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Les détails de l'accouchement sous le règne de Louis XIV : un aperçu historique

L'accouchement, pour les reines et princesses destinées à assurer la continuité dynastique, était un exercice périlleux mettant en danger la vie de la mère et de l'enfant. Au Moyen Âge, une femme sur quatre mourait en couches. Bien que les progrès de l'obstétrique aient permis de diminuer les risques, grâce aux spécialistes nommés « accoucheurs » utilisant des instruments facilitant la délivrance, l'accouchement restait une épreuve physiquement et psychologiquement éprouvante jusqu'au XXe siècle. Les couples royaux étaient souvent victimes des effets mal connus de la consanguinité, en plus du taux élevé de mortalité infantile. Marie-Thérèse et Louis XIV ont douloureusement fait les frais des conséquences des liens du sang.

Marie-Thérèse d'Autriche : l'égale du Soleil

Marie-Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV, a bénéficié d'un profond respect et d'une grande tendresse de la part du Roi-Soleil, malgré les accusations portées contre lui pour avoir mené la vie dure à son épouse en lui imposant la présence de ses maîtresses. En tant que fille du roi d'Espagne Philippe III de Habsbourg, elle était son égale devant Dieu et dans la hiérarchie des têtes couronnées. Seule la reine pouvait donner au roi une lignée légitime, seule elle pouvait inscrire sa personne dans la continuité dynastique. De ce fait, Louis XIV rejoignait son lit toutes les nuits, non seulement pour assurer une descendance, mais aussi par estime. Loin d'être sotte et de se morfondre en permanence sur les infidélités de son époux, elle tenait exactement le rôle qu'il attendait d'elle, celui d'une souveraine pieuse, digne et obéissante. Le roi lui devait le respect dû à son rang et réprimandait vertement les courtisans qui se permettaient des impertinences.

Rien ne traduit mieux ce lien particulier, finalement très puissant, entre Louis XIV et son épouse, que les naissances royales. Le monarque manifestait une grande sollicitude à l'égard de son épouse pendant ses grossesses et lors de ses accouchements. Époux inquiet, il la soutenait dans ces épreuves à répétition et partageait son chagrin lors de la disparition prématurée de leurs enfants.

Les grossesses et accouchements de Marie-Thérèse

La première fois que Marie-Thérèse tombe enceinte, quelques mois après son mariage en 1660, elle met toutes les chances de son côté. Bien au fait des risques qu'elle encourt (sa propre mère est morte des suites d'une fausse couche), la reine suspend toute activité et ne se déplace plus qu'en chaise à porteurs. Elle prendra ces mêmes précautions à chaque nouvelle grossesse. Le jour de l'accouchement, qui survient le 1er novembre 1661, elle souffre tant que le roi ne quitte pas son chevet, lui tenant la main avec tendresse. Il lui souffle des paroles rassurantes et insiste pour que le reste de la Cour se tienne en retrait. Les douleurs semblent interminables… Louis XIV en vient à « implorer la protection divine ». Lorsque Marie-Thérèse est enfin délivrée, elle est aux anges d'apprendre qu'il s'agit d'un mâle. Louis XIV se précipite à la fenêtre et hurle aux courtisans massés dans la cour de l'Ovale : « La Reine est accouchée d'un garçon ! ». Il a eu très peur pour la Reine, qui a bien failli mourir. Mme de Motteville témoigne que tant qu'elle fut dans ses grands maux, le Roi parut si affligé et si sensiblement pénétré de douleur qu'il ne laissa nul lieu de douter que l'amour qu'il avait pour elle ne fut plus avant dans son cœur que tous les autres. Louis XIV assistera ensuite son épouse dans tous ses accouchements.

