Maurice Ronet, figure emblématique du cinéma français, a marqué les esprits par son élégance, son charisme et la profondeur de ses interprétations. Cet article explore la vie et la carrière de cet acteur discret mais influent, en mettant en lumière les aspects souvent méconnus de sa personnalité et de son parcours artistique.
Un Homme de Paradoxes
Maurice Ronet était un homme de paradoxes, un être complexe tiraillé entre la lumière et l'ombre. Célèbre, il restait réservé, cultivant une certaine distance même dans les milieux les plus mondains comme Cannes, où il avait pourtant présidé le jury après avoir joué les trublions en mai 68. Français, il vivait souvent à Los Angeles, où il est décédé des suites d'un lymphome. Pudique, il n'hésitait pas à aborder des sujets tabous comme l'adultère, l'inceste ou la prostitution enfantine, toujours avec une élégance délicate.
Issu d'une famille bourgeoise de sucriers du Nord, il avait choisi une voie artistique, préférant l'IDHEC à HEC. Il avait débuté dans le documentaire avant de devenir un créateur de fictions reconnu. Refusant les étiquettes, il a imprimé sa marque sur le cinéma de la seconde moitié du XXe siècle.
Jeunesse et Premiers Pas
Maurice Ronet est né le 13 avril 1927 à Nice, fils des comédiens Emile Ronet et Gilberte Dubreuil. Il les accompagne en tournée et découvre très tôt le métier d'acteur. Installé avec sa famille à Lausanne de 1939 à 1942, il y fait ses débuts sur les planches en 1941 dans une pièce de Sacha Guitry, Deux couverts, où il donne la réplique à ses parents.
À l'âge de 16 ans, il étudie la comédie au Centre du Spectacle de la Rue-Blanche où il a notamment pour professeur Bernard Blier, et s'inscrit ensuite au Conservatoire national d'art dramatique de Paris. Également passionné de musique et de peinture, il fréquente le milieu artistique du quartier de Saint-Germain-des-Prés. C'est là qu'il est repéré par Jacques Becker, qui lui fait faire ses débuts au cinéma dans Rendez-vous de juillet en 1949. Ce succès lui permet d'obtenir des rôles de jeune premier. L'année suivante, il épouse la comédienne Maria Pacôme, qui met alors sa carrière entre parenthèses jusqu'à leur séparation en 1956.
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L'Ascension Cinématographique
La carrière de Maurice Ronet prend son essor dans les années 1950, avec des rôles marquants dans des films tels que Rendez-vous de juillet de Jacques Becker et La Sorcière d'André Michel. Il accède à la notoriété grâce à ces premiers succès.
En 1957, il décroche l'un de ses rôles les plus connus, celui de l'amant criminel de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l'échafaud. Grâce à Louis Malle, qu'il retrouvera pour Le Feu follet en 1963, le comédien s'illustre par la suite dans des rôles plus sombres et tragiques, en homme désespéré et suicidaire, en meurtrier inquiétant, en victime humiliée ou encore en séducteur sans scrupules. Des personnages restés mémorables au sein de sa carrière.
En 1960 dans Plein Soleil, Maurice Ronet tourne pour la première fois avec Alain Delon, un comédien français majeur qu'il retrouvera à de nombreuses reprises (dans Les Centurions et La Piscine entre autres). Acteur pour Claude Autant-Lara (Le Meurtrier), Claude Chabrol (Le Scandale, La Femme infidèle) ou encore Georges Lautner (Mort d'un pourri), Ronet est aussi sollicité au-delà des frontières hexagonales. S'il n'est finalement pas retenu pour jouer dans Lawrence d'Arabie (David Lean lui préfère Omar Sharif), il tourne aux États-Unis (Les Centurions, How Sweet it is), en Espagne (Le Diable sous l'oreiller), en Italie (Le Diable dans la tête) et en Allemagne (Bis zur bitteren Neige, Seul le vent connaît la réponse).
Ascenseur pour l'échafaud et Le Feu follet : Deux Rôles Emblématiques
Maurice Ronet entre dans la légende du cinéma avec Ascenseur pour l'échafaud (1958) et Le Feu follet (1963), de Louis Malle. L'acteur Mathieu Amalric admire son jeu depuis l'âge de 15 ans. Ils appartiennent à la même famille de comédiens. Ils disent le texte et le sous-texte.
