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Manifestation du 6 octobre à Besançon : PMA, Églises et Société en Question

Le 6 octobre, une manifestation organisée par la Manif pour Tous a eu lieu à Paris, exprimant son opposition à la "PMA pour toutes". Cet événement a mis en lumière des divergences d'opinions profondes au sein de la société française, y compris au sein des Églises protestantes. Cet article explore les différentes perspectives qui se sont exprimées lors de cette manifestation et les enjeux éthiques et sociétaux qu'elle soulève.

Contexte : La PMA au cœur du débat

La question de l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules a suscité de vifs débats en France. Le 27 septembre, les députés ont voté en faveur de cette mesure, tandis que les sénateurs devraient se prononcer début janvier. Cette perspective de légalisation a ravivé les tensions entre les partisans et les opposants à la PMA, culminant avec la manifestation du 6 octobre.

Des opinions divergentes au sein des Églises protestantes

La manifestation a révélé des divisions au sein des Églises protestantes françaises. Certains réformés ont participé à la Manif pour Tous, tandis que d'autres ont contre-manifesté, soutenant l'ouverture de la PMA. Cette diversité d'opinions reflète les questionnements complexes auxquels sont confrontés les pasteurs, les paroissiens, les conseillers conjugaux et familiaux, ainsi que les personnes homosexuelles au sein des communautés religieuses.

Caroline Keck : Témoignage d'une famille homoparentale

Caroline Keck, pasteure de l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, est mariée avec une femme, Fanelie. Ensemble, elles ont fondé une famille par insémination artificielle en Belgique et sont mamans de deux enfants. Pour Caroline Keck, « l’idée que notre famille puisse contrevenir à la volonté de Dieu ne m’est jamais apparue. Je ne me sens pas dans une sorte de péché. C’est Dieu qui nous a permis de fonder une famille. » Elle critique les inquiétudes des hétérosexuels concernant l'équilibre des enfants élevés dans des familles homoparentales, remettant en question la définition de la paternité basée uniquement sur le sexe biologique. Elle analyse que « Les hétérosexuels s’inquiètent pour nos enfants et leur devenir », « Ils pensent que nos enfants n’ont pas d’équilibre du fait de l’absence d’un père. Mais, peut-on définir un homme juste parce qu’il a un pénis ? »

Jean-Louis Chamouton : Défense d'une vision traditionnelle

À l'opposé, Jean-Louis Chamouton, conseiller presbytéral et prédicateur laïc de l'Église protestante unie de France (EPUdF) à Besançon, a participé à la Manif pour Tous. Il déplore que « Beaucoup de protestants remettent en cause l’autorité des Écritures. On voudrait faire comme si Lévitique 20 et Romains 1 n’existaient pas. Nous devons secouer l’Église et la société. » Il défend une interprétation plus traditionnelle des textes bibliques, considérant que l'extension de la PMA remet en question les fondements de la famille.

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Guillaume de Clermont et Nicole Deheuvels : Inquiétudes et discriminations

Guillaume de Clermont, président de la région Ouest de l'EPUdF, se dit « très réservé » face à l'évolution de la médecine, qui selon lui, « changerait de fonction, allant au-delà de soins prodigués à des personnes présentant un problème de santé ». Il ne « croit pas un instant » qu’une autre personne que le père puisse pleinement assumer la fonction paternelle.

Guillaume de Clermont et la pasteure Nicole Deheuvels, de l’Église Protestante Unie, pointent cependant tous deux que cette future loi engendrerait une discrimination entre les couples de femmes et les couples d’hommes. C’est pourquoi ils s’inquiètent vivement d’une éventuelle légalisation des mères porteuses en France, au nom de l’égalité. Nicole Deheuves s’y oppose catégoriquement. Conseillère conjugale et familiale, elle estime que le recours à un donneur externe brouille pour l’enfant le récit de ses origines. « C’est un mensonge biologique que de vouloir gommer la filiation avec le géniteur. » Elle appelle alors de ses vœux une régulation internationale des pratiques de PMA/GPA, au nom de l’intérêt de l’enfant, comme c’est le cas de la Convention de La Haye pour les procédures d’adoption. « Le désir d’enfant doit se soumettre au bien de l’enfant.