Marie-Thérèse a rempli son devoir dynastique et ne doute pas que cet enfant sera suivi par d'autres. En effet, de nombreux princes et princesses viennent à intervalles réguliers consolider la dynastie : Anne-Élisabeth en 1662, Marie-Anne en 1664, Marie-Thérèse en 1667, Philippe-Charles l'année suivante et enfin Louis-François en 1672. Au total donc, trois fils et trois filles. Mais le Dauphin, baptisé Monseigneur, est le seul parmi l'abondante progéniture du couple qui survit à l'enfance. Anne-Élisabeth, Marie-Anne, Philippe-Charles et Louis-François ne vivent que quelques mois. Seule Marie-Thérèse, adorée par ses parents et surnommée la petite Madame, passe sa première année, et décède à l'âge de cinq ans le 1er mars 1672, dans les bras de sa mère. Cette mort laisse le couple effondré. Louis XIV ne mange plus et ne dort plus. Le deuil le rapproche de sa femme. La foi profonde de la reine, inculquée dans sa jeunesse, l'aide à surmonter les épreuves. Le monarque a plus de mal à s'en remettre. Il s'afflige de la mort de chacun de ses enfants, qu'ils soient filles ou garçons.

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On le voit même interroger ses médecins, tenter de comprendre pourquoi sa progéniture illégitime est beaucoup plus résistante que ses enfants dynastes… La mortalité infantile, fléau du temps, n'est pas la seule cause de ces décès : les effets désastreux de la consanguinité ne sont pas encore bien compris. Le roi et la reine sont en effet doubles cousins germains… L'Église préfère brandir ces catastrophes dynastiques comme autant de châtiments divins, en représailles de la vie libertine que mène Louis XIV ! Le monarque se console en s'attachant à ses enfants naturels issus de ses amours avec La Vallière et surtout avec la marquise de Montespan. Marie-Thérèse, elle, n'a que ses larmes pour pleurer, et Dieu pour prier.

La naissance douloureuse de Marie-Anne

Après le premier accouchement difficile de la Reine, deux autres naissances mettent sa vie en péril. La plus célèbre l'est non pas car Marie-Thérèse a failli y laisser sa vie, mais parce que la légende s'en est emparée : on a longtemps prétendu que la Reine avait donné naissance à une petite fille noire issue de sa liaison avec son nain Nabo ! Pour éviter le scandale, la petite aurait été subtilisée à la naissance et remplacée par une autre enfant, puis cloîtrée dans un couvent. Balivernes.

Dès le départ, cette naissance s'annonce mal. Depuis le début du mois de novembre, la Reine est fiévreuse, son dos et ses jambes la font terriblement souffrir. Le 16 novembre 1664, elle ressent d'affreuses douleurs : l'enfant est prématuré. L'accouchement est un calvaire. La Reine paraît à la dernière extrémité, les médecins insistent pour faire entrer un prêtre afin de lui administrer les derniers sacrements. Marie-Thérèse refuse obstinément pendant plus de 2 heures « disant qu'elle voulait bien communier, mais non pas pour mourir » ! Il n'y a que le Roi capable de lui faire entendre raison. Le travail continue, toujours aussi douloureux. Affolé, Louis XIV demande à ce que l'on sauve sa femme plutôt que l'enfant à naître.

Croyant hâter le dénouement, les médecins veulent forcer la Reine à prendre de l'émétique, violent traitement destiné à faire vomir : effet désastreux sur une femme en plein accouchement ! Marie-Thérèse, qui a « une peur affreuse » de ce remède (elle a bien raison), refuse en pleurant. Mais les médecins, d'une ignorance dramatique, s'acharnent et finissent par le lui faire avaler. Plus morte que vive, la souveraine donne naissance à une petite Marie-Anne. Le nouveau-né et sa mère sont dans un état inquiétant. Le bébé, qui semble suffoqué, a le teint violacé et une peau un peu foncée (ressemblant d'ailleurs en cela à son père, très brun de poil et de peau) qui étonnera les courtisans et donnera naissance à la légende de l'enfant noir. Histoire invraisemblable, d'autant plus impossible que l'on voit mal la très catholique Marie-Thérèse avoir des rapports charnels avec un autre homme que son mari, à la barbe de tout le monde, et encore moins avec son nain Nabo, les nains étant alors considérés comme de véritables animaux de compagnie. Et comment diable aurait-on pu subtiliser un enfant sous les yeux de toute la Cour qui assiste à la naissance ?

