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La Marge Brute en Élevage Allaitant : Définition et Stratégies de Maîtrise

La marge brute est un indicateur économique essentiel pour les éleveurs, permettant d'orienter les décisions stratégiques et d'évaluer la rentabilité d'un atelier. Contrairement au coût de production, elle offre une vision claire de la performance économique immédiate de l'atelier. Cet article détaille la méthodologie de calcul de la marge brute, son analyse et les décisions stratégiques qui en découlent, avec un focus particulier sur les troupeaux allaitants.

La Marge Brute : Un Indicateur Clé

La marge brute se définit comme la différence entre les produits et les charges opérationnelles d'un atelier. Ce calcul simple permet de déterminer si un atelier est rentable et de se comparer à des références issues d'ateliers similaires, partageant le même système de production et une taille comparable.

Il est essentiel de noter que la marge brute et le coût de production sont complémentaires, offrant deux niveaux d'analyse distincts. Si la marge brute évalue la rentabilité immédiate, le coût de production, qui prend en compte les annuités, les rémunérations et les charges de structure, permet de déterminer si le prix de vente est rémunérateur pour l'agriculteur.

Calcul de la Marge Brute : Une Méthodologie Pas à Pas

Le calcul de la marge brute agricole est applicable à toutes les productions. Voici les étapes à suivre :

  1. Choisir l'atelier à étudier : Définir précisément l'atelier concerné (laitier, viande, cultures, etc.) ou une activité spécifique au sein d'un atelier (par exemple, l'activité "orge" de l'atelier cultures).

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  2. Lister les produits : Recenser toutes les recettes générées par l'atelier :

    • Ventes : lait, animaux de réforme, génisses, veaux (pour l'atelier laitier).
    • Variations de stocks : animaux présents, céréales en stock.
    • Aides directes : aides couplées directement liées à l'atelier (par exemple, ABL destinées à l'atelier laitier).
    • Indemnités d'assurances : versées en cas de perte de produits (dégâts de gel sur les céréales).
    • Autoconsommation : ne pas négliger cette part de la production.
  3. Lister les charges : Identifier toutes les dépenses liées à l'atelier :

    • Intrants : aliments, minéraux, fourrages (production animale) ; engrais, produits phytosanitaires, semences (production végétale).
    • Honoraires de services : vétérinaire, agent de pesée.
    • Travaux par tiers : triage de semences, identification des animaux.
    • Fournitures : équipements de salle de traite, équipements de l'éleveur (atelier animal).
    • Assurances : si souscrites.
    • Taxes : directement liées à l'atelier.

    Une astuce pour distinguer les charges opérationnelles des charges de structure est de se demander si la charge disparaît si l'atelier cesse de fonctionner. De plus, il est crucial de noter rigoureusement les sources d'enregistrement des charges (factures, cahier sanitaire, cahier de culture) pour faciliter les calculs ultérieurs.

  4. Prendre en compte les cessions entre ateliers : Si un atelier bénéficie de la production d'un autre atelier, il faut comptabiliser les cessions internes. Par exemple, si le blé est cédé à l'atelier laitier, deux options sont possibles :

    • Utiliser un prix de vente de marché.
    • Utiliser un prix de production, correspondant aux charges opérationnelles dépensées pour produire la céréale.

    Le prix de parité, basé sur la valeur nutritive de l'aliment, est une alternative intéressante. Il est recommandé de consulter un conseiller indépendant pour déterminer la méthode la plus appropriée.

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  5. Calculer la marge brute : La formule est simple :

    Marge Brute = Produits - Charges opérationnelles

    Il est important de rappeler que cette méthode ne prend pas en compte les charges de structure agricole, les amortissements, les annuités et les rémunérations.

  6. Choisir la bonne unité : Le choix de l'unité est crucial pour comparer les résultats aux références. Les unités couramment utilisées sont :

    • Atelier laitier : € /1000 L ou € /ha SFP (Surface Fourragère Principale).
    • Atelier viande : € /UGB (Unité Gros Bétail) ou € /kg de viande vive produite.
    • Atelier cultures : € /ha ou € /quintal vendu.

Analyser la Marge Brute : Identifier les Marges de Manœuvre

Pour analyser la marge brute, il est conseillé de présenter les résultats sous forme d'arbre, permettant de visualiser clairement les différents postes de produits et de charges. Il est également utile d'indiquer les chiffres de la référence choisie pour identifier les marges de manœuvre possibles.

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Après avoir rappelé le contexte de l'exploitation et la conjoncture économique, il est important de se poser les questions suivantes :

  • Comment la marge brute évolue-t-elle ? Cette évolution est-elle liée à une modification du système (saturation d'un robot, changement de système fourrager) ? Les références ont-elles changé ?
  • Quelle est l'origine des écarts avec les références ?
  • Quelles sont les marges de manœuvre ? Sur quelles charges est-il possible de réaliser des économies ? Quels produits peuvent être maximisés ? La trésorerie est-elle optimisée ?

Prendre les Bonnes Décisions : Une Conséquence de l'Analyse

Chaque résultat de marge brute est la conséquence d'une décision prise concernant l'atelier. Pour évaluer la pertinence de cette décision :

  • Si le résultat de marge brute est positif :
    • Il est possible de continuer à progresser en s'améliorant.
    • Il faut évaluer les risques à moyen ou long terme avant de réitérer la conduite.
  • Si le résultat de marge brute n'est pas à la hauteur des attentes :
    • Il faut éviter de reproduire la même conduite, car une erreur technique a peut-être été commise.
    • Il peut être judicieux de maintenir la décision, en considérant un investissement à long terme (par exemple, un chaulage des sols).

L'analyse de la marge brute permet d'évaluer la pertinence d'une orientation stratégique à moyen terme, comme le changement de système fourrager et l'autonomie alimentaire.

Marge Brute et Élevage Allaitant : Adaptation aux Aléas Climatiques

L'amélioration des capacités d'adaptation des élevages aux aléas climatiques et le développement d'outils d'assurance couvrant la production des prairies contre ces risques sont des enjeux majeurs dans la transition du régime public des calamités agricoles vers les assurances privées.

Une étude menée sur un large panel d'exploitations allaitantes sur la période 2000-2009 a quantifié la sensibilité des résultats économiques aux aléas climatiques et identifié les leviers techniques mobilisés par les producteurs.

L'élevage allaitant repose sur des systèmes fourragers où l'herbe est la principale ressource alimentaire du troupeau. Les éleveurs disposent de différentes options pour prévenir les risques et ajuster leurs choix de production aux conditions saisonnières. Cette gestion individuelle du risque doit être prise en compte dans la définition des offres d'assurance.

Analyse de la Sensibilité aux Aléas Climatiques

L'étude a analysé la situation des exploitations bovines et ovines allaitantes dans les principaux bassins de production français face aux aléas climatiques. Elle a également exploré l'intérêt des éleveurs pour les assurances individuelles, leurs connaissances des dispositifs de financement et leur consentement potentiel à souscrire des assurances sur la production d'herbe.

Les données issues des Réseaux d'Élevage pour le Conseil et la Prospective ont permis de cerner une diversité de situations en termes de caractéristiques des systèmes de production, des systèmes fourragers et des contextes géographiques et climatiques. Les données portaient sur la période 2000-2009 pour les exploitations bovines et 2002-2009 pour les exploitations ovines. 53 variables ont été sélectionnées, incluant des indicateurs de production fourragère, de surfaces agricoles, d'utilisation des prairies, de charges d'engrais et de semences, de sources d'aliments, et de performances du troupeau.

L'indicateur climatique retenu est la quantité d'herbe récoltée par UGB sur l'exploitation. Afin de s'assurer que les pertes de production fourragère soient dues à un aléa climatique, et non à des modifications de pratiques ou de structure, les exploitations pour lesquelles une baisse de quantité d'herbe récoltée en première coupe n'était pas consécutive à une diminution du rendement ou résultait d'une réduction des surfaces récoltées, ont été éliminées. Six classes de variation des quantités d'herbe récoltée ont été définies.

L'échantillon analysé statistiquement comporte 547 exploitations et 3 460 exploitations-années. Les exploitations sont présentes en moyenne 6,3 années dans l'échantillon. La répartition des exploitations-années dans les différentes classes de l'indicateur d'aléa climatique considéré est à peu près normale. Les années 2003, 2005 et 2006 ont été les plus affectées par les aléas climatiques.

Ajustements Face aux Aléas Climatiques

Le principal ajustement de l'utilisation des surfaces agricoles concerne l'arbitrage entre surfaces en herbe pâturées et surfaces fauchées. En cas d'aléas importants, la réduction des surfaces récoltées est en moyenne de 8 ares/UGB, soit environ 10 % des surfaces en herbe. Cet ajustement est relativement proportionnel à l'intensité de l'aléa.

D'autres ajustements reposent sur une augmentation de la part des surfaces en maïs, orientée vers l'ensilage au détriment du grain, et sur davantage de cultures dérobées lorsque l'aléa devient défavorable. Ils sont cependant moins fréquents car non mobilisables sur l'ensemble des exploitations.

Les ajustements effectués sur la gestion des stocks alimentaires permettent de compenser une partie des pertes de quantité de fourrage récoltée par UGB. Les stocks fourragers sont reconstitués l'année suivante. Les quantités de fourrages achetées augmentent, compensant ainsi une partie des pertes. Les achats de paille s'accroissent également.

Polyculture-Élevage : Un Modèle Vertueux ?

La polyculture-élevage est souvent citée comme un modèle agronomique idéal, source d'économies et à moindre impact environnemental négatif. La complémentarité entre les ateliers élevage et culture devrait permettre l'utilisation partagée de facteurs de production, et donc une réduction de l'utilisation d'intrants.

Une étude menée dans le bassin charolais a observé que les exploitations de polyculture-élevage sont systématiquement plus grandes que les exploitations herbagères spécialisées. La grande taille des exploitations entraîne une forte augmentation des besoins en équipement et des charges induites. Ces charges ne se partagent pas entre productions animales et végétales. Au final, aucune différence significative n'a été observée en termes de coût de production du kilogramme de viande produit ou de revenu par travailleur entre les deux types d'exploitations.

La Marge sur Coût Alimentaire : Un Indicateur Complémentaire

La marge sur coût alimentaire (MCA) est un indicateur clé pour évaluer l'efficacité économique de l'alimentation des vaches laitières. Elle se calcule en soustrayant les dépenses alimentaires du chiffre d'affaires généré par la vente de lait.

MCA (€/vache/jour) = Recette laitière - Dépenses alimentaires

Pour calculer la MCA, il est essentiel de prendre en compte toutes les charges liées à l'alimentation des vaches laitières.

Exemples Concrets : Stratégies d'Éleveurs

  • Sylvie et Yvon Rocher : Éleveurs de vaches allaitantes en plein air intégral, ils privilégient le pâturage pour limiter les coûts. Leur marge brute est supérieure aux références régionales grâce à un faible coût alimentaire.
  • Jean Letemplier : Éleveur laitier bio, il nourrit ses vaches au pâturage pendant six mois de l'année. Il réalise une marge brute supérieure aux références grâce à un faible coût alimentaire et une production de lait adaptée à la transformation fromagère.

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