Les fausses couches sont des événements malheureusement fréquents, et leur prise en charge peut varier en fonction du contexte et du terme de la grossesse. Cet article vise à fournir une information claire et détaillée sur les médicaments utilisés dans le traitement des fausses couches spontanées et des interruptions volontaires de grossesse (IVG) médicamenteuses.
Prise en charge des fausses couches spontanées
Dans de nombreux cas, les fausses couches précoces ne nécessitent pas d'intervention médicale particulière. L'expulsion de l'embryon et du placenta se fait naturellement, et une surveillance échographique permet de s'assurer que ce processus est complet.
Surveillance et expulsion spontanée
Après une fausse couche précoce, l’embryon, les membranes et le placenta sont expulsés spontanément par le vagin en une à deux semaines, parfois jusqu’à quatre semaines. Cette expulsion naturelle est souvent privilégiée lorsque cela est possible.
Traitement médicamenteux : le misoprostol
Lorsque l'expulsion n'est pas complète, une injection de prostaglandines, plus précisément de misoprostol, peut être administrée. Ce médicament stimule les contractions de l'utérus, facilitant ainsi l'élimination des débris.
Intervention chirurgicale : dilatation et aspiration
Si le traitement médicamenteux s'avère insuffisant, une intervention chirurgicale peut être nécessaire. Elle consiste à dilater le col de l'utérus et à aspirer les tissus restants.
Lire aussi: Administration de médicaments : cadre légal en crèche
Fausses couches tardives
Lorsqu’une fausse couche se produit après la 13e semaine de grossesse, il est souvent nécessaire d’hospitaliser la mère pour provoquer un accouchement. Le suivi psychologique des femmes qui ont fait une fausse couche tardive est particulièrement important.
Prévention des contractions prématurées
Lorsqu’une femme enceinte présente des contractions au cours du deuxième trimestre de grossesse et que le col de son utérus est dilaté sans perte des eaux, le médecin peut prescrire des médicaments contre les contractions, du repos complet et décider de maintenir le col artificiellement fermé à l’aide d’un cerclage posé sous anesthésie.
Interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est une méthode d'interruption de grossesse qui consiste à prendre deux médicaments différents pour provoquer une fausse couche. Elle est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée). 76 % des IVG réalisées sont des IVG médicamenteuses.
Les étapes de l'IVG médicamenteuse
Information et recueil du consentement : Deux temps préalables sont obligatoires.
Le temps d'information : Un entretien avec un médecin ou une sage-femme est réalisé pour informer la femme sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et lui remettre un dossier-guide. Un entretien psychosocial est proposé, obligatoire pour les mineures.
Lire aussi: Impact des médicaments sur les règles
Le recueil du consentement : La femme choisit la méthode d’IVG qui convient le mieux à sa situation personnelle et confirme son choix par un écrit. C’est également un moment pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire, et pour se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l’utérus.
La prise des médicaments : Deux médicaments sont nécessaires pour interrompre la grossesse : la mifépristone et le misoprostol.
La mifépristone (Mifégyne) : Ce médicament bloque l’action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Il favorise également les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Dès cette première étape, des saignements et des douleurs plus ou moins importants peuvent survenir.
Le misoprostol (Gymiso, Misoone) : Ce médicament augmente les contractions et provoque l’IVG. Il est pris 24 à 48 heures après la mifépristone, soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes. Des saignements souvent assez abondants accompagnent l’interruption de la grossesse. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).
La visite de contrôle : 14 à 21 jours après la première prise de médicament, une visite de contrôle est nécessaire pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications.
Lire aussi: Fertilité masculine et médicaments
Les médicaments de l’IVG médicamenteuse
Cinq spécialités pharmaceutiques indiquées pour l’IVG médicamenteuse sont disponibles en officine de ville :
- Miffee 200mg®, Mifégyne 200mg®, Mifégyne 600mg® (mifépristone)
- Misoone400µg® et Gymiso 200µg® (misoprostol).
Modalités de prescription et de délivrance
- Consultation physique : Lors d’une consultation physique, le médecin ou la sage-femme délivre directement à la femme les médicaments nécessaires à la réalisation de l'IVG.
- Téléconsultation : Lors d’une téléconsultation, l’ordonnance est transmise par le praticien à la pharmacie d’officine désignée par la femme par messagerie sécurisée ou par tout moyen garantissant la confidentialité des informations. La femme récupère ensuite les médicaments en pharmacie.
Informations importantes
- L'IVG médicamenteuse est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie pour toutes les personnes assurées sociales, ayant-droits ou bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat (AME).
- Une autorisation parentale n’est pas obligatoire pour une IVG si la patiente est mineure. Elle doit cependant être accompagnée par un adulte de son choix et assister à une consultation psychosociale.
- Il n’existe pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG.
Taux de réussite et délai légal
Le taux de réussite d’une IVG médicamenteuse est de 95 %. La durée légale maximale de grossesse pour avoir recours à une IVG médicamenteuse est de 7 semaines.
Effets secondaires et complications possibles
La prise de misoprostol peut entraîner des contractions utérines plus ou moins douloureuses qui ressemblent à celles des règles ou plus intenses. Ces douleurs sont atténuées par un antalgique. D'autres effets secondaires peuvent survenir : nausées, vomissements, diarrhées. Des saignements, généralement d'une dizaine de jours, sont également à prévoir.
Dans de rares cas, des complications peuvent survenir :
- Échec de l’IVG : Si la grossesse se poursuit, le médecin ou la sage-femme oriente la patiente vers l’IVG instrumentale.
- Hémorragie : C’est le risque principal de l’IVG médicamenteuse.
- Infection : Fièvre à 38° qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol, douleurs différentes de celles des règles, pertes inhabituelles en couleur et odeur.
En cas de symptômes inquiétants, il est impératif de se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG fournie par le professionnel de santé.
Contre-indications
La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. D'autres contre-indications existent : corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
Retour de la fertilité
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé d'utiliser une contraception.
Impact psychologique
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
Le rôle du pharmacien
Les pharmaciens peuvent délivrer les médicaments nécessaires à l’IVG par voie instrumentale réalisée hors établissement de santé (Mifégyne 200 mg ®, Gymiso 200 µg ®, Misoone 400 µg ®) sur présentation d’une commande à usage professionnel émanant d’un médecin exerçant en cabinet de santé et ayant passé convention avec un établissement de santé.
Cadre de prescription compassionnelle (CPC)
Les spécialités Mifégyne 200 mg ® et 600 mg ®, Gymiso 200µg ® et Misoone 400µg ® font l’objet d’un cadre de prescription compassionnelle (CPC) effective depuis le 1er mars 2018 et dont l’indication est la prise en charge des fausses couches précoces du premier trimestre (avant 14 SA) en cas de grossesses arrêtées. Dans le cadre de cette CPC, ces 2 médicaments sont accessibles pour tous les médecins, sur présentation d'une commande à usage professionnel portant les mentions « usage professionnel » et "prescription au titre d'un accès compassionnel en dehors du cadre d'une autorisation de mise sur le marché".
Les spécialités à base de misoprostol (Gymiso 200 µg ® et Misoone 400 µg ®) font l’objet d’un cadre de prescription compassionnelle (CPC) effective depuis le 22 février 2022 et dont l’indication est la prise en charge des interruptions volontaires de grossesses médicamenteuses à la 8ème et à la 9ème SA en association avec la mifépristone.
tags: #medicaments #pour #avortement #spontane #traitement