L'état de la Reine est alarmant : elle est victime d'une crise de convulsions qui fait craindre que sa dernière heure ne soit venue. C'est finalement la petite Marie-Anne qui décède, le 26 décembre, elle aussi secouée de convulsions. La Reine se remet très difficilement de cette naissance éprouvante : elle se plaint de fortes fièvres pendant de longues semaines.

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Louis XIV accoucheur pour la naissance de la petite Madame

À la fin de l'année 1666, on attend cette fois-ci avec impatience la délivrance de la Reine. Tout le monde à la Cour s'impatiente, Marie-Thérèse en étant à plus de neuf mois de grossesse. À nouveau, le jour de la naissance est très douloureux. Louis XIV en personne se métamorphose en accoucheur : il assiste le médecin Félix, qui l'a chargé d'immobiliser les genoux de la Reine pendant le travail. La pauvre femme souffre tant qu'elle se contorsionne vivement, et le Roi a du mal à s'acquitter de sa mission ! Il persévère, souhaitant s'occuper personnellement de cette tâche que les courtisans jugent ingrate. Marie-Thérèse donne enfin le jour, le 2 janvier 1667, à Marie-Thérèse, la fameuse petite Madame qui causera un si vif chagrin le jour de sa disparition 5 ans plus tard.

L'attitude de Louis XIV en ces instants cruciaux traduit l'un des traits les plus touchants de sa personnalité complexe. Si dur et si intransigeant avec ses proches au quotidien, capable de les sacrifier froidement à sa politique, il s'engage personnellement et physiquement pour eux dès qu'ils sont en danger. Marie-Thérèse, en tant qu'épouse légitime, est en haut de sa liste.

La naissance de Louis XIV lui-même : Louis-Dieudonné

Il faut 23 ans pour que Louis XIII et Anne d'Autriche se décident à concevoir un héritier. En froid depuis un moment, ils se réconcilient un soir d'orage. À l'annonce de la grossesse d'Anne, la naissance d'un héritier, inespérée, est considérée comme un cadeau du ciel… d'où le prénom de Louis-Dieudonné.

Le rejeton de Louis XIII et d'Anne d'Autriche va devenir le grand roi Soleil. Roi de France, avec des origines cosmopolites : un grand-père béarnais (Henri IV) et une grand-mère italienne (Marie de Médicis), côté paternel ; un grand-père espagnol (Philippe III) et une grand-mère autrichienne (Marguerite d'Autriche), côté maternel. Ces deux derniers sont des Habsbourg, une dynastie qui a la vilaine manie de se marier entre cousins, avant de devenir consanguins. Louis XIV a des ancêtres communs avec sa future épouse, Marie-Thérèse d'Autriche.

Louis naît avec des dents ! Deux jolies incisives. Bizarre, mais pas rarissime : cela arrive à Mozart ou Mirabeau. Le problème, c'est que c'est douloureux pour les nourrices ! Le petit Louis leur croque les tétons à tour de rôle : les nounous se sauvent en hurlant ! En 5 mois, il épuise 9 matrones. L'une d'elles s'appelle Perrette Dufour : cette solide paysanne des Yvelines parvient à endurer la douleur causée par les mordillements, lui laissant tout de même des « duretés dans les mamelles, ulcérées par les dents de son Altesse royale ». Heureusement, la reine lui donne une relique, pour apposer sur la douleur : un doigt d'Anne, mère de la Vierge Marie. Miracle ! Les ulcérations disparaissent, et la nounou a pu allaiter le morfale jusqu'au bout.

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La naissance de Louis XIV et la légende du Masque de Fer

Certains ont fait du mystérieux inconnu du Masque de Fer le frère caché de Louis XIV. La légende dit qu'Anne d'Autriche accouche de jumeaux. Louis, futur 14e du nom, plus… son jumeau, né juste après lui ! Un frère aîné, donc. Celui qui doit accéder au trône. Ledit frère se fait élever en secret par Anne, jusqu'à ce que Louis découvre le pot aux roses et fasse enfermer celui qui devrait être le vrai roi, un masque de ferraille recouvrant intégralement son visage.

L'histoire commence par un accouchement difficile. Anne d'Autriche, reine de France, 37 ans et enceinte jusqu'aux oreilles, va souffrir pendant 12 longues heures. Le travail commence le 4 septembre 1638, à 23 h. Le lendemain, vers 5 h du matin, les douleurs deviennent insoutenables. La chambre est noire de monde. Tout le gratin reste planté là comme au spectacle. Louis XIII entraîne tout ce petit monde vers la chapelle du château de Saint-Germain, histoire de célébrer une messe. Laissent-ils vraiment la reine accoucher SEULE, avec sa sage-femme, Mme Péronne ? C'est ce que semble dire la chronique. Une pratique totalement contraire à l'étiquette, qui veut que cela se passe en public ! Anne restera seule jusqu'à 11 h du matin, heure de la naissance du petit Louis… et de son jumeau ?

Les accouchements royaux à Versailles

Entre 1683 et 1786, deux reines et quatre dauphines accouchent à Versailles, faisant de la chambre qu'elles occupent successivement, au cœur du château, le lieu de naissance de dix-neuf enfants. Ces naissances se déroulaient-elles en public ? En dépit de ses occurrences, l'événement fait encore aujourd'hui l'objet d'idées reçues en raison de ce caractère public, assez incongru, qu'on lui prête. L'intimité de la future mère serait sacrifiée à la solennité du moment - la naissance d'un enfant scellant l'union des parents, et celle d'un fils, plus spécifiquement, assurant la perpétuité dynastique.

Deux mois avant la naissance présumée, les préparatifs commencent. Ils concernent aussi bien l'enfant que la mère. Pour le premier, un appartement est aménagé au sein du château et une « layette » est commandée, comprenant du mobilier adapté, de l'argenterie, du linge de corps et de service, fournis le plus souvent par la Maison du roi. Un mobilier spécifique, dit « de couches », est également livré pour la princesse en vue de faciliter l'accouchement et d'améliorer son confort. Au lit de parade est adjoint un lit de travail qui, à compter des années 1680, remplace la chaise, encore utilisée par l'épouse de Louis XIV. La chambre est, elle aussi, aménagée pour l'occasion. Une « tente » ou « pavillon » - remplacée au temps de Marie-Antoinette par des paravents - est installée pour la parturiente et son personnel, chirurgien-accoucheur et sage-femme essentiellement.

Le futur père peut se tenir à l'écart. C'est par exemple le cas du duc de Bourgogne qui, en juin 1704, patiente dans un cabinet « où on lui venait rendre compte à tout moment de tout ce qui se passait et d'où il ne pouvait entendre les cris, qui lui auraient trop fait de peine », précise Dangeau. L'épouse, qui « souffrit cruellement durant trois heures », était alors accompagnée de son grand-père par alliance, Louis XIV, et de Madame de Maintenon. Les autres membres de la famille royale, ainsi que les grands officiers de la Couronne, attendent dans le salon de la Paix. Ils ne sont autorisés à pénétrer dans la chambre qu'au moment de la délivrance.

C'est le roi qui est le premier informé du sexe de l'enfant. Après l'avoir fait constater à son chancelier, il l'annonce lui-même à la mère comme au public. Alors seulement, les portes de la chambre sont ouvertes aux courtisans, officiers et ambassadeurs qui ont pu accéder aux pièces attenantes, contrôlées par des gardes du corps et huissiers. Après la bénédiction royale vient celle de l'Église : dans l'attente du baptême et pour prévenir un décès précoce sans sacrement, le nouveau-né est ondoyé au-dessus d'un plat d'argent surmontant l'autel provisoire, de façon à intégrer la communauté chrétienne. Il est également « présenté », c'est-à-dire désigné par le roi avec les titres et qualités qui lui sont attribués.

L'influence de Louis XIV sur les pratiques d'accouchement

L'histoire de l'accouchement se transforme radicalement en France sous le règne du Roi-Soleil. L'influence de Louis XIV a initié l'accouchement médical tel qu'on le connaît aujourd'hui. Il a profondément modifié la pratique et la vision des naissances.

Avant le XVIIIe siècle, mettre au monde un enfant est un événement réservé à la gent féminine. Les femmes accouchent à domicile, dans un espace familier et quotidien. Chaque mère, en donnant naissance à son enfant, s'inscrit dans une lignée de femmes qui ont enfanté avant elle au même endroit, créant ainsi une continuité et une appartenance à une communauté plus large. La parturiente est assistée par un entourage exclusivement féminin, avec au centre la matrone, appelée « la femme qui aide » ou la « bonne mère ». Cette sage-femme traditionnelle, souvent plus âgée et disponible, a appris son métier par l'expérience, sans formation académique. Elle est généralement fille ou nièce de matrone et a gagné la confiance des femmes du village après quelques accouchements réussis. Autour de la matrone, les parentes, amies et voisines, se rassemblent, alertées dès les premières douleurs. Cette sororité constitue un élément sécurisant pour la future mère, particulièrement lors d'une première grossesse. Les « commères » jouent un rôle essentiel. Elles préparent le lit, les linges, le feu et l'eau chaude avant l'arrivée du bébé, puis soutiennent la femme pendant le travail en partageant leurs propres expériences. Après la naissance, elles s'occupent du nouveau-né et aident aux tâches domestiques pendant la période de repos de la nouvelle maman. À cette époque, la naissance a une forte symbolique religieuse. Les matrones peuvent baptiser les enfants.

Dans la France avant le Roi-Soleil, les femmes bénéficient d'une grande liberté quant aux positions d'accouchement. Elles peuvent choisir la posture qui leur semble la plus confortable pour donner naissance : accroupie, agenouillée, debout ou assise sur une autre femme. Un siège spécial ressemblant à des toilettes très basses (la chaise d'accouchement) est utilisé. Ces positions naturelles résultent de connaissances sur le corps féminin transmises de génération en génération. La naissance a généralement lieu dans la pièce la plus utilisée de la maison, souvent la salle à manger. C'est la seule à posséder une cheminée. Avoir chaud est considéré comme essentiel pour la mère et l'enfant, et la pièce est calfeutrée pour maintenir la température et empêcher les « mauvais esprits » d'entrer. Chez les plus pauvres, on accouche fréquemment à l'étable, où les animaux procurent une chaleur régulière. Les hommes sont généralement tenus à l'écart, à l'exception parfois du père, dont la force peut être utile en cas d'accouchement difficile.

L'histoire de l'obstétrique connaît un tournant majeur sous le règne de Louis XIV, avec l'introduction de la position sur le dos et l'arrivée des hommes accoucheurs. Le Roi-Soleil manifeste un intérêt certain pour la gynécologie et, selon plusieurs sources, aime assister aux accouchements. Les accouchements royaux jouent un rôle particulier dans l'établissement des normes obstétricales. Les reines accouchent en public. Cette pratique vise à s'assurer que l'héritier de la couronne, qu'il s'agisse d'un prince ou d'une princesse, ne soit pas échangé à la naissance.

Selon une étude menée par la sociologue Lauren Dundes, ce changement de position est dû à un « caprice pervers » de Louis XIV vis à vis de l'accouchement. Le roi est apparemment frustré de ne pas voir en détail ce qui se passe lors des naissances, car les femmes se tiennent généralement debout ou assises sur un tabouret percé. Il use alors de son influence pour imposer une nouvelle posture : la position sur le dos, connue aussi sous le nom de position gynécologique ou décubitus dorsal. Cette révolution est officialisée lorsque Louis XIV appelle un chirurgien pour l'accouchement de sa maîtresse, Mme de La Vallière, en 1663. Ce geste royal encourage l'intervention des hommes dans un domaine jusqu'alors réservé aux femmes. À partir des années 1650, la « mode » de l'accoucheur se répand dans la noblesse et la bourgeoisie, non sans réticences initiales.

