pratique sert à reprendre du pouvoir sur la mort en représentant des pratiques désirables mais que les personnes n’ont pas nécessairement, en raison de la prise de risque qu’elles représentent. Le fétichisme du sperme qui entoure des pratiques comme celles du barebacking est aussi soutenu par des métaphores autour de l’ensemencement, dont il serait intéressant d’analyser la signification et le caractère genré. Dans la pornographie hétérosexuelle également, le sperme et l’éjaculation sont porteurs d’une grande charge érotique qui s’inscrit aussi dans des représentations genrées spécifiques, comme en témoignent l’importance des scènes d’éjaculation externes qui répondent à l’exigence pornographique de visibilité maximale.

Les métaphores de l’ensemencement peuvent aussi être utilisées dans des contextes ne mettant pas en jeu des êtres vivants appartenant au monde animal ou végétal. Ainsi, la fécondité associée au sperme masculin transcende les seuls rapports entre humains, comme l’attestent les rituels propitiatoires des mineurs de fond étudiées par les anthropologues en milieu andin. L’espace souterrain étant conçu comme un ventre de femme qui accouche du minerai, ces rituels consistent à réaliser des libations, des invocations séduisantes, voire à s’échanger des blagues grivoises et à mimer l’acte sexuel entre hommes, afin d’exciter la Pachamama ou Terre mère pour qu’elle livre ses richesses. Les femmes, quant à elles, sont interdites d’entrer dans la mine, le risque étant que celle-ci ne devienne « jalouse » et fasse ainsi disparaître le minerai.

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