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Mariage d'enfants aux États-Unis : statistiques, réalités et lutte contre un phénomène caché

Bien que le mariage d'enfants soit souvent perçu comme un problème limité à certaines régions du monde, il persiste aux États-Unis, avec des conséquences dévastatrices pour les jeunes concernés. Cet article vise à explorer l'ampleur de ce phénomène, ses causes profondes, ses implications juridiques et les efforts déployés pour l'éradiquer.

Un phénomène mondial avec des réalités locales

Le mariage d'enfants, défini comme une union formelle ou informelle où l'une des parties est âgée de moins de 18 ans, est une pratique néfaste qui transcende les frontières. Bien qu'une baisse mondiale notable ait été observée, des jeunes filles continuent d'être mariées à des hommes plus âgés, souvent dans des contextes où les traditions et les normes sociales priment sur la loi. Chaque année, des millions de filles mineures sont unies à des hommes, parfois des inconnus. L'UNICEF condamne régulièrement ces pratiques, comme ce fut le cas lors du mariage d'une jeune Malaisienne de 15 ans à un homme de 44 ans.

En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, le mariage précoce des filles est particulièrement répandu. Selon les régions, les mariages ont lieu à la puberté, voire avant. Lakshmi Sundaram, directrice de l'association « Girls not Brides », souligne qu'il n'y a pas de limite d'âge et que des enfants de 6 ans peuvent être mariées à des hommes de seulement deux ans de plus, ou parfois avec 20 ou 30 ans de plus.

Contournement des lois et poids des traditions

Bien que la plupart des pays aient établi un âge minimum légal pour le mariage, il existe souvent des moyens de contourner ces lois. L'approbation d'un juge permet parfois de procéder à un mariage un ou deux ans avant l'âge minimum. De plus, le contexte religieux et traditionnel peut primer sur le cadre légal. Si un conseil religieux donne son accord, le mariage est souvent accepté par la loi et la société.

Le mariage d'enfants est intrinsèquement lié à l'inégalité des genres. Les familles et les communautés peuvent considérer les filles comme moins importantes, moins valorisées et incapables de prendre leurs propres décisions. La pauvreté, les conflits, les crises humanitaires et le manque d'accès à l'éducation contribuent également à l'augmentation de ces mariages. Les parents peuvent percevoir le mariage de leur fille comme une protection, une « bulle de sécurité », dans un contexte où toutes les jeunes filles sont mariées jeunes.

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Conséquences désastreuses pour les femmes-enfants

Une fois mariées, les jeunes filles sont souvent retirées de l'école, les responsabilités du foyer étant considérées comme prioritaires. Elles se retrouvent isolées, privées d'éducation et de perspectives d'avenir. Ces unions précoces ont des conséquences graves sur leur santé. Les grossesses précoces, souvent sans accès à la contraception, entraînent des taux élevés de mortalité maternelle et infantile. Leur santé mentale est également en danger, avec des cas de dépression et de tentatives de suicide signalés.

Il est extrêmement difficile pour ces femmes-enfants d'échapper à leur union. Bien que des progrès aient été réalisés, avec 25 millions de mariages d'enfants évités au cours de la dernière décennie, le problème est loin d'être résolu. L'UNICEF estime que plus de 150 millions de filles risquent d'être mariées d'ici 2030.

La situation aux États-Unis : un problème méconnu

Le mariage d'enfants n'est pas un phénomène étranger aux États-Unis. Entre 2000 et 2010, 248 000 enfants ont été mariés dans le pays. Rima Nashashibi, fondatrice de Global Hope 365, souligne que de 2000 à 2018, près de 300 000 enfants, principalement des jeunes filles parfois âgées de seulement 10 ans, ont été mariés. Ces unions sont légales dans la majorité des États, et dans cinq d'entre eux, il n'y a aucune limite d'âge.

Les raisons de ces mariages sont variées. Dans certaines communautés, comme chez les mormons, le mariage peut être déterminé avant la naissance. L'isolement communautaire, la grossesse précoce et la volonté de « sauver l'honneur » de la famille peuvent également conduire à des mariages forcés. Dans certains cas, des jeunes filles sont contraintes d'épouser leur violeur.

Dawn Tyree, mariée de force à 13 ans à un homme de 32 ans en 1986, témoigne de son expérience traumatisante. Elle a été victime d'agressions sexuelles dès l'âge de 11 ans, et le mariage a été arrangé par son père pour éviter à l'agresseur une peine de prison. Lorsqu'elle a tenté de fuir à 17 ans, elle a été rejetée par les refuges pour sans-abri en raison de son statut de mineure fugueuse.

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Lacunes juridiques et exemptions conjugales

Le corpus législatif encadrant ces unions rend souvent le divorce impossible et expose les mineurs à de graves risques psychosociaux. Les exemptions conjugales à la législation contre le viol décriminalisent les actes sexuels impliquant des mineurs. Alissa Kolki, épidémiologiste sociale à l'université McGill, souligne que dans certains États, les relations sexuelles entre conjoints mariés sont exclues de la définition du viol, ce qui pourrait inciter au mariage des enfants.

Actuellement, un mineur a simplement besoin d'une ordonnance d'un tribunal et de l'accord d'un parent pour se marier. Fraidy Reiss, fondatrice de l'association Unchained at Last, explique que la procédure est très simple : le couple se rend au bureau d'état civil, remplit des papiers et ressort légalement marié quelques minutes plus tard.

Obstacles et progrès législatifs

En Californie, Jerry Hill a tenté d'interdire le mariage d'enfants en 2018, mais s'est heurté à l'opposition de puissants lobbys, notamment l'ACLU. Il a finalement réussi à durcir la loi, créant des conditions de surveillance autour du mariage des mineurs. Le juge doit désormais interroger séparément le mineur et l'adulte pour vérifier l'absence de contrainte. Si un abus est suspecté, le dossier est renvoyé aux Affaires sociales de l'enfance. Cependant, Elizabeth Sitton constate que les mineurs n'osent souvent pas dire la vérité et que les parents donnent leur accord.

À ce jour, seuls 12 États et deux territoires interdisent le mariage de mineurs : le Delaware et le New Jersey (2018), les Samoa américaines, les Îles Vierges des États-Unis, la Pennsylvanie et le Minnesota (2020), le Rhode Island et New York (2021), le Massachusetts (2022), le Vermont, le Connecticut et le Michigan (juin 2023).

L'engagement des survivantes et des associations

Après des années de mariage forcé, les États-Unis commencent enfin à prendre des mesures pour interdire cette pratique. La prochaine étape consiste à proposer des services sociaux d'urgence aux mineurs qui fuient pour échapper à une union forcée. Il est essentiel d'interdire le mariage avant 18 ans partout pour protéger les enfants.

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Des survivantes comme Jenn Bradbury, mariée à 16 ans à un homme de 44 ans qui la violait depuis deux ans, s'engagent activement pour faire évoluer les lois. Elles témoignent de leur expérience et militent auprès des élus, des juges et de l'opinion publique. Grâce à leur plaidoyer, plusieurs États ont interdit le mariage des mineurs sans exception.

L'association Unchained at Last milite activement pour interdire le mariage des mineurs et estime que près de 300 000 enfants se sont mariés depuis 2000. Les militants rappellent que les mineurs mariés sont confrontés à des difficultés considérables pour sortir de la pauvreté, à des violences physiques et psychologiques, et qu'ils peuvent avoir du mal à accéder aux programmes de protection des victimes de violences.

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