L'influence de François Mauriceau, médecin contemporain du roi, est déterminante dans la théorisation et la diffusion de la position sur le dos. Dans son ouvrage de 1668, « The Diseases of Women with Child and in Child-Bed », il affirme qu'être allongé est plus confortable pour la parturiente et plus pratique pour l'accoucheur. Mauriceau partage les conceptions médicales de l'époque qui considèrent la grossesse de la même manière qu'une maladie. Il décrit la grossesse comme une « tumeur du ventre » causée par un enfant. Les accouchements se définissent ainsi intrinsèquement pathologiques et anormaux. Cette vision ne laisse aucune place aux sages-femmes traditionnelles et justifie l'intervention médicale masculine. Les médecins de cette période suivent ce mouvement, et au XIXe siècle, l'habitude d'accoucher sur le dos est répandue dans toute la France. Cette position s'impose comme la norme dans l'obstétrique savante, les autres positions étant condamnées au nom de la décence, car elles « répugnent à l'humanité ».

À partir de 1760, le pouvoir royal lance une grande campagne de formation. Les matrones de campagne deviennent des sages-femmes avec des premières compétences médicales. Mme du Coudray, maîtresse sage-femme éduquée à l'Hôtel-Dieu de Paris, instaure des cours itinérants dans toute la France de 1759 à 1783. En quarante ans, environ dix à douze mille sages-femmes sont instruites par deux cents accoucheurs-démonstrateurs. Contrairement aux anciennes matrones choisies par les femmes du village, ces nouvelles sages-femmes, formées à la ville, ne sont plus aussi proches des patientes qu'elles assistent. À partir de 1803, leur formation s'améliore avec l'obligation de suivre des cours théoriques dans les facultés de médecine ou les hôpitaux. En 1894, cette formation est renforcée et portée à deux ans. L'accoucheur réussit de même à s'imposer grâce à de nouveaux outils, notamment les forceps, mis au point conjointement en France et en Angleterre à la fin du XVIIe siècle. Ces instruments deviennent le privilège exclusif des hommes, médecins ou chirurgiens. Les sages-femmes n'ont pas le droit de s'en servir.

Conséquences de la révolution obstétricale

La révolution obstétricale initiée sous Louis XIV pour l'accouchement a des répercussions durables, observées encore aujourd'hui. La position sur le dos, imposée initialement pour satisfaire la curiosité du Roi-Soleil, devient la position standard dans les salles de naissance, bien qu'elle soit reconnue comme moins adaptée physiologiquement. Cette médicalisation transforme l'accouchement d'un événement naturel et communautaire en un acte médical. Si les avancées en matière de santé permettent de réduire la mortalité maternelle, les femmes perdent progressivement leur autonomie dans le processus d'accouchement. Elles deviennent, à leur insu, dépendantes des médecins et de leurs technologies. L'introduction de l'anesthésie obstétricale au XIXe siècle en est le parfait exemple. Les sages-femmes ne sont pas autorisées à administrer des analgésiques (opium, morphine, éther ou chloroforme) : c'est le seul apanage des médecins. En voulant s'affranchir de la douleur via l'anesthésie, les femmes accouchent de plus en plus à l'hôpital. Cela a pour effet d'isoler les futures mères, les éloignant de l'entourage et de l'expérience sororale des femmes de leur village.

Aujourd'hui, on observe un retour vers des positions libres (à quatre pattes, debout, accroupie ou sur le côté) qui soulagent la femme pendant le travail. Les avancées médicales pour atténuer la douleur font cependant perdurer la norme de la position sur le dos, alors même que cette position est de plus en plus reconnue comme inappropriée pour faciliter l'accouchement.

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