Jean-Raymond Stauffacher : Les limites de l'humain

Jean-Raymond Stauffacher, président des Églises réformées évangéliques, regrette que l’on soit « en train de toucher à ce qui jusqu’ici constitue les limites de l’humain, dans « une fuite en avant basée sur l’idée que puisque nous en avons la capacité technique, il nous est possible de le faire ».

Joan Charras-Sancho : Une théologie inclusive

De son côté, la théologienne féministe Joan Charras-Sancho définit différemment cette notion de « vérité biblique ». Responsable de l’antenne inclusive de la paroisse Saint-Guillaume à Strasbourg, ancienne militante du carrefour des chrétiens inclusifs, elle travaille de pair avec les associations LGBTI. Aujourd’hui, elle ne veut plus « contre-manifester » à chaque Manif pour Tous, mais proposer au niveau local des activités et des réflexions sur le long terme. Bibliquement, elle adhère à l’idée d’un « canon dans le canon. Tous les écrits ne sont pas sur la même échelle. C’est dans les Évangiles qu’on rencontre Jésus. Forte de cette herméneutique-là, elle estime que « les familles LGBTI et leur vie de couple sont précieuses aux yeux de Dieu ».

Les enjeux soulevés par la PMA

Au-delà des opinions religieuses, la question de la PMA soulève des enjeux éthiques et sociétaux complexes. Parmi les principales préoccupations, on retrouve :

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  • La filiation : La PMA sans père remet en question la définition traditionnelle de la famille et la place du père dans l'éducation de l'enfant. Certains craignent que cela ne perturbe le développement psychologique de l'enfant et son besoin d'identifier ses origines. Nicole Deheuves estime que « C’est un mensonge biologique que de vouloir gommer la filiation avec le géniteur. »
  • La marchandisation du corps : Les opposants à la PMA craignent qu'elle n'ouvre la voie à la gestation pour autrui (GPA), qui est perçue comme une marchandisation du corps de la femme. Ils s'inquiètent également de la sélection des donneurs de sperme et des risques de dérives commerciales. Maxence Henry, maire adjoint d’Angers« Je veux m’opposer à la marchandisation du corps humain.
  • L'égalité : Les partisans de la PMA mettent en avant le principe d'égalité et le droit pour tous de fonder une famille, quelle que soit l'orientation sexuelle ou la situation matrimoniale. Ils estiment que refuser la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules constitue une discrimination. Guillaume de Clermont et la pasteure Nicole Deheuvels, de l’Église Protestante Unie, pointent cependant tous deux que cette future loi engendrerait une discrimination entre les couples de femmes et les couples d’hommes.
  • Les limites de la médecine : Certains s'interrogent sur les limites de la médecine et sur le risque de vouloir satisfaire tous les désirs, même au détriment du bien-être de l'enfant. Jean-Raymond Stauffacher, président des Églises réformées évangéliques, regrette que l’on soit « en train de toucher à ce qui jusqu’ici constitue les limites de l’humain, dans « une fuite en avant basée sur l’idée que puisque nous en avons la capacité technique, il nous est possible de le faire ».

Un débat apaisé ?

Contrairement aux débats passionnés qui ont entouré le mariage pour tous, le débat sur la PMA semble susciter moins de passions. Les Français se sont familiarisés avec ces thèmes et les aspects complexes autour de la filiation. La révision de la loi bioéthique a donné lieu à de multiples débats préparatoires (organisés par le Comité National d’éthique) en France, largement relayés par la presse locale, ces dernières années. Chacun comprend (les pro-PMA comme les antis) que le sujet n’est pas aussi binaire que le fait d’autoriser, ou non, les homosexuels à se marier. Et puis les sondages sont clairs : les français sont favorables à l’élargissement de la PMA.

Cependant, il est important de noter que des arguments subsistent contre la PMA, et que les pro-PMA ne peuvent pas rejeter d’un revers de main d’autres arguments. Les questions soulevées, tout le monde peut se les poser : Faut-il forcément, pour le bon développement de l’enfant, un papa et une maman ? Peut-il n’y avoir qu’un parent ? Quid de l’anonymat des donneurs ? Pourquoi un droit octroyé à un couple de femmes engrainerait pas, par une volonté d’égalité, le même droit octroyé à un couple d’hommes ? Auquel cas, la PMA serait le premier pas vers la GPA qui, elle-même, ouvrirait le débat effrayant de la marchandisation des corps…

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