Ascenseur pour l'échafaud
Dans ce film noir réalisé par Louis Malle, Ronet incarne Julien Tavernier, un homme qui assassine son patron avec l'aide de sa maîtresse, Florence (Jeanne Moreau). Un simple oubli va faire basculer son plan et le plonger dans une spirale infernale. Le film est marqué par la musique de Miles Davis, qui contribue à créer une atmosphère angoissante et mélancolique.
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Le Feu follet
Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de Louis Malle, Le Feu follet est une adaptation du roman de Drieu La Rochelle. Ronet y interprète Alain Leroy, un dandy alcoolique en cure de désintoxication qui décide de mettre fin à ses jours. Le film explore les thèmes de la solitude, du désespoir et de la difficulté de vivre. La performance de Ronet est bouleversante, capturant la profondeur du mal-être de son personnage.
Malle, un grand optimiste, réalise ici son film le plus obscur, mais réussit le tour de force de faire de cette histoire un chant à la vie au lieu d'un éloge de l'option morale du suicide. Pour cela, il compte sur la profonde humanité qui peut se lire à tout instant sur le visage de Maurice Ronet : en se mettant dans la peau d'un idéaliste qui vit dans une désillusion permanente, Ronet transmet l'incapacité dont souffre l'Homme d'atteindre la plénitude. La présence de l'acteur est bouleversante à tout moment du métrage, mais c'est peut-être la séquence d'ouverture qui donne la mesure de son talent : au lit avec une belle femme qu'il n'arrive pourtant pas à sentir, à toucher, il est là sans y être, sa voix en off expliquant ses sensations, la musique de Satie creusant les silences. Maurice Ronet est au Paradis !
Vie Privée : Entre Amours et Solitude
Maurice Ronet épouse Maria Pacôme en 1950. Ils divorcent six ans plus tard. Il vivra une histoire d'amour avec Anouk Aimée. Maurice Ronet était un homme à femmes, mais plaçait l'amitié au-dessus de l'amour. Il dépense sans compter pour lui et les autres. "Tu sais bien, je ne prête pas, je donne." Il multiplie les conquêtes féminines, mais ne s'en vante jamais.
La jeune Betty Desouches a eu une liaison de près de dix ans avec Maurice Ronet. Elle est entrée un jour dans sa chambre et l'a trouvé, assis sur son lit, un revolver sur la tempe. Ils n'en ont jamais parlé.
Alexandra Stewart fait une fine comparaison entre Brigitte Bardot et Maurice Ronet. Ils ont en commun une sauvagerie non feinte. Ils sont capables de se foutre de tout et de tous. Les femmes de sa vie ont affaire à un homme soudainement agressif sous l'emprise de la boisson.
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Il aura un fils unique, Julien, de Joséphine Chaplin. Julien Ronet, son fils, part sur les traces de celui qu’il n’a pas connu (l’acteur est décédé quand il n’avait que 2 ans). À travers les personnages incarnés, les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé et les archives, le parcours d’un fils pour percer les mystères du « sourire mi-amer mi-ironique » de son père acteur.Invités: Julien Ronet et Olivier Roche de l'association Cinémanouche.
Un Homme Tourmenté
Sa beauté a souvent fait écran à sa noirceur; son alcoolisme a parfois réveillé sa violence. Le mystérieux Maurice Ronet a tenu le rôle d'un dandy cynique dans Raphaël ou le Débauché (1971), de Michel Deville. Aurore de Chéroy (Françoise Fabian) demande à une de ses nièces pourquoi elle plaint Raphaël de Lorris (Maurice Ronet) et ses amis dépravés. Elle répond : "Parce qu'ils font semblant de ne pas être tristes."
Il ne parlait jamais de son enfance. Maurice Ronet est né en 1927 à Nice. Il est fils unique.Ses parents sont comédiens. Il se présente, partout où il passe, comme un garçon solitaire. Il aime, avant tout, lire. Sa passion pour Edgar Poe et Herman Melville ne se démentira pas avec les années. Moby Dick est son roman préféré. Il se rêve peintre ou écrivain. Surtout pas de cinéma. Il récite des passages entiers d'Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry, et aime écouter la musique de Bach. Il est un bon musicien, jouant du piano et de l'orgue.
Maurice Ronet ne cessera d'échapper à son mal-être par les livres et l'alcool. Il boit jusqu'à s'effondrer, fréquente les prostituées, tourne dans de mauvais films. Ses manières de seigneur, ses manières de destructeur. Maurice Ronet cherche autre chose.
Réalisation et Autres Talents
Maurice Ronet ne se contente pas de jouer la comédie : outre des téléfilms et un court-métrage consacré aux varans géants de l'île de Komodo, il signe deux longs-métrages en tant que réalisateur. Le Voleur de Tibidabo (1964), porté par Anna Karina, est un échec public et critique. Il réitère cependant l'expérience en 1976 avec une adaptation d'Herman Melville qui lui tient à cœur : Bartleby. Diffusé à la télévision, l'accueil est tel que le film finit par être exploité en salles.
Il commence sa carrière de réalisateur avec Le Voleur du Tibidabo (1964) et tourne un documentaire intitulé Vers l'île des dragons (1973) sur une île de l'océan Indien. Il adapte pour la télévision en 1976, grâce à Marcel Julian, Bartleby, de Herman Melville. Un succès public et critique.
Maurice Ronet était également un écrivain talentueux. "Tout chez Maurice était référence littéraire. Il voulait écrire. Mais il a été empêché d'écriture par la vénération qu'il portait aux écrivains" (Pascal Thomas).
Témoignages et Souvenirs
Le journaliste José-Alain Fralon a recueilli de nombreux témoignages originaux. Natacha Michel : "On sentait chez lui une profonde mélancolie, une grande réserve de noirceur." Pascal Thomas : "Trois sujets dominaient nos conversations : la bouffe, les femmes, les livres." Françoise Fabian : "Profondément mystérieux, secret, pudique." Jean Douchet : "Ce qui frappait tout de suite, c'était son intelligence." Brigitte Auber : "Mon Dieu, qu'il était beau! Avec toujours un fond de tristesse. On sentait chez lui, comment dire? une carence d'énergie, une sorte de désabusement, une difficulté à prendre les choses en main. C'est complexe, ce genre d'état d'esprit. Comme si on manquait d'une certaine molécule. Ou, encore plus complexe, une hésitation devant la vie." Anny Duperey : "Du point de vue privé, c'était un homme d'un secret total. Totalement opaque."
Les uns et les autres ragotent sur son homosexualité. Les hommes ne l'ont pourtant jamais attiré. Son entourage se casse simplement les dents sur son extrême réserve. On ne le comprend pas et ça lui va.
Fin de Vie et Héritage
Alors qu'on lui diagnostique un cancer des poumons en 1980, il continue à beaucoup tourner. On le voit notamment dans Beau-père de Bertrand Blier et La Balance de Bob Swain.
Beaucoup de ses amis l'abandonnent dans l'épreuve. Maurice Ronet se réfugie jusqu'au bout dans sa maison secondaire du Luberon. Il est donc enterré au cimetière de Bonnieux. La légende veut qu'il se soit suicidé. Il a été emporté, à 55 ans, par un cancer du poumon.
Maurice Ronet, de son vrai nom Maurice Robinet, est décédé d'un cancer le 14 mars 1983 à Paris (France). Il est enterré au cimetière de Bonnieux, dans le Luberon.
Cela fera 43 ans que Maurice Ronet est mort le samedi 14 mars 2026.
L'Élégance de la Simplicité
Sa tombe repose dans le cimetière de Bonnieux, dans le Vaucluse. Elle a la forme d'une petite cabane en pierres sèches. Dessus, comme inscription, son nom. Maurice Ronet ou l'élégance de la simplicité. Il payait pour tous, parlait bien à tous. Ceux qui l'ont connu louent son intelligence et sa gentillesse. Elles réussissaient à se frayer un chemin à travers une désespérance énigmatique. Silences et solitude.
Le héros de Pierre Drieu la Rochelle dans Le Feu follet avoue : "Je n'ai pas très envie de rentrer dans la vie." Maurice Ronet y est entré sur la pointe des pieds et en est reparti de la même façon. Entre, la fuite.
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