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Marc Aurèle et la Fécondation du Stoïcisme : Une Exploration Philosophique

L'œuvre de Marc Aurèle, un empereur philosophe stoïcien, transcende les époques et continue de résonner avec une pertinence saisissante. Ses écrits, initialement conçus comme un recueil de maximes personnelles en grec, offrent une exploration profonde de soi et une conscientisation de la pensée stoïque en action. Cet article se propose d'examiner la fécondation du stoïcisme dans la pensée de Marc Aurèle, en s'appuyant sur ses écrits et en les contextualisant avec d'autres figures clés du stoïcisme antique.

Introduction à la Pensée de Marc Aurèle

Les "Pensées" de Marc Aurèle ne sont pas un traité philosophique formel, mais plutôt un journal intime où l'empereur se livre à une auto-exploration constante. C'est un travail agréable à lire, où le lecteur peut piocher des idées et des réflexions. Au travers de ses aphorismes, Marc Aurèle discerne des conduites à adopter face aux défis de la vie, de la mort, de la paix de l'âme et de la bonne conduite. Le lecteur est libre de contredire ou de questionner les énoncés, même si cela ne relève pas de la maïeutique platonicienne.

Ce texte est précieux pour comprendre comment les mentalités antiques concevaient l'individu et l'importance cruciale de l'apprentissage actif, de l'enseignement et de l'exemple dans l'éducation. La pensée de Marc Aurèle s'inscrit dans la lignée d'Épictète, accordant une grande importance à la nature des choses et à l'attitude à adopter en fonction de leurs effets prévisibles sur l'âme.

L'Héritage d'Épictète et la Liberté Intérieure

Le texte d'Épictète, souvent considéré comme un manuel de philosophie stoïcienne active, est étroitement lié aux écrits de Marc Aurèle. Épictète, un philosophe de la liberté, a triomphé des traitements les plus abjects et a mis la morale stoïcienne en pratique. Ses principes restent d'une vérité criante, offrant une source de sagesse, de sérénité et d'apaisement qui défie le temps.

L'anecdote de Diogène Laërce, où Épictète sourit alors que son maître lui brise la jambe avec un instrument de torture, illustre parfaitement sa maîtrise de soi et son acceptation du destin. Banni de Rome pour des raisons politiques, il continua à enseigner la jeunesse romaine, prônant une pensée pragmatique et concrète.

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Stoïcisme Pratique : Vivre Selon la Nature

Marc Aurèle et Épictète considéraient la philosophie comme un mode de vie, un stoïcisme pratique. Leurs enseignements simples et clairs résonnent dans l'âme du lecteur. Ils mettent en avant l'importance d'accepter la mort comme un mystère de la nature, une combinaison et une dissolution d'éléments toujours les mêmes.

Marc Aurèle exhorte à ne pas craindre la mort, mais à l'accueillir comme une action naturelle, à l'instar de la jeunesse, de la vieillesse ou de la fécondation. Il est d'un homme réfléchi de ne pas se comporter avec hostilité face à la mort, mais de l'attendre comme un événement naturel.

La Méditation de la Mort : Un Exercice Spirituel Stoïcien

La philosophie antique, et en particulier le stoïcisme, s'est toujours intéressée à la mort. Socrate définissait même la philosophie comme une préparation à la mort, un détachement du corps et une purification de l'âme. Marc Aurèle, à l'instar de Platon et de Porphyre, considère que la mort ne doit pas troubler le philosophe.

La mort est un événement naturel qu'il faut accepter, comme on accepte ce que la nature rationnelle de l'univers nous impose. Le sage stoïcien accepte les circonstances de la vie dans laquelle le destin l'a placé. Marc Aurèle rappelle que la mort est naturelle, chassant toute autre pensée ou représentation que son imagination peut s'en faire.

L'absence de crainte est primordiale pour le philosophe stoïcien, dont le but est la tranquillité de l'âme (ataraxie). Marc Aurèle ne cesse de rappeler la conformité de la mort à la nature et accentue le caractère insensé de celui qui se trouble en y pensant. Il propose un exercice spirituel : le regard d'en haut.

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Le Regard d'En Haut : Relativiser l'Existence

Le regard d'en haut consiste à s'élever au-dessus de sa situation actuelle, de son ancrage quotidien, pour adopter le point de vue de l'universel et relativiser la valeur de sa propre existence et celle des grands hommes du passé. Marc Aurèle invite à considérer combien de médecins, d'astrologues, de philosophes, de chefs et de tyrans sont morts, combien de villes entières ont disparu.

Il exhorte à bien voir combien sont éphémères et sans valeur les choses humaines, et à traverser ce court instant de la vie en se conformant à la nature, en partant de bonne humeur, comme tombe une olive mûre.

L'Éthique Appliquée et la Doctrine du Caractère Sacré de la Vie Humaine

L'éthique appliquée, en tant que branche de la philosophie morale, peut apporter son aide à la discussion effective des questions pratiques. Même en admettant un point de vue subjectiviste, les règles de l'argumentation intelligible doivent s'appliquer en éthique comme ailleurs. La cohérence est une condition minimale, mais elle nous oblige à clarifier nos concepts.

La doctrine du caractère sacré de la vie humaine, par exemple, est confrontée à des questions complexes dans la pratique de la médecine intensive moderne. Quand devons-nous retirer le soutien vital à des personnes en phase terminale ? Doit-on faire une distinction entre omission d'un traitement et administration active de la mort ? La distinction entre moyens ordinaires et extraordinaires de traitement est-elle pertinente ?

La technologie médicale a également fourni un certain nombre de cas marginaux, de cas nouveaux, qui doivent être considérés, comme le statut du fœtus ou de l'embryon. Ces questions exigent une description claire et cohérente des concepts en jeu, même si l'on adopte un point de vue subjectif.

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L'Universalisabilité et l'Extension du Domaine de l'Éthique

La notion d'universalisabilité, telle que défendue par Richard M. Hare et présente chez les stoïciens comme Marc Aurèle, nous invite à nous mettre dans la position des autres qui sont affectés par notre action. En portant un jugement moral, nous devons considérer les intérêts de tous ceux qui sont concernés, que nous en bénéficiions ou non.

L'universalisabilité nous mène à une position conséquentialiste en éthique, où nous prenons en compte les préférences et les intérêts de tous ceux qui sont affectés. Cela a des conséquences importantes, notamment en nous éloignant de la tentation d'édicter des règles absolues. L'universalisabilité nous amène également à nous interroger sur l'extension du domaine de l'éthique et sur la question de savoir dans la position de qui nous devons nous mettre.

Le "Je" Stoïcien : Entre Introspection et Responsabilité Sociale

Pour un stoïcien, l’utilisation de la première personne du singulier a une valeur d’exercice spirituel, notamment dans la pratique de l’examen de conscience le soir et de l’anticipation des événements à venir. Dire « je » participe de cette systole par quoi le sage se recentre et se recueille en lui-même.

Dans le monde stoïcien, dire « je », c’est faire signe vers soi-même, vers le principe hégémonique qui réside dans le cœur. Le cœur est le lieu le plus propre de la « citadelle intérieure » qu’est l’intelligence. L’hégémonique stoïcien n’est pas un lieu de repos, mais un lieu de tension, et le sage n’y séjourne que momentanément.

En disant « je », Marc Aurèle ne fait pas toujours référence à ce point de retrait et de permanence qu’est la conscience de notre propre force. Le « je » est aussi social, incarné, pluriel, riche de toutes ses expériences et lourd de tous ses héritages. Il est la réunion d’influences reçues et de modèles suivis et imités.

Marc Aurèle énumère ainsi tout ce qu’il doit à d’autres personnes, tout ce qu’il a reçu et qui le constitue : bonté, absence de colère, pudeur, virilité, piété, simplicité, éloignement de toute sophistique, force de caractère, douceur, bienveillance, gravité, disponibilité, générosité, maîtrise de soi, absence de précipitation, amour du travail, persévérance, sociabilité, refus de la flatterie, absence de superstition, maturité, tempérance, courage, sens de l’économie.

D’où une pratique régulière dans les Pensées : l’alternance du « je » et du « tu ». Marc Aurèle s’adresse à lui-même, à un ami, à tout individu : « toi, c’est moi, c’est lui, c’est l’homme ». Les Pensées ne sont pas destinées à la publication, mais sont des réflexions écrites pour soi-même.

La Personnalité Multiple de Marc Aurèle : Une Chance de Décomposition

Cicéron souligne que la nature nous fait jouer deux rôles : l’un commun à tous, puisque nous avons part à la raison, et l’autre propre à chacun. Pour Marc Aurèle, cette pluralité de rôles est une chance qui lui permet d’opérer la décomposition chère au stoïcisme et de donner une définition exacte de notre identité.

Les différentes manières de dire « moi, je » permettent l’exercice spirituel de l’auto-délimitation. En premier lieu, « je » suis un homme. Il y a une nature humaine que le « je » doit assumer dans toutes ses actions. Marc Aurèle distingue la personnalité humaine et la personnalité civile : « Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde ».

L’homophulia, l’identité d’origine, implique que la philanthropie soit en même temps une philautie, un amour de soi. La personne que je suis n’est donc en rien exceptionnelle, elle fait partie de l’espèce humaine, de l’animalité mortelle. Le matin, quand il te coûte de te réveiller, que cette pensée te soit présente : c’est pour faire œuvre d’homme que je m’éveille.

L’amour de soi doit être philanthropie et non pas égophilie. Les Stoïciens ont contribué à mettre en avant l’unité du genre humain. L’espèce humaine implique cependant une différenciation des conditions et des rôles sur la scène du monde, au niveau physique et au niveau social.

La Déliaison du Corps et de l'Âme : Une Critique Stoïcienne

Dans l’esprit du Phédon de Platon, Marc Aurèle prône une « déliaison » du corps et de l’âme, mais dans un vocabulaire plus critique encore par rapport au corps. Celui-ci est réduit au statut de « vase qui nous enveloppe », ou d’« une pâte molle que tu entretiens autour de toi ». Le corps n’est pas notre identité la plus réelle. C’est une apparence, une configuration du pneuma dans le changement universel.

Le Portique souligne que la substance même de l’être est changement, transformation et flux. Dans la vie de l’homme, la durée est un point, la substance est fluente, la sensation est émoussée, le composé de tout le corps est prompt à pourrir, l’âme est tourbillonnante. Tout est en cours de transformation.

Mais, par ailleurs, il y a bien une appropriation du corps. Marc Aurèle en parle, comme de ce « petit corps qui nous est [ce qu’il y a de] plus proche